The Moorish Wanderer

Capital et Travail

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco by Zouhair ABH on July 31, 2013

Toute une génération de modèles économiques puise ses résultats dans un travail paru en 1928, d’une simplicité qui n’enlève rien à une application empirique souvent robuste.

Je n’ai pu m’empêcher, en relisant certaines productions du HCP quant aux déterminants de la croissance au Maroc (et son pendant cyclique) d’essayer de répliquer leurs résultats – en apportant ma propre critique quant à la validité des résultats présentés.

Par exemple, le traitement du facteur humain – la force de travail- a été excessivement simplifié, et ce faisant, introduit inconsciemment un biais significatif, d’autant plus qu’il n’altère pas forcément le résultat final. L’impact est à chercher dans la dynamique expliquée dans l’évolution du facteur travail en relation avec le capital.

Sans s’étendre en détail sur la démonstration évoquée dans ce numéro des Cahiers du Plan (des analyses pertinentes qui renseignent du type de problématiques traitées au HCP, ainsi que des approches mises en œuvre à cet effet) et qui porte sur la production potentielle, et donc les moyens d’en estimer le niveau, notamment à travers la vénérable fonction de production Cobb-Douglas. Et on y lit:

avec la tendance de la force de travail construite comme étant le produit de  […] la population en âge de travailler (CVS) […] la tendance du taux de participation tendanciel (il est représenté par le taux d’activité tendanciel ou d’équilibre) […] le taux de chômage non accélérateur d’inflation (Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment). Le principal avantage d’utilisation de cette équation est qu’elle permet l’obtention d’une série d’emploi potentiel qui est relativement lisse et tient compte des variations de la population en âge d’activité, le taux de participation tendanciel et le taux de chômage structurel (NAIRU).

Cette approche est similaire à un autre document datant de 2005, laquelle ne considère dans le facteur travail que la taille de la population active. Cela signifie ainsi que l’apport de la force de travail se mesure uniquement au dénombrement de ses individus. De plus, les régressions calculées considèrent ainsi que: 1) la productivité des facteurs (le Résidu de Solow) n’exhibe qu’une tendance linéaire, 2) il est neutre aux facteurs.

Le résultat qui en découle est donc une contradiction importante pour une même approche: alors que les calculs dérivés du rapport 2005 pointent vers des valeurs de contributions respectives des capital et travail en ligne avec la littérature, les estimations dans cet article des Cahiers du Plan donne une valeur disproportionnée au facteur travail, et néglige la question essentielle à la problématique posée: quels déterminants pour la production potentielle? Ce biais est d’ailleurs démontré dans le graphe ci-dessous: l’absence de facteur de productivité (neutre ou autre) est d’office candidat  expliquer exclusivement l’écart significatif des deux courbes

comparaison entre le PIB actuel et le PIB potentiel selon la méthode d’une fonction de production Cobb-Douglas (graphe Cahiers du Plan - HCP)

comparaison entre le PIB actuel et le PIB potentiel selon la méthode d’une fonction de production Cobb-Douglas (graphe Cahiers du Plan – HCP)

D’un point de vue conceptuel, la notion même de production potentielle suppose, pour une économie donnée, une activité économique se positionnant sur la frontière des possibilités de production, en l’occurrence, la pleine utilisation des facteurs, tous les facteurs de production. Or se concentrer uniquement sur les facteurs physiques, et traiter la productivité globale des facteurs comme résidu (comme appelé communément d’ailleurs) ne répond pas à la problématique, et du coup, ne donne pas d’estimation valide pour les contributions respectives du capital et du travail.

A l’inverse, adapter ces calculs en aménageant la même fonction de production permet d’obtenir des résultats autrement plus intéressants. En effet, on suppose que les facteurs de productivité influent exclusivement le facteur travail. La Cobb-Douglas passe donc de Y_t = A_t K_t^\alpha H_t^{1-\alpha} à Y_t = K_t^\alpha (A_t H_t)^{1-\alpha} et l’on ne raisonne plus en termes de capital ou production par tête, mais par capital ou production efficace. Enfin, on prend en compte une estimation du nombre d’heures annuelles moyen par travail, au lieu de se focaliser exclusivement sur la taille de la population activé employée.

Le premier sous-graphe ci-dessous reprend donc la méthodologie, et explique la distance entre les deux courbes (PIB potentiel/estimé et PIB empirique) par la valeur initiale retenue pour le Résidu de Solow. Le second sous-graphe démontre qu’en prenant une même année de base pour les deux agrégats (estimé et empirique) nous avons non seulement une concordance de niveau, mais les écarts observés sont de facto expliqués par des phénomènes économiques contingents à la période étudiée, ainsi:

COBB_BENCHJusqu’au début des années 1980, les différences entre niveaux de PIB n’étaient pas significatives, ou en tout cas, la croissance empirique était convenablement expliquée par la formule discutée plus haut. Dès le début des années 1980 cependant, le décalage entre les deux mesures renseigne d’un changement structurel dans l’utilisation des facteurs de production, et la théorie d’une productivité affectant uniquement le facteur travail devient discutable, mais ce faisant le même résultat invalide le choix retenu dans les deux références citées. Ceci est d’autant plus pertinent que les années 1980s enregistrent aussi une baisse tendancielle dans l’indicateur composite du facteur travail (principalement dans les heures travaillées) que les estimations du HCP ne pouvaient pas prendre en compte.

La propriété principale d’un décennie perdue (au Maroc, il s’agit donc de 1989-1999) est la lente dégradation de la productivité – une occurrence rapportée en Argentine aussi, par exemple, et qui dans les cercles académiques, correspond à l’hypothèse assez forte d’une régression technologique, impensable dans les pays de l’OCDE, mais très pertinente pour des économies émergentes, lorsque des crises systémiques anéantissent la structure productive initiale – dans le cas de l’Argentine, le rôle d’assurance à l’emploi que représentait le secteur public se trouvait brusquement inopérant.

Une démonstration technique des limites du calcul HCP est à chercher dans une estimation alternative du lien entre la production et le capital, tous les deux exprimés par tête (de travailleur), et on fait appel à une régression de Kernel – l’avantage étant qu’elle n’impose pas de restrictions à la forme de la relation entre les deux variables, on compare ensuite ce résultat avec une régression MCO standard.

Regression Data: 53 training points, in 1 variable(s)
                       k
Bandwidth(s): 0.01102896
Kernel Regression Estimator: Local-Linear
Bandwidth Type: Fixed
Residual standard error: 0.02384028
R-squared: 0.9896927
Continuous Kernel Type: Second-Order Gaussian
No. Continuous Explanatory Vars.: 1--
Coefficients:
            Estimate Std. Error t value Pr(>|t|)    
(Intercept)  5.35383    0.16137   33.18   <2e-16 ***
k            0.32415    0.01839   17.63   <2e-16 ***
---------------------------------------------------------
Residual standard error: 0.08987 on 51 degrees of freedom
Multiple R-squared: 0.8591,    Adjusted R-squared: 0.8563 
F-statistic: 310.8 on 1 and 51 DF,  p-value: < 2.2e-16

On observe ainsi que la régression non-paramétrique livre une estimation plus précise de la relation production-capital, que ce soit par sa puissance explicative ou par la variance de l’erreur du modèle. Or si cet indicateur favorable conforte l’hypothèse initiale, les résultats du test de signification délivrent un tout autre verdict:

Kernel Regression Significance Test
Type I Test with IID Bootstrap (399 replications)
Explanatory variables tested for significance:
k (1)
                       k
Bandwidth(s): 0.01102896
Significance Tests
P Value: 
k 1 
---
Signif. codes:  0 '***' 0.001 '**' 0.01 '*' 0.05 '.' 0.1 ' ' 1

(Le résultat du test signifie que la relation entre capital et production peut être confortablement rejetée) Cette contradiction apparente n’en est pas une: la régression paramétrique devait forcément donner des résultats satisfaisants, mais le biais dans la spécification ( ici: y_t = \alpha k_t + \alpha_0 + \varepsilon_t) est de supposer que la force de travail est uniquement mesurée par la quantité d’individus la composant.

De ce point de vue donc, les contributions des différents facteurs de productivité doivent être réévaluées, et il s’avère ainsi que dans la nomenclature officielle marocaine, le facteur travail est sensiblement sous-estimé:

HCP 2005 IMF 2013 Outcome
1960-2002 1980-2010 1960-2011
Capital 44,71% 45,00% 31,74%
Travail 33,79% 18,00% 41,77%
TFP 21,51% 37,00% 26,47%

Prophet Of Doom No More (If Only)

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard, Tiny bit of Politics by Zouhair ABH on November 23, 2011

This post will consider a finer estimating of Moroccan business cycles – with some statistical device economists do not usually use (so I’ve been told) to get a smoother estimation of business cycles.

