The Moorish Wanderer

Les Objectifs du Gouvernement Benkirane I

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on October 12, 2013

Toujours pas de réponse officielle à une question peu (ou pas) posée: maintenant que nous avons eu un nouveau remaniement ministériel, et au vu de la position de principe du RNI vis-à-vis du programme gouvernemental, l’arrivée d’un allié précédemment membre de l’Opposition parlementaire entraînerait-elle un amendement du programme gouvernemental?

Presque trois ans après sa formation, où en sont les objectifs inscrits dans ce programme? Les aspects particuliers m’intéressant étant:

(a) la croissance du PIB: réaliser un taux moyen de croissance de 5.5% du PIB.

(b) le déficit budgétaire (rapporté au PIB) ramené progressivement à 3% d’ici 2016.

(c) le taux de chômage: avec pour objectif de le ramener à 8% d’ici 2016.

(d) le taux d’analphabétisme ramené à 20% d’ici 2016.

Le dernier point est probablement le plus facile à atteindre, avec très probablement la réutilisation d’un objectif mentionné dans le Rapport du Cinquantenaire:

Par ailleurs, l’un des objectifs fixés par la Charte Nationale d’Education et de Formation est de réduire le taux d’analphabétisme à moins de 20 %, à l’horizon de 2010

Réajuster l’objectif 2010 pour en faire la cible de 2016 permet en effet de réaliser un taux d’analphabétisme de 20%, au vu de la tendance des années précédentes, encore que la probabilité d’y arriver pondère plus un résultat proche des 25%, mais le gouvernement Benkirane I pouvait bénéficier de l’opportunité de la réalisation très probable de cet objectif. A ce niveau cependant, une différence de quelques points de pourcentage compte peu; le lien entre taux d’analphabétisme et richesse par habitant est très ténu, et ce type d’objectifs n’a finalement qu’une fonction politicienne, un signal que l’autorité publique s’occupe des sections les plus défavorisées de la population. Preuve en est que des objectifs toujours ambitieux sont avancés pour éradiquer l’analphabétisme, sans cesse contredits par l’extrême lenteur du déclin de cet indicateur.

Le Taux de chômage est une autre variable qui interpelle l’observateur: le taux de 8% n’a jamais été atteint depuis 1978, et si la tendance actuelle (en tout cas depuis le début des années 2000) est au déclin du chômage, il y a suffisamment de preuves que cet objectif reste très optimiste. Un rapport produit en 2005 par le HCP se proposait d’établir trois scenarii pour l’économie marocaine, et dans le plus optimiste, un taux de croissance proche de 6% donnait un taux de chômage proche de 10%:

Le taux de chômage reste élevé au début de cette période (Scénario d’émergence) en raison, d’une part du rythme de la croissance économique encore modéré lors de la première phase, et d’autre part, du fait que les programmes de promotion de l’emploi, qui seraient adoptés, nécessitent une période relativement longue pour produire tous leurs effets. Néanmoins, le taux de chômage emprunterait une tendance à la baisse vers la fin de cette période pour se situer à moins de 10% en 2015.

Si ces projections optimistes renoncent de facto à une baisse rapide du taux de chômage sur la base d’une croissance extrêmement robuste, il est très peu probable qu’un environnement économique moins favorable (avec une croissance moyenne proche des 4.3% de PIB) non conditionné par des réformes institutionnelles sérieuses, puisse délivrer un taux de chômage proche des 8%, à moins de supposer un retrait progressif des demandeurs d’emploi de la population active. Dans les deux cas, il est illusoire de s’attacher exclusivement à cette statistique, alors qu’un autre indicateur de la vitalité de la force du travail, le taux d’occupation par exemple, dénote d’une situation inquiétante peu discutée.

La croissance prévue dans le plan gouvernemental est plus optimiste que celle prévue par le FMI.

La croissance prévue dans le plan gouvernemental est plus optimiste que celle du FMI.

