The Moorish Wanderer

Pour l’Austerité Vertueuse

Posted in Dismal Economics, Flash News, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on December 31, 2013

Le Projet de Loi de Finances 2014 a consacré pour la première fois depuis les années 1990 des mesures que l’on peut considérer comme relevant d’une politique d’austérité enfin assumée. A part les objections valides sur l’échec à présenter une politique de consolidation équitable, il est difficile de préconiser autrement, dans un contexte d’essoufflement des politiques de relance et de détérioration de la position nette extérieure du Maroc.

Paradoxalement, les sources de la croissance économique sur la décennie passée sont à l’origine des problèmes actuels: depuis 2000, la consommation de biens importés domine systématiquement la production locale. L’immersion de plus en plus marquée du Maroc dans les flux d’échanges de biens et services, illustrée par les nombreux accords de libre-échange signés par le pays, en attestent. En un sens, il est normal d’anticiper par la suite un choix marqué chez les consommateurs vers les produits importés, plus variés, plus convenables, moins cher, et peut-être plus simplement, plus disponible.

XM_IRFCeci n’est pas particulièrement préoccupant, si ce n’est que notre capacité à fournir la consommation des ménages d’autres pays qui se dégrade sensiblement, et à côté, un déclin sensible dans la production industrielle locale: ceteris paribus, une augmentation mensuelle de 1% de la demande domestique pour les biens importés entraîne une détérioration de la production industrielle de 5.4%, bien plus que l’effet bénéfique sur une période analogue d’une demande extérieure, soit 4.7%, une différence due à la persistance plus longue du premier par rapport au second.

Plus simplement, le graphe montre l’arbitrage constant qui détermine notre compétitivité, et explique la source de nos problèmes: nos importations sont des concurrentes directes de la production industrielle domestique, et nous ne sommes plus assez compétitifs pour nous permettre le train de vie actuel.

La mention du déclin de l’appareil industriel n’est pas une nostalgie déplacée: les secteurs manufacturiers sont reconnus générer des opportunités d’emploi assez stables dans le temps, mais aussi, et peut-être plus important, de générer des effets d’apprentissage qui permettent de passer graduellement vers des technologies et des biens plus sophistiqués. En ce sens, l’ouverture du Maroc sur le monde a mis à nu la faible compétitivité de l’appareil industriel domestique, affaibli d’autant plus par le vigueur des importations de biens consommables. Qu’a fait le Maroc depuis les années 2000? De nombreuses politiques sectorielles ont été annoncées, puis appliquées. Le comportement de la production industrielle sur les vingt dernières années suggère un échec retentissant.

Quelle solution alors?

Durant les années 1990, la contribution du résidu de Solow, en clair l’effet-productivité dans la croissance du PIB a été négative, un signal qu’il y a eu un effet de “dés-apprentissage” dû à la désagrégation du système productif pré-crise lors des années 1980. “The Great Unlearning“, un papier passionnant sur les raisons potentielles du retard de l’Italie par rapport à d’autres pays de la zone Euro, comme la France ou l’Allemagne. Les conclusions des auteurs suggèrent l’inexistence d’incitations propres à motiver la force de travail comme étant une raison pertinente. Il est probable que des raisons additionnelles devraient être discutées, comme l’effet de la taxation sur le taux de participation de la population active sur le marché du travail.

Le principe d’une politique d’austérité vertueuse est basé sur l’arbitrage entre une croissance affaiblie sur le court et moyen terme, et l’amélioration des perspectives sur une période temporelle plus longue, en apurant l’économie dans son ensemble des comportements (et incitations) qui conduisent aux difficultés auxquelles nous faisons face actuellement. Cela signifie aussi prendre des décisions potentiellement impopulaires – encore que d’autres mesures d’austérité peuvent équilibrer le programme de consolidation en produisant des effets d’équité fiscale, par exemple. On se propose donc de comparer l’évolution de trois instruments de politique fiscale sur des agrégats d’intérêt.

