The Moorish Wanderer

Pour l’Austerité Vertueuse

Posted in Dismal Economics, Flash News, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on December 31, 2013

Le Projet de Loi de Finances 2014 a consacré pour la première fois depuis les années 1990 des mesures que l’on peut considérer comme relevant d’une politique d’austérité enfin assumée. A part les objections valides sur l’échec à présenter une politique de consolidation équitable, il est difficile de préconiser autrement, dans un contexte d’essoufflement des politiques de relance et de détérioration de la position nette extérieure du Maroc.

Paradoxalement, les sources de la croissance économique sur la décennie passée sont à l’origine des problèmes actuels: depuis 2000, la consommation de biens importés domine systématiquement la production locale. L’immersion de plus en plus marquée du Maroc dans les flux d’échanges de biens et services, illustrée par les nombreux accords de libre-échange signés par le pays, en attestent. En un sens, il est normal d’anticiper par la suite un choix marqué chez les consommateurs vers les produits importés, plus variés, plus convenables, moins cher, et peut-être plus simplement, plus disponible.

XM_IRFCeci n’est pas particulièrement préoccupant, si ce n’est que notre capacité à fournir la consommation des ménages d’autres pays qui se dégrade sensiblement, et à côté, un déclin sensible dans la production industrielle locale: ceteris paribus, une augmentation mensuelle de 1% de la demande domestique pour les biens importés entraîne une détérioration de la production industrielle de 5.4%, bien plus que l’effet bénéfique sur une période analogue d’une demande extérieure, soit 4.7%, une différence due à la persistance plus longue du premier par rapport au second.

Plus simplement, le graphe montre l’arbitrage constant qui détermine notre compétitivité, et explique la source de nos problèmes: nos importations sont des concurrentes directes de la production industrielle domestique, et nous ne sommes plus assez compétitifs pour nous permettre le train de vie actuel.

La mention du déclin de l’appareil industriel n’est pas une nostalgie déplacée: les secteurs manufacturiers sont reconnus générer des opportunités d’emploi assez stables dans le temps, mais aussi, et peut-être plus important, de générer des effets d’apprentissage qui permettent de passer graduellement vers des technologies et des biens plus sophistiqués. En ce sens, l’ouverture du Maroc sur le monde a mis à nu la faible compétitivité de l’appareil industriel domestique, affaibli d’autant plus par le vigueur des importations de biens consommables. Qu’a fait le Maroc depuis les années 2000? De nombreuses politiques sectorielles ont été annoncées, puis appliquées. Le comportement de la production industrielle sur les vingt dernières années suggère un échec retentissant.

Quelle solution alors?

Durant les années 1990, la contribution du résidu de Solow, en clair l’effet-productivité dans la croissance du PIB a été négative, un signal qu’il y a eu un effet de “dés-apprentissage” dû à la désagrégation du système productif pré-crise lors des années 1980. “The Great Unlearning“, un papier passionnant sur les raisons potentielles du retard de l’Italie par rapport à d’autres pays de la zone Euro, comme la France ou l’Allemagne. Les conclusions des auteurs suggèrent l’inexistence d’incitations propres à motiver la force de travail comme étant une raison pertinente. Il est probable que des raisons additionnelles devraient être discutées, comme l’effet de la taxation sur le taux de participation de la population active sur le marché du travail.

Le principe d’une politique d’austérité vertueuse est basé sur l’arbitrage entre une croissance affaiblie sur le court et moyen terme, et l’amélioration des perspectives sur une période temporelle plus longue, en apurant l’économie dans son ensemble des comportements (et incitations) qui conduisent aux difficultés auxquelles nous faisons face actuellement. Cela signifie aussi prendre des décisions potentiellement impopulaires – encore que d’autres mesures d’austérité peuvent équilibrer le programme de consolidation en produisant des effets d’équité fiscale, par exemple. On se propose donc de comparer l’évolution de trois instruments de politique fiscale sur des agrégats d’intérêt.

