The Moorish Wanderer

Born with a Foot in his Mouth

Posted in Flash News, Moroccan Politics & Economics, Moroccanology, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on June 18, 2014

Mr Benkirane’s latest speech betrayed his deep reactionary prejudice, though it certainly is not the first time his own Weltanschauung goes off the rail:

or two years earlier:

While praising gender-based government policies for the past two decades, and reaffirming his government’s commitment de jure in achieving gender equality, particularly on the labour market, the Head of Government touched upon a subject worthy of debate, though his speech was factually wrong. Families do not hurt because women go out for work. In fact, there is little evidence to suggest that families are in crisis. It is true on the other hand that they have matured and transformed beyond the comfort zone of reactionaries like Mr. Benkirane.

Active women in Morocco are a minority, both in the workforce and in the total female population: for the past five years, the gender ratio in the workforce was 3:1 in favour of Men. There has been an actual decline in female labour participation in fact, and the graph below shows it is the primary reason behind the drop in overall labour participation:

gender-based analysis of labour participation confirm that women are a minority in the labour force, and rarely recover from a decline.

gender-based analysis of labour participation confirm that women are a minority in the labour force, and rarely recover from a decline.

Since 1998-1999, there has been a sharp decrease in labour participation, particularly so among active female workers, whose levels have not been yet reached. It could be estimated that for every percentage point lost to labour participation, there are two for the female population, and less than one for the male workforce. If anything, female labour participation has fared worse in the past 15 years. As a result, there are more, and not less inactive women. This would mean, in Mr Benkirane’s view, more eligible stay-at-home moms.

There is a cost to this decline however: since 2000, and assuming women maintained their pre-1998 levels of participation, GDP would have benefited from 5 Billion dirhams on average for the past decade. Similar computations put the benefits of a full gender equality on labour participation (around 72%) to a full percentage point in growth, enhancing the 4.76% average of 2000-2011, to 5.55%.

Mr Benkirane’s point about the supposedly adverse effect on family cohesion does not stand scrutiny as well: the percentage of young Moroccan women, from 15 to 24 has actually declined in the past 15 years: in 1999, one young Moroccan woman was active, in 2013, only 1 in three was out on the job market. A remarkable figure that concludes to a decline in the number of this particular cohort: there are fewer working young Moroccan women. This cohort is critical as it coincides with the tail end of the average age at first pregnancy in Morocco. In short, there are more young women, in percentage of total population and absolute numbers, with no work constraints to conceive and raise a family. This fact is at stark odds with Mr Benkirane’s assertion that working women are a threat to family stability.

Year 15-24 Pop 15-24 Female Working Female
1999 5 754 514 3 016 227 1 453 821
2013 6 222 000 3 173 220 1 028 123
% Change 7,81% 5,07% -34,65%

This suggests the causes of any hypothetical family crisis in Morocco are not due to female labour participation. If anything, it makes good economic sense to have as many women out on the job market as possible: first, as many have access to eduction (at least primary) it and given the secular downward trend in female fertility, women should have as many opportunities as possible to go out and get a job, part or full-time; indeed, a rough estimation of market counterpart to household activities suggests educated but inactive women cost an average of 1.32 percentage point of GDP; this means that stay-at-home moms with even a primary education certificate are a gross waste of government resources, even if they decide to have a lot more children, which they don’t.

Second, what Mr Benkirane decries is not a disintegration of families per se, but rather the gradual disappearance of a lionized traditional structure at odds with the changes the Moroccan society continuously undergoes. It also illustrates the irreconcilable trade-off PJD faces on social policies: on the one hand, they cannot renounce official slogans of gender equality, but on the other, their electoral powerhouse is primarily based on the idea of an activist social conservative State.

The setbacks for women’s economic rights are bad enough such as they are: education without an occupation is an economic waste to be sure, but it also subverts the central goal of public education, particularly so for women.

Adieu Barberousse!

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on October 26, 2013

Malgré toutes ses tergiversations et le lent déclin inexorable de sa crédibilité, M. Boulif va me manquer. Il est désormais effectivement neutralisé, car il ne peut comme parlementaire servir de point d’ancrage au groupe parlementaire PJD, une contribution cruciale vu qu’au moins un membre de ce dernier semble perdu quant à l’évolution de l’investissement public. M. Boulif a aussi perdu de facto toute voix à gérer probablement le dossier le plus épineux des finances publiques. Ceci dit, il serait intéressant de comparer l’évolution des dépenses de compensation entre son passage au MAGG (Ministère des Affaires Générales et de Gouvernance) et la performance de son prédécesseur, M. Nizar Baraka.

La corrélation significative entre les deux agrégats est triviale, mais elle exhibe aussi un "effet de retard" qui pourrait être expliqué par la structure de la compensation elle-même.

La corrélation significative entre les deux agrégats est triviale, mais elle exhibe aussi un “effet de retard” qui pourrait être expliqué par la structure de la compensation elle-même.

La simple comparaison des deux courbes illustre le défaut du mécanisme pré-indexation – une volatilité excessive et en général à effet de retard lorsque le prix du pétrole varie significativement. En d’autres ternes, il est plus fréquent que la hausse de compensation soit plus élevée que celle du prix du pétrole, et une baisse du prix de ce dernier n’est pas répercutée par une baisse équivalente dans la dépense de compensation. Cela cependant est attendu, ne serait-ce que par les rigidités de prix précisément imposées par la règlementation des prix des dérivés d’hydrocarbures, ou de la structure monopolistique de la distribution de ces produits; Il est cependant intéressant de noter que le défaut principal de la caisse de compensation est l’excès de volatilité – ainsi que la relative lenteur de réaction- d’une dépense supposée agir en amortisseur aux chocs importés.

Peut-on cependant comparer l’évolution des dépenses de compensation entre le relativement bref mandat de M. Boulif avec une période analogue du mandat de M. Baraka? La série de graphe ci-dessous permet de comparer le prix du pétrole sur 20 mois pour les deux ministres délégués:

BoulifvsBaraka

Cette comparaison cependant ne peut conclure à une meilleure gestion de la part de M. Boulif, où la croissance moyenne de compensation a baissé de 40% entre Janvier 2012 et Septembre 2013. D’abord parce que le prix du pétrole ne s’est pas comporté de la même manière en 2007-2009 et 2012-2013, ensuite parce que les choix politiques de gestion de la caisse de compensation n’étaient pas similaires, une différence qu’il faut porter au crédit de M. Boulif, qui avait raison, en 2011, de fustiger le manque de volonté du MAGG à l’époque (dirigé par M. Baraka) à réformer la caisse de compensation.

Boulif_ScenariiPour résoudre le premier point, on se permet de ‘remplacer’ l’évolution du prix du pétrole de 2012-2013 par celle des années précédentes, tout en gardant l’estimation de l’effet-prix sur l’accroissement (ou la diminution) des dépenses de compensation, que l’on décrit sur le graphe ci-contre. Il s’avère ainsi que si effectivement le budget de compensation aurait continuer d’augmenter, la hausse enregistrée serait largement inférieure à celle observée durant la période équivalente sous M. Baraka.

Cette brève comparaison montre qu’à prix constants, et sur une même période, M. Boulif a eu plus d’impact sur la réduction de la tendance croissante des dépenses de compensation que son prédécesseur; on peut aussi déclarer que M. Baraka a eu un impact plus important lorsqu’il était ministre des finances, mais enfin, le résultat de leurs mandats respectifs au MAGG est assez clair pour déclarer que Boulif a obtenu des résultats meilleurs.

Cela d’ailleurs indique qu’une réforme similaire à celle proposée aujourd’hui (indexation ou retrait graduel de la compensation) ayant lieu en 2007 aurait pu économiser des ressources importantes, tout en donnant suffisamment de temps pour proposer une réforme structure en 2010-2011, au lieu de la panique en début 2011.

Dans tous les cas, M. Boulif aura certainement été une victime non méritée du dernier remaniement gouvernemental: s’il a effectivement échoué à réformer en profondeur la Caisse de Compensation (malgré les différentes déclarations optimistes en ce sens) sa performance a été significativement meilleure en comparaison avec celle de son prédécesseur, qui lui, se retrouve récompensé. Le monde est cruel pour les rouquins, y compris en politique.