I. Politique Fiscale:

sous certaines conditions, la taxe la moins “intrusive” à la disposition du gouvernement est l’instrument de la TVA (par abus de concept, toutes les taxes sur la consommation inscrites au BGE) car les ménages peuvent ajuster leurs habitudes de consommation sans grande incidence sur les fondamentaux économiques. A court terme, une augmentation permanente de la TVA peut pénaliser la croissance, particulièrement lorsque celle-ci devient tributaire de la consommation des ménages. Les conditions d’un effet-TVA vertueux résident dans l’adoption d’une taxe spécifique aux paniers de consommation plutôt que des catégories de biens; sur ce principe, une augmentation permanente revient à pénaliser le consommateur dans sa préférence pour les biens importés ou non échangeables, améliorant ainsi la position nette extérieure de l’économie dans son ensemble. D’autres résultats positifs sont représentés sur le graphe ci-dessous:

Réaction d'agrégats en pourcentage de déviation

Réaction d’agrégats en pourcentage de déviation (ex: réaction initiale de l’emploi à 5%)

Une augmentation permanente dans l’impôt sur la consommation (exprimée ici en taux de croissance) donne des résultats globalement positifs sur l’investissement privé, la position nette extérieure et l’emploi, pour la sphère privée, ainsi qu’un léger déclin dans la population en quête d’emploi. Le raisonnement derrière ces réactions se trouve principalement dans l’effet de substitution qu’exerce la TVA sur les habitudes de consommation, en faveur d’une épargne locale plus importante et donc des plans de production plus ambitieux. Cela revient aussi à réduire la dépendance de la consommation agrégée aux importations. L’effet à court-terme sur le déficit budgétaire est plus ambigu, puisqu’il s’améliore rapidement durant la première année, avant de se dégrader durant les années suivantes, un résultat lié au déclin irrémédiable sur le PIB.

Le choix derrière une augmentation régulière et permanente dans la taxe sur la consommation crée aussi deux mécanismes qui améliorent à long terme la compétitivité du Maroc: dans un premier temps, l’affaiblissement de la croissance du PIB (de l’ordre de près d’un point de croissance) est à mettre sur le compte de la consommation domestique, mais d’un autre côté, les termes de l’échange s’améliorent rapidement durant les premiers trimestres, et se stabilisent à un niveau légèrement supérieur aux performances initiales.

Des résultats similaires mais de magnitudes différentes sont obtenus lorsque le gouvernement décide d’affecter la pression fiscale sur les revenus ou en introduisant une réforme sur les cotisations sociales, sauf pour le chômage, où une nouvelle population devient demandeuse d’emploi – un des indicateurs préoccupants étant le taux d’activité, anormalement bas et recouvrant difficilement de la chute brutale enregistrée aux alentours de 2000. Il serait facile de succomber à la tentation de croire qu’une baisse du taux de chômage serait un bon indicateur, quand une proportion inquiétante de la population en âge de travailler décide (ou est contrainte) à rester en dehors du marché du travail.

II. Politique de Dépenses Gouvernementales

La décision prise en fin d’année d’annuler certaines dépenses d’investissement aura certainement un impact négatif sur la croissance, et les résultats d’études très exhaustives sur le sujet conclut à une mauvaise austérité que de décider d’une réduction, même temporaire, des programmes d’investissements publics, par le double effet qu’ils exercent sur les choix des agents privés et le manque à gagner en matière d’extension de l’appareil productif.

IRF_GIOn constate ainsi que pour une légère amélioration immédiate du déficit budgétaire, des effets négatifs plus importants ou plus persistants dans le temps sont observés sur l’emploi, les flux d’investissement privés (et d’investissements étrangers) s’en ressentent aussi. Il est donc impératif que toute politique de consolidation devrait éviter de céder à la tentation de la facilité de réduire le déficit budgétaire en réduisant son programme d’investissements dans les infrastructures publiques.

III. Contrôle des Dépenses de Fonctionnement

FoncPubL’effort consenti pour le programme de départ volontaire en 2005 a généré une certaine stabilité dans le poids de la masse salariale publique dans le PIB. Cet effet a cependant été rapidement effacé, ironiquement non pas par de nouveaux recrutements (parfois nécessaire pour pallier au départ définitif d’experts) mais par des valorisations importantes des traitements moyens – la masse salariale depuis 1990 a été tirée à seulement 40% par de nouveaux recrutements, et à 30% depuis 2006.

le contrôle des dépenses de fonctionnement revient donc à agir sur deux leviers pour réaliser une bonne politique d’austérité: adopter une approche de contrôle de recrutement – par exemple en annonçant une cible pluriannuelle de postes ouverts, ou présenter de nouvelles modalités de rémunérations qui mettent en ligne le traitement moyen avec les rémunérations offertes dans le reste de l’économie privée.

