The Moorish Wanderer

Une Théorie du Jeu des Coalitions

Posted in Flash News, Intikhabates-Elections, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on October 20, 2013

Maintenant que la nouvelle coalition gouvernementale est en place, je me dois d’expliquer l’inadéquation d’un pronostic présenté dans un post précédent sur la non-crédibilité du retrait de l’Istiqlal de la coalition post-Novembre 2011. L’argument s’articulait sur un arbitrage portefeuilles ministériels et majorité parlementaire, qui a été invalidé précisément par la distribution des maroquins dans le gouvernement Benkirane II. D’autres hypothèses attachées à la formulation de la théorie (un jeu en une seule période plutôt qu’à coups successifs) se sont aussi avérées défectueuses.

Malgré tout je persiste à soutenir que les interactions du champ politique marocain se prêtent très bien à une modélisation faisant intervenir des mécanismes de comportements rationnels, même si la réalité ne semble pas à priori, exhiber une logique rationnelle dans les comportements de nos politiciens. Ce décalage est à mettre au compte du jeu politique lui-même, sans pour autant remettre en cause l’application systématique de ces principes décrits plus hauts.

Il est toujours intéressant d’observer quelques données empiriques issues des diverses élections législatives tenues depuis 1963: après tout, l’expérience des coalitions gouvernementales précédentes contient suffisamment d’informations quant aux habitudes de négociation des politiciens dans la formation de la majorité, et ce abstraction faite des limitations de la campagne électorale ou de la validité des résultats eux-mêmes; On peut convenablement considérer les tailles des différents groupes parlementaires ex nihilo pour la principale raison que le gouvernement doit se mettre à l’abri de motions de censure, ou encore de votes adverses sur des projets vitaux (comme la Loi de Finances).

Une brève estimation du lien entre majorité gouvernementale et divers facteurs, comme le nombre de membres de la coalition, l’identité partisane du Premier Ministre (ou Chef du Gouvernement) l’identité partisane du Parti leader dans la coalition majoritaire, et enfin le nombre de partis représentés dans l’hémicycle.

Le cas simple d'une représentation bipartite illustre l'effet disproportionné d'un éclatement de la représentation en parlement

Le cas simple d’une représentation bipartite illustre l’effet disproportionné d’un éclatement de la représentation en parlement. La Balkanisation oblige la coalition majoritaire à être plus large, et inévitablement hétéroclite.

Le lien entre la majorité parlementaire et le nombre de partis représentés est suffisamment fort pour donner une justification quantitative à un lieu commun: un parlement éclaté (balkanisé) handicape sévèrement la formation d’une coalition majoritaire. Chaque parti représenté par un seul député est capable de forcer la coalition majoritaire à chercher 4% supplémentaires de sièges. Pour avoir une idée du pouvoir de nuisance qu’exerce une représentation balkanisée au Parlement, un député sur 395 (ou un parti représenté par un seul député) peut forcer la coalition gouvernementale à chercher 16 députés d’un seul groupe (ou d’un seul parti)

De plus, l’identité partisane du chef de la coalition semble avoir un effet significatif sur la composition de la majorité gouvernementale: les partis de la Koutla (USFP et PI) ont plus de difficultés à composer leurs coalitions respectives que les non-Koutla (RNI, UC ou PJD) une probabilité 10% plus élevée à former une large coalition. Différentes raisons expliquent cet écart, mais il est intéressant de noter que si l’on considère les prochaines législatives de 2016 comme une compétition PI/PJD, ce dernier a un avantage additionnel à former plus facilement une coalition majoritaire. Koutla_NoKoutlaOn observe aussi que l’arrivée des partis de la Koutla à la position principale de chef de coalition coïncide avec la multiplication des partis représentés au Parlement, un résultat confirmé par la différence majorité en absolue (abstraction faite de la taille des parlements issues des différentes élections considérées) une moyenne de 13 sièges lorsque l’Istiqlal ou l’USFP étaient chefs de coalition gouvernementale, 50 sièges en moyenne pour les autres partis (FDIC, RNI, UC, PJD) ou lorsque le gouvernement est dirigé par une personnalité apartisane. Il est à noter que l’étiquette partisane du Chef du Gouvernement (ou Premier Ministre) compte peu dans la taille de la coalition gouvernementale, ce qui implique que les interactions de formation de coalitions majoritaires sont principalement liées au degré d’éclatement des groupes parlementaires.

