The Moorish Wanderer

Offre et Demande, L’effet de l’Indexation

Posted in Dismal Economics, Flash News, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard, The Wanderer by Zouhair ABH on September 21, 2013

“La hausse des carburants pourrait faire baisser le PIB selon le HCP” titre Yabiladi suite à la décision du gouvernement de lever partiellement la subvention aux hydrocarbures. Il est cependant plus adroit de dire que cette hausse de carburant ferait baisser le taux de croissance du PIB, plutôt que de le baisser en valeur absolue.

J’en profite pour mettre à jour des résultats que je discute dans un post précédent, et de mettre en évidence les résultats du HCP calculés en 2012 et ceux plus récents. Dans les deux cas, l’effet sur la croissance est suffisamment important pour réitérer que nos choix de croissance sur la décennie passée révèlent leur limite. Le coût économique et politique de cette décision n’est finalement que la somme actualisée des coûts de réforme en conjoncture favorable.

L’idée de décomposer les chocs domestiques par offre et demande permet par exemple d’isoler (correctement, on l’espère) les contributions respectives dans les fluctuations observées, ce qui permet dans un second temps de tirer ensuite quelques conclusions en matière de politique publique (budgétaire) La série de graphes ci-dessous propose une comptabilité initiale des chocs agrégés, comparés tour à tour avec le PIB empirique, le PIB lissé (c’est-à-dire sans choc quelconque) et les contributions respectives de l’Offre et de la Demande:

Décomposition des fluctuations du PIB par Offre/Demande Agrégées 1960-2011

Décomposition des fluctuations du PIB par Offre/Demande Agrégées 1960-2011

Les dix dernières années montrent d’abord que l’intensité des chocs cumulés a substantiellement diminué, en atteste l’évolution du PIB empirique comparé au lissage sur le premier graphe de la colonne à droite. D’un autre côté, on observe des comportements opposés entre offre et demande agrégées sur la même période: la première est vigoureuse (une croissance alimentée par la dépense gouvernementale et les crédits à l’économie) alors que la second est soit stable, soit en déclin (principalement à cause d’une productivité peu effective)

La principale question serait de comprendre pourquoi les chocs d’offres portent le PIB à un niveau largement supérieur à celui empiriquement observé. En d’autres termes, pourquoi les quelques 68 Milliards de dirhams de différence ne se sont pas matérialisés? La première question serait de mettre en contraste la demande agrégée qui a décliné sensiblement dès 2005-2006 (probablement une piste digne d’investigation en rapport avec la réforme fiscale appliquée les années suivantes) ce qui suppose un effet de transfert d’un agrégat vers un autre. Dans ce cas précis, le transfert se fait vers la demande (ou d’un effet de substitution d’effets de long terme à court terme)

Cette analyse cependant est incapable d’expliquer les fluctuations d’une période particulière, celle de 1975-1982. Si dans l’ensemble ces courbes (et le modèle qui les sous-tend) peuvent formuler une histoire adéquate, il est intéressant de prendre en compte explicitement l’évolution du pétrole et du phosphate (par exemple) dans la décomposition des chocs agrégés.

La relation entre prix d'hydrocarbures et dépenses gouvernementales suggère un palier influant ensuite sur les chocs agrégés.

La relation entre prix d’hydrocarbures et dépenses gouvernementales suggère un palier influant ensuite sur les chocs agrégés.

On reprend l’évolution annuelle des prix du pétrole en comparaison avec celle des dépenses publiques, une relation qui suggère une certaine hétérogénéité dans la composante secteur public de la demande agrégée, notamment le poste budgétaire de la caisse de compensation.

Il semble ainsi que l’effet-offre dans la consommation publique soit plus important que dans sa composante de demande, avec des répercussions négatives sur les déterminants à long terme dans l’offre agrégée.

L’écart significatif (se chiffrant à une dizaine de points de PIB) entre chocs ‘purs’ d’offre et l’observation empirique de la production de biens et services peut ainsi être imputé à un ajustement inter-temporel en faveur d’effets de court-terme: le budget préfère par exemple une impulsion stabilisant la demande sur le court terme, plutôt que d’observer un certain degré de neutralité, ou de soutenir les secteurs capables d’engendrer une productivité additionnelle.

Il en résulte une situation assez particulière où les chocs de demande induits par la subvention de la consommation domestique ne débouchent pas sur une accélération de la vitesse de circulation de la monnaie, ou d’une croissance dans le niveau des prix. Cela est dû en contre-partie à la manière dont ces subventions sont injectées dans le circuit économique, qui a pour effet de pénaliser la productivité agrégée.

Mais revenons à la question initiale: l’indexation débouchera-t-elle vraiment sur une baisse d’activité – et donc du PIB? Très certainement: d’ailleurs, l’effet cumulé des chocs négatifs induits par cette décision et une mesure similaire annoncée l’année dernière prive la croissance du PIB d’un peu plus d’un point de croissance, et donc rend très peu probable la réalisation de l’objectif gouvernemental d’une croissance moyenne de 5.5% d’ici 2016.

