The Moorish Wanderer

Réprimer Et Nourrir

Posted in Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on January 29, 2013

C’est en définitive ce qui semble être la charge principale des dépenses des administrations publiques depuis (au moins) 1960.

Grande volatilité des dépenses liées à la défense nationale et au maintien de l'ordre, l'éducation à un niveau plus constant

Grande volatilité des dépenses liées à la défense nationale et au maintien de l’ordre, l’éducation à un niveau plus constant

Réprimer ici réfère à la charge de l’Etat, comme monopole de la violence symbolique (et souvent réelle) la structure des dépenses publiques à travers les cinquante dernières années est restée remarquablement stable: les dépenses d’éducation ont enregistré une vraie stagnation, rarement dépassant les 30% de la consommation des administrations publiques (les dépenses d’éducation prenant en compte l’investissement et l’équipement du ministère de l’éducation nationale sur la période 1960-2010) alors que les dépenses combinées de la compensation (subvention aux produits alimentaires et/ou hydrocarbures) et du maintien de l’ordre (la défense nationale et les services centraux du ministère de l’intérieur) sont supérieures de 10 points.

Cette différence à priori négligeable est à mettre en perspective, puisque la dépense effective par élève pour les trois niveaux d’éducation ont décliné en termes relatifs au PIB, alors que la part de la masse salariale, a augmenté quant à elle.

Tableau_Comparatif

Je force sûrement le trait ici car le rapport de dépenses d’éducation au reste de la consommation des administrations publiques s’est amélioré sensiblement depuis le début des années 2000 (qui enregistre d’ailleurs un minimum absolu à près de 2% du PIB) mais ce parallèle est troublant: en 1964, la masse salariale totale représentait 8.6% de la consommation finale des administrations publiques, pour 11.6% en 2012.

Le Projet de Loi Finances pour 1964 est disponible ici, le reste des données est à récupérer sur ce lien.

La Caisse de Retraite – Un Problème en Trompe-l’œil?

Posted in Dismal Economics, Flash News, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on January 11, 2013

Marrant. Le Maroc est tellement développé qu’il expérimente des problèmes du premier monde, avec une caisse de retraite en déficit. Le problème est réel, mais il sert paradoxalement de cache-misère à d’autres problèmes plus fondamentaux, et la solution officiellement adoptée -celle d’une augmentation de l’âge de départ à la retraite- est perverse: elle est certainement inéluctable pour sauver la caisse du déficit immédiat, mais elle ne permet pas de résoudre les autres problèmes structurels, et sur le long terme, elle aura tendance à plomber et le marché du travail, et la viabilité même du système de retraites dans le secteur privé.

Quatre aspects principaux déterminent en général le système d’une caisse de retraite:

1/ Le nombre d’inscrits à la caisse de retraite, ou pour être précis, le pourcentage de la population active occupée cotisant pour leurs retraites. Dans le cas de la CMR, ce genre de problème ne se pose pas.

2/ Financement de la caisse de retraite, par répartition ou capitalisation.

3/ durée de cotisation (le nombre d’annuités minimum pour avoir droit à une pension de plein droit) et donc l’âge de départ à la retraite.

4/ le montant des prélèvements servant au financement des pensions, soit immédiatement, soit en valeur future.

Quelques chiffres d’abord sur le nombre de cotisants à la Caisse Marocaine de Retraites: d’après le rapport d’activité pour 2011, il y aurait un peu moins de 630.000 cotisants, dont une très grande majorité dépendant des administrations centrales. On comprend d’avance pourquoi la caisse ne peut pas faire face indéfiniment aux pensions exigées pour les nouveaux retraités, considérant les traitements médians ou moyens dans la fonction publique.

Pour replacer ce chiffre dans son contexte (et répondre au premier point) pour l’année correspondante, la population active représente 11.63 Millions d’individus, dont un peu moins de la moitié est occupée, soit 5.7 Millions. D’un autre côté, ces cotisants servent à financer (directement ou non) les pensions de près de 250.000 pensionnaires et/ou ayant droits.  Comme le note le rapport d’activité le rapport cotisant/bénéficiaire est dans une tendance baissière séculaire, qui se maintient donc en moyenne à 2.5 cotisants pour un bénéficiaire/ayant droit.

Il semblerait aussi que le mode de financement adopté par la CMR privilégie la capitalisation, ce qui devait au moins pérenniser le système sans forcément relever l’âge de départ. Cependant, et malgré le fait que le rapport annuel le note avec satisfaction, le rendement des placements CMR sont à peine supérieur au rendement réputé sans risque de la dette publique à long terme:

… Quant au taux de rendement moyen des placements, il ressort cette année à 4,6% dépassant la moyenne des rendements d’un bon du Trésor à 15 ans observée sur le marché secondaire entre 2008 et 2010, soit 4,46% (vs 3,86% si l’on considère le rendement de la même maturité sur le primaire).

dans le système de mode par capitalisation, il y a une formule relativement simple à prendre en considération:

(1+n_{t-1})\pi_t=\sigma(r_t)w_t(1+n_t)

où les pensions versées à la population retraitée (\pi_t) doivent être financées par un prélèvement sur les salaires des actifs, en fonction du rendement des placements de ces cotisations (\sigma(r_t)) on ne voit pas l’effet de l’augmentation de l’âge de retraite, la formule devient un peu plus compliquée, puisque les cohortes n_t n_{t-1} seront exprimées en sommes d’années de services, les autres termes (pension, rendement et prélèvement) étant indépendants de l’âge minimum et/ou la durée de cotisation.

D’un autre côté, la formule permet de déterminer les autres paramètres du système de retraite à réformer: je faisais tout à l’heure mention du rendement relativement bas des placements CMR. L’aversion au risque présentée par le portefeuille des cotisations investies est compréhensible, mais enfin un rendement de 4.6% (en moyenne aux alentours de 5%) sans risque ne prend pas en compte l’évolution du rapport cotisants/bénéficiaires, surtout lorsqu’on observe la structure démographique de la fonction publique, dont 62% des fonctionnaires ont un nombre d’années de services avant la retraite inférieur ou égal à la maturