The Moorish Wanderer

Pour l’Austerité Vertueuse

Posted in Dismal Economics, Flash News, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on December 31, 2013

Le Projet de Loi de Finances 2014 a consacré pour la première fois depuis les années 1990 des mesures que l’on peut considérer comme relevant d’une politique d’austérité enfin assumée. A part les objections valides sur l’échec à présenter une politique de consolidation équitable, il est difficile de préconiser autrement, dans un contexte d’essoufflement des politiques de relance et de détérioration de la position nette extérieure du Maroc.

Paradoxalement, les sources de la croissance économique sur la décennie passée sont à l’origine des problèmes actuels: depuis 2000, la consommation de biens importés domine systématiquement la production locale. L’immersion de plus en plus marquée du Maroc dans les flux d’échanges de biens et services, illustrée par les nombreux accords de libre-échange signés par le pays, en attestent. En un sens, il est normal d’anticiper par la suite un choix marqué chez les consommateurs vers les produits importés, plus variés, plus convenables, moins cher, et peut-être plus simplement, plus disponible.

XM_IRFCeci n’est pas particulièrement préoccupant, si ce n’est que notre capacité à fournir la consommation des ménages d’autres pays qui se dégrade sensiblement, et à côté, un déclin sensible dans la production industrielle locale: ceteris paribus, une augmentation mensuelle de 1% de la demande domestique pour les biens importés entraîne une détérioration de la production industrielle de 5.4%, bien plus que l’effet bénéfique sur une période analogue d’une demande extérieure, soit 4.7%, une différence due à la persistance plus longue du premier par rapport au second.

Plus simplement, le graphe montre l’arbitrage constant qui détermine notre compétitivité, et explique la source de nos problèmes: nos importations sont des concurrentes directes de la production industrielle domestique, et nous ne sommes plus assez compétitifs pour nous permettre le train de vie actuel.

La mention du déclin de l’appareil industriel n’est pas une nostalgie déplacée: les secteurs manufacturiers sont reconnus générer des opportunités d’emploi assez stables dans le temps, mais aussi, et peut-être plus important, de générer des effets d’apprentissage qui permettent de passer graduellement vers des technologies et des biens plus sophistiqués. En ce sens, l’ouverture du Maroc sur le monde a mis à nu la faible compétitivité de l’appareil industriel domestique, affaibli d’autant plus par le vigueur des importations de biens consommables. Qu’a fait le Maroc depuis les années 2000? De nombreuses politiques sectorielles ont été annoncées, puis appliquées. Le comportement de la production industrielle sur les vingt dernières années suggère un échec retentissant.

Quelle solution alors?

Durant les années 1990, la contribution du résidu de Solow, en clair l’effet-productivité dans la croissance du PIB a été négative, un signal qu’il y a eu un effet de “dés-apprentissage” dû à la désagrégation du système productif pré-crise lors des années 1980. “The Great Unlearning“, un papier passionnant sur les raisons potentielles du retard de l’Italie par rapport à d’autres pays de la zone Euro, comme la France ou l’Allemagne. Les conclusions des auteurs suggèrent l’inexistence d’incitations propres à motiver la force de travail comme étant une raison pertinente. Il est probable que des raisons additionnelles devraient être discutées, comme l’effet de la taxation sur le taux de participation de la population active sur le marché du travail.

Le principe d’une politique d’austérité vertueuse est basé sur l’arbitrage entre une croissance affaiblie sur le court et moyen terme, et l’amélioration des perspectives sur une période temporelle plus longue, en apurant l’économie dans son ensemble des comportements (et incitations) qui conduisent aux difficultés auxquelles nous faisons face actuellement. Cela signifie aussi prendre des décisions potentiellement impopulaires – encore que d’autres mesures d’austérité peuvent équilibrer le programme de consolidation en produisant des effets d’équité fiscale, par exemple. On se propose donc de comparer l’évolution de trois instruments de politique fiscale sur des agrégats d’intérêt.

