The Moorish Wanderer

“Un Vote ne Compte Pas”

Posted in Intikhabates-Elections, Moroccan Politics & Economics, Moroccanology, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on September 14, 2013

Par les temps qui courent, l’observateur serait tenté de conclure qu’effectivement, un vote, un seul, ne signifie rien. Et c’est probablement le cas: et quand bien même ce vote compterait en absolu, l’élu dans le parlement et le gouvernement qu’il soutient ont ils un pouvoir quelconque à améliorer, ou même affecter le bien-être des citoyens marocains?

ad oculos, il n’y a pas de motivation particulière pour un individu à faire l’effort de se déplacer au bureau de vote: pour le candidat, la masse d’électeurs est interchangeable, et il devient plus intéressant de raisonner en termes de blocs de vote. C’est pour cela qu’il subsiste au Maroc des comportements de vote collectif par exemple, d’où aussi l’importance des intermédiaires (Moul Chkara) dans la collecte des voix.

Mais en réalité, les électeurs sont-ils fongibles? Ils ne le seraient que si la représentation du corps électorat est uniforme. Or ça n’a jamais été le cas, d’abord par les différents modes de scrutin adoptés durant le demi-siècle passé, ensuite parce que le nombre de sièges par province/circonscription n’est jamais uniforme, que ce soit au Maroc ou dans d’autres pays, y compris ceux jouissant d’une tradition démocratique représentative.

Il est naturel d'observer que les sièges avantagés représentent une majorité substantielle. Ceux-ci concentrent 40% du corps électoral, mais 60% des sièges locaux.

Il est naturel d’observer que les sièges avantagés représentent une majorité substantielle. Ceux-ci concentrent 40% du corps électoral, mais 60% des sièges locaux.

La moyenne historique a été d’affecter en moyenne un siège par 48.567 électeurs inscrits (les sièges immédiatement élus sur les listes locales) Or cette moyenne n’est pas indicative: de petites circonscriptions sont largement surreprésentées, 29 circonscriptions sur 92 (un peu moins du tiers) concentrent 181 sièges, alors même que celles-ci ne comptent que 40% du corps électoral inscrit. L’hypothèse d’uniformité du corps électoral (“tous les votes sont égaux”) ne se vérifie que pour 10% des sièges, qui représentent bien 10% du corps électoral.

Mais enfin l’argument initial tient toujours: chaque candidat (ou liste candidate) doit disposer d’une certaine majorité, et l’assurance de victoire est conditionnée par un écart substantiel de votes. En l’état, un seul vote ne peut changer grand chose, par exemple dans la circonscription du Chef du Gouvernement: la différence de votes entre sa liste PJD et la liste immédiatement concurrente RNI était de près de 20.000 voix soit une marge de 70% – ou 10% de la population inscrite à Salé Médina.

Le même raisonnement peut être tenu à l’échelle nationale: alors qu’il est statistiquement possible d’obtenir une majorité absolue au parlement avec moins de 20% des adultes (et probablement moins) la force de mobilisation actuelle des partis politiques fait qu’aucune coalition pré-électorale n’est capable de mobiliser 2.36 Millions. Et pourtant, le G8 aura réussi en 2011 à cumuler près de 2 Millions de voix, et 121 sièges – mais, la condition principale du succès de cette coalition n’a pas été acquise – arriver en premier.

Et c’est là que la deuxième notion attachée à l’uniformité du vote est remise en cause: “l’ordre d’arrivée” des votes est déterminant au niveau national au même titre que dans les circonscriptions. L’importance d’un électeur (ou un groupe de taille relativement faible d’électeurs) est plus importante que l’on ne croit.

Pour démontrer cette assertion, on s’intéresse en particulier aux performances électorales du PJD en Novembre 2011: les 85 sièges initialement obtenus exhibent des majorités différentes, surtout pour les circonscriptions où la performance des candidats de ce parti a été inférieure à la moyenne nationale: ce sont ainsi 15 sièges en particulier qui se prêtent à l’analyse.