Primary results (expatiated in an earlier post) still hold, though because they remain a raw estimate of business cycles in Morocco, fluctuations are influenced by seasonality, extemporaneous events, and other ‘white noise’ effects we seek to minimize with such computations. Now, it does not really matter to express these numbers of terms of GDP size, or Business revenues – this is in fact a computation on relative terms of change – in facts, there is little use of these computations in monetary or volume terms, because they have been originally computed on log-based real GDP per capita.

distribution of business cycles is almost normal, centred around zero with 0.05 standard deviation - a statistician's dream

We consider to that effect non-parametric regular smoothing, not because it is best -compared to regular filters- but simply because it allows for more visual understanding (even serious academic debates on the best way to smooth over the business cycle curve) but it also minimizes the deterministic features of traditional filters like Hodrick-Prescott; non-parametric smoothing refers back to random variables. For sure, referring to Moroccan business cycles as a random variable is not reassuring, but the randomness remains contained within a very well-defined, almost natural centred distribution;

This however, does not say business cycles are normalized, and when smoothed, the graph shows the next couple of years cannot do better than the best years of Moroccan economics, and these turned out to be the prelude to two decades of painful adjustment and recovery: the mid and late 1970s saw the widest variance from the long-term growth, and no period of Moroccan history managed to reach that level, and there is a reason for that.

The 1975-1983 period was the high water-mark of an indebted economy, fuelled with generous subsidies and Phosphates revenues: Guaranteed debt relative to GNI was 1.93% in 1974 (around the same number, 1.95% in 2010) Morocco was pouring money into the new Saharan provinces, investing in non-productive assets (like military equipment) and relying more and more on foreign borrowings to make up for the shortfall when the Phosphate manna dried up. Are we experiencing these conditions again in 2011? Debt is increasing to around 54% of GDP, and there are a lot of investments going around, enough to doubt their direct impact on productivity, at least on a 3 to 5 years basis.

Assuming Morocco keeps up with its current growth, there will be a time one macro-variable will falter, or exhaust itself. I would go for public finances or real estate development, but the thing is, the current business cycle starting from 2000 will come to an end in a couple of years; unless some positive externalities kick in.

Smoothed business cycles (model predicts an 81.7% robustness) shows the expansionary cycle is likely to end in two years-time

By that, I mean the trend growth shifts up, thus re-adjusting computations, and allowing for the expansionary cycle to continue well into as many years as these externalities can influence. Otherwise, and that seems to me to be the most realistic scenario, given an expected slumping global demand for Moroccan exports, the economy will fall into a contraction cycle. While the systemic effect explains a lot in the next progressive halt in business activities, domestic indicators could well signal the end of expansion.

Playing the prophets of doom is not a pleasant task, much less a ‘patriotic’ one. But voters trying to make sense out of electoral manifestos, economic and political elites trying to foresee their way and business out of uncertainty and economic fogginess should keep in mind these facts:

Moroccan officials have agreed to IMF to carry out fiscal consolidation measures; that means budget cuts and austerity measures. Slimming down government is not always bad for households and businesses, but we in Morocco do have a reputation for botched reforms that quickly turn into economic recessions.

Bank Al Maghrib is planning for a reduction in Government Debt: whether banks and businesses like it, the Central Bank class the shots when it comes to market liquidity. And I believe BAM staff clings to their reputation as inflation-adverse institution strongly enough not to yield to government pressure and raise main interest rates, a policy that would kill any chances for continued expansion (especially real estate, the main beneficiary of low 3.25% interest rates)

This, of course, is not as bleak as I make out; there is always a chance to focus on structural policies, redistributive fiscal policies (and that includes targeted tax cuts to small businesses) any policy, in effect, that would produce good results even in times of low growth; the salient point of such policies is however, a permanent transfer of wealth from super-wealthy households to the remaining population. So unless the authorities do not want to run the risk of a 1981-1984 re-run, they should consider more than a laughable 2Bn ‘solidarity fund’.

Technical Note: I have used the standard Kernel estimator, and computations yielded the following results:

Regression Data: 51 training points, in 1 variable(s)
                 Years
Bandwidth(s): 1.500668
Kernel Regression Estimator: Local-Constant
Bandwidth Type: Fixed
Residual standard error: 0.000536727
R-squared: 0.8179711
Continuous Kernel Type: Second-Order Gaussian
No. Continuous Explanatory Vars.: 1