Les résultats décrits suggèrent donc une contrainte supplémentaire pour le parti-leader à former sa coalition, en l’occurrence le nombre de partis représentés au parlement. Dans le cas du PJD, il s’agit de trouver la plus petite combinaison de partis alliés pour obtenir 198 sièges. Paradoxalement, il est plus difficile de réunir cette coalition lorsque le nombre de partis au Parlement est très large; cela explique les difficultés successives de M. Youssoufi en 2002 (et l’échec à former une coalition sous le leadership de l’USFP) ou M. El Fassi en 2007. La première erreur était de sous-estimer l’effet disproportionné qu’exercent les petits partis sur les chances de création d’une majorité stable: si ceux-ci ont peu de chance de faire partie de la coalition elle-même, leur existence affaiblit les plus larges partis dans la taille de leurs groupes respectifs,

Dans l’absolu, trois partis sont suffisants pour réaliser une coalition majoritaire: PJD, Istiqlal et RNI. Or cette coalition est instable car le PJD a une incitation à chercher à diluer la force de ses alliés en proposant à des groupes parlementaires moins importants de les remplacer – de même, les alliés les plus importants dans le coalition gouvernementale peuvent créer des difficultés en faisant un chantage (dont les retombées sont difficiles pour ma part à inclure dans la formalisation proposée)

Chaque coalition formée débouche sur des incitations pour les "nouveaux" alliés (et le chef de coalition) à chercher à la déstabiliser

Chaque coalition formée débouche sur des incitations pour les “nouveaux” alliés (et le chef de coalition) à chercher à la déstabiliser

Comme on peut le voir sur le schéma ci-dessus, la seule solution viable pour le PJD à former une coalition dont il contrôlerait la stabilité est de paradoxalement la diluer en admettant un nombre plus élevé que nécessaire d’alliés, affaiblissant ainsi par l’occasion la viabilité du gouvernement. Le seul cas de figure où une coalition stable est viable serait lorsque le PJD (qui par les règles du jeu de coalition en fait forcément parti) a besoin d’autant de siège que le plus petit allié peut offrir: dans ce cas, c’est avoir 178 sièges pour les 20 du PPS.

Les Objectifs du Gouvernement Benkirane I

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on October 12, 2013

Toujours pas de réponse officielle à une question peu (ou pas) posée: maintenant que nous avons eu un nouveau remaniement ministériel, et au vu de la position de principe du RNI vis-à-vis du programme gouvernemental, l’arrivée d’un allié précédemment membre de l’Opposition parlementaire entraînerait-elle un amendement du programme gouvernemental?

Presque trois ans après sa formation, où en sont les objectifs inscrits dans ce programme? Les aspects particuliers m’intéressant étant:

(a) la croissance du PIB: réaliser un taux moyen de croissance de 5.5% du PIB.

(b) le déficit budgétaire (rapporté au PIB) ramené progressivement à 3% d’ici 2016.

(c) le taux de chômage: avec pour objectif de le ramener à 8% d’ici 2016.

(d) le taux d’analphabétisme ramené à 20% d’ici 2016.

Le dernier point est probablement le plus facile à atteindre, avec très probablement la réutilisation d’un objectif mentionné dans le Rapport du Cinquantenaire:

Par ailleurs, l’un des objectifs fixés par la Charte Nationale d’Education et de Formation est de réduire le taux d’analphabétisme à moins de 20 %, à l’horizon de 2010

Réajuster l’objectif 2010 pour en faire la cible de 2016 permet en effet de réaliser un taux d’analphabétisme de 20%, au vu de la tendance des années précédentes, encore que la probabilité d’y arriver pondère plus un résultat proche des 25%, mais le gouvernement Benkirane I pouvait bénéficier de l’opportunité de la réalisation très probable de cet objectif. A ce niveau cependant, une différence de quelques points de pourcentage compte peu; le lien entre taux d’analphabétisme et richesse par habitant est très ténu, et ce type d’objectifs n’a finalement qu’une fonction politicienne, un signal que l’autorité publique s’occupe des sections les plus défavorisées de la population. Preuve en est que des objectifs toujours ambitieux sont avancés pour éradiquer l’analphabétisme, sans cesse contredits par l’extrême lenteur du déclin de cet indicateur.