L’intuition derrière cette réaction peut s’expliquer comme étant l’effet d’un ajustement dans les comportements des agents économiques, qui vont soit réduire leur capacité de production, soit leurs consommations, avec effets d’amplification et de transmission dans le circuit économique. La mesure d’un tel comportement peut ainsi être estimée par exemple par le degré de dépendance de l’économie marocaine aux sources d’énergie fossile (plus de 90% de la consommation d’énergie) ou de la capacité d’utilisation de l’appareil productif en fonction de l’intensité capitalistique de l’utilisation de ces sources d’énergie.

Hello Keynes!

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on April 17, 2013

Le Maroc dans sa totalité a un gros problème, probablement plus gros que la question de la caisse de compensation, ou la réserve de devises, ou même le déficit de la balance de paiement: c’est la nature même des sources de la croissance qui sont en cause. Et il faut aussi dire qu’il y a eu une remarquable stabilité dans notre propre modèle de croissance, peut-être aussi de développement.

Décomposition du PIB par Composantes d'Offre/Demande

Décomposition du PIB par Composantes d’Offre/Demande

la référence à Keynes est un peu malhonnête car la croissance des pays de l’OCDE post-1945 s’est accompagnée d’une réduction sans précédent des inégalités sociales jusqu’au milieu ou la fin des années 1970. Au Maroc, le tableau est radicalement différent, car sur la base des résultats présentés plus loin, nous aurons réussi à compiler les mauvais aspects d’une croissance Keynésienne, et nous continuons à le faire, mais sous d’autres formes.

Les graphes plus haut décomposent le PIB par sa réaction à des chocs de demande (consommation, dépenses gouvernementales, par exemple) et d’offre (effet de productivité, principalement) et proposent des éléments supplémentaires à la simple énumération des contributions des agrégats de la comptabilité nationale: certes, la consommation finale des ménages aura contribué 2/3 de la croissance enregistrée durant les 50 dernières années, mais son effet n’est pas restreint à un rapport de croissance – il y a aussi l’effet ‘pur’ de la demande domestique sur la croissance.

L’économie marocaine aura développé une structure privilégiant la consommation finale plutôt que des activités productives; ce n’est pas plus mal, et malgré tout, la consommation rapportée au PIB est en déclin (encore que la vitesse de décroissance est plus faible que le rythme théorique) cependant, notre économie domestique aurait enregistré des taux de croissance plus élevés si la dépendance à la consommation – à la demande domestique, en somme, était plus faible, ou en tout cas, si les chocs induits par la demande étaient de moindre magnitude – le rapport de la volatilité de ces chocs est de 1 à 3 en faveur des composantes de demande, un résultat mettant en doute la validité d’une intervention du gouvernement dans la subvention de la consommation, telle qu’incarnée par la Caisse de Compensation.

Faible contribution de la demande dans l'Indice des Prix

La Composante de Demande converge plus vite vers le niveau des Prix

Cette analyse s’applique aussi pour l’indice des prix, et voici un résultat extrêmement intéressant: il est souvent avancé que la brusque levée des subventions entraînerait une hausse des niveaux de prix (donc de l’inflation) mais on néglige souvent de distinguer les origines des effets inflationnistes anticipés. Ce résultat, à priori contradictoire avec l’observation évoquée plus haut, est expliqué principalement par les inégalités de consommation, en l’occurrence la distribution de celle-ci auprès des ménages.

Une minorité de ménages aisés contrôlant un pourcentage disproportionné de la consommation agrégée est peu susceptible d’entraîner une pression croissante sur le niveau des prix (par simple effet de taille, surtout) et pourtant leurs habitudes de consommation ont un impact autrement plus important sur la contribution de l’agrégat à la croissance du PIB; il s’avère ainsi que les fruits de la croissance sont principalement concentrés auprès de ces ménages, lesquels ont des habitudes de consommation ayant peu d’incidence sur le niveau des prix, en tout cas dont les effets sont peu persistent sur le temps.

D’un autre côté, la persistance des chocs d’offre sur le niveau des prix est un sujet autrement plus préoccupant, car ceux-ci sont supposés être plus averses au risque, ou en tout cas peu générateurs d’inflation – et pourtant, ils le sont. Il suffit d’imaginer que ceux-ci ont une consommation intermédiaire inflationniste (une dépendance croissante aux dérivés d’hydrocarbures, par exemple) et que l’absence d’incitations à diversifier le coût de la consommation intermédiaire est une piste à explorer.

Cette analyse en somme n’est pas exempte de critiques, il n’en reste pas moins que certains mythes doivent être dénoncés, et surtout, il serait temps aussi de faire le bilan de toute une génération de politiques publiques, lesquelles auront échoué à faire d’activités d’exportations (ou d’investissements productifs) le moteur de croissance.