 

Une Théorie du Jeu des Coalitions

Posted in Flash News, Intikhabates-Elections, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on October 20, 2013

Maintenant que la nouvelle coalition gouvernementale est en place, je me dois d’expliquer l’inadéquation d’un pronostic présenté dans un post précédent sur la non-crédibilité du retrait de l’Istiqlal de la coalition post-Novembre 2011. L’argument s’articulait sur un arbitrage portefeuilles ministériels et majorité parlementaire, qui a été invalidé précisément par la distribution des maroquins dans le gouvernement Benkirane II. D’autres hypothèses attachées à la formulation de la théorie (un jeu en une seule période plutôt qu’à coups successifs) se sont aussi avérées défectueuses.

Malgré tout je persiste à soutenir que les interactions du champ politique marocain se prêtent très bien à une modélisation faisant intervenir des mécanismes de comportements rationnels, même si la réalité ne semble pas à priori, exhiber une logique rationnelle dans les comportements de nos politiciens. Ce décalage est à mettre au compte du jeu politique lui-même, sans pour autant remettre en cause l’application systématique de ces principes décrits plus hauts.

Il est toujours intéressant d’observer quelques données empiriques issues des diverses élections législatives tenues depuis 1963: après tout, l’expérience des coalitions gouvernementales précédentes contient suffisamment d’informations quant aux habitudes de négociation des politiciens dans la formation de la majorité, et ce abstraction faite des limitations de la campagne électorale ou de la validité des résultats eux-mêmes; On peut convenablement considérer les tailles des différents groupes parlementaires ex nihilo pour la principale raison que le gouvernement doit se mettre à l’abri de motions de censure, ou encore de votes adverses sur des projets vitaux (comme la Loi de Finances).

Une brève estimation du lien entre majorité gouvernementale et divers facteurs, comme le nombre de membres de la coalition, l’identité partisane du Premier Ministre (ou Chef du Gouvernement) l’identité partisane du Parti leader dans la coalition majoritaire, et enfin le nombre de partis représentés dans l’hémicycle.

Le cas simple d'une représentation bipartite illustre l'effet disproportionné d'un éclatement de la représentation en parlement

Le cas simple d’une représentation bipartite illustre l’effet disproportionné d’un éclatement de la représentation en parlement. La Balkanisation oblige la coalition majoritaire à être plus large, et inévitablement hétéroclite.

Le lien entre la majorité parlementaire et le nombre de partis représentés est suffisamment fort pour donner une justification quantitative à un lieu commun: un parlement éclaté (balkanisé) handicape sévèrement la formation d’une coalition majoritaire. Chaque parti représenté par un seul député est capable de forcer la coalition majoritaire à chercher 4% supplémentaires de sièges. Pour avoir une idée du pouvoir de nuisance qu’exerce une représentation balkanisée au Parlement, un député sur 395 (ou un parti représenté par un seul député) peut forcer la coalition gouvernementale à chercher 16 députés d’un seul groupe (ou d’un seul parti)

De plus, l’identité partisane du chef de la coalition semble avoir un effet significatif sur la composition de la majorité gouvernementale: les partis de la Koutla (USFP et PI) ont plus de difficultés à composer leurs coalitions respectives que les non-Koutla (RNI, UC ou PJD) une probabilité 10% plus élevée à former une large coalition. Différentes raisons expliquent cet écart, mais il est intéressant de noter que si l’on considère les prochaines législatives de 2016 comme une compétition PI/PJD, ce dernier a un avantage additionnel à former plus facilement une coalition majoritaire. Koutla_NoKoutlaOn observe aussi que l’arrivée des partis de la Koutla à la position principale de chef de coalition coïncide avec la multiplication des partis représentés au Parlement, un résultat confirmé par la différence majorité en absolue (abstraction faite de la taille des parlements issues des différentes élections considérées) une moyenne de 13 sièges lorsque l’Istiqlal ou l’USFP étaient chefs de coalition gouvernementale, 50 sièges en moyenne pour les autres partis (FDIC, RNI, UC, PJD) ou lorsque le gouvernement est dirigé par une personnalité apartisane. Il est à noter que l’étiquette partisane du Chef du Gouvernement (ou Premier Ministre) compte peu dans la taille de la coalition gouvernementale, ce qui implique que les interactions de formation de coalitions majoritaires sont principalement liées au degré d’éclatement des groupes parlementaires.