I. Politique Fiscale:

sous certaines conditions, la taxe la moins “intrusive” à la disposition du gouvernement est l’instrument de la TVA (par abus de concept, toutes les taxes sur la consommation inscrites au BGE) car les ménages peuvent ajuster leurs habitudes de consommation sans grande incidence sur les fondamentaux économiques. A court terme, une augmentation permanente de la TVA peut pénaliser la croissance, particulièrement lorsque celle-ci devient tributaire de la consommation des ménages. Les conditions d’un effet-TVA vertueux résident dans l’adoption d’une taxe spécifique aux paniers de consommation plutôt que des catégories de biens; sur ce principe, une augmentation permanente revient à pénaliser le consommateur dans sa préférence pour les biens importés ou non échangeables, améliorant ainsi la position nette extérieure de l’économie dans son ensemble. D’autres résultats positifs sont représentés sur le graphe ci-dessous:

Réaction d'agrégats en pourcentage de déviation

Réaction d’agrégats en pourcentage de déviation (ex: réaction initiale de l’emploi à 5%)

Une augmentation permanente dans l’impôt sur la consommation (exprimée ici en taux de croissance) donne des résultats globalement positifs sur l’investissement privé, la position nette extérieure et l’emploi, pour la sphère privée, ainsi qu’un léger déclin dans la population en quête d’emploi. Le raisonnement derrière ces réactions se trouve principalement dans l’effet de substitution qu’exerce la TVA sur les habitudes de consommation, en faveur d’une épargne locale plus importante et donc des plans de production plus ambitieux. Cela revient aussi à réduire la dépendance de la consommation agrégée aux importations. L’effet à court-terme sur le déficit budgétaire est plus ambigu, puisqu’il s’améliore rapidement durant la première année, avant de se dégrader durant les années suivantes, un résultat lié au déclin irrémédiable sur le PIB.

Le choix derrière une augmentation régulière et permanente dans la taxe sur la consommation crée aussi deux mécanismes qui améliorent à long terme la compétitivité du Maroc: dans un premier temps, l’affaiblissement de la croissance du PIB (de l’ordre de près d’un point de croissance) est à mettre sur le compte de la consommation domestique, mais d’un autre côté, les termes de l’échange s’améliorent rapidement durant les premiers trimestres, et se stabilisent à un niveau légèrement supérieur aux performances initiales.

Des résultats similaires mais de magnitudes différentes sont obtenus lorsque le gouvernement décide d’affecter la pression fiscale sur les revenus ou en introduisant une réforme sur les cotisations sociales, sauf pour le chômage, où une nouvelle population devient demandeuse d’emploi – un des indicateurs préoccupants étant le taux d’activité, anormalement bas et recouvrant difficilement de la chute brutale enregistrée aux alentours de 2000. Il serait facile de succomber à la tentation de croire qu’une baisse du taux de chômage serait un bon indicateur, quand une proportion inquiétante de la population en âge de travailler décide (ou est contrainte) à rester en dehors du marché du travail.

II. Politique de Dépenses Gouvernementales

La décision prise en fin d’année d’annuler certaines dépenses d’investissement aura certainement un impact négatif sur la croissance, et les résultats d’études très exhaustives sur le sujet conclut à une mauvaise austérité que de décider d’une réduction, même temporaire, des programmes d’investissements publics, par le double effet qu’ils exercent sur les choix des agents privés et le manque à gagner en matière d’extension de l’appareil productif.

IRF_GIOn constate ainsi que pour une légère amélioration immédiate du déficit budgétaire, des effets négatifs plus importants ou plus persistants dans le temps sont observés sur l’emploi, les flux d’investissement privés (et d’investissements étrangers) s’en ressentent aussi. Il est donc impératif que toute politique de consolidation devrait éviter de céder à la tentation de la facilité de réduire le déficit budgétaire en réduisant son programme d’investissements dans les infrastructures publiques.