Dans tous les cas, le Gouvernement Benkirane I aura hérité début  2012 d’un taux de chômage proche de 9.9%, et le quitte à 9.4% (les dernières statistiques disponibles au premier trimestre 2013) cependant, les projections de l’impact des récentes augmentations des prix d’hydrocarbures réduiraient d’un quart la tendance récente de diminution – figeant pour ainsi dire le déclin anticipé dans les statistiques du chômage.

Le taux de croissance du PIB projeté pour la période 2012-2016 est d’une nature plus immédiate, et donc plus malléable aux décisions du gouvernement du moment.

Les prévisions du FMI (pré et post-PLL) supposent une croissance moyenne du PIB aux alentours de 4.5%, en ligne avec les performances enregistrées durant la décennie passée, et beaucoup plus réaliste que la perspective de 5.5% qui semble se baser sur le scénario discuté dans le document HCP mentionné plus haut. Un scénario dit “d’ouverture maîtrisée et de l’émergence” alors même que les conditions implicites de cette croissance ne sont que très rarement réalisées.

A vrai dire, il est plus approprié de comparer la performance du gouvernement Benkirane I avec les résultats obtenus lors des gouvernements précédents – si effectivement 7 semestres semblent insuffisantes pour émettre un jugement quant à l’efficacité du programme économique, une comparaison avec d’autres gouvernements, aux durées de vies disparates, serait une option intéressante:

Croissance_Gouv

Si effectivement M. Benkirane ne figure pas parmi les Chefs de Gouvernement ayant présidé à une forte croissance (il est légèrement en dessous de la médiane) il bénéficie en tout cas de la stabilité du rythme de celle-ci, bien meilleur que MM. Jettou et Youssoufi, dont les mandats respectifs ont couvert une période de conjoncture relativement favorable.

Enfin, qu’en est-il de la promesse de ramener le déficit budgétaire en dessous des 3% de PIB? Cet objectif est d’abord lié à la croissance anticipé dans le plan gouvernemental; sur la base d’une croissance moyenne de 6% du PIB non agricole (l’agrégat fournissant l’assiette principale) converger vers cet objectif est relativement facile puisque la charge représentée par le déficit excessif diminue avec une création de richesse plus importante. Secundo, la question du déficit est conditionnée à moyen-terme par la maîtrise de la Caisse de Compensation.

Le retour progressif à 3% du déficit du PIB semble ainsi être basé sur un maintien de la charge de compensation, ceteris paribus, à moins de 4% du PIB (alors même que cette charge était proche de 6% en 2012) et surtout, une économie soutenue d’une moyenne de 5 Milliards de dirhams entre 2012 et 2016. Les résultats suivantes montrent que pour les deux années de son administration, Benkirane I n’a pas réussi à réaliser ses propres objectifs:

Mds de Dirhams 2011 2012 2013*
Compensation 41,079 55,956 51,060
Solde Ordinaire 6,223 -18,026 -24,335
Déficit -40,504 -62,133 -65,3355
(*) Données Disponibles Août 2013, Annualisées

L’objectif d’un retour à un déficit de 3% (incidemment, la moyenne enregistrée pour 1990-2009) est théoriquement lié à un plafonnement des dépenses de compensation, ainsi qu’une résorption du déficit. Il s’avère que pour la période 2012-2013, il y a eu détérioration du solde ordinaire, un indicateur préoccupant de l’état des finances publiques, ainsi qu’une augmentation (et non une diminution) de 4 Milliards, creusant le déficit au lieu de le réduire.

Cet exercice ne prétend pas fournir un bilan des actions du gouvernement Benkirane I. Il permet cependant de donner quelques éléments qui montrent d’abord que ces choix ont été soit sous-évalués (l’objectif d’éradication de l’analphabétisme) soit grossièrement sur-évalués (la croissance projetée pour 2012-2016) soit en échec alors même que ceux-ci sont supposés être les éléments les plus impopulaires (potentiellement) des choix publics. Dans tous les cas, il y a fort à parier qu’en 2016, les programmes électoraux des partis politiques seront tout aussi détachés de la réalité économique, autant que le “programme permanent” qui nous gouverne.