Les résultats décrits suggèrent donc une contrainte supplémentaire pour le parti-leader à former sa coalition, en l’occurrence le nombre de partis représentés au parlement. Dans le cas du PJD, il s’agit de trouver la plus petite combinaison de partis alliés pour obtenir 198 sièges. Paradoxalement, il est plus difficile de réunir cette coalition lorsque le nombre de partis au Parlement est très large; cela explique les difficultés successives de M. Youssoufi en 2002 (et l’échec à former une coalition sous le leadership de l’USFP) ou M. El Fassi en 2007. La première erreur était de sous-estimer l’effet disproportionné qu’exercent les petits partis sur les chances de création d’une majorité stable: si ceux-ci ont peu de chance de faire partie de la coalition elle-même, leur existence affaiblit les plus larges partis dans la taille de leurs groupes respectifs,

Dans l’absolu, trois partis sont suffisants pour réaliser une coalition majoritaire: PJD, Istiqlal et RNI. Or cette coalition est instable car le PJD a une incitation à chercher à diluer la force de ses alliés en proposant à des groupes parlementaires moins importants de les remplacer – de même, les alliés les plus importants dans le coalition gouvernementale peuvent créer des difficultés en faisant un chantage (dont les retombées sont difficiles pour ma part à inclure dans la formalisation proposée)

Chaque coalition formée débouche sur des incitations pour les "nouveaux" alliés (et le chef de coalition) à chercher à la déstabiliser

Chaque coalition formée débouche sur des incitations pour les “nouveaux” alliés (et le chef de coalition) à chercher à la déstabiliser

Comme on peut le voir sur le schéma ci-dessus, la seule solution viable pour le PJD à former une coalition dont il contrôlerait la stabilité est de paradoxalement la diluer en admettant un nombre plus élevé que nécessaire d’alliés, affaiblissant ainsi par l’occasion la viabilité du gouvernement. Le seul cas de figure où une coalition stable est viable serait lorsque le PJD (qui par les règles du jeu de coalition en fait forcément parti) a besoin d’autant de siège que le plus petit allié peut offrir: dans ce cas, c’est avoir 178 sièges pour les 20 du PPS.

Les Objectifs du Gouvernement Benkirane I

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on October 12, 2013

Toujours pas de réponse officielle à une question peu (ou pas) posée: maintenant que nous avons eu un nouveau remaniement ministériel, et au vu de la position de principe du RNI vis-à-vis du programme gouvernemental, l’arrivée d’un allié précédemment membre de l’Opposition parlementaire entraînerait-elle un amendement du programme gouvernemental?

Presque trois ans après sa formation, où en sont les objectifs inscrits dans ce programme? Les aspects particuliers m’intéressant étant:

(a) la croissance du PIB: réaliser un taux moyen de croissance de 5.5% du PIB.

(b) le déficit budgétaire (rapporté au PIB) ramené progressivement à 3% d’ici 2016.

(c) le taux de chômage: avec pour objectif de le ramener à 8% d’ici 2016.

(d) le taux d’analphabétisme ramené à 20% d’ici 2016.

Le dernier point est probablement le plus facile à atteindre, avec très probablement la réutilisation d’un objectif mentionné dans le Rapport du Cinquantenaire:

Par ailleurs, l’un des objectifs fixés par la Charte Nationale d’Education et de Formation est de réduire le taux d’analphabétisme à moins de 20 %, à l’horizon de 2010

Réajuster l’objectif 2010 pour en faire la cible de 2016 permet en effet de réaliser un taux d’analphabétisme de 20%, au vu de la tendance des années précédentes, encore que la probabilité d’y arriver pondère plus un résultat proche des 25%, mais le gouvernement Benkirane I pouvait bénéficier de l’opportunité de la réalisation très probable de cet objectif. A ce niveau cependant, une différence de quelques points de pourcentage compte peu; le lien entre taux d’analphabétisme et richesse par habitant est très ténu, et ce type d’objectifs n’a finalement qu’une fonction politicienne, un signal que l’autorité publique s’occupe des sections les plus défavorisées de la population. Preuve en est que des objectifs toujours ambitieux sont avancés pour éradiquer l’analphabétisme, sans cesse contredits par l’extrême lenteur du déclin de cet indicateur.