III. Contrôle des Dépenses de Fonctionnement

FoncPubL’effort consenti pour le programme de départ volontaire en 2005 a généré une certaine stabilité dans le poids de la masse salariale publique dans le PIB. Cet effet a cependant été rapidement effacé, ironiquement non pas par de nouveaux recrutements (parfois nécessaire pour pallier au départ définitif d’experts) mais par des valorisations importantes des traitements moyens – la masse salariale depuis 1990 a été tirée à seulement 40% par de nouveaux recrutements, et à 30% depuis 2006.

le contrôle des dépenses de fonctionnement revient donc à agir sur deux leviers pour réaliser une bonne politique d’austérité: adopter une approche de contrôle de recrutement – par exemple en annonçant une cible pluriannuelle de postes ouverts, ou présenter de nouvelles modalités de rémunérations qui mettent en ligne le traitement moyen avec les rémunérations offertes dans le reste de l’économie privée.

La dualité entre les deux rémunérations est préjudiciable à l’économie dans son ensemble: sur la période 1990-2012, le traitement moyen a augmenté en moyenne annuelle de 7%, bien plus que l’inflation moyenne de 3% ou encore la croissance réelle du PIB de 3.76% sur la même période. D’autres effets pervers sont à mettre au compte de cette généreuse rémunération:

– Les effets de distorsions sur le marché du travail créés par la disparité de rémunération entre secteurs privé et public entraîne une dépression des salaires privés, ainsi qu’une incitation soit à demander de préférence un emploi dans le secteur public, ou à rester en dehors du marché du travail, au sein de la population inactive mais en âge de travailler.

– La baisse du chômage qui peut suivre un effort de recrutement dans la fonction publique est très relative, et se dissipe très vite dans le temps, tout en créant une charge durable dans le temps, en termes de rémunération actuelle et future, ainsi que des questions de pension de retraites.

– Les distorsions sont plus importantes sur les revenus que sur le recrutement en lui-même, ce qui implique qu’un contrôle efficace et équitable des dépenses de fonctionnement passe d’abord par un gel (en termes réels) de la masse salariale, puis de l’imposition d’une limite sur les recrutements offerts dans la fonction publique. Une réduction forcée de la masse salariale en renvoyant des fonctionnaires, si elle peut servir d’outil de discipline quant aux prestations qu’offre la fonction publique, résulterait d’une augmentation excessive du chômage sans avantages immédiats particuliers.

Ces mesures restent tributaires à la crédibilité d’un programme de consolidation fiscale, mais elles doivent toujours être motivées par la nécessité de faire de l’appareil productif domestique un outil compétitif à l’international. La taille du Maroc ne lui permet certainement pas de se maintenir dans l’état actuel de fuite en avant.

Mawazine, Tourisme et Chiffres

Posted in Dismal Economics, Flash News, Moroccanology, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on May 28, 2013

On m’a proposé l’idée d’explorer l’hypothèse selon laquelle le festival Mawazine (qui se déroule actuellement) n’influe pas vraiment sur le nombre de touristes visiteurs – ou plutôt, que les moyens mis en place pour faire de la publicité à cette manifestation culturelle (y compris les invitations aux différents artistes connus) participent de la promotion de notre pays en tant que destination touristique; auquel cas, le budget Mawazine se justifie complètement, comme un vaste coup média.

Sauf que je n’ai pas souvenir de lire une quelconque analyse sérieuse de ce coût d’opportunité: certes, les budgets marketing dépensés en sponsoring auraient pu servir à construire des hôpitaux, écoles, routes, éclairage public, des diplômés chômeurs dans la fonction publique en plus, mais un argument équivalent peut se faire sur la base d’un raisonnement Trickle Down: la publicité internationale attirera plus de touristes, donc plus de revenus fiscaux, pour les opérateurs touristiques, des créations d’emplois, etc. Et il est probablement plus facile de vérifier cette seconde assertion que la première.