Circonscription  Votes Pivots  % des Inscrits
Berrechid 3 132 2,14%
Chefchaouen 519 0,33%
Chichaoua 458 0,31%
Fqih Bensalah 2 591 1,83%
Haouz 612 0,29%
Kalaat Sraghna 448 0,22%
Larache 1 529 0,83%
Nador 1 884 0,84%
Sidi Kacem 203 0,10%
Taza 6 270 2,54%
Jadida 1 725 0,62%
Khemisset 791 0,63%
Safi 1 466 0,51%
Settat 592 0,23%
Taroudant 905 0,39%
Moyenne 1 541 0,79%

Le résultat est remarquable: la moitié de l’avance du PJD sur son concurrent immédiat – l’Istiqlal, est déterminée en moyenne par 1.500 votes par circonscriptions. L’ordre d’arrivée des ces électeurs a été extrêmement important dans le mode de scrutin actuel, donnant la possibilité au PJD d’amasser 15 sièges en plus des autres dont les marges étaient plus confortables.

La dépendance d’un candidat à un vote plutôt qu’un autre est par conséquent très hétérogène, et un vote compte bien, dans les circonscriptions qui comptent: sur une population de 3,2 millions ce sont 23.000 électeurs qui auront décidé une partie essentielle de l’issue de l’élection législative – moins de 1%. Plus intéressant encore, un électeur parmi ces 1.500 essentiels vaut soudainement beaucoup plus: en moyenne sept fois plus lorsque le même rapport est calculé pour l’ensemble du corps électoral.

En l’absolu, un individu électeur n’a aucun impact sur la victoire d’une liste candidate sur l’ensemble des circonscriptions, cela reste vrai. Cependant, l’ordre d’arrivée des électeurs de ceux-ci, c’est-à-dire, la différence de votes dans les circonscriptions les plus compétitives pour le parti vainqueur (national ou local) est exagérée au profit d’une poignée de votes. Cela n’est dû ni au découpage territorial, ni au mode de scrutin puisque cet état est observé aussi dans les démocraties représentatives.

Si cet argument est admis, et en supposant un pourcentage à peu près stable dans la composition du corps électoral depuis 2002, alors la petite minorité éduquée, est tout à fait possible de réaliser l’objectif des 2.3 Millions de voix nécessaires pour obtenir la majorité des sièges (et très probablement aussi pour une coalition solidaire, d’arriver en premier) en offrant des voix-pivots représentant 40% des suffrages.

Alternativement, un résultat plus modeste mais non moins réalisable, serait pour chaque circonscription de peut compter un siège arbitré par cette “minorité influente” soit 92 sièges (122 environ sur les 395 en répliquant les résultats agrégés sur les sièges de listes nationales) avec seulement 14% de cette même population que l’on dit minoritaire, ou détachée de la chose publique.

The Lowest Turnout Ever -Yet

It is a bit early. In facts, too early to say. There is still almost two years to go before the next general election scheduled for 2012 (but the King can always change his mind and call for an early election, just like he would delay it) but the result is fairly easy to anticipate the results: low turnout, a more fragmented than ever parliament, and no real, committed ruling coalition.

Perhaps the now popular PAM (the monarchist Parti Authenticité & Modernité) will be part of it, but it is unlikely to get a large majority to rule by itself. Historic data shows it: no political party can rule Morocco. No coalition has ever done so by itself; We claim to be a constitutional democratic and social Monarchy, yet the power remains, by law, by constitution and De Facto in the King’s hands. In these conditions, voting for a party is meaningless; Why try to give legitimacy to an institution that does not hold real power then? The largest party in the lower house, cannot muster individually more than 30% of the total seats, whatever their political philosophy -when they do have one.

It is spooky how constant the political institutions in Morocco are: apart from the monarchy that is, over a little less than half a century, no political party -constituted political party- has ever managed to reach an outright majority, and as such, all of the governments since the first elected parliament -1963-  all coalitions where too weak to be government majority -as well as being a complete fabrication, the so-called administrative parties-.

1963 Elections. 141 Seats, no outright majority. (Source: Barnabé Lopez Garcia, "Cuarenta anos de procesos electorales" Arabic version, 2009)

The 1963 elections were the first ones in Morocco. the main competitors were the historic main party, the Istiqlal,  its left-wing breakaway, the UNFP (Union Nationale des Forces Populaires, 1959) and the FDIC (Front de Défense des Institutions Constitutionnelles) an aggregate of parties that was put together to provide for a  “workable” majority, to the king’s convenience.  the FDIC was made up with the help of the Mouvement Populaire (MP) that was founded in 1957 to counter Istiqlali influence, the Parti Socialiste Democratique, an empty structure Ahmed Reda Guedira, King Hassan II‘s right-hand man and finally, a junior partner, most difficult to explain, the Choura & Istiqlal Party (PDI), the only partner that can be described as a “national party” (following the canonic dividing line between administrative and national parties in Morocco). This heterogeneous front was supposed to win the elections decisively, but failed in the process, though it managed to get the highest vote count, but still short of the absolute majority.

A. Ouadghiri’s accounts of the campaign are quite edifying:

“[…] à quelques jours de l’échéance, elle se ranime par de nombreux meetings tant des gouvernementaux que des opposants, par des distributions de tracts et de manchettes de journaux […]Au fond, le FDIC n’a pas obtenu après coup la majorité absolue. Il ne la retrouve qu’en racolant quelques indépendants […] l’UNFP, en dépit de la modestie de ses moyens, a un succès incontestable au sein du prolétariat urbain qui lui accorde une confiance massive. La surprise électorale au sein de ce prolétariat urbain, c’est la victoire de Guédira, chef de file du FDIC qui l’emporte à Casablanca dans un quartier d’ouvriers, ce qui fait dire à l’opposition (Ndlr, the UNFP and Istiqlal) que c’est grâce au blé américain distribué “à gogo” aux familles ouvrières casablancaises que le proche collaborateur du Roi a emporté son siège à la chambre des représentans. […] Cette accusation contre Guédira est concrétisée par une démarche effectuée auprès de l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique à Rabat par un groupe de 5 Istiqlaliens[…]”. (Le Maroc: de la Mort de Mohammed V à la Guerre des Sables 1961-1963, 1981 Edition)

This election is quite specific: it was the first one, the opposition parties were not even convinced of its validity -because no constitutional convention was held beforehand as they were promised, and the constitutional referendum showdown’s effects were still vivid in their mind. Still and all, the whole thing looked as if the new king wanted a parliament for tactical purposes. facade-wise, it was a good publicity for the newly founded Moroccan democracy: not too conservative, but not too radical either. Anyhow, the balance of power was outside parliament as the years to follow were to show.

Two years after, the king declared a state of emergency after the students riots; On June 1965, he was effectively the absolute ruler of the land. Morocco had to wait until 1977 to get its post-state of emergency elected parliament. The result came as a shock to many parties, especially to the opposition, now gathered within the Koutla: the June 1977 legislative elections delivered some 140 MPs, among which 81 were directly elected, the Istiqlal party was trailing behind with about half the number, and the USFP with 15 members of parliaments. These SAP (Sans Appartenance Politique) were slowly turned out into a party starting from October 1978, when the Rassemblement National des Indépendants was founded and De Facto, the main coalition party under the leadership of the incumbent Prime Minister Ahmed Osman – Hassan II’s brother-in-law. the SAPs, and later on, the RNI, were part of a coalition government that gathered also Istiqlal and the Mouvement Populaire (a workable majority of over 80% seats). But the coalition was fragile: the Istiqlal participation was not wholehearted, and so was the Mouvement Populaire’s involvement (there was a split between the two historic founder Dr El Khatib and Aherdane). it eventually broke down when, shortly before 1984 elections, the RNI suffered a split, when a rogue group of MPs (57 to be precise) founded in June 1982 the Parti National Démocrate (PND). The spin-off was symptomatic of the instability of the ruling coalition and therefore, its weakness in managing the country by themselves.