Le Taux de chômage est une autre variable qui interpelle l’observateur: le taux de 8% n’a jamais été atteint depuis 1978, et si la tendance actuelle (en tout cas depuis le début des années 2000) est au déclin du chômage, il y a suffisamment de preuves que cet objectif reste très optimiste. Un rapport produit en 2005 par le HCP se proposait d’établir trois scenarii pour l’économie marocaine, et dans le plus optimiste, un taux de croissance proche de 6% donnait un taux de chômage proche de 10%:

Le taux de chômage reste élevé au début de cette période (Scénario d’émergence) en raison, d’une part du rythme de la croissance économique encore modéré lors de la première phase, et d’autre part, du fait que les programmes de promotion de l’emploi, qui seraient adoptés, nécessitent une période relativement longue pour produire tous leurs effets. Néanmoins, le taux de chômage emprunterait une tendance à la baisse vers la fin de cette période pour se situer à moins de 10% en 2015.

Si ces projections optimistes renoncent de facto à une baisse rapide du taux de chômage sur la base d’une croissance extrêmement robuste, il est très peu probable qu’un environnement économique moins favorable (avec une croissance moyenne proche des 4.3% de PIB) non conditionné par des réformes institutionnelles sérieuses, puisse délivrer un taux de chômage proche des 8%, à moins de supposer un retrait progressif des demandeurs d’emploi de la population active. Dans les deux cas, il est illusoire de s’attacher exclusivement à cette statistique, alors qu’un autre indicateur de la vitalité de la force du travail, le taux d’occupation par exemple, dénote d’une situation inquiétante peu discutée.

La croissance prévue dans le plan gouvernemental est plus optimiste que celle prévue par le FMI.

La croissance prévue dans le plan gouvernemental est plus optimiste que celle du FMI.

Dans tous les cas, le Gouvernement Benkirane I aura hérité début  2012 d’un taux de chômage proche de 9.9%, et le quitte à 9.4% (les dernières statistiques disponibles au premier trimestre 2013) cependant, les projections de l’impact des récentes augmentations des prix d’hydrocarbures réduiraient d’un quart la tendance récente de diminution – figeant pour ainsi dire le déclin anticipé dans les statistiques du chômage.

Le taux de croissance du PIB projeté pour la période 2012-2016 est d’une nature plus immédiate, et donc plus malléable aux décisions du gouvernement du moment.

Les prévisions du FMI (pré et post-PLL) supposent une croissance moyenne du PIB aux alentours de 4.5%, en ligne avec les performances enregistrées durant la décennie passée, et beaucoup plus réaliste que la perspective de 5.5% qui semble se baser sur le scénario discuté dans le document HCP mentionné plus haut. Un scénario dit “d’ouverture maîtrisée et de l’émergence” alors même que les conditions implicites de cette croissance ne sont que très rarement réalisées.

A vrai dire, il est plus approprié de comparer la performance du gouvernement Benkirane I avec les résultats obtenus lors des gouvernements précédents – si effectivement 7 semestres semblent insuffisantes pour émettre un jugement quant à l’efficacité du programme économique, une comparaison avec d’autres gouvernements, aux durées de vies disparates, serait une option intéressante:

Croissance_Gouv

Si effectivement M. Benkirane ne figure pas parmi les Chefs de Gouvernement ayant présidé à une forte croissance (il est légèrement en dessous de la médiane) il bénéficie en tout cas de la stabilité du rythme de celle-ci, bien meilleur que MM. Jettou et Youssoufi, dont les mandats respectifs ont couvert une période de conjoncture relativement favorable.

Enfin, qu’en est-il de la promesse de ramener le déficit budgétaire en dessous des 3% de PIB? Cet objectif est d’abord lié à la croissance anticipé dans le plan gouvernemental; sur la base d’une croissance moyenne de 6% du PIB non agricole (l’agrégat fournissant l’assiette principale) converger vers cet objectif est relativement facile puisque la charge représentée par le déficit excessif diminue avec une création de richesse plus importante. Secundo, la question du déficit est conditionnée à moyen-terme par la maîtrise de la Caisse de Compensation.