Le Taux de chômage est une autre variable qui interpelle l’observateur: le taux de 8% n’a jamais été atteint depuis 1978, et si la tendance actuelle (en tout cas depuis le début des années 2000) est au déclin du chômage, il y a suffisamment de preuves que cet objectif reste très optimiste. Un rapport produit en 2005 par le HCP se proposait d’établir trois scenarii pour l’économie marocaine, et dans le plus optimiste, un taux de croissance proche de 6% donnait un taux de chômage proche de 10%:

Le taux de chômage reste élevé au début de cette période (Scénario d’émergence) en raison, d’une part du rythme de la croissance économique encore modéré lors de la première phase, et d’autre part, du fait que les programmes de promotion de l’emploi, qui seraient adoptés, nécessitent une période relativement longue pour produire tous leurs effets. Néanmoins, le taux de chômage emprunterait une tendance à la baisse vers la fin de cette période pour se situer à moins de 10% en 2015.

Si ces projections optimistes renoncent de facto à une baisse rapide du taux de chômage sur la base d’une croissance extrêmement robuste, il est très peu probable qu’un environnement économique moins favorable (avec une croissance moyenne proche des 4.3% de PIB) non conditionné par des réformes institutionnelles sérieuses, puisse délivrer un taux de chômage proche des 8%, à moins de supposer un retrait progressif des demandeurs d’emploi de la population active. Dans les deux cas, il est illusoire de s’attacher exclusivement à cette statistique, alors qu’un autre indicateur de la vitalité de la force du travail, le taux d’occupation par exemple, dénote d’une situation inquiétante peu discutée.

La croissance prévue dans le plan gouvernemental est plus optimiste que celle prévue par le FMI.

La croissance prévue dans le plan gouvernemental est plus optimiste que celle du FMI.

Dans tous les cas, le Gouvernement Benkirane I aura hérité début  2012 d’un taux de chômage proche de 9.9%, et le quitte à 9.4% (les dernières statistiques disponibles au premier trimestre 2013) cependant, les projections de l’impact des récentes augmentations des prix d’hydrocarbures réduiraient d’un quart la tendance récente de diminution – figeant pour ainsi dire le déclin anticipé dans les statistiques du chômage.

Le taux de croissance du PIB projeté pour la période 2012-2016 est d’une nature plus immédiate, et donc plus malléable aux décisions du gouvernement du moment.

Les prévisions du FMI (pré et post-PLL) supposent une croissance moyenne du PIB aux alentours de 4.5%, en ligne avec les performances enregistrées durant la décennie passée, et beaucoup plus réaliste que la perspective de 5.5% qui semble se baser sur le scénario discuté dans le document HCP mentionné plus haut. Un scénario dit “d’ouverture maîtrisée et de l’émergence” alors même que les conditions implicites de cette croissance ne sont que très rarement réalisées.

A vrai dire, il est plus approprié de comparer la performance du gouvernement Benkirane I avec les résultats obtenus lors des gouvernements précédents – si effectivement 7 semestres semblent insuffisantes pour émettre un jugement quant à l’efficacité du programme économique, une comparaison avec d’autres gouvernements, aux durées de vies disparates, serait une option intéressante:

Croissance_Gouv

Si effectivement M. Benkirane ne figure pas parmi les Chefs de Gouvernement ayant présidé à une forte croissance (il est légèrement en dessous de la médiane) il bénéficie en tout cas de la stabilité du rythme de celle-ci, bien meilleur que MM. Jettou et Youssoufi, dont les mandats respectifs ont couvert une période de conjoncture relativement favorable.