Offre et Demande, L’effet de l’Indexation

Posted in Dismal Economics, Flash News, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard, The Wanderer by Zouhair ABH on September 21, 2013

“La hausse des carburants pourrait faire baisser le PIB selon le HCP” titre Yabiladi suite à la décision du gouvernement de lever partiellement la subvention aux hydrocarbures. Il est cependant plus adroit de dire que cette hausse de carburant ferait baisser le taux de croissance du PIB, plutôt que de le baisser en valeur absolue.

J’en profite pour mettre à jour des résultats que je discute dans un post précédent, et de mettre en évidence les résultats du HCP calculés en 2012 et ceux plus récents. Dans les deux cas, l’effet sur la croissance est suffisamment important pour réitérer que nos choix de croissance sur la décennie passée révèlent leur limite. Le coût économique et politique de cette décision n’est finalement que la somme actualisée des coûts de réforme en conjoncture favorable.

L’idée de décomposer les chocs domestiques par offre et demande permet par exemple d’isoler (correctement, on l’espère) les contributions respectives dans les fluctuations observées, ce qui permet dans un second temps de tirer ensuite quelques conclusions en matière de politique publique (budgétaire) La série de graphes ci-dessous propose une comptabilité initiale des chocs agrégés, comparés tour à tour avec le PIB empirique, le PIB lissé (c’est-à-dire sans choc quelconque) et les contributions respectives de l’Offre et de la Demande:

Décomposition des fluctuations du PIB par Offre/Demande Agrégées 1960-2011

Décomposition des fluctuations du PIB par Offre/Demande Agrégées 1960-2011

Les dix dernières années montrent d’abord que l’intensité des chocs cumulés a substantiellement diminué, en atteste l’évolution du PIB empirique comparé au lissage sur le premier graphe de la colonne à droite. D’un autre côté, on observe des comportements opposés entre offre et demande agrégées sur la même période: la première est vigoureuse (une croissance alimentée par la dépense gouvernementale et les crédits à l’économie) alors que la second est soit stable, soit en déclin (principalement à cause d’une productivité peu effective)

La principale question serait de comprendre pourquoi les chocs d’offres portent le PIB à un niveau largement supérieur à celui empiriquement observé. En d’autres termes, pourquoi les quelques 68 Milliards de dirhams de différence ne se sont pas matérialisés? La première question serait de mettre en contraste la demande agrégée qui a décliné sensiblement dès 2005-2006 (probablement une piste digne d’investigation en rapport avec la réforme fiscale appliquée les années suivantes) ce qui suppose un effet de transfert d’un agrégat vers un autre. Dans ce cas précis, le transfert se fait vers la demande (ou d’un effet de substitution d’effets de long terme à court terme)

Cette analyse cependant est incapable d’expliquer les fluctuations d’une période particulière, celle de 1975-1982. Si dans l’ensemble ces courbes (et le modèle qui les sous-tend) peuvent formuler une histoire adéquate, il est intéressant de prendre en compte explicitement l’évolution du pétrole et du phosphate (par exemple) dans la décomposition des chocs agrégés.

La relation entre prix d'hydrocarbures et dépenses gouvernementales suggère un palier influant ensuite sur les chocs agrégés.

La relation entre prix d’hydrocarbures et dépenses gouvernementales suggère un palier influant ensuite sur les chocs agrégés.

On reprend l’évolution annuelle des prix du pétrole en comparaison avec celle des dépenses publiques, une relation qui suggère une certaine hétérogénéité dans la composante secteur public de la demande agrégée, notamment le poste budgétaire de la caisse de compensation.

Il semble ainsi que l’effet-offre dans la consommation publique soit plus important que dans sa composante de demande, avec des répercussions négatives sur les déterminants à long terme dans l’offre agrégée.

L’écart significatif (se chiffrant à une dizaine de points de PIB) entre chocs ‘purs’ d’offre et l’observation empirique de la production de biens et services peut ainsi être imputé à un ajustement inter-temporel en faveur d’effets de court-terme: le budget préfère par exemple une impulsion stabilisant la demande sur le court terme, plutôt que d’observer un certain degré de neutralité, ou de soutenir les secteurs capables d’engendrer une productivité additionnelle.