Je préviens le lecteur de suite que je suis très sceptique quant à la validité des résultats présentés ci-dessous: je me suis basé sur un échantillon trop petit – de 1995 à 2010. Malgré la robustesse statistique de ces même résultats, toute critique quant à la pertinence de ceux-ci sera entièrement valide. Je pense néanmoins que si nous raisonnons en termes de coûts d’opportunité et de rendements, il faudra bien commencer à un moment ou un autre à proposer des chiffres, aussi imparfaits soient-ils.

Pour ce faire, j’emprunte aux travaux académiques d’économie du travail une fonction très connue du rendement de l’éducation, et dont la forme serait \ln r_t = \alpha_0 + \alpha_1 z_t + \alpha_2 z_t^2 et j’insiste sur le terme \alpha_2 z_t^2 qui mesure ainsi l’effet marginal des entrées de touristes sur les recettes – car il ne suffit pas de récupérer le maximum de touristes pour augmenter nos recettes du secteur touristique lui-même, il s’agit de faire en sorte que le rendement potentiel du visiteur non-résident potentiel reste le plus élevé possible.

légère inflexion dans les recettes touristiques vers 2008-2009, mais le nombre d'entrées est toujours en croissance

légère inflexion dans les recettes touristiques vers 2008-2009, mais le nombre d’entrées est toujours en croissance

Et c’est là que toute la discussion devient importante: comment peut-on contrôler l’impact de Mawazine dans la relation décrite plus haut? après tout, il est difficile (peut-être impossible) de contrôler pour un évènement présent, surtout que la tendance des rentrées en revenus et de touristes est robuste dans leurs croissances respectives.

Que se passerait-il si on décidait d’intégrer l’évènement d’organisation de Mawazine dans le petit modèle sans forcément faire apparaître le terme? Je m’explique: une régression standard lie directement les revenus touristiques au nombre de rentrées, avec un terme capturant le rendement des arrivées de touristes, abstraction faite de l’organisation du festival. On se propose d’intégrer Mawazine comme instrument – c’est-à-dire une variable sans lien direct à priori avec l’évolution des recettes, mais influençant les rentrées de touristes.

----------------------------------------------
    Variable | OLS_NoMawazin    GMM_Mawazin   
-------------+--------------------------------
     arrival |  .67609406***    .71855215***  
  arrival_sq | -.03344045**     -.0374711***  
       _cons |  19.546418***     19.46791***  
-------------+--------------------------------
          r2 |   .9641003       .96265975     
        r2_a |  .95857727        .9569151     
----------------------------------------------
      legend: * p<0.05; ** p<0.01; *** p<0.001

Premier constat, l’effet aléatoire (ou présumé comme tel) sous Mawazine est légèrement supérieur à la régression standard, ce qui laisserait à supposer un effet de traitement positif – mais dont le différentiel est très faible, assez faible en tout cas pour douter de la validité de l’hypothèse selon laquelle un festival aux invités prestigieux sert l’image du royaume, et donc son secteur touristique.

La différence de coefficient dans le second modèle (GMM_Mawazin)  par rapport au premier, est expliquée par l’introduction de l’évènement Mawazin dans le calcul du rendement des arrivées en termes de revenus d’activités touristiques. Or en testant les deux valeurs 3.34% et 3.74% on découvre qu’il est très difficile de conclure à une quelconque différence statistiquement significative, ceci sans oublier le fait que l’échantillon est excessivement petit pour en tirer une conclusion définitive.

"L'inflation" du budget annuel du festival met en difficulté son effet vertueux sur le rendement touristique

“L’inflation” du budget annuel du festival met en difficulté son effet vertueux sur le rendement touristique

Voici donc un résultat qui ne plairait probablement pas au Ministère du Tourisme, et que les auditeurs des entreprises participantes de leurs budgets Marketing respectifs pourraient utiliser pour discuter du rendement effectif de leur sponsoring: certes, le rendement estimé pour “l’effet Mawazine” se vérifie sur le rendement touristique, mais ce résultat est tellement fragile qu’il ne vaut certainement pas le budget annuel alloué à cet évènement. Pour ce faire, on se permet de comparer les courbes respectives de rendement pour un modèle sans effet Mawazine, et l’autre avec le festival comme instrument – la valeur initiale sera la même afin d’isoler plus exactement l’influence du festival, puis avec un niveau initial inférieur prenant en compte l’évolution moyenne annuelle du budget du festival.

On remarquera ainsi que sous hypothèse d’un différentiel significatif, le festival n’atteindrait son objectif que si son coût de fonctionnement reste constant, ou en tout cas, enregistre une croissance modérée – et cela ne semble pas être le cas.

Cette critique n’est pas particulièrement orientée contre l’organisation de Mawazine (un bien bon festival dans ses éditions initiales en tout cas) mais plutôt la conclusion que plusieurs initiatives – dont plusieurs s’insèrent dans les fameux Grands Chantiers– se parent d’un pseudo-calcul de coût d’opportunité, alors que le résultat statistique est pour le moins peu probant. Pour une fois que l’approche technocratique se met vraiment au service du citoyen, autant en profiter.

10 Milliards et Un Seul Objectif

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on February 20, 2013

Entre 2006 et 2010, l’Etat aura dépensé un budget cumulé de 10 Milliards de dirhams pour lutter contre la pauvreté, l’exclusion sociale et, in fine, réduire les inégalités sociales. 10 Milliards pour une population qui reste encore à définir en quantités. La première question qu’on se poserait, maintenant que le programme a été bouclé: le revenu des ménages pauvres s’est-il amélioré sur la période? En d’autres termes, serait-il possible de comparer d’évolution du revenu par ménage pour cette population, au transfert théorique des 10 Milliards.

Intéressons-nous particulièrement au décile le plus défavorisé, c’est à dire aux 10% des ménages les plus pauvres, chaque année sur la période 2005-2010. Alternativement, on peut faire la même comparaison pour les ménages en dessous du seuil de pauvreté relative (c’est-à-dire les ménages touchant un revenu inférieur ou égal à 50% ou 60% du revenu médian)

Selon les données publiées sur le site de l’INDH, les 10 Milliards ont été distribués annuellement avec une croissance annuelle de 10% chaque année, passant de 1.5 Milliards de dirhams, à 2.5 Milliards. D’un autre côté, la population-cible a augmenté de 580.000 en 2006 à 651.000 en 2010. En cumulé donc, le transfert théorique par ménage du programme serait de l’ordre de 15.000 à 16.200 dirhams par ménage sur 5 ans. Cette somme représente le montant de transfert théorique dont bénéficierait le ménage.

En observant les grands aggrégats de l’économie nationale, on observera aussi que le Revenu National Brut Disponible entre 2006 2010 a augmenté, en moyenne, de 9.38% (ou 3.31% lorsqu’on calcul le revenu par ménage) d’un autre côté, l’évolution du revenu par ménage du décile inférieur sur la même période a été sensiblement proche (3.29% en moyenne annuelle) on peut donc supposer que de ce point de vue, l’écart des revenus pour cette population n’a pas été trop défavorable.

la croissance stable des transferts théoriques n'arrive pas à lisser les fluctuations de revenus pour la couche la plus défavorisée

la croissance stable des transferts théoriques n’arrive pas à lisser les fluctuations de revenus pour la couche la plus défavorisée

Le graphe reprend l’évolution du transfert théorique versus l’évolution de gains de revenus pour le dernier décile. On observe que pour un budget INDH moyen par ménage croissant, la fluctuation des revenus de ces même ménages n’est pas plus lisse que celle des années précédentes.