Enfin, qu’en est-il de la promesse de ramener le déficit budgétaire en dessous des 3% de PIB? Cet objectif est d’abord lié à la croissance anticipé dans le plan gouvernemental; sur la base d’une croissance moyenne de 6% du PIB non agricole (l’agrégat fournissant l’assiette principale) converger vers cet objectif est relativement facile puisque la charge représentée par le déficit excessif diminue avec une création de richesse plus importante. Secundo, la question du déficit est conditionnée à moyen-terme par la maîtrise de la Caisse de Compensation.

Le retour progressif à 3% du déficit du PIB semble ainsi être basé sur un maintien de la charge de compensation, ceteris paribus, à moins de 4% du PIB (alors même que cette charge était proche de 6% en 2012) et surtout, une économie soutenue d’une moyenne de 5 Milliards de dirhams entre 2012 et 2016. Les résultats suivantes montrent que pour les deux années de son administration, Benkirane I n’a pas réussi à réaliser ses propres objectifs:

Mds de Dirhams 2011 2012 2013*
Compensation 41,079 55,956 51,060
Solde Ordinaire 6,223 -18,026 -24,335
Déficit -40,504 -62,133 -65,3355
(*) Données Disponibles Août 2013, Annualisées

L’objectif d’un retour à un déficit de 3% (incidemment, la moyenne enregistrée pour 1990-2009) est théoriquement lié à un plafonnement des dépenses de compensation, ainsi qu’une résorption du déficit. Il s’avère que pour la période 2012-2013, il y a eu détérioration du solde ordinaire, un indicateur préoccupant de l’état des finances publiques, ainsi qu’une augmentation (et non une diminution) de 4 Milliards, creusant le déficit au lieu de le réduire.

Cet exercice ne prétend pas fournir un bilan des actions du gouvernement Benkirane I. Il permet cependant de donner quelques éléments qui montrent d’abord que ces choix ont été soit sous-évalués (l’objectif d’éradication de l’analphabétisme) soit grossièrement sur-évalués (la croissance projetée pour 2012-2016) soit en échec alors même que ceux-ci sont supposés être les éléments les plus impopulaires (potentiellement) des choix publics. Dans tous les cas, il y a fort à parier qu’en 2016, les programmes électoraux des partis politiques seront tout aussi détachés de la réalité économique, autant que le “programme permanent” qui nous gouverne.

“Un Vote ne Compte Pas”

Posted in Intikhabates-Elections, Moroccan Politics & Economics, Moroccanology, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on September 14, 2013

Par les temps qui courent, l’observateur serait tenté de conclure qu’effectivement, un vote, un seul, ne signifie rien. Et c’est probablement le cas: et quand bien même ce vote compterait en absolu, l’élu dans le parlement et le gouvernement qu’il soutient ont ils un pouvoir quelconque à améliorer, ou même affecter le bien-être des citoyens marocains?

ad oculos, il n’y a pas de motivation particulière pour un individu à faire l’effort de se déplacer au bureau de vote: pour le candidat, la masse d’électeurs est interchangeable, et il devient plus intéressant de raisonner en termes de blocs de vote. C’est pour cela qu’il subsiste au Maroc des comportements de vote collectif par exemple, d’où aussi l’importance des intermédiaires (Moul Chkara) dans la collecte des voix.

Mais en réalité, les électeurs sont-ils fongibles? Ils ne le seraient que si la représentation du corps électorat est uniforme. Or ça n’a jamais été le cas, d’abord par les différents modes de scrutin adoptés durant le demi-siècle passé, ensuite parce que le nombre de sièges par province/circonscription n’est jamais uniforme, que ce soit au Maroc ou dans d’autres pays, y compris ceux jouissant d’une tradition démocratique représentative.

Il est naturel d'observer que les sièges avantagés représentent une majorité substantielle. Ceux-ci concentrent 40% du corps électoral, mais 60% des sièges locaux.

Il est naturel d’observer que les sièges avantagés représentent une majorité substantielle. Ceux-ci concentrent 40% du corps électoral, mais 60% des sièges locaux.