Il en résulte une situation assez particulière où les chocs de demande induits par la subvention de la consommation domestique ne débouchent pas sur une accélération de la vitesse de circulation de la monnaie, ou d’une croissance dans le niveau des prix. Cela est dû en contre-partie à la manière dont ces subventions sont injectées dans le circuit économique, qui a pour effet de pénaliser la productivité agrégée.

Mais revenons à la question initiale: l’indexation débouchera-t-elle vraiment sur une baisse d’activité – et donc du PIB? Très certainement: d’ailleurs, l’effet cumulé des chocs négatifs induits par cette décision et une mesure similaire annoncée l’année dernière prive la croissance du PIB d’un peu plus d’un point de croissance, et donc rend très peu probable la réalisation de l’objectif gouvernemental d’une croissance moyenne de 5.5% d’ici 2016.

L’intuition derrière cette réaction peut s’expliquer comme étant l’effet d’un ajustement dans les comportements des agents économiques, qui vont soit réduire leur capacité de production, soit leurs consommations, avec effets d’amplification et de transmission dans le circuit économique. La mesure d’un tel comportement peut ainsi être estimée par exemple par le degré de dépendance de l’économie marocaine aux sources d’énergie fossile (plus de 90% de la consommation d’énergie) ou de la capacité d’utilisation de l’appareil productif en fonction de l’intensité capitalistique de l’utilisation de ces sources d’énergie.

Capital et Travail

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco by Zouhair ABH on July 31, 2013

Toute une génération de modèles économiques puise ses résultats dans un travail paru en 1928, d’une simplicité qui n’enlève rien à une application empirique souvent robuste.

Je n’ai pu m’empêcher, en relisant certaines productions du HCP quant aux déterminants de la croissance au Maroc (et son pendant cyclique) d’essayer de répliquer leurs résultats – en apportant ma propre critique quant à la validité des résultats présentés.

Par exemple, le traitement du facteur humain – la force de travail- a été excessivement simplifié, et ce faisant, introduit inconsciemment un biais significatif, d’autant plus qu’il n’altère pas forcément le résultat final. L’impact est à chercher dans la dynamique expliquée dans l’évolution du facteur travail en relation avec le capital.

Sans s’étendre en détail sur la démonstration évoquée dans ce numéro des Cahiers du Plan (des analyses pertinentes qui renseignent du type de problématiques traitées au HCP, ainsi que des approches mises en œuvre à cet effet) et qui porte sur la production potentielle, et donc les moyens d’en estimer le niveau, notamment à travers la vénérable fonction de production Cobb-Douglas. Et on y lit:

avec la tendance de la force de travail construite comme étant le produit de  […] la population en âge de travailler (CVS) […] la tendance du taux de participation tendanciel (il est représenté par le taux d’activité tendanciel ou d’équilibre) […] le taux de chômage non accélérateur d’inflation (Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment). Le principal avantage d’utilisation de cette équation est qu’elle permet l’obtention d’une série d’emploi potentiel qui est relativement lisse et tient compte des variations de la population en âge d’activité, le taux de participation tendanciel et le taux de chômage structurel (NAIRU).

Cette approche est similaire à un autre document datant de 2005, laquelle ne considère dans le facteur travail que la taille de la population active. Cela signifie ainsi que l’apport de la force de travail se mesure uniquement au dénombrement de ses individus. De plus, les régressions calculées considèrent ainsi que: 1) la productivité des facteurs (le Résidu de Solow) n’exhibe qu’une tendance linéaire, 2) il est neutre aux facteurs.