I. Politique Fiscale:

sous certaines conditions, la taxe la moins “intrusive” à la disposition du gouvernement est l’instrument de la TVA (par abus de concept, toutes les taxes sur la consommation inscrites au BGE) car les ménages peuvent ajuster leurs habitudes de consommation sans grande incidence sur les fondamentaux économiques. A court terme, une augmentation permanente de la TVA peut pénaliser la croissance, particulièrement lorsque celle-ci devient tributaire de la consommation des ménages. Les conditions d’un effet-TVA vertueux résident dans l’adoption d’une taxe spécifique aux paniers de consommation plutôt que des catégories de biens; sur ce principe, une augmentation permanente revient à pénaliser le consommateur dans sa préférence pour les biens importés ou non échangeables, améliorant ainsi la position nette extérieure de l’économie dans son ensemble. D’autres résultats positifs sont représentés sur le graphe ci-dessous:

Réaction d'agrégats en pourcentage de déviation

Réaction d’agrégats en pourcentage de déviation (ex: réaction initiale de l’emploi à 5%)

Une augmentation permanente dans l’impôt sur la consommation (exprimée ici en taux de croissance) donne des résultats globalement positifs sur l’investissement privé, la position nette extérieure et l’emploi, pour la sphère privée, ainsi qu’un léger déclin dans la population en quête d’emploi. Le raisonnement derrière ces réactions se trouve principalement dans l’effet de substitution qu’exerce la TVA sur les habitudes de consommation, en faveur d’une épargne locale plus importante et donc des plans de production plus ambitieux. Cela revient aussi à réduire la dépendance de la consommation agrégée aux importations. L’effet à court-terme sur le déficit budgétaire est plus ambigu, puisqu’il s’améliore rapidement durant la première année, avant de se dégrader durant les années suivantes, un résultat lié au déclin irrémédiable sur le PIB.

Le choix derrière une augmentation régulière et permanente dans la taxe sur la consommation crée aussi deux mécanismes qui améliorent à long terme la compétitivité du Maroc: dans un premier temps, l’affaiblissement de la croissance du PIB (de l’ordre de près d’un point de croissance) est à mettre sur le compte de la consommation domestique, mais d’un autre côté, les termes de l’échange s’améliorent rapidement durant les premiers trimestres, et se stabilisent à un niveau légèrement supérieur aux performances initiales.

Des résultats similaires mais de magnitudes différentes sont obtenus lorsque le gouvernement décide d’affecter la pression fiscale sur les revenus ou en introduisant une réforme sur les cotisations sociales, sauf pour le chômage, où une nouvelle population devient demandeuse d’emploi – un des indicateurs préoccupants étant le taux d’activité, anormalement bas et recouvrant difficilement de la chute brutale enregistrée aux alentours de 2000. Il serait facile de succomber à la tentation de croire qu’une baisse du taux de chômage serait un bon indicateur, quand une proportion inquiétante de la population en âge de travailler décide (ou est contrainte) à rester en dehors du marché du travail.

II. Politique de Dépenses Gouvernementales

La décision prise en fin d’année d’annuler certaines dépenses d’investissement aura certainement un impact négatif sur la croissance, et les résultats d’études très exhaustives sur le sujet conclut à une mauvaise austérité que de décider d’une réduction, même temporaire, des programmes d’investissements publics, par le double effet qu’ils exercent sur les choix des agents privés et le manque à gagner en matière d’extension de l’appareil productif.

IRF_GIOn constate ainsi que pour une légère amélioration immédiate du déficit budgétaire, des effets négatifs plus importants ou plus persistants dans le temps sont observés sur l’emploi, les flux d’investissement privés (et d’investissements étrangers) s’en ressentent aussi. Il est donc impératif que toute politique de consolidation devrait éviter de céder à la tentation de la facilité de réduire le déficit budgétaire en réduisant son programme d’investissements dans les infrastructures publiques.

III. Contrôle des Dépenses de Fonctionnement

FoncPubL’effort consenti pour le programme de départ volontaire en 2005 a généré une certaine stabilité dans le poids de la masse salariale publique dans le PIB. Cet effet a cependant été rapidement effacé, ironiquement non pas par de nouveaux recrutements (parfois nécessaire pour pallier au départ définitif d’experts) mais par des valorisations importantes des traitements moyens – la masse salariale depuis 1990 a été tirée à seulement 40% par de nouveaux recrutements, et à 30% depuis 2006.

le contrôle des dépenses de fonctionnement revient donc à agir sur deux leviers pour réaliser une bonne politique d’austérité: adopter une approche de contrôle de recrutement – par exemple en annonçant une cible pluriannuelle de postes ouverts, ou présenter de nouvelles modalités de rémunérations qui mettent en ligne le traitement moyen avec les rémunérations offertes dans le reste de l’économie privée.

La dualité entre les deux rémunérations est préjudiciable à l’économie dans son ensemble: sur la période 1990-2012, le traitement moyen a augmenté en moyenne annuelle de 7%, bien plus que l’inflation moyenne de 3% ou encore la croissance réelle du PIB de 3.76% sur la même période. D’autres effets pervers sont à mettre au compte de cette généreuse rémunération:

– Les effets de distorsions sur le marché du travail créés par la disparité de rémunération entre secteurs privé et public entraîne une dépression des salaires privés, ainsi qu’une incitation soit à demander de préférence un emploi dans le secteur public, ou à rester en dehors du marché du travail, au sein de la population inactive mais en âge de travailler.

– La baisse du chômage qui peut suivre un effort de recrutement dans la fonction publique est très relative, et se dissipe très vite dans le temps, tout en créant une charge durable dans le temps, en termes de rémunération actuelle et future, ainsi que des questions de pension de retraites.

– Les distorsions sont plus importantes sur les revenus que sur le recrutement en lui-même, ce qui implique qu’un contrôle efficace et équitable des dépenses de fonctionnement passe d’abord par un gel (en termes réels) de la masse salariale, puis de l’imposition d’une limite sur les recrutements offerts dans la fonction publique. Une réduction forcée de la masse salariale en renvoyant des fonctionnaires, si elle peut servir d’outil de discipline quant aux prestations qu’offre la fonction publique, résulterait d’une augmentation excessive du chômage sans avantages immédiats particuliers.

Ces mesures restent tributaires à la crédibilité d’un programme de consolidation fiscale, mais elles doivent toujours être motivées par la nécessité de faire de l’appareil productif domestique un outil compétitif à l’international. La taille du Maroc ne lui permet certainement pas de se maintenir dans l’état actuel de fuite en avant.

Et si Cinq Années Suffisaient?

Posted in Dismal Economics, Flash News, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on August 22, 2013

…A réformer le système éducatif Marocain? L’idée n’est pas une simple spéculation, mais le résultat de ce qui semble être une situation particulière à l’évolution des dépenses d’éducation et aux modalités de financement de celles-ci.

Dans le contexte du consensus actuel, les problèmes de l’enseignement au Maroc trouvent une réponse partagée à travers le spectre politique, qui est un financement accru pour les deux départements ministériels. Ce fut le cas du programme d’urgence, probablement de futures stratégies, certainement la logique qui a gouverné les politiques passées.

Classement honorable du Maroc en termes de dépenses d'éducation, dans son échantillon de pays à revenus intermédiaire et d'autres groupes.

Classement honorable du Maroc en termes de dépenses d’éducation, dans son échantillon de pays à revenus intermédiaire et d’autres groupes.

Le Maroc n’a pourtant pas lésiné sur les moyens, on ne peut nier cela, surtout lorsqu’on compare la fraction de ressources allouées aux dépenses d’éducation. Le Maroc s’insère très bien dans la moyenne nationale (1970-2011) et celle de la région MENA, dépassé de peu par la Tunisie, l’Algérie et la Jordanie, mais bien devant le groupe des pays à revenu élevé non-OCDE, ou encore les pays à revenus faibles et/ou intermédiaires. Ces résultats pointent vers un seul constat: l’état de l’enseignement au Maroc n’est pas dû à un manque de moyens, puisque nous allouons autant, sinon plus de ressources que le reste du Monde. Et pourtant, lorsqu’on constate que seuls 5% d’une cohorte ont pu décrocher le baccalauréat, et seuls 13% ont pu accéder à l’enseignement secondaire, et plus encore, moins de 4% ont pu continuer leurs études supérieures, il est peut être temps de dire que l’école publique n’est pas si démocratique que cela.

D’autres questions s’imposeront d’elles-même: si une nième politique d’augmentation des ressources est proposée, peut-elle aboutir à des résultats différents?

Supposons que l’effet d’évolution des dépenses d’éducation soit affecté par une dynamique propre aux dépenses gouvernementales, et une autre, fonction de la politique éducative elle-même. Et l’on souhaite faire une évaluation de l’effet d’un effort initial inclus dans cette politique. L’idée étant qu’une ‘bonne politique’ se suffit à donner une impulsion en première période, puis observe les effets sur le temps de celle-ci, l’hypothèse optimiste étant un effet soutenu dans le temps. On souhaite ainsi avoir une estimation de l’effet de cette politique à chaque période, dans le graphe ci-dessous, à un rythme annuel.

Le rapide déclin est dû à la faiblesse de la persistence dans les données historiques.

Le rapide déclin est dû à la faiblesse de la persistance dans les données historiques.

On constate que l’effet de cette politique, nonobstant la taille de l’innovation introduite, disparaît rapidement dès la quatrième année, avec un retour au niveau initial à la cinquième période, soit, comme justement noté dernièrement, la durée de vie théorique d’un gouvernement.

Ce résultat est à la fois une condamnation du modus operandi adopté par le consensus ambiant, et un indicateur que le succès d’une politique n’est pas forcément lié à un horizon temporel: la première constatation de ce consensus est que résoudre un problème de politique publique implique lui transférer des ressources financières. Si ce problème subsiste, l’explication la plus logique dans l’esprit de ce même consensus est de transférer des ressources additionnelles, créant la dangereuse incitation pour les agents impliqués à maintenir le problème en l’état, ou alors en proposant des améliorations très marginales. Le second point est lié à l’hypothèse qu’un gouvernement élu, parce que contraint par des considérations de basse politique, ne saurait délivrer des résultats découlant du long-terme. Et l’éducation est certainement un secteur dont les résultats de politiques sont difficiles à valoriser; cependant, il est indubitable que l’effet quantitatif d’une politique éducative basée sur l’augmentation des moyens s’évanouit rapidement dans le temps.

Mais au-delà de cette dimension temporelle, c’est tout le choix d’appropriation, puis d’utilisation du budget d’éducation: dans l’état actuel, le secteur public (c’est-à-dire près de 80.4% d’écoliers, élèves et étudiants en moyenne sur les trois dernières années)  est principalement financé par des taxes fongibles en quelque sorte, ce qui contraint les choix éducatifs de leurs enfants. Mais si le système perdure, c’est aussi parce que l’alternative n’existe pas: un système entièrement décentralisé, où les parents peuvent diversifier le cursus éducatif de leurs progénitures; c’est d’une part la prédominance d’une doxa rigide qui impose l’uniformisation comme aspect de ce service public, et d’autre part, les symptômes d’un consensus malsain qui transcende les loyautés politiques et partisanes qui ont fait du système actuel une usine de médiocrité. Ce n’est ni l’arabisation, ni la valeur du corps enseignant, ni même l’état de l’infrastructure qui sont responsables du niveau actuel de notre enseignement. C’est le choix malsain de prétendre s’y connaître mieux que les parents eux-mêmes.

En l’occurrence, nous sommes face à deux types de financement de la dépense d’éducation: une taxe fixe prélevée sur la production – une option de financement public, ou bien un transfert fixe dépendant des préférences des ménages dont bénéficieraient leur progéniture immédiate. Cela ne signifie pas que le mode de financement public est mauvais en lui-même, mais plutôt que passé un certain seuil, les dépenses deviennent inutiles; il s’avère ainsi que ce taux est plus proche des 21.3% des dépenses gouvernementales, plutôt que les 27.51% qu’on observe en moyenne. Cela signifie ainsi que la moyenne idéale serait plus proche du montant par revenu national brut dépensés dans les pays à hauts revenus non-OCDE, soit un peu plus de 4%. Ce sont ainsi potentiellement un peu moins de 10 Milliards du budget du Ministère de l’Education Nationale qui ne servent concrètement à rien.

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Note:

La fonction de réaction du second graphe est définie comme suit: \left(\tilde{\rho}\tilde{\alpha}\right)^n\rho,\alpha dénotent respectivement de la persistance de l’effet d’une politique de dépenses publiques d’éducation, et de la persistance des dépenses publiques elles-mêmes. La forme de la courbe sera foncièrement la même pour les valeurs crédibles des deux paramètres, mais l’horizon temporel sera affecté par leurs persistances respectives.

La comparaison entre dépense publique et privée revient à formuler celle-ci soit comme étant l’allocation d’une recette fiscale, soit e_t = \tau w_th_t\tau est le taux empirique moyen de prélèvement sur les revenus disponibles. D’un autre côté, la dépense privée est formulée plutôt comme ceci: \phi = (1+\gamma)(1+\theta)-1\theta, \gamma  dénotent respectivement du degré de patience des ménages et de leur altruisme vis-à-vis le bien-être des générations futures. Le taux ‘optimal’ est calculé sur la base de valeurs stationnaire pour le revenu disponible et des calibrations usuelles estimant la patience et l’altruisme des ménages, la valeur maximale de ce dernier donne un taux optimal de dépense d’éducation de 4.1% au lieu des 5.3% actuels.

La Pression Fiscale sur les Classes Moyennes

Posted in Dismal Economics, Flash News, Moroccan Politics & Economics, Morocco by Zouhair ABH on December 6, 2012

(Résumé Succinct du dernier blogpost)

Les revenus des ménages au Maroc suivent une certaine distribution qui concentre les revenus J’utilise une distribution log-normale, une densité de probabilité qui se prête très bien à la modélisation des revenus. Elle fournit plus d’information que la distribution exponentielle car elle compte deux arguments, où \exp \mu est le revenu médian, et \sigma l’écart type de la distribution, qui peut servir d’indicateur d’inégalités, et un levier d’action pour une politique gouvernementale visant une plus grande équité des revenus.

f(x)=\frac{1}{x{\sqrt{2\pi \sigma }}}e^{-\frac{(\ln x - \mu)^2}{2\sigma^2}}

L’idée est de donner une interprétation quantitative de l’impact généré par l’augmentation du revenu médian; ici, il s’agit de supposer que les individus aux revenus par exemple très proches du revenu médian à gauche (c’est-à-dire au revenu légèrement en dessous de la médiane) peuvent améliorer marginalement leurs revenus en s’approchant de cette médiane. La solution proposée fait appel à un développement de Taylor autour de la médiane, et dont le résultat permet de décomposer les effets anticipés:

1/ un effet mécanique sur le revenu médian: la médiane sera d’autant plus affectée que les revenus très proches varient autour. Cette variation est mise en perspective par rapport à la dispersion des revenus (on observe que plus la variation du revenu médian positif est importante, plus l’effet d’inégalité est affaibli)

f(x) = \dfrac{\partial(\left | \exp \mu \right |\sigma \sqrt{2\pi})^{-1}}{\partial \exp \mu}=\frac{\dot{\exp \mu}}{(\exp \mu) \sigma\sqrt{2\pi}}(x-\exp \mu)

2/ pour un bénéfice suffisamment large, le bénéfice agrégé pour les ménages immédiatement proches de la médiane est strictement positif. Lorsqu’il s’agit d’un seul ménage, l’impact sur l’ensemble de la distribution est nulle, mais l’effet est significatif lorsqu’il s’agit d’une population plus importante.

Le deuxième point était une démonstration de l’inefficacité du système actuel de taxation, les tranches d’impôts étant responsable d’un effet loupe qui affecte une pression fiscale disproportionnée au fur et à mesure qu’un revenu tend vers la limite de sa tranche marginale. L’exemple donné étant celui d’un revenu proche de la médiane: un revenu imposable annuel de 78,000 dirhams – une augmentation modérée de 4% (ou 3,000 dirhams par rapport à la médiane) le système présent taxe  940 dirhams des 3,000 augmentés, soit un taux marginal de 32% pour une augmentation de 4%.

Dans une perspective politique, les récentes réformes fiscales introduisant de facto de nouvelles tranches marginales se heurtent à la question suivante: si cette nouvelle levée d’impôt était faite dans un objectif d’équité fiscale, pourquoi ne pas contrebalancer (partiellement ou totalement) cette augmentation avec une réduction d’impôt pour les ménages aux revenus annuels entre 60,000 et 80,000 dirhams? Ou bien (ce qui me semble plus plausible) cette augmentation d’impôts était une mesure destinée à maximiser les recettes fiscales pour parer à une consolidation draconienne.

Ne Jamais Présenter de Programme Gouvernemental Déchiffrable sur Une Feuille de Calcul

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on October 29, 2012

(dixit Joshua Lyman, de la série ‘The West Wing‘)

Il m’a fallu un peu de temps avant de compiler correctement ces chiffres, et pour cause: l’objectif avoué du Gouvernement à réduire le déficit à moins de 3% en 2016, couplé avec une croissance moyenne attendue de 5.5% pour les cinq prochaines années me semblait tellement fantaisiste, tellement optimiste au vu des limites de l’appareil productif de l’économie marocaine et de la détérioration de la conjoncture économique, mondiale et en particulier chez l’Union Européenne. Le tableau suivant reprend les projections des postes les plus importants en Milliards de dirhams

    |        |       |       | Pression|Charge   |       |      |       |
 Y  |  PIB   |Deficit|  CdC  | Fiscale |Fiscale  |  TVA  |  IR  |  IS   |Emprunts
----+--------+-------+-------+---------+---------+-------+------+-------+--------
2012|  813,21|  -49,6|  46,53| 149,04  |37.397,87| 53,457|28,959| 41,543| 84,979
2013|  848,18|  -45,0|  47,88| 156,48  |38.170,02| 56,726|32,947| 42,538| 85,896
2014|  905,46|  -40,7|  49,27| 165,70  |39.314,39| 62,851|35,273| 47,989| 86,823
2015|  966,60|  -35,8|  50,70| 176,89  |40.793,33| 67,664|37,974| 51,664| 87,760
2016| 1031,88|  -29,9|  52,17| 188,83  |42.352,61| 72,802|40,858| 55,587| 88,707

Mais non, le projet de Loi de Finances pour 2013 semble passer outre ces contraintes exogènes, et table sur une croissance de 4.5% (proche des 4.3% initialement prévus par le FMI) ce qui suppose une croissance proche des 6.6% pour les années 2014-2016. Pour une fois, je préfère publier les données brutes plutôt que de les mettre en graphe, car il me semble nécessaire d’avoir un ordre de grandeur en tête, plutôt qu’une tendance illustrée. A noter que ces chiffres sont calculés avec l’hypothèse farfelue que notre gouvernement préfèrera s’installer dans le status-quo douillet plutôt que de s’attaquer à un vrai plan de consolidation fiscale de contrôle des dépenses de fonctionnement, et un relèvement des recettes fiscales, notamment en abolissant les différents traitements spéciaux, et en élargissant l’assiette.

Quelques mots peut-être sur le calcul de ces chiffres:

– PIB: le calcul se fait sur la base du taux de croissance moyen prévu pour la période 2012-2016. Plus particulièrement, les taux de croissance pour la période 2014-2016 sont calculés sur la base du résidu nécessaire à cumuler pour obtenir une moyenne géométrique de 5.5% de croissance par an

– Déficit: calculé sur la base des projections prévues dans le document officiel présenté au FMI pendant l’été dernier, en prélude à l’attribution au Maroc d’un soutien face à ses difficultés de balance de paiement, le PLL.

– Caisse de Compensation (CdC) : une hypothèse avancée sur la base de réformes cosmétiques, qui se traduiraient par une dépense cumulée de 200 Milliards sur la période 2013-2016, soit une croissance annuelle moyenne de près de 3% des dépenses de la Caisse de Compensation – en ligne avec la croissance de la consommation finale des ménages.

– Pression Fiscale: L’intuition économique serait de retenir les impôts distortionnaires (ce qui exclut des recettes fiscales les taxes celles relatives aux droits de timbre et d’enregistrement) essentiellement la TVA (TIC inclue) l’Impôt sur le Revenu et l’Impôt sur les Sociétés – soit une pression fiscale moyenne de 18.3% du PIB

– Charge Fiscale: la charge fiscale est calculée sur une base de contribuables agrégés en unité de ménage urbain dont le revenu est supérieur à 30,000 dirhams annuels.

– Emprunts: calculés sur la base du PLF 2013 et en accord avec la projection de déficit, et sur la base de la progression des dépenses de fonctionnement.

La Dette, Un Mécanisme Infernal

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on August 23, 2012

ou qui risque de l’être si on en ignore le développement.

D’une manière générale, un gouvernement finance son budget en levant des taxes diverses, et en empruntant auprès des banques et des particuliers; la Trésorerie Générale du Royaume, le guichetier du gouvernement pour ainsi dire, n’est pas une exception à la règle.

Au delà du côté religieux délicat de l’emprunt et du prix de son loyer, l’intérêt, la dette publique est une sorte d’emprunt sur le futur; en fait, elle peut même être assimilée à un impôt: il est encaissé sur des revenus futurs, et sera ensuite restitué lorsque le terme de cette dette arrive à échéance. Et plus cette période est allongée sur le temps, c’est-à-dire, plus la maturité des Obligations du Trésor est longue, plus l’Etat est confortable dans sa gestion de la dette.

Source: Bulletin mensuel de statistiques des finances publiques – Juillet 2012

Lorsqu’on examine les dernières données disponibles sur l’état des finances publiques, on note que 95% de la dette publique contractée auprès d’agents domestiques (donc dette intérieure) a une maturité supérieure à 2 ans. Observons par exemple, que les dettes à très court terme -celles de 39 à 44 jours- sont remboursées durant l’année.

Ce genre d’emprunt relève plus de la gestion du besoin de financement, et les montants impliqués sont généralement peu élevés; un indice utile pour jauger la solidité des finances publiques et d’observer le volume de ces emprunts à court terme, en absolu (comparés au total des souscriptions) ou progression temporelle. Par exemple, le Bulletin mensuel de Juillet 2005 démontre que, pour un stock initial de dette à court terme, la cadence de remboursement imposait une réduction du stock de la dette. En 2005 donc, la Trésorerie notait un désendettement des finances publiques, en tout cas pour le financement immédiat. De plus, ces maturités représentaient près de 9% du stock de la dette publique domestique.

En comparant les données actuelles à celles d’il y a 7 ans, on observe que si la part du financement immédiat a été réduite de moitié, la cadence de souscription et de remboursement a augmenté sensiblement, ce qui traduit une certaine tension sur la gestion quotidienne, et que les euphémismes employés dans le bulletin cachent peu. Alarmiste? non. Préoccupé? Toujours.