L’argument en faveur des dépenses engagées par le programme de l’INDH devrait se mesurer surtout au lissage des gains de croissance qui bénéficient aux pauvres, et ensuite au montant moyen de transferts exigés pour sécuriser cette croissance. Prétendre que l’INDH déboucherait à une diminution (de moitié) de la pauvreté absolue n’aurait pas de sens, à moins de considérer que l’existence de populations très pauvres au Maroc est très coûteux, plus coûteux que d’opérer des transferts directs à ces populations. Car dans l’absolu, il ne s’agit pas tant d’obtenir un résultat (la réduction du taux de pauvreté en absolu)  que de maximiser le rendement de chaque dirham alloué au budget de lutte anti-pauvreté. Les résultats prime facie indiquent que pour chaque dirham dépensé dans le cadre de l’initiative s’est traduit par un gain par ménage de 20 centimes. Nous sommes en droit de se demander si ce programme a été efficace en termes budgétaires.

Les objectifs principaux de l’INDH, ceux en définitive qui auront capturé l’essentiel des financements alloués, correspondent à des programmes dont l’issue attendue serait celle d’une réduction de la fluctuation des revenus de la couche défavorisée: la définition même de la précarité étant l’impossibilité, pour un agent donné, d’anticiper l’évolution future de ses revenus. Le succès d’un programme de l’INDH serait, de prime abord, de réduire cette incertitude. Dans le cas présent, l’indicateur de succès serait donc l’évolution de la volatilité relative du revenu des ménages appartenant aux couches les plus défavorisées. Un succès devrait montrer une réduction de la volatilité relative au bénéfice des ménages-cibles.

l'écart est calculé comme le rapport de la volatilité du revenu du dernier décile sur celle du revenu médian par ménage.

l’écart est calculé comme le rapport de la volatilité du revenu du dernier décile sur celle du revenu médian par ménage.

Le deuxième graphe montre bien une rupture par rapport à la tendance lourde de creusement des inégalités face à l’incertitude des revenus futurs. Il serait donc honnête de reconnaître cet aspect au programme INDH: entre 2006 et 2010, l’écart a bien été quasi-constant. Néanmoins, lorsqu’on compare les gains obtenus pour les ménages les plus défavorisés par rapport au coût global, on observe que le gain cumulé pour les ménages défavorisés de la réduction de l’incertitude-revenu a été d’un peu moins de 230 Millions de dirhams – le rendement cumulé au bien-être social de l’INDH a donc été de 2.3%.

Ce chiffre est différent du premier résultat, car il dénote d’une quantification de l’amélioration du bien-être des ménages du dernier décile. Il est cependant ironique d’observer que le résultat aurait été exactement le même si le gouvernement avait décide d’affecter directement cette somme (230 Millions) aux ménages directement pendant cinq ans. Le trait est certainement forcé, puisque plusieurs programmes sont en fait des investissements de micro-projets (donc générant des revenus plutôt stables et indépendants de l’assistance perpétuelle des autorités publiques) mais enfin il serait intéressant de noter que l’écart d’incertitude du revenu a redémarré en 2011, une assertion qu’il s’agira de vérifier lorsque les agrégats pour 2012 et 2013 seront arrêtés.

Le bénéfice social étant sommes toutes marginal commensurable aux efforts déployés, nous sommes en droit de nous poser la question qui fâche: étant donné que ces transferts débouchent sur un jeu à sommes nulles, qui sont les populations mises à contributions? Il peut être ainsi suggéré que la classe moyenne, contribuable captif par excellence, aura été la plus grande contributrice de ce vaste projet de justice sociale, peut-être même le bouc émissaire de celui-ci.

