The Moorish Wanderer

La Valeur d’un Emploi

Les statistiques du HCP pointent une baisse du chômage (bonne nouvelle) accompagnée d’un renforcement de la tendance dans la baisse du taux d’activité (mauvaise nouvelle) alors que le chômage des titulaires d’un diplôme supérieur reste plus élevé et plus persistant que toutes les autres catégories recensées (très mauvaise nouvelle)

Peut-on expliquer ce paradoxe? La baisse du taux de chômage n’est pas uni variée: dans sa dynamique, le chômage est tributaire du taux de sortie temporaire du marché du travail, ainsi que du taux de création d’emplois, ou pour être plus précis, des vacances ouvertes dans le même marché du travail. Ainsi, la baisse du taux de chômage peut être aussi bien le fait d’une robuste création d’emplois (la situation désirable) comme elle peut être le fait d’une décision collective de ne plus rechercher activement l’emploi, par anticipation qu’il n’y en a plus.

Et en observant le taux d’activité depuis la fin du siècle dernier, la robustesse du déclin tendanciel est proprement effarante: de plus en plus d’individus (surtout des femmes) font le choix – ou sont contraint(e)s- de sortir du marché du travail, ou passent vers un sous-marché de travail non rémunéré.

Déclin irréversible du taux d'activité dès la fin des années1990

Déclin irréversible du taux d’activité dès la fin des années1990

De la perspective d’un demandeur d’emploi, l’opportunité à chercher un emploi dépend directement du différentiel positif qu’il tirerait en confrontant le rendement de son capital humain (son éducation) au rendement anticipé de son emploi: cela expliquerait ainsi pourquoi les emplois les mieux rémunérés sont ceux exigeant une éducation au préalable un coût plus élevé (le plus élevé), et c’est ce qui, aussi, peut probablement expliquer le paradoxe observé dans le taux de chômage élevé dans la population élevée.

A côté de ce décalage entre valeur intrinsèque d’emploi moyen et le rendement attendu d’un diplôme, il y a aussi le choix économique fait par le Maroc de ne pas s’intéresser sérieusement à transformer son appareil productif: dans le jargon du cabinet de conseil, l’analyse SWOT a clairement identifié une série de secteurs nécessitant une main d’œuvre modérément ou pas qualifiée. Le raisonnement sous-jacent était que la rareté de la main d’œuvre beaucoup plus diplômée profiterait immédiatement de cette division du travail – si effectivement cette population diplômée était rare.

Une vérité douloureuse qu’on ne se dit pas souvent est que le Maroc aura formé un excédent de diplômés dans des domaines pas forcément adaptés aux prérequis du marché du travail (y compris dans l’emploi public) peut être par aversion au risque politique engagé par une telle mesure (qui se traduirait par un numerus clausus dans l’enseignement supérieur par exemple) le prolongement logique du conditionnement des qualifications de la main d’œuvre domestique supposait en effet un nombre réduit d’étudiants et/ou de diplômés de l’enseignement supérieur, à contre-courant avec le dogme de l’enseignement égalitaire.

On comprend par exemple pourquoi le mouvement des diplômés chômeurs exigeant leur intégration dans la fonction publique a subsisté avec une remarquable vigueur: le rendement attendu d’un emploi public, en comparaison avec le coût consenti dans la formation est supérieur ou proche de ce qu’on peut attendre du marché privé du travail, même si les qualifications intrinsèques ne correspondent pas. Il suffit ainsi de comparer la valeur d’un emploi moyen agrégé, celle d’un emploi dans le secteur public, et la valeur intrinsèque du capital humain obtenu dans l’enseignement supérieur:

L'intersection et/ou les positions relatives des courbes renseignent du 'vrai' coût-avantage à l'accumulation du capital humain versus valeur d'emploi

L’intersection et/ou les positions relatives des courbes renseignent du ‘vrai’ coût-avantage à l’accumulation du capital humain versus valeur d’emploi

Ces graphes montrent décrivent une partie du problème handicapant une création harmonieuse d’emploi, résultant est d’un taux d’activité plus important (ou en tout cas brisant sa tendance au déclin) et d’une stabilisation du chômage: le mauvaise usage que l’on fait du capital humain introduit des comportements adverses, où il est certes plus intéressant de ne pas investir dans l’éducation (graphe 1.1) ou alors la progression dans le système éducatif suppose des rendements croissants – soit à travers une amélioration de la qualité du capital humain transmis, soit en proposant une meilleure allocation des ressources actuelles, reflétant ainsi la vraie valeur de l’éducation secondaire ou même supérieure.