The same process iterate itself with during the Maati Bouabid government in 1981. Instead of getting non-partisan individuals and then merging them together in a brand new party, the incumbent prime minister was given the task to create a new party ahead of the election. A party ostensibly economically conservative (libéral would be the precise term) Late 1982, he issued a declaration to an array of middle and high-ranking officials, private firms executive officers… the intermediary elite so to speak; the content can be summarized in few bullet points: Monarchy and institutional support and consolidation of the present democracy. There was demur about the project of creating a new party, but eventually, in April 1983, the newly founded Union Constitutionnelle (the name is a sort of a pied-de-nez to the opposition party USFP) was to be the standard-bearer of the policies Morocco has to implement as part of the Structural Adjustment Program imposed by the IMF after the reserve currency and debt crisis Morocco and other third-world countries faced early 1980’s. The party managed to get 55 seats during the 1983 elections, secured 5 portfolios, but was supporting a technocrat prime minister (M. Karim-Lamrani) In short, the 1980’s, besides being a period of confrontation between the left-wing opposition (some USFP MPs refused to keep their seats when the King decided to extend the parliament session) was such that some political parties provided the numbers for legislative process, but had no real say or authorities to that matter. Strangely though, a prominent partner of the Koutla, the Istiqlal party, was member of this government. It just shows how weak coalitions are, whether in opposition or government, there is, as far as the 1980’s were concerned, no stable coalition, a brilliant illustration of cooperative game theory.

Save for the FDIC in 1963, large parties cannot provide for more than 30% of the seats in the lower house (the Parliament, or the seats subject to direct election, following the different regimes between 1963 and 1984)

1993 was, in the King’s own terms, a disappointment. He was expecting an “Alternance” government (and apparently, M. Boucetta was considered a suitable Prime Minister, a position he turned down) but the opposition Koutla, denouncing gross falsifications during the legislative campaign, refused to continue the negotiations with the monarchy about a possible transfer of government (other roadblocks arose, mainly about the interior department that was under the firm hand of Driss Basri) and things went as they were before: obedient administrative parties and their MPs supporting a government that had legitimacy outside parliament, in the King’s trust. Following the 1993 results, the political map of parliament was even more fragmented than before.

Things started to go worse from that time onwards. I wish I wouldn’t say it, but it looked as though at the twilight of his reign, king Hassan II wanted to weaken the political opponents to the extent they would pose no threat to the then crown-prince, now king Mohamed VI. And if there was any such project, it certainly did reach its objective, for the following elections, opening up parliament for opposition parties -admittedly, to prepare the Alternance Consensuelle– increasingly changed into a house of multitude of parties, each pulling for something, regardless of their origin, political loyalty or size. 2002 and 2007 are no difference to that.

Elections. Why Bother?

Why the boring facts and the even more boring history? It is necessary so to show that first, parliamentary parties are notoriously weak. Not that I favour the introduction of chief whip position in Moroccan parliamentary politics -even though it will be of great benefits no doubt- but no party can really claim the full support of their MPs. In facts these very MPs, usually local barons, are the ones controlling the large parties at some point. It has been the curse of the USFP and moderately (and increasingly as their thrust for power grows more insistent) that of the PJD, that for a party to grow beyond a critical threshold, they need the support of local notabilities, and they have to come to terms with them one way or the other, usually at the expenses of their proclaimed principles. So, besides weak discipline among the parliamentary parties, configuration for coalitions are equally weak. Before I elaborate on that, some figures are worth to point out: 5 parties were represented in the 1963 parliament, 8 in 1984, 21 in 2002. In 1984, the three largest parties had 3 seats out of 4 in parliament. In 2007, only 40%. Starting from 1997, the likelihood of a “strong coalition” grew smaller than ever. Coalitions, under formalized conditions, are not meant to be stable when they operate under the rule of a majority, because any junior partner can leave it, thus pulling it apart. And that is particularly true in Moroccan politics. The fact government majority are stable across time in Morocco -as indeed they are- is irrelevant; it is he sheer paradox in their inner composition that should confirms how fragile and volatile they are.

When parliament is not the actual holder of legislative power, and when government does not answer to this very parliament, then there is no need for that body, or rather, there is no need for voting for them. I am quite sure may MPs are of good heart and honourable intentions, but politics is about institutions, ideas and principles. I can see none of those in our بارليمان .

If it is going as usual, I am not voting on September 2012. And I shall derive painful pleasure in watching the Moroccan people given a puppet Prime Minister. You have been warned.