La dualité entre les deux rémunérations est préjudiciable à l’économie dans son ensemble: sur la période 1990-2012, le traitement moyen a augmenté en moyenne annuelle de 7%, bien plus que l’inflation moyenne de 3% ou encore la croissance réelle du PIB de 3.76% sur la même période. D’autres effets pervers sont à mettre au compte de cette généreuse rémunération:

– Les effets de distorsions sur le marché du travail créés par la disparité de rémunération entre secteurs privé et public entraîne une dépression des salaires privés, ainsi qu’une incitation soit à demander de préférence un emploi dans le secteur public, ou à rester en dehors du marché du travail, au sein de la population inactive mais en âge de travailler.

– La baisse du chômage qui peut suivre un effort de recrutement dans la fonction publique est très relative, et se dissipe très vite dans le temps, tout en créant une charge durable dans le temps, en termes de rémunération actuelle et future, ainsi que des questions de pension de retraites.

– Les distorsions sont plus importantes sur les revenus que sur le recrutement en lui-même, ce qui implique qu’un contrôle efficace et équitable des dépenses de fonctionnement passe d’abord par un gel (en termes réels) de la masse salariale, puis de l’imposition d’une limite sur les recrutements offerts dans la fonction publique. Une réduction forcée de la masse salariale en renvoyant des fonctionnaires, si elle peut servir d’outil de discipline quant aux prestations qu’offre la fonction publique, résulterait d’une augmentation excessive du chômage sans avantages immédiats particuliers.

Ces mesures restent tributaires à la crédibilité d’un programme de consolidation fiscale, mais elles doivent toujours être motivées par la nécessité de faire de l’appareil productif domestique un outil compétitif à l’international. La taille du Maroc ne lui permet certainement pas de se maintenir dans l’état actuel de fuite en avant.

Le Maroc… et le Reste du Monde

C’est une théorie vieille d’un peu plus d’un demi-siècle, et pourtant elle est toujours d’actualité: il est question de rattrapage des pays les moins développés, lesquels convergent graduellement (à travers une croissance accélérée) et rattrapent ainsi les économies les plus florissantes. Les données, on le sait, ne permettent pas de juger du caractère systématique de cette théorie.  Et le cas du Maroc s’y prête particulièrement bien.

Le débat sur les déterminants institutionnels de la croissance est probablement le plus intéressant dans le domaine des théories de développements, principalement sur la méthodologie à suivre en matière de propositions de politiques de développement ou de projets de réformes. J’aurai personnellement tendance à souscrire d’ailleurs à la démarche de D. Rodrick, une synthèse entre diagnostic spécifique au pays étudié et une estimation portant sur un échantillon d’économies; le but ultime est de ne pas raisonner en “bouquin de cuisine” mais plus en énonçant des relations générales dont les particularités sont ensuite affinées par contexte sans préjudice à la robustesse théorique du modèle évalué.

déclin irréversible des TFP du Maroc relatifs aux US et en comparaison avec les pays de l'échantillon

déclin irréversible des TFP du Maroc relatifs aux US et en comparaison avec les pays de l’échantillon

Une fois n’est pas coutume, il serait intéressant de comparer l’évolution de ce qu’on appelle communément le résidu de Solow. Pour ce faire, le graphe ci-dessus reprend quelques pays dont les niveaux initiaux résiduels étaient très proches de ceux du Maroc, et on en observe l’évolution sur les cinquante dernières années

Il s’avère ainsi que parmi les sous-groupes agrégés par performance, le Maroc est systématiquement en déclin. Ceci est d’autant plus frappant que les pays du groupe aux niveaux résiduels circa 1960 sont très hétérogènes:Colombie, Côte d’Ivoire, Équateur, Finlande, Israël, Pérou, Taïwan et la Tunisie. Ces pays sont ensuite décomposés par performance moyenne, où le groupe 1 correspond aux pays dont la croissance a été supérieure à la performance moyenne, et le groupe 2 le reste des pays à la performance plus modeste. Il s’avère ainsi que dans tous les cas de figure, le Maroc aura été systématiquement surclassé par ses pairs, y compris le groupe 2. Dans tout l’échantillon, seule la Côte d’Ivoire se classe derrière le Maroc en termes de progression de la productivité relative aux États-Unis.

