The Moorish Wanderer

Les Biens “De Première Nécessité”

Posted in Dismal Economics, Flash News, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on December 7, 2013

Des commentaires de ce type sur une des provisions fiscales du PLF 2014 m’intéressent:

Les principaux produits taxés qui affecteront directement le consommateur sont reproduits sur le graphe ci-dessous, reprenant les dépenses moyennes par type de ménages. Deux produits en particuliers, souvent retenus comme de première nécessité, s’avèrent être consommés en quantités excessives:

La dépense annuelle par dirhams par type de ménages illustre des inégalités significatives en classe de biens, sauf pour le sucre et les huiles.

La dépense annuelle par dirhams par type de ménages illustre des inégalités significatives en classe de biens, sauf pour le sucre, les huiles et les pâtes.

En comparaison avec les moyennes mondiales, la consommation des ménages marocains les plus défavorisés est similaire à la consommation moyenne des Etats-Unis, et supérieure à celle de pays comme l’Inde et la Chine. Quant à notre consommation moyenne, elle est supérieure ou comparable à celle du Brésil, l’un des premiers producteurs (et consommateurs) de ce produit. La décision  de subventionner le prix du sucre, un bien dont l’apport énergétique le plus approprié est 65% inférieur à la consommation nationale, et moitié inférieur à la consommation annuelle des ménages défavorisés, produit donc des comportements adverses au bien-être des consommateurs, au nom d’une construction sociale présentée comme une tradition culinaire immémoriale, alors qu’elle remonte au XIXème siècle.

Qu’en est-il de la consommation des huiles? La consommation moyenne reste proche de la moyenne mondiale, ainsi que la quantité recommandée, sauf que cette consommation n’est pas particulièrement indiquée, notamment en rapport avec les habitudes culinaires des ménages marocains des produits secs, dont la consommation locale est sensiblement supérieure à la moyenne mondiale (y compris celle des ménages les plus défavorisés) ce qui implique une fausse appréciation de l’utilité à consommer des huiles végétales.

Et pourtant, le Budget subventionne (ou subventionnait, dans le cas des huiles) pour 5 Milliards de dirhams le Blé et le Sucre, lorsque les incitations proposées pour des biens de consommation comme les Viandes, les Dattes et les produits maritimes pour 1.63 Milliards, alors que leurs apports nutritionnels sont supérieurs et meilleurs aux biens subventionnés.

La décision de taxer le lait en poudre par contre ne peut être justifiée sur la base de l’argument présenté: les ménages marocains sont en train d’orienter leurs habitudes alimentaires vers des protéines animales, mais les différences entre classes restent importantes. Taxer probablement le produit laitier le plus accessible risque bien d’affecter négativement la tendance vers l’amélioration de leur qualité de vie des ménages les plus défavorisés. Cela s’applique aussi pour les Sardines.

Cette notion que le Sucre, l’Huile et la Farine sont des biens de première nécessité est très offensante aux ménages démunis, et elle est largement partagée, y compris parmi les milieux supposés défendre les intérêts de nos concitoyens, mais dont l’attitude est très paternaliste, précisément en maintenant comme ‘de première nécessité’ des biens dont l’apport alimentaire est limité ou négatif. Il est également insultant de présupposer qu’une taxe additionnelle sur le thé ou le sucre entraînerait une grogne sociale: la classe populaire a changé ses habitudes alimentaires comme les autres classes.

D’un autre côté, est-il prudent d’augmenter la TVA sur la consommation des ménages marocains, alors que cette dernière a robustement porté la croissance, et que cette taxe touche disproportionnellement les ménages allouant une large part de leurs revenus à la consommation?

Le prix de la réforme

Posted in Dismal Economics, Flash News, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on February 27, 2013

Un récent communiqué du Ministère des Affaires Générales a admirablement résumé la position gouvernementale quant au problème de réforme de la caisse de Compensation: le Ministre déclare chercher une voie marocaine pour réformer les transferts de la caisse (après avoir déclaré s’inspirer d’expériences observées dans divers pays) qui est elle-même techniquement prête, mais dont le choix final portant sur différents scenarii n’est pas encore arrêté.

Au-delà des manœuvres politiques autour de cette poule aux œufs d’or pour plusieurs agents économiques, c’est le coût final de la réforme qui mérite d’être étudié. En résumant les différentes déclarations que j’ai pu compiler depuis l’année dernière, Mr Boulif présente un argumentaire s’articulant autour de deux points principaux:

1/ Une réforme radicale (entendez, levée immédiate des subventions) risque d’entraîner un renchérissement du coût de plusieurs intrants, lequel se répercutera irrémédiablement sur le niveau des prix, et donc, de l’inflation. A ce sujet, Mr Boulif avait agité le chiffre fantasmagorique de 5%, sans pour autant en justifier l’origine, une sorte d’épouvantail pour observateur naïf.

2/ Alors que la réforme est techniquement prête (sic) le principal problème qui se pose au MAGG est le niveau de transferts dont bénéficierait la classe moyenne, et il est de bon usage de mentionner les chiffres d’une étude du HCP en 2009 (utilisant des données de 2007) pour expliquer que non, la classe moyenne risque d’être broyée par tout plan de transferts monétaires.

La crédibilité de l’existence même de la réforme est sujette à débat; après tout, le même ministre promet que le budget alloué pour 2013 ne dépasserait pas les 40 Milliards de dirhams (Janvier 2013) et pourtant, évoque une hausse de 70% de cette projection le mois suivant, comme le note à juste titre le communiqué du MAGG évoqué plus haut:

Le ministre, qui a passé en revue les expériences de plusieurs pays ayant mené des réformes en la matière, a jugé impossible de maintenir en l’état la Caisse de compensation, car ses dépenses constituent un “grand fardeau” sur le budget de l’Etat (52 milliards de dirhams en 2011, 55 MMDH en 2012 et 68 MMDH en 2013).”

68 Milliards, c’est tout de même près d’un peu moins de 8% du PIB. On peut raisonnablement supposer que réformer le système actuel au-delà d’une simple levée partielle de subvention entraînera des coûts divers, notamment en termes d’identification des ménages potentiellement éligibles à l’aide.

L’un des rapports les plus récents publiés par le FMI fait mention d’un transfert effectif de près de 43% des subventions de la Caisse de Compensation aux 10% des ménages les plus favorisés. Cela signifie que le coût réel des subventions transférées aux ménages en dessous de la médiane (y compris la classe moyenne) serait plutôt aux alentours de 25 Milliards, soit 3% du PIB. Il y a donc 5% du PIB qu’il convient donc d’estimer comme le coût, pour le gouvernement, de la réforme.

La notion de coût ici dépasse la simple analyse budgétaire; il ne faut jamais sous-estimer la rationalité des choix publics au Maroc, aussi cyniques ou contraires au bien-être commun puissent-ils être.

5% du PIB, c’est le coût, pêle-mêle, des compensations qu’il faudra offrir aux agents économiques bénéficiant du système actuel. C’est le prix de l’incertitude -pour les détenteurs du pouvoir- générée par un changement trop ‘radical’ et pourtant nécessaire pour rétablir un semblant de justice sociale. Paradoxalement, les 40 Milliards ne représentent pas le coût de la paix sociale (le coût de la paix sociale est en réalité les 25 Milliards mentionnés plus haut)

Il s’agit de l’excédent de coût généré par le manque de transparence dans les décisions politiques conditionnant l’avenir des générations futures du Maroc, le prix à payer pour ne pas casser des œufs pourris, ou en tout cas, sur le point de l’être.