Note technique:

Les résultats obtenus (pour ceux qui s’y intéresseraient) sont calculés à partir d’une densité de distribution des revenus calculée comme suit:

f(w) = \int_{0}^{\infty} \lambda \exp{-\lambda~x} \textup{d}x

avec le revenu moyen \dfrac{1}{\lambda}

Le revenu de la population défavorisée est calculé sur la base de la probabilité d’appartenance au dernier décile, ou encore de réaliser \mathbb{P}(w<x) = .1

La volatilité de la croissance du revenu pour une classe sociale donnée est calculée comme un écart type sur l’historique des variations depuis 1955 jusqu’à la date t: \sigma_{t,i}= \sum\limits_{t_0 = 1955}^{t}[\sigma_t - \mathbb{E}_t(\sigma)]^2

La Pression Fiscale sur les Classes Moyennes

Posted in Dismal Economics, Flash News, Moroccan Politics & Economics, Morocco by Zouhair ABH on December 6, 2012

(Résumé Succinct du dernier blogpost)

Les revenus des ménages au Maroc suivent une certaine distribution qui concentre les revenus J’utilise une distribution log-normale, une densité de probabilité qui se prête très bien à la modélisation des revenus. Elle fournit plus d’information que la distribution exponentielle car elle compte deux arguments, où \exp \mu est le revenu médian, et \sigma l’écart type de la distribution, qui peut servir d’indicateur d’inégalités, et un levier d’action pour une politique gouvernementale visant une plus grande équité des revenus.

f(x)=\frac{1}{x{\sqrt{2\pi \sigma }}}e^{-\frac{(\ln x - \mu)^2}{2\sigma^2}}

L’idée est de donner une interprétation quantitative de l’impact généré par l’augmentation du revenu médian; ici, il s’agit de supposer que les individus aux revenus par exemple très proches du revenu médian à gauche (c’est-à-dire au revenu légèrement en dessous de la médiane) peuvent améliorer marginalement leurs revenus en s’approchant de cette médiane. La solution proposée fait appel à un développement de Taylor autour de la médiane, et dont le résultat permet de décomposer les effets anticipés:

1/ un effet mécanique sur le revenu médian: la médiane sera d’autant plus affectée que les revenus très proches varient autour. Cette variation est mise en perspective par rapport à la dispersion des revenus (on observe que plus la variation du revenu médian positif est importante, plus l’effet d’inégalité est affaibli)

f(x) = \dfrac{\partial(\left | \exp \mu \right |\sigma \sqrt{2\pi})^{-1}}{\partial \exp \mu}=\frac{\dot{\exp \mu}}{(\exp \mu) \sigma\sqrt{2\pi}}(x-\exp \mu)

2/ pour un bénéfice suffisamment large, le bénéfice agrégé pour les ménages immédiatement proches de la médiane est strictement positif. Lorsqu’il s’agit d’un seul ménage, l’impact sur l’ensemble de la distribution est nulle, mais l’effet est significatif lorsqu’il s’agit d’une population plus importante.

Le deuxième point était une démonstration de l’inefficacité du système actuel de taxation, les tranches d’impôts étant responsable d’un effet loupe qui affecte une pression fiscale disproportionnée au fur et à mesure qu’un revenu tend vers la limite de sa tranche marginale. L’exemple donné étant celui d’un revenu proche de la médiane: un revenu imposable annuel de 78,000 dirhams – une augmentation modérée de 4% (ou 3,000 dirhams par rapport à la médiane) le système présent taxe  940 dirhams des 3,000 augmentés, soit un taux marginal de 32% pour une augmentation de 4%.

Dans une perspective politique, les récentes réformes fiscales introduisant de facto de nouvelles tranches marginales se heurtent à la question suivante: si cette nouvelle levée d’impôt était faite dans un objectif d’équité fiscale, pourquoi ne pas contrebalancer (partiellement ou totalement) cette augmentation avec une réduction d’impôt pour les ménages aux revenus annuels entre 60,000 et 80,000 dirhams? Ou bien (ce qui me semble plus plausible) cette augmentation d’impôts était une mesure destinée à maximiser les recettes fiscales pour parer à une consolidation draconienne.