La moyenne historique a été d’affecter en moyenne un siège par 48.567 électeurs inscrits (les sièges immédiatement élus sur les listes locales) Or cette moyenne n’est pas indicative: de petites circonscriptions sont largement surreprésentées, 29 circonscriptions sur 92 (un peu moins du tiers) concentrent 181 sièges, alors même que celles-ci ne comptent que 40% du corps électoral inscrit. L’hypothèse d’uniformité du corps électoral (“tous les votes sont égaux”) ne se vérifie que pour 10% des sièges, qui représentent bien 10% du corps électoral.

Mais enfin l’argument initial tient toujours: chaque candidat (ou liste candidate) doit disposer d’une certaine majorité, et l’assurance de victoire est conditionnée par un écart substantiel de votes. En l’état, un seul vote ne peut changer grand chose, par exemple dans la circonscription du Chef du Gouvernement: la différence de votes entre sa liste PJD et la liste immédiatement concurrente RNI était de près de 20.000 voix soit une marge de 70% – ou 10% de la population inscrite à Salé Médina.

Le même raisonnement peut être tenu à l’échelle nationale: alors qu’il est statistiquement possible d’obtenir une majorité absolue au parlement avec moins de 20% des adultes (et probablement moins) la force de mobilisation actuelle des partis politiques fait qu’aucune coalition pré-électorale n’est capable de mobiliser 2.36 Millions. Et pourtant, le G8 aura réussi en 2011 à cumuler près de 2 Millions de voix, et 121 sièges – mais, la condition principale du succès de cette coalition n’a pas été acquise – arriver en premier.

Et c’est là que la deuxième notion attachée à l’uniformité du vote est remise en cause: “l’ordre d’arrivée” des votes est déterminant au niveau national au même titre que dans les circonscriptions. L’importance d’un électeur (ou un groupe de taille relativement faible d’électeurs) est plus importante que l’on ne croit.

Pour démontrer cette assertion, on s’intéresse en particulier aux performances électorales du PJD en Novembre 2011: les 85 sièges initialement obtenus exhibent des majorités différentes, surtout pour les circonscriptions où la performance des candidats de ce parti a été inférieure à la moyenne nationale: ce sont ainsi 15 sièges en particulier qui se prêtent à l’analyse.

Circonscription  Votes Pivots  % des Inscrits
Berrechid 3 132 2,14%
Chefchaouen 519 0,33%
Chichaoua 458 0,31%
Fqih Bensalah 2 591 1,83%
Haouz 612 0,29%
Kalaat Sraghna 448 0,22%
Larache 1 529 0,83%
Nador 1 884 0,84%
Sidi Kacem 203 0,10%
Taza 6 270 2,54%
Jadida 1 725 0,62%
Khemisset 791 0,63%
Safi 1 466 0,51%
Settat 592 0,23%
Taroudant 905 0,39%
Moyenne 1 541 0,79%

Le résultat est remarquable: la moitié de l’avance du PJD sur son concurrent immédiat – l’Istiqlal, est déterminée en moyenne par 1.500 votes par circonscriptions. L’ordre d’arrivée des ces électeurs a été extrêmement important dans le mode de scrutin actuel, donnant la possibilité au PJD d’amasser 15 sièges en plus des autres dont les marges étaient plus confortables.

La dépendance d’un candidat à un vote plutôt qu’un autre est par conséquent très hétérogène, et un vote compte bien, dans les circonscriptions qui comptent: sur une population de 3,2 millions ce sont 23.000 électeurs qui auront décidé une partie essentielle de l’issue de l’élection législative – moins de 1%. Plus intéressant encore, un électeur parmi ces 1.500 essentiels vaut soudainement beaucoup plus: en moyenne sept fois plus lorsque le même rapport est calculé pour l’ensemble du corps électoral.

En l’absolu, un individu électeur n’a aucun impact sur la victoire d’une liste candidate sur l’ensemble des circonscriptions, cela reste vrai. Cependant, l’ordre d’arrivée des électeurs de ceux-ci, c’est-à-dire, la différence de votes dans les circonscriptions les plus compétitives pour le parti vainqueur (national ou local) est exagérée au profit d’une poignée de votes. Cela n’est dû ni au découpage territorial, ni au mode de scrutin puisque cet état est observé aussi dans les démocraties représentatives.