Préoccupé car l’identité comptable qui conditionne les équilibres budgétaires est potentiellement mise à mal dans ses trois termes. Faisant l’économie (huhu) d’une explication abstraite, la progression de la dette vient en complément de la différence obtenue entre les recettes fiscales et les dépenses, ces dernières englobant le service de la dette et les autres dépenses (investissements, traitement des fonctionnaires, dépenses de matériel, et le déficit aussi) avec:

D_{t+1} = (1+r_{t,D})D_t + G_t - F_t

D_{t+1} est le stock futur de la dette (dans notre case t+1 sera 2013) D_t est le stock actuel (2012), et F, G respectivement les recettes fiscales (Taxes) et les dépenses autre que le service de la dette (Gouvernement). le terme d’apparence complexe, r_{t,D} est le taux d’intérêt, qui est fonction du temps et surtout du stock de dette actuelle.

Considérez l’analogie suivante: vous êtes client chez une banque, et vous avez déjà contracté des crédits pour de l’électroménager, une voiture, et un crédit immobilier. Vous souhaitez contracter un nouveau crédit pour une résidence secondaire. L’intérêt que la banque vous demandera pour ce nouveau crédit (si octroyé) prendre en considération votre stock de dette chez l’établissement en question. De même, la durée de remboursement de ce prêt aura un impact distinct sur le taux du crédit envisagé.

D’apparence simple, cette égalité est cependant très utile à comprendre les contraintes de la politique budgétaire: un gouvernement peut facilement céder à la tentation d’augmenter ses dépenses, et pour s’affranchir de la décision souvent impopulaire de financer (intégralement ou partiellement) ces dépenses par de nouveaux impôts, préfère recourir à l’emprunt. Est-ce une mauvaise chose que d’emprunter? Pas toujours. Et pour le Maroc, cela n’avait pas beaucoup d’incidence dans les années avant 2008.

Lorsqu’une économie est en expansion, la liquidité disponible chez les banques et les particuliers tend à s’accroître. C’était le cas du Maroc entre le début de 2002 et 2009, et dans ce cas de figure, l’endettement domestique était une solution pertinente pour absorber une partie de cette liquidité, et une politique convenable pour éviter ainsi des hausses d’impôt. Depuis 2008 cependant, l’accroissement de l’agrégat M3 -la mesure large de cette liquidité- commença à marquer le pas. Le Trésor se trouvait ainsi en concurrence directe avec des entreprises privées pour financer leurs activités respectives. Ce cas de figure, où la dette publique confisque une liquidité rare à son profit, est généralement appelé l’effet d’éviction.

Jusqu’à présent, l’évolution du stock de dette ne semble pas avoir d’incidence sur le taux d’intérêt exigé par les agents disposant de liquidités qu’ils souhaitent placer dans des obligations publiques. Les données publiées chez Bank Al Maghrib permettent de calculer une augmentation modérée de moins d’un pourcentage de point entre 2011 et 2012, et nous sommes loin, très loin des taux observés durant les années 1990.

‘C’est grave Docteur?’ non. Mais ce sont les effets de faiblesses structurelles qui menacent la stabilité budgétaire, et partant, celles de l’économie en entier. Example: à marée haute, les rochers ne représentent pas de danger pour les navires cabotant sur les côtes. Lorsque le niveau de mer baisse, ces rochers, soudainement très réels et visibles, deviennent de véritables écueils dangereux pour la navigation. Ces dangers, pour le Budget et le Trésor sont nombreux: pour n’en citer qu’un seul, le système fiscal actuel est compliqué (pour un pays émergent supposé attirer les flux d’investissements) mû par une logique administrative (je dirais même, bureaucratique) qui ne récompense pas l’activité économique productive. De plus, l’adage traditionnel de ‘baisser les taux, élargir l’assiette’ est allègrement ignoré. Le prochain post listera quelques chiffres sur qui paie quoi dans ce pays.