Mais pourquoi ce déclin serait-il un mauvais signe? Parce que le phénomène de rattrapage attendu ne se manifeste pas: un pays aux conditions initiales basses (un pays pauvre donc) observerait des taux de croissance plus élevés que ceux d’économies plus avancées afin de les rattrapées, et l’un des indicateurs de ce rattrapage -convergence- est bien celui du profil de productivité, laquelle devrait croître à des niveaux importants en début de période, avant de s’aligner sur ceux des pays plus avancés?

Convergence_US_MAOr, et comme on le constate dans le graphe comparant productivité théorique et empirique (estimée) la convergence attendue ne s’est pas réalisée, et un écart important est ensuite enregistré dès la période correspondante à la fin des années 1970.

Cette description du profil de productivité de l’économie marocaine ne remet pas en cause le soubassement principal de la théorie classique de croissance – en effet, des pays à la productivité initiale comparable à celle du Maroc ont réussi à rattraper une économie plus riche durant le siècle passé, alors que le Maroc peine toujours à accroître sa productivité.

La Baisse de l’Investissement Public est une ENORME ERREUR

Posted in Dismal Economics, Flash News, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on April 6, 2013

Et ce malgré le faible taux chronique d’engagement des investissements publics. Par principe, une politique d’austérité ne s’attaque pas aux dépenses d’investissement, particulièrement lorsque celles-ci sont structurellement à faible croissance en comparaison avec les dépenses de fonctionnement du budget.

Ce n'est pas la première fois que le budget d'investissement a été révisé à la baisse, mais l'écart entre investissement & fonctionnement se creuse depuis 1980

Ce n’est pas la première fois que le budget d’investissement a été révisé à la baisse, mais l’écart entre investissement & fonctionnement se creuse depuis 1980. (graphe RDH50)

Pourquoi le gouvernement procède malgré tout? Il semblerait que l’annulation du taux d’engagement soit motivé plus par une volonté de réduire le chiffre du déficit budgétaire plus qu’autre chose. Une mesure cosmétique, car elle ne touche pas au déficit primaire (la différence entre recettes fiscales et assimilées d’une part, et les dépenses de fonctionnement de l’autre)

En termes d’impact sur le PIB, une réduction de 15 Milliards d’investissements publics correspond à une baisse de 25% de ceux-ci, soit un impact immédiat de près de 70 points de base en moins sur la croissance anticipée. A titre de comparaison, lever 15 Milliards avec une consolidation fiscale impliquant 7 Milliards en augmentation d’impôts sur la consommation et 8 Milliards en diverses économies sur les dépenses de fonctionnement permettent de réaliser un manque à gagner de croissance de seulement 20 points de base.

Mais pourquoi donc? deux questions à vrai dire se posent: quel est l’objectif réel du gouvernement, et pourquoi l’impact de l’investissement sur le PIB est-il plus important que l’impact de la taxe sur la consommation, alors que l’agrégat de consommation contribue plus à la croissance?

La première question est d’ordre politique, les préférences du gouvernement penchant vers une mauvaise réponse à une bonne question. La taille du déficit en elle-même n’est pas le problème: après tout, si le gouvernement se décide d’avancer avec une politique de consolidation sur toutes les composantes du budget exceptée la caisse de compensation, alors le déficit structurel ne sera que très marginalement affecté. Comme précisé plus haut, même s’il s’agit d’une augmentation de facto du taux de réalisation des investissements publics, l’impact sur le déficit primaire, la capacité du gouvernement à payer ses factures par ses revenus propres est nul, alors même que c’est la cause du problème.

La deuxième question est incorporée dans les mécanismes de transmission des chocs exogènes importés ou domestiques: les habitudes de consommation sont plus stables que celles de la FBCF, d’où une inélasticité plus prononcée.

Réaction du PIB et de la Consommation à la réduction de l'Investissement Public

Réaction du PIB et de la Consommation à la réduction de l’Investissement Public

L’Optimisme Circa 2007

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on April 4, 2013

“Sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et dans le cadre d’une approche rénovée de planification du développement économique et social du Maroc, le Haut Commissariat au Plan (HCP) conduit une réflexion prospective privilégiant une démarche à caractère stratégique et participatif.

Cette réflexion, menée sous le titre « Prospective Maroc 2030 » vise à explorer les futurs possibles de notre pays et à les soumettre à un débat national avant d’aboutir au choix du scénario où il souhaiterait inscrire ses plans de développement.”