Si cet argument est admis, et en supposant un pourcentage à peu près stable dans la composition du corps électoral depuis 2002, alors la petite minorité éduquée, est tout à fait possible de réaliser l’objectif des 2.3 Millions de voix nécessaires pour obtenir la majorité des sièges (et très probablement aussi pour une coalition solidaire, d’arriver en premier) en offrant des voix-pivots représentant 40% des suffrages.

Alternativement, un résultat plus modeste mais non moins réalisable, serait pour chaque circonscription de peut compter un siège arbitré par cette “minorité influente” soit 92 sièges (122 environ sur les 395 en répliquant les résultats agrégés sur les sièges de listes nationales) avec seulement 14% de cette même population que l’on dit minoritaire, ou détachée de la chose publique.

Moroccan Elections for the Clueless Vol.15

The easiest way to remember what a party stands for is, perhaps, to adopt some sort of recognition manual compiling political logos and such.This is especially so, in a country where 44% of adult population cannot read and write; a picture speaks a thousand words, although there are some hidden ideas and symbolism better to be put out there for everyone to see.

As early as 1997, political parties were encouraged to adopt logos instead of pictures -that was eventually put into official use with the 2002 elections. But nonetheless, their choice does try to relate to their identity, ideology or core issues; Here are some parties with their pre-2002 logos.

Koutla Parties

Pre-2002 USFP Logo

USFP- Union Socialiste des Forces Populaires: Ever since its founding convention in 1975, the Socialist party has adopted the European-style “Fist & Rose” that befits its Left-of-Centre credentials and Socialist International member status. Whatever its pre-1997/1998 rethoric about deep structural changes, the party has committed very early on to moderate, even social-democrat policies that sometimes are belied by frequent populist or plain socialist statements by some prominent members ever since USFP turned mainstream.

Official symbol of Socialist International.

The Socialist International (Wikipedia)

But in 2002, the party decides to get rid of the fist and keep the rose; it seems the idea was to ditch the French benchmark -it is worth mentioning that Moroccan socialists kept some close ties with their French comrades, Michel Rocard and Abderrahim Bouabid for instance, were close friends indeed. But that 2002 lifting was perhaps a signal that USFP leadership was more fascinated with the UK Labour Party (whose leader back then managed a second landslide during the 2001 Elections) and thus produced a new logo with the rose alone, purple or pink depending on the circumstances.

If anything, by changing their logo, USFP are perhaps pushing around the idea that not only they have turned mainstream and become good “government coalition” material, they will not challenge the establishment any more; testimony to USFP grandee Mohamed El Yazghi who famously said: “The Makhzen No Longer Exists”

1997 Istiqlal Logo

Istiqlal: It may strike the observe as odd for Istiqlal to adopt the balance as its political logo. The party is notorious for its elitist recruitment, and is frequently associated to Fez and its centuries-long intellectual, financial and political elite, a close environment that has attracted criticism and accusations of nepotism and “family politics”. But the thing is, during the 1970s, Istiqlal ideologues came up with a brilliant concept to attract popularity and votes: egalitarianism.

Istiqlal Founder and figurehead Allal El-Fassi, a Salafi Islamic Scholar and National Movement figure, was at pains to find some suitable strategy efficient enough to block the alluring effects of socialism and Third-World liberation on Moroccan Youth in the immediate years following independence. And then came the idea that every Moroccan is born equal. The concept is too abstract, for it does not come at odds with constitutional principles, or with positions held by other political parties. But it seems there is a sense among Istiqlal High Command that egalitarianism might strike a chord with the electorate. Also, figures like Mhamed Boucetta and Boubker Kadiri for instance, old-guard Istiqlalis and treasurers of “Si Allal” ‘s legacy have maintained that idea all the way, hence the balance symbol. It is as though Istiqlal party has to remind constantly the electorate that they are not the party of the privileged few, a bit like the UK Conservative Party and their “One Nation Conservatism“.

pre-2002 PPS logo

PPS – Parti du Progrès et du Socialisme: the former Communist Party had to chose a neutral symbol for many reasons; contrary to Istiqlal and USFP, PPS had to go through two legal censures (PCM 1960 and PLS in 1968) before it reaches its current form in 1974. From then on, the party has almost reneged on its communist heritage and does sometimes sound a bit like a conservative party on too many issues.