Le retour progressif à 3% du déficit du PIB semble ainsi être basé sur un maintien de la charge de compensation, ceteris paribus, à moins de 4% du PIB (alors même que cette charge était proche de 6% en 2012) et surtout, une économie soutenue d’une moyenne de 5 Milliards de dirhams entre 2012 et 2016. Les résultats suivantes montrent que pour les deux années de son administration, Benkirane I n’a pas réussi à réaliser ses propres objectifs:

Mds de Dirhams 2011 2012 2013*
Compensation 41,079 55,956 51,060
Solde Ordinaire 6,223 -18,026 -24,335
Déficit -40,504 -62,133 -65,3355
(*) Données Disponibles Août 2013, Annualisées

L’objectif d’un retour à un déficit de 3% (incidemment, la moyenne enregistrée pour 1990-2009) est théoriquement lié à un plafonnement des dépenses de compensation, ainsi qu’une résorption du déficit. Il s’avère que pour la période 2012-2013, il y a eu détérioration du solde ordinaire, un indicateur préoccupant de l’état des finances publiques, ainsi qu’une augmentation (et non une diminution) de 4 Milliards, creusant le déficit au lieu de le réduire.

Cet exercice ne prétend pas fournir un bilan des actions du gouvernement Benkirane I. Il permet cependant de donner quelques éléments qui montrent d’abord que ces choix ont été soit sous-évalués (l’objectif d’éradication de l’analphabétisme) soit grossièrement sur-évalués (la croissance projetée pour 2012-2016) soit en échec alors même que ceux-ci sont supposés être les éléments les plus impopulaires (potentiellement) des choix publics. Dans tous les cas, il y a fort à parier qu’en 2016, les programmes électoraux des partis politiques seront tout aussi détachés de la réalité économique, autant que le “programme permanent” qui nous gouverne.

“Un Vote ne Compte Pas”

Posted in Intikhabates-Elections, Moroccan Politics & Economics, Moroccanology, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on September 14, 2013

Par les temps qui courent, l’observateur serait tenté de conclure qu’effectivement, un vote, un seul, ne signifie rien. Et c’est probablement le cas: et quand bien même ce vote compterait en absolu, l’élu dans le parlement et le gouvernement qu’il soutient ont ils un pouvoir quelconque à améliorer, ou même affecter le bien-être des citoyens marocains?

ad oculos, il n’y a pas de motivation particulière pour un individu à faire l’effort de se déplacer au bureau de vote: pour le candidat, la masse d’électeurs est interchangeable, et il devient plus intéressant de raisonner en termes de blocs de vote. C’est pour cela qu’il subsiste au Maroc des comportements de vote collectif par exemple, d’où aussi l’importance des intermédiaires (Moul Chkara) dans la collecte des voix.

Mais en réalité, les électeurs sont-ils fongibles? Ils ne le seraient que si la représentation du corps électorat est uniforme. Or ça n’a jamais été le cas, d’abord par les différents modes de scrutin adoptés durant le demi-siècle passé, ensuite parce que le nombre de sièges par province/circonscription n’est jamais uniforme, que ce soit au Maroc ou dans d’autres pays, y compris ceux jouissant d’une tradition démocratique représentative.

Il est naturel d'observer que les sièges avantagés représentent une majorité substantielle. Ceux-ci concentrent 40% du corps électoral, mais 60% des sièges locaux.

Il est naturel d’observer que les sièges avantagés représentent une majorité substantielle. Ceux-ci concentrent 40% du corps électoral, mais 60% des sièges locaux.

La moyenne historique a été d’affecter en moyenne un siège par 48.567 électeurs inscrits (les sièges immédiatement élus sur les listes locales) Or cette moyenne n’est pas indicative: de petites circonscriptions sont largement surreprésentées, 29 circonscriptions sur 92 (un peu moins du tiers) concentrent 181 sièges, alors même que celles-ci ne comptent que 40% du corps électoral inscrit. L’hypothèse d’uniformité du corps électoral (“tous les votes sont égaux”) ne se vérifie que pour 10% des sièges, qui représentent bien 10% du corps électoral.

Mais enfin l’argument initial tient toujours: chaque candidat (ou liste candidate) doit disposer d’une certaine majorité, et l’assurance de victoire est conditionnée par un écart substantiel de votes. En l’état, un seul vote ne peut changer grand chose, par exemple dans la circonscription du Chef du Gouvernement: la différence de votes entre sa liste PJD et la liste immédiatement concurrente RNI était de près de 20.000 voix soit une marge de 70% – ou 10% de la population inscrite à Salé Médina.

Le même raisonnement peut être tenu à l’échelle nationale: alors qu’il est statistiquement possible d’obtenir une majorité absolue au parlement avec moins de 20% des adultes (et probablement moins) la force de mobilisation actuelle des partis politiques fait qu’aucune coalition pré-électorale n’est capable de mobiliser 2.36 Millions. Et pourtant, le G8 aura réussi en 2011 à cumuler près de 2 Millions de voix, et 121 sièges – mais, la condition principale du succès de cette coalition n’a pas été acquise – arriver en premier.

Et c’est là que la deuxième notion attachée à l’uniformité du vote est remise en cause: “l’ordre d’arrivée” des votes est déterminant au niveau national au même titre que dans les circonscriptions. L’importance d’un électeur (ou un groupe de taille relativement faible d’électeurs) est plus importante que l’on ne croit.

Pour démontrer cette assertion, on s’intéresse en particulier aux performances électorales du PJD en Novembre 2011: les 85 sièges initialement obtenus exhibent des majorités différentes, surtout pour les circonscriptions où la performance des candidats de ce parti a été inférieure à la moyenne nationale: ce sont ainsi 15 sièges en particulier qui se prêtent à l’analyse.

Circonscription  Votes Pivots  % des Inscrits
Berrechid 3 132 2,14%
Chefchaouen 519 0,33%
Chichaoua 458 0,31%
Fqih Bensalah 2 591 1,83%
Haouz 612 0,29%
Kalaat Sraghna 448 0,22%
Larache 1 529 0,83%
Nador 1 884 0,84%
Sidi Kacem 203 0,10%
Taza 6 270 2,54%
Jadida 1 725 0,62%
Khemisset 791 0,63%
Safi 1 466 0,51%
Settat 592 0,23%
Taroudant 905 0,39%
Moyenne 1 541 0,79%

Le résultat est remarquable: la moitié de l’avance du PJD sur son concurrent immédiat – l’Istiqlal, est déterminée en moyenne par 1.500 votes par circonscriptions. L’ordre d’arrivée des ces électeurs a été extrêmement important dans le mode de scrutin actuel, donnant la possibilité au PJD d’amasser 15 sièges en plus des autres dont les marges étaient plus confortables.

La dépendance d’un candidat à un vote plutôt qu’un autre est par conséquent très hétérogène, et un vote compte bien, dans les circonscriptions qui comptent: sur une population de 3,2 millions ce sont 23.000 électeurs qui auront décidé une partie essentielle de l’issue de l’élection législative – moins de 1%. Plus intéressant encore, un électeur parmi ces 1.500 essentiels vaut soudainement beaucoup plus: en moyenne sept fois plus lorsque le même rapport est calculé pour l’ensemble du corps électoral.

En l’absolu, un individu électeur n’a aucun impact sur la victoire d’une liste candidate sur l’ensemble des circonscriptions, cela reste vrai. Cependant, l’ordre d’arrivée des électeurs de ceux-ci, c’est-à-dire, la différence de votes dans les circonscriptions les plus compétitives pour le parti vainqueur (national ou local) est exagérée au profit d’une poignée de votes. Cela n’est dû ni au découpage territorial, ni au mode de scrutin puisque cet état est observé aussi dans les démocraties représentatives.

Si cet argument est admis, et en supposant un pourcentage à peu près stable dans la composition du corps électoral depuis 2002, alors la petite minorité éduquée, est tout à fait possible de réaliser l’objectif des 2.3 Millions de voix nécessaires pour obtenir la majorité des sièges (et très probablement aussi pour une coalition solidaire, d’arriver en premier) en offrant des voix-pivots représentant 40% des suffrages.

Alternativement, un résultat plus modeste mais non moins réalisable, serait pour chaque circonscription de peut compter un siège arbitré par cette “minorité influente” soit 92 sièges (122 environ sur les 395 en répliquant les résultats agrégés sur les sièges de listes nationales) avec seulement 14% de cette même population que l’on dit minoritaire, ou détachée de la chose publique.