Qu’en est il de la valeur moyenne de l’emploi? Tant qu’il existe une législation fiscale pénalisant l’emploi ou les secteurs potentiellement créateurs d’emploi (et il y a moyen de démontrer cela) et tant que le différentiel entre emploi privé et public subsiste, le comportement des individus nouvellement arrivés sur le marché du travail, ou à la recherche depuis une certain moment d’un emploi, ou même pour les élèves, collégiens et lycéens, n’ira pas forcément dans le sens d’une société où le travail, outre sa valeur économique, contribue comme outil de socialisation, de désenclavement d’une population potentiellement vulnérable ou défavorisée, et simplement de restituer à sa dignité l’individu qui cherche à subvenir à ses besoins par ses moyens propres.

Et je conclus sur cette observation: un taux de féminisation dans le secteur privé analogue à celui de l’administration publique (proche des 40%) résulterait d’un boom sans précédent dans le taux d’activité (à plus de 60% des 49% actuels) ainsi qu’un changement radical dans l’appréciation des retours d’éducation.

Labour Market Engineering

Very short post about the peculiarities of Moroccan labour market: the active population has never been so low: the latest figures from HCP show a declining trend with fewer than 50% of the total population made up of the active population. Since fertility rates have been going down for quite a while, it means many potentially active individuals prefer (or are made) to stay out of the labour market: students with longer academic curricula, stay-at-home housewives, retirees and ultimately the unemployed.

I was looking at the data and comparing it to my own models because there is a frightening story to tell here. Demographics in Morocco tend to be similar in many aspects to the ageing societies of Western Europe, with a falling youthful population (individuals aged 17 and less have reached their absolute peak in 1994) whereas the elderly are increasing their numbers substantially – 24% of the population by 2050 according to HCP projections. In essence, the present demographics allow at best for a total workforce of 4.5 Million individuals, less than 14.4% of the total population.

Elederly population is expected to make up 1/5 of the population by the mid-century, with no active population to match.

Elderly population is expected to make up 1/5 of the population by the mid-century, with no active population to match.

And there is an even smaller fraction of these: women make up for almost half of the 15-59 population, yet their occupation rate does not rise above 30%. I mean, the 70% are supposed to be dutiful housewives, yet they do not procreate enough. The traditional family model has collapsed a long time ago. Thanks to structural changes in gender-based division of labour as well as harsh economic realities, there are coexisting benchmarks for women to choose from. Yet even if the mainstream outcome remains that of stay-at-home mum, fertility has not follow suit. Perhaps it is time to switch gears and go for massive arrivals on the labour market, let these women leave their homes to earn a living too.
In absolute and relative terms, Moroccan families will procreate less and less: in 2039, there will be less than a Million newborns, and the young Moroccans (14 and less) by 2050 will make up less than 17% of the total population. I would argue the only viable pro-traditional (or even nuclear) family discourse is a higher fertility rate. Clearly it is not the case, so in order to improve our immediate and medium term economic position, there is a need of flooding the labour market with all these women, some educated, others not so much, but at least total productivity would increase.

Some predictions about this: as a general rule, structural shocks (changes in the economy that are not due to physical capital stock) tend to have a positive impact on wages, especially skilled labour wages, and only a marginal effect on total hours worked; the latter is due to the very inflexible Moroccan labour market: every 1% ‘positive shock’ increases wages immediately by an annual 6.1%, and generates a net annual social benefit of 2.3%. These massive arrivals on the labour market are likely to increase unemployment dramatically, but there is a need of increasing rapidly female occupation rates, or growth will be structurally sluggish in the next decades.