It is a bit strange for them to change the logo so radically from sunshine (or sunset, depending on how one sees it) to an open book. Perhaps the party wanted to emphasis its intellectual roots and revert to more conventional colours (white & blue) Perhaps the ambition for a shining Morocco was cast aside in favour to more down-to-earth issues, to go by the book, so to speak. But overall, the change in logo and political talking points on PPS’ behalf does show a deep re-branding.

OADP - 1997

OADP-GSU-PSU (Organisation d’Action Démocratique Populaire/ Parti-Gauche Socialiste Unifié[e]): First off, PSU is boycotting the election. But one of its ancestors, OADP, has been a Koutla member in 1992, and the candle was kept on as a symbol, but eventually changed progressively in shapes and…numbers.

2002 Logo.

It seems the choice of a candle refers to wisdom, a quest for truth, and underlines one of the core issues heralded by OADP ever since its foundation in 1981: Human Rights. Though it did not participate in the 1997 Alternance Consensuellegovernment, OADP caucus supported on many issues, but eventually joined back opposition after a wide rift on the pace of reforms with

In 2002, OADP merged with three small Radical Left organizations, and then merged with a USFP breakaway in 2005 to create PSU, this time with one candle-again.

“Administrative Parties”

"Haraka Family" pre-2007

MP – Mouvement Populaire & MNP – Mouvement National Populaire: that party has some troublesome history. Originally MP was founded in 1957 as a reaction to perceived Istiqlal hegemony over political legitimacy and administrative control. The “Torch Of Freedom” logo is a reminder of from where MP grandee and founder Mahjoubi Aherdane comes from, as one of the MLA-North leader in 1955. The Moroccan Liberation Army has had a motley of logos and recognition flashes, but one that seemed to create consensus was the Torch of Freedom; in many official visits paid by King Mohamed V to MLA units, their Flag Of Honour (green with golden linings) featured it, many official documents where stamped with it, and so on and so forth.

MNP logo becomes the new MP's in 2005

This MLA legacy is also a response to the Koutla’s favourite criticism of MP and other parties as “Administrative creatures” made up by the Interior Ministry to bar Istiqlal & USFP/UNFP from power. In 1986, Aherdane was kicked out of his party in favour of now MP leader Mohand Laenser; he then proceeded to create his own party (MNP) and chose the Wheat as a symbol to remind voters yet again of MP/MNP’s core constituency, the rural electorate.

In 2002 however, MNP chose to ditch the Torch in favour of the traditional Moroccan dagger -perhaps a younger electorate would not necessarily associate the symbol with MLA since very few heard of it; After the 2005 reunion, the Torch was definitely cast aside, and the rural-oriented Wheat logo was retained.

Pre-2002 RNI logo

RNI – Rassemblement National des Indépendants: these have changed the symbol, but kept the blue colour (somehow associated to conservatism in Europe)

The symbol itself is a bit of a mystery : there’s a flower, and some sort of crescent below; I take it their pre-2002 is some sort of flower of elaborate design they ditched in favour of the more recognizable blue dove. The choice of that particular bird is somehow difficult to read, either as a testimony to the party’s commitment to centrist politics, or as projected image of non-partisan party, a party that puts the good of a nation above that of special interests. On the other hand, the blue colour does denote their commitment to conservative policies, ones they have supported ever since the party was founded in 1978 and in office ever since.

Other party logos will be blog-posted next time.

Head Of Government – Whatever it takes

Two days ago, political Talk-show “Nou9at 3alal 7orouf” (“dotting the i’s”) hosted a strange performance, with outgoing finance minister Salaheddine Mezouar and likely next head of government putting on a show to display his supposedly naked charisma and to collect good marks as an outstanding public speaker. Correct me if I am wrong, but his performance lacked proper preparation, or his spin doctors (if he has any) figured out just right how to go to the earth of the Silent Majority of Moroccan voters.