Ce document, datant de 2007, met des chiffres sur ce qui pourrait être un succès ou un échec. Par exemple, on peut enfin comprendre pourquoi les partis politiques étaient régulièrement enclins à afficher des taux de croissance extrêmement optimistes (y compris le PJD, avec son 7% de croissance annuelle) trouvaient leur origine probablement dans ce document: il est fait état d’un taux entre 5.5% et 6.4%, lequel est conditionné par la réalisation d’une liste semblable aux travaux d’Hercules. Mais ceci est le sujet d’une autre discussion: ce post souhaiterait mettre côte-à-côte les anticipations de la vision Maroc 2030, effectuées en 2007, et la réalité de l’économie marocaine sur les six dernières années. Ce document est réellement important car il permet de faire (partiellement) la critique de l’option technocratique adoptée par nos dirigeants durant la décennie passée; On a donc des chiffres qui sont à priori des objectifs permettant de juger de l’échec ou de la réussite de cette stratégie.

L’obsession, si l’on peut dire, quant à la réalisation d’un taux supérieur de croissance du PIB est justifiée dans les implications sur le quotidien des ménages marocains, directes ou indirectes: une forte croissance sur une longue période permet au gouvernement de s’assurer de revenus fiscaux croissants dans le temps, de même pour les ménages et les différents acteurs économiques. A défaut de stratégies de consolidation des revenus de croissance (à travers des politiques de redistributions) le modèle de développement économique se base de facto sur une augmentation de la consommation agrégée, indexée et à son tour génératrice de croissance.

La croissance tendancielle du PIB (d) depuis le début des années 2000 confirme les prédictions du scénario bas. La tendance croissante de l'investissement (g) n'est cependant pas assez suffisante

La croissance tendancielle du PIB (d) depuis le début des années 2000 confirme les prédictions du scénario bas. La tendance croissante de l’investissement (g) n’est cependant pas assez suffisante

Le scénario ‘bas’ précise que le taux de croissance moyen du PIB entre 2007 et 2015 s’établirait aux alentours de 4%. Ce scénario récapitule principalement des échecs aux projets de réformes dans divers domaines. Il ne s’agit pas forcément d’un scénario catastrophe, mais c’est certainement celui qui englobe ce qui serait certainement une admission d’échec, non seulement des tentatives de réformes, mais le bien-fondé de celles-ci.

En matière de score en croissance de PIB, le Maroc n’aura réussi, entre 2007 et 2012, à n’obtenir que la faible performance des 4%; de même pour le taux d’investissement rapporté au PIB. Il y a un argument souvent avancé, selon lequel la croissance peut être assurée sans forcément établir les bases d’une démocratie représentative (prenant à témoin les performances de pays autoritaires pour justifier cette assertion) et cela est peut être vrai, la littérature académique reste divisée à ce sujet. En ce qui concerne le Maroc, l’attitude “Makhzen Knows Best“, un mélange d’autoritarisme et de paternalisme technocratique, a montré ses limites, en tout cas au vu des objectifs énoncés dans ce document.

On a ainsi supposé que l’émergence de champions nationaux, ainsi que la prise en main du processus de décision d’allocation des ressources, à travers de grands projets/chantiers, ces politiques allaient pallier aux inévitables gaspillages inhérents à un procédé démocratique, pour assurer un retour maximal sous forme de taux de croissance élevés, en tout cas en comparaison avec les performances régionales. Il s’est donc avéré que si l’on considère les chiffres énoncés dans cette vision “Maroc 2030”, soit les autorités ont échoué à mettre en place les réformes promises dans le document, soit ces réformes ont bien été établies, mais elles ont échoué.

Peut-être cette contre-performance de l’économie domestique en valait la peine. La critique courante du côté de la gauche radicale/démocratique est que le Maroc a sacrifié des projets sociaux sur l’autel de la rigueur fiscale dictée par le FMI ou la banque mondiale. C’est probablement le cas, mais les objectifs propres de réduction, ou de contrôle du déficit budgétaire, un impératif de conservatisme fiscal – surtout pour un petit pays ouvert sur le commerce international comme le Maroc- n’ont pas été réellement respectés: le déficit moyen entre 2007 et 2012 a été 3.8% du PIB – contre des objectifs optimistes entre 2.4% et 2.8%. Sur ce troisième aspect, le Maroc se dirige plutôt vers le scénario bas.