Le résultat qui en découle est donc une contradiction importante pour une même approche: alors que les calculs dérivés du rapport 2005 pointent vers des valeurs de contributions respectives des capital et travail en ligne avec la littérature, les estimations dans cet article des Cahiers du Plan donne une valeur disproportionnée au facteur travail, et néglige la question essentielle à la problématique posée: quels déterminants pour la production potentielle? Ce biais est d’ailleurs démontré dans le graphe ci-dessous: l’absence de facteur de productivité (neutre ou autre) est d’office candidat  expliquer exclusivement l’écart significatif des deux courbes

comparaison entre le PIB actuel et le PIB potentiel selon la méthode d’une fonction de production Cobb-Douglas (graphe Cahiers du Plan - HCP)

comparaison entre le PIB actuel et le PIB potentiel selon la méthode d’une fonction de production Cobb-Douglas (graphe Cahiers du Plan – HCP)

D’un point de vue conceptuel, la notion même de production potentielle suppose, pour une économie donnée, une activité économique se positionnant sur la frontière des possibilités de production, en l’occurrence, la pleine utilisation des facteurs, tous les facteurs de production. Or se concentrer uniquement sur les facteurs physiques, et traiter la productivité globale des facteurs comme résidu (comme appelé communément d’ailleurs) ne répond pas à la problématique, et du coup, ne donne pas d’estimation valide pour les contributions respectives du capital et du travail.

A l’inverse, adapter ces calculs en aménageant la même fonction de production permet d’obtenir des résultats autrement plus intéressants. En effet, on suppose que les facteurs de productivité influent exclusivement le facteur travail. La Cobb-Douglas passe donc de Y_t = A_t K_t^\alpha H_t^{1-\alpha} à Y_t = K_t^\alpha (A_t H_t)^{1-\alpha} et l’on ne raisonne plus en termes de capital ou production par tête, mais par capital ou production efficace. Enfin, on prend en compte une estimation du nombre d’heures annuelles moyen par travail, au lieu de se focaliser exclusivement sur la taille de la population activé employée.

Le premier sous-graphe ci-dessous reprend donc la méthodologie, et explique la distance entre les deux courbes (PIB potentiel/estimé et PIB empirique) par la valeur initiale retenue pour le Résidu de Solow. Le second sous-graphe démontre qu’en prenant une même année de base pour les deux agrégats (estimé et empirique) nous avons non seulement une concordance de niveau, mais les écarts observés sont de facto expliqués par des phénomènes économiques contingents à la période étudiée, ainsi:

COBB_BENCHJusqu’au début des années 1980, les différences entre niveaux de PIB n’étaient pas significatives, ou en tout cas, la croissance empirique était convenablement expliquée par la formule discutée plus haut. Dès le début des années 1980 cependant, le décalage entre les deux mesures renseigne d’un changement structurel dans l’utilisation des facteurs de production, et la théorie d’une productivité affectant uniquement le facteur travail devient discutable, mais ce faisant le même résultat invalide le choix retenu dans les deux références citées. Ceci est d’autant plus pertinent que les années 1980s enregistrent aussi une baisse tendancielle dans l’indicateur composite du facteur travail (principalement dans les heures travaillées) que les estimations du HCP ne pouvaient pas prendre en compte.

La propriété principale d’un décennie perdue (au Maroc, il s’agit donc de 1989-1999) est la lente dégradation de la productivité – une occurrence rapportée en Argentine aussi, par exemple, et qui dans les cercles académiques, correspond à l’hypothèse assez forte d’une régression technologique, impensable dans les pays de l’OCDE, mais très pertinente pour des économies émergentes, lorsque des crises systémiques anéantissent la structure productive initiale – dans le cas de l’Argentine, le rôle d’assurance à l’emploi que représentait le secteur public se trouvait brusquement inopérant.

Une démonstration technique des limites du calcul HCP est à chercher dans une estimation alternative du lien entre la production et le capital, tous les deux exprimés par tête (de travailleur), et on fait appel à une régression de Kernel – l’avantage étant qu’elle n’impose pas de restrictions à la forme de la relation entre les deux variables, on compare ensuite ce résultat avec une régression MCO standard.

Regression Data: 53 training points, in 1 variable(s)
                       k
Bandwidth(s): 0.01102896
Kernel Regression Estimator: Local-Linear
Bandwidth Type: Fixed
Residual standard error: 0.02384028
R-squared: 0.9896927
Continuous Kernel Type: Second-Order Gaussian
No. Continuous Explanatory Vars.: 1--
Coefficients:
            Estimate Std. Error t value Pr(>|t|)    
(Intercept)  5.35383    0.16137   33.18   <2e-16 ***
k            0.32415    0.01839   17.63   <2e-16 ***
---------------------------------------------------------
Residual standard error: 0.08987 on 51 degrees of freedom
Multiple R-squared: 0.8591,    Adjusted R-squared: 0.8563 
F-statistic: 310.8 on 1 and 51 DF,  p-value: < 2.2e-16

On observe ainsi que la régression non-paramétrique livre une estimation plus précise de la relation production-capital, que ce soit par sa puissance explicative ou par la variance de l’erreur du modèle. Or si cet indicateur favorable conforte l’hypothèse initiale, les résultats du test de signification délivrent un tout autre verdict:

Kernel Regression Significance Test
Type I Test with IID Bootstrap (399 replications)
Explanatory variables tested for significance:
k (1)
                       k
Bandwidth(s): 0.01102896
Significance Tests
P Value: 
k 1 
---
Signif. codes:  0 '***' 0.001 '**' 0.01 '*' 0.05 '.' 0.1 ' ' 1

(Le résultat du test signifie que la relation entre capital et production peut être confortablement rejetée) Cette contradiction apparente n’en est pas une: la régression paramétrique devait forcément donner des résultats satisfaisants, mais le biais dans la spécification ( ici: y_t = \alpha k_t + \alpha_0 + \varepsilon_t) est de supposer que la force de travail est uniquement mesurée par la quantité d’individus la composant.

De ce point de vue donc, les contributions des différents facteurs de productivité doivent être réévaluées, et il s’avère ainsi que dans la nomenclature officielle marocaine, le facteur travail est sensiblement sous-estimé:

HCP 2005 IMF 2013 Outcome
1960-2002 1980-2010 1960-2011
Capital 44,71% 45,00% 31,74%
Travail 33,79% 18,00% 41,77%
TFP 21,51% 37,00% 26,47%

L’Optimisme Circa 2007

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on April 4, 2013

“Sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et dans le cadre d’une approche rénovée de planification du développement économique et social du Maroc, le Haut Commissariat au Plan (HCP) conduit une réflexion prospective privilégiant une démarche à caractère stratégique et participatif.

Cette réflexion, menée sous le titre « Prospective Maroc 2030 » vise à explorer les futurs possibles de notre pays et à les soumettre à un débat national avant d’aboutir au choix du scénario où il souhaiterait inscrire ses plans de développement.”

Ce document, datant de 2007, met des chiffres sur ce qui pourrait être un succès ou un échec. Par exemple, on peut enfin comprendre pourquoi les partis politiques étaient régulièrement enclins à afficher des taux de croissance extrêmement optimistes (y compris le PJD, avec son 7% de croissance annuelle) trouvaient leur origine probablement dans ce document: il est fait état d’un taux entre 5.5% et 6.4%, lequel est conditionné par la réalisation d’une liste semblable aux travaux d’Hercules. Mais ceci est le sujet d’une autre discussion: ce post souhaiterait mettre côte-à-côte les anticipations de la vision Maroc 2030, effectuées en 2007, et la réalité de l’économie marocaine sur les six dernières années. Ce document est réellement important car il permet de faire (partiellement) la critique de l’option technocratique adoptée par nos dirigeants durant la décennie passée; On a donc des chiffres qui sont à priori des objectifs permettant de juger de l’échec ou de la réussite de cette stratégie.

L’obsession, si l’on peut dire, quant à la réalisation d’un taux supérieur de croissance du PIB est justifiée dans les implications sur le quotidien des ménages marocains, directes ou indirectes: une forte croissance sur une longue période permet au gouvernement de s’assurer de revenus fiscaux croissants dans le temps, de même pour les ménages et les différents acteurs économiques. A défaut de stratégies de consolidation des revenus de croissance (à travers des politiques de redistributions) le modèle de développement économique se base de facto sur une augmentation de la consommation agrégée, indexée et à son tour génératrice de croissance.

La croissance tendancielle du PIB (d) depuis le début des années 2000 confirme les prédictions du scénario bas. La tendance croissante de l'investissement (g) n'est cependant pas assez suffisante

La croissance tendancielle du PIB (d) depuis le début des années 2000 confirme les prédictions du scénario bas. La tendance croissante de l’investissement (g) n’est cependant pas assez suffisante

Le scénario ‘bas’ précise que le taux de croissance moyen du PIB entre 2007 et 2015 s’établirait aux alentours de 4%. Ce scénario récapitule principalement des échecs aux projets de réformes dans divers domaines. Il ne s’agit pas forcément d’un scénario catastrophe, mais c’est certainement celui qui englobe ce qui serait certainement une admission d’échec, non seulement des tentatives de réformes, mais le bien-fondé de celles-ci.

En matière de score en croissance de PIB, le Maroc n’aura réussi, entre 2007 et 2012, à n’obtenir que la faible performance des 4%; de même pour le taux d’investissement rapporté au PIB. Il y a un argument souvent avancé, selon lequel la croissance peut être assurée sans forcément établir les bases d’une démocratie représentative (prenant à témoin les performances de pays autoritaires pour justifier cette assertion) et cela est peut être vrai, la littérature académique reste divisée à ce sujet. En ce qui concerne le Maroc, l’attitude “Makhzen Knows Best“, un mélange d’autoritarisme et de paternalisme technocratique, a montré ses limites, en tout cas au vu des objectifs énoncés dans ce document.

On a ainsi supposé que l’émergence de champions nationaux, ainsi que la prise en main du processus de décision d’allocation des ressources, à travers de grands projets/chantiers, ces politiques allaient pallier aux inévitables gaspillages inhérents à un procédé démocratique, pour assurer un retour maximal sous forme de taux de croissance élevés, en tout cas en comparaison avec les performances régionales. Il s’est donc avéré que si l’on considère les chiffres énoncés dans cette vision “Maroc 2030”, soit les autorités ont échoué à mettre en place les réformes promises dans le document, soit ces réformes ont bien été établies, mais elles ont échoué.

Peut-être cette contre-performance de l’économie domestique en valait la peine. La critique courante du côté de la gauche radicale/démocratique est que le Maroc a sacrifié des projets sociaux sur l’autel de la rigueur fiscale dictée par le FMI ou la banque mondiale. C’est probablement le cas, mais les objectifs propres de réduction, ou de contrôle du déficit budgétaire, un impératif de conservatisme fiscal – surtout pour un petit pays ouvert sur le commerce international comme le Maroc- n’ont pas été réellement respectés: le déficit moyen entre 2007 et 2012 a été 3.8% du PIB – contre des objectifs optimistes entre 2.4% et 2.8%. Sur ce troisième aspect, le Maroc se dirige plutôt vers le scénario bas.

Tout n’est pas noir dans les grands agrégats de l’économie marocaine: le taux de chômage reste en ligne avec les performances historiques de l’économie domestique, ainsi que les prévisions des scenarii optimistes. Ces résultats à priori rassurants doivent cependant être restitués dans le contexte d’amenuisement du stock de postes d’emploi: les dernières statistiques montrent ainsi que la décennie passée à créé 1.7 Millions d’emplois, alors même que les taux d’activité ont baissé, indiquant des sorties du marché du travail qui ne s’apparentent pas au chômage: le taux d’activité est ainsi passé de 54% en 1999 à 49% en 2011.

De même, le nombre d’emplois créé est en net déclin: en 2002, 83.000 emplois ont été créés, seulement 56.000 en 2012. Le maintien du taux de chômage aux alentours de 9-10% est au prix d’une réduction assez rapide de la population active occupée.

Voilà. Ceci n’est pas une annonce de déclin, mais comme le souligne ce document, il s’agit d’un essoufflement de l’économie domestique; ses moteurs de croissance montrent leurs limites dès que l’environnement international devient incertain. Finissons donc sur ces deux extraits:

Le rôle central de l’Etat dans la dynamique économique et dans la prise en charge des impératifs du développement social pèsera lourdement sur l’équilibre budgétaire. Ainsi, le déficit global du Trésor risque de dépasser 4,5% du PIB, à l’horizon 2015, mettant en cause la soutenabilité des finances publiques et hypothéquant des options de développement.

[…]

Sur un autre registre, les faiblesses en matière de développement social seraient accentuées par l’insuffisance des créations d’emplois limités à environ 250 mille par an dans ce scénario, face à une demande additionnelle, en accroissement substantiel sous l’effet de la transition démographique.

Food and Consumption Subsidy: Below the Median

Posted in Dismal Economics, Flash News, Moroccan Politics & Economics, Morocco by Zouhair ABH on June 9, 2012

I did not watch our Head of Government’s performance on TV. But I guess by now, the Moroccan public will take a keen interest in the essential mechanism of economic interactions. Mr Benkirane’s favourite catchphrase “God’s Will” might not be as helpful as he makes out.

A strong negative correlation between Consumption and Net Exports, compounded by the strong contribution of the former to GDP growth

First off, the graph opposite just shows the insanity and how unsustainable the subsidies are: Moroccan has a structural deficit in its trade balance, and the compensation fund does not subsidize household consumption, but chiefly subsidizing the trade deficit. As such, the Moroccan government’s hands are tied: if they decide to reform radically the compensation fund, or address the problem of trade balance and balance of payments, this would mean doing away with a reliable source of growth -household consumption- and a lucrative source of fiscal receipts.

Household consumption is a curse no longer in disguise: the weaker foreign demand for Moroccan exports from the Eurozone, the stronger our economy will have to rely on domestic consumption, the heavier the weight of subsidies on public finances, with a paradoxical effect on government receipts, but only up to a point.

The idea is thus to achieve a three-fold objective:

First, reform the compensation fund in an effort to address the structural weaknesses of the Budget.

Second, direct relief to households genuinely in need for it.

Third, balance domestic consumption so as to make Exports a viable substitution in terms of growth contribution.

The Iranian example provided by fellow blogger Omar El Hayani is too inflationary, and I am afraid his computations were a bit far-off base: suffice to say these computations should be done at the household level (400 dirhams per person allowance does not sound to be a viable program at any rate). A household-based direct subsidy in form of cash relief ought to perform better, with a nation-wide benchmark.

The idea is simple enough to avoid the ritual pitfalls of ‘Institutional Shortcomings’ (codeword for government corruption) by applying a small device from Game Theory properties: the subsidy is computed on the basis of a composite basket of goods a median household usually spends money on. The advantage of such a mechanism is that all those households below the Median would automatically benefit from it, regardless of their declared type of consumption. As for the better off households above the median, they have the choice between keeping on with their existing patterns of consumption -and charged more for it- or reduce their consumption absolute levels so as to match the subsidized median basket eligible for the cash relief, which results in a reduction in their consumption in absolute value. This is a win-win outcome: poorer households observe their purchasing power is stable or improving, and the wealthier Moroccans are given the opportunity to pay the true price of their consumption.

This model has the advantage of deflecting inflation away from the vulnerable households: lest we forget, about a third of household consumption in Morocco is concentred in the hands of 10% wealthiest households, these are the ones benefiting from the current system of subsidies, and these are the ones behind any sizeable inflationary shock.

Consider HCP’s households survey in 2000-2001: The average share of income devoted to food consumption established itself around 41%. The figure itself, when compared to the median share of consumption (47%) shows how skewed household consumption is in favour of the wealthiest, even though these consume only a little more than 30% of their disposable income.

Per these findings, the benchmark a household consist of 6 individuals, most likely to be 4 over time, with an annual gross income of 76,940 dirhams (2010 estimates).

Their annual consumption establishes itself around 36,100 dirhams per annum. If these are subsidized at 20%, the total cost for the Compensation Fund would be established around 25.89 Bn dirhams per year, in real terms. The median household is subsidized at 20%, the poorer 10% at around 42% of their consumption, and the real subsidy percentage would be closer to 25%, which only confirms how this particular scheme helps those who really need it.