"One may smile, and smile, and be a villain" (Shakespeare - Hamlet)

By the way, M. Mezouar and many of the other guests did not seem to know much about basic fiscal and economic policy principles, or even worse, the history of their respective parties. Again, I can’t make much out of it, whether their incompetence was guileless or belies some cunning, ruthless political skills. What was clear, however, was M. Mezouar’s eagerness to be the next Head of Government – whatever it takes.

On taxes and debt, the Minister was very evasive, though he did hint to what I already suspected to be the case: piling on the debt and increasing borrowings are paying up for his tax cuts and loopholes; He only hinted to it, so he did not have to justify it, nor did he need to burnish his so-called economic competence skills; Quite the opposite, he persisted in claiming his tax cuts have generated much positive externalities, boasting his record in sustaining Morocco’s GDP growth during the credit crunch and the 2009 global recession to 4.9% (very close to the potential economy growth) when global GDP plummeted -2.04%. He was belittled the potential danger of piling debt to MAD 398Bn, perhaps because he is betting on a robust growth that would outpace borrowings and thus somehow allay its burden on the economy.

An audacious bet indeed, considering the discrepancies in terms of required growth (at least 6%) and what the economy can achieve without triggering excessive inflation or unemployment (no more than 5% for a 2% inflation)

But the show was not about his record at the Ministry. That was road-test leadership bid for the next election; this explains why his message was a motley of sub-signals to various interest groups, especially to the “progressist-modernist” spectrum; he has consistently dropped in not-so-subtle hints that, as a leader of an 8 parties-strong coalition, he will not compromise with moderate Islamist PJD party, basically attacking them over their double-talk on women’s rights and gender equality.

(update: RNI Website uploaded a video of the talk show for everyone to watch)

In fairness, Minister Mezouar can boast RNI’s liberal record and rhetoric spin on these issues, but his attack on PJD has been so agressive, that it was a shame no one reminded him he has embraced Representative  Imam Abdelbari Zemzami‘s PRV party as a coalition member; the same Zemzami who published a pro-necrophilia fatwa not so long ago. Because RNI has been very keen on positioning itself at the centre of the political spectrum, I was expecting M. Mezouar to be tough on law and order; he was not. He sounded like a bleeding heart liberal, denouncing poverty as the roots of all evils of crime, stressing the need for further education to lift up those of our fellow citizens who fell to such depths. Not a word about police force or sentences guidances – quite a curious observation from a self-styled left-wing radical, but there goes my argument: as a right-of-centre moderate, M. Mezouar failed to tune in to the traditional topics of his electorate; he offered the sight of a politician angling for the widest possible consensus to win government leadership. To a petulant PPS co-guest, he says:

I am open to any kind of coalition on the basis of a progressive social agenda

and that was a clear rejection of PJD.

"Smiling Mezouar" no more.

My impression was that Salaheddine Mezouar looked desperate in trying to win over sympathy and become the next Head of Government. He played on all chords: progressive, centrist, even populist, with a pity line that “[his] retired father received only a 400dhs pension” but got caught when a retired from the audience challenged him on raising the minimum pension for a population that suffers most from inflation- he shrugged it off by stating Pension Funds do not fall within government purview. But at the bottom of his beliefs -if he’d ever had any- his policies can be seen through the not-so-clever web of words: downsizing government, cutting taxes for the wealthy and leaving pensions funds to themselves. He did not seem remotely interest in social issues, and on those areas the elected executive has a clear mandate, he is likely to be pushed by the most conservative elements of his coalition to the right.

Overall, his performance, for those with a keen interest in Moroccan politics has been abysmal: he looked tired, he did sound genuine; as a regular tweep (twitter user), I was half-surprised his party’s twitter feed and his supporters did not spin his performance – there was nothing to spin. And that man might well be the next Head of His Majesty’s Government: Bland, with no substance, and no motive but to reach the top of the greasy pole.

Oh Minister, I am still waiting for an answer to my questions