Tout n’est pas noir dans les grands agrégats de l’économie marocaine: le taux de chômage reste en ligne avec les performances historiques de l’économie domestique, ainsi que les prévisions des scenarii optimistes. Ces résultats à priori rassurants doivent cependant être restitués dans le contexte d’amenuisement du stock de postes d’emploi: les dernières statistiques montrent ainsi que la décennie passée à créé 1.7 Millions d’emplois, alors même que les taux d’activité ont baissé, indiquant des sorties du marché du travail qui ne s’apparentent pas au chômage: le taux d’activité est ainsi passé de 54% en 1999 à 49% en 2011.

De même, le nombre d’emplois créé est en net déclin: en 2002, 83.000 emplois ont été créés, seulement 56.000 en 2012. Le maintien du taux de chômage aux alentours de 9-10% est au prix d’une réduction assez rapide de la population active occupée.

Voilà. Ceci n’est pas une annonce de déclin, mais comme le souligne ce document, il s’agit d’un essoufflement de l’économie domestique; ses moteurs de croissance montrent leurs limites dès que l’environnement international devient incertain. Finissons donc sur ces deux extraits:

Le rôle central de l’Etat dans la dynamique économique et dans la prise en charge des impératifs du développement social pèsera lourdement sur l’équilibre budgétaire. Ainsi, le déficit global du Trésor risque de dépasser 4,5% du PIB, à l’horizon 2015, mettant en cause la soutenabilité des finances publiques et hypothéquant des options de développement.

[…]

Sur un autre registre, les faiblesses en matière de développement social seraient accentuées par l’insuffisance des créations d’emplois limités à environ 250 mille par an dans ce scénario, face à une demande additionnelle, en accroissement substantiel sous l’effet de la transition démographique.

“Beatus Ille Qui Procul Negotiis”

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on April 1, 2013

(car ils ne seront pas jugés sur ces affaires)

Peut-être bien, selon les différentes déclarations publiques récentes de membres importants des partis gouvernementaux et d’opposition. En vérité, tous les acteurs politiques ont un intérêt à se conformer à telle ou telle ligne, et il s’avère que par une curieuse coïncidence, les coalitions gouvernementale et d’opposition ont toutes les deux intérêt à grossir le trait quant aux difficultés économiques (réelles ou supposées) rencontrées par le Maroc, ou tout au moins par le budget de l’Etat.

Commençons d’abord par le décalage entre les projections optimistes (qui se sont avérées excessivement excessives en moins de 6 mois) présentées par le gouvernement en Juillet-Août 2012, et le rapport d’étape produit par le FMI en Février 2013: le double objectif d’une croissance de 5.5% moyenne d’ici 2016, et un déficit budgétaire à 3% du PIB pour la même date. Dans ce scénario optimiste, les 5.5% de croissance génèrent suffisamment de revenus pour faire passer une politique de consolidation modérée, consistant en une maîtrise des taux de croissance de la masse salariale du secteur public, ainsi que les dépenses de compensation. La modération ici est une analogie d’une célèbre phrase du président Richard M. Nixon: le taux de croissance de ces dépenses est décroissant (ou constant) Sans cette création de richesses, le déficit en valeur absolue sera donc réduit d’un point de pourcentage plus élevé dans le cadre d’une projection plus réaliste de 5% en croissance moyenne sur 2012-2016. C’est une moyenne de 18 Milliards de dirhams de réduction nette supplémentaire de déficit budgétaire pour la révision à la baisse de la croissance moyenne du PIB pour les cinq ans de cette législature.

Qu’en est-il de la situation présente? Peut-on prêter crédit aux rapports alarmistes quant à l’économie ou l’état des finances publiques du Maroc? Oui. Mais les raisons de cette crise imminente sont structurelles: la grande modération de la croissance mondiale ininterrompue durant les 15 dernières années a servi de cache-misère, et a immergé nos décideurs politiques dans un faux sens de sécurité. Le problème de la caisse de compensation n’est pas conjoncturel: certes, la hausse du prix de pétrole joue un rôle important dans le poids que les subventions représentent par rapport au PIB, mais ce sont aussi les habitudes de consommation des ménages marocains et l’interaction de l’économie domestique avec le reste du monde qui ont changé depuis: entre 1998 et 2007, la consommation des ménages a contribué à hauteur de près de 60% de la croissance moyenne enregistrée pour le PIB. Les subventions de la caisse de compensation sont intimement liées à la consommation des ménages à cause de la concentration de celles-ci auprès d’une minorité affluente, gourmande de biens nécessitant une compensation croissante dans leurs propres dépenses. Un cercle vicieux se forme donc, avec pour objectif de croissance un soutien de la consommation domestique, dont la répartition de dépenses profite aux ménages bénéficiant le plus des dépenses de subvention.

Une reconfiguration radicale de la structure des dépenses de l’administration publique est donc non seulement nécessaire, mais elle est socialement désirable, nonobstant l’orientation idéologique du décideur politique: nous avons là une preuve concrète que le trickle down, la concentration des moyens auprès d’une minorité affluente procédant ensuite d’un ruissellement vers le bas met en danger la soutenabilité de la croissance de l’économie en la saignant par son point faible, ses réserves de devises.

Persistance des chocs importés dans la consommation agregée

Persistance des chocs importés dans la consommation agregée

 

Pour illustrer ce propos, on considère l’impact de variations importées (à travers la balance commerciale) respectivement sur la consommation et le PIB (sur le modèle des prédictions du HCP pour un cas de figure similaire) On remarque que la sensibilité de la consommation vis-à-vis les changements induits par l’exposition au commerce international est plus stable, mais en même temps plus durable que celle du PIB. Ceci signifie que les changements importés dans le mode de consommation sont durables, plus durables que ceux sur la production de biens et services, et plus important peut-être, sur l’investissement; cela signifie que les mauvaises habitudes importées (la dépendance aux hydrocarbures par exemple) sont plus persistante dans nos habitudes de consommation que dans les autres agrégats.

Le deuxième graphe montre les limites de l’intervention gouvernementale à stabiliser l’effet d’un choc important – par exemple, une hausse brutale des prix des hydrocarbures. Ceci est mesuré à partir de la réaction respective de la consommation agrégée aux fluctuations importée et à une augmentation du déficit budgétaire: il s’avère ainsi qu’il y a un rapport initial de 1 à 140 à ces deux chocs – lequel décline rapidement à travers le temps, mais pas suffisamment dans la durée de vie d’un gouvernement donné. Tant que les chocs importés étaient de magnitude minime (en l’occurrence la variation du déficit de la balance de paiement) le poids sur le déficit nécessaire pour compenser ce déficit (lequel a des répercussions brutes négatives sur la consommation) était proportionnellement modéré. Cette constatation vaut aussi pour le niveau d’endettement public, lequel est beaucoup plus sensible aux chocs importés que le PIB, ou encore la consommation. Le résultat en était la rapide sortie du Maroc sur les marchés de capitaux internationaux, empruntant en deux ans d’intervalle l’équivalent de 2 Milliards d’euros – sans compter l’effet sur l’endettement domestique, qui a retrouvé en une année son niveau de 2005, rapporté au PIB.

Oui, la situation économique de l’économie domestique est préoccupante. L’absence de communication claire autour des projets de réforme de la compensation, à contre-temps avec les enseignements basiques de la politique économique efficace, ne font qu’exacerber une incertitude qui nuit aux perspectives de stabilité de l’économie marocaine.

 

Disproportion de la réaction de la consommation par rapport à deux stimulii

Disproportion de la réaction de la consommation par rapport à deux stimulii

Une approche purement comptable proposerait d’augmenter les impôts afin de stabiliser les finances publiques pour atténuer l’effet des mauvais chocs importés. Malheureusement, il s’avère que même à court terme, la levée additionnelle d’impôts pour payer les subventions ne permet de combler que très imparfaitement les effets des chocs importés – probablement même en imposant une nouvelle taxe sur les ménages affluents profitant du système actuel de compensation.

Il est cependant injuste de charger le gouvernement actuel de tous les maux du budget: la responsabilité des gouvernements Jettou et Youssoufi est réelle, mais elle est atténuée par la conjoncture internationale favorable, reléguant plusieurs programmes de réformes structurelles au second plan. Après tout, le Maroc était un excellent élève du FMI, allant au-devant même de certaines de ses recommandations, mais dans le domaine des subventions, de la maîtrise d’évolution de la masse salariale et de l’arbitrage incorporé dans les incitations fiscales des différentes lois de finances passées, le Maroc a été plus cigale que fourmi.

Cette analogie, je pense, se prête parfaitement à la situation à laquelle font face nos dirigeants: Le lit du fleuve est jonché de rochers périlleux – tant que le niveau des eaux est élevé, la navigation se fait sans problème. Une brusque baisse des eaux les révèle soudainement. Il eut été plus sage de drainer le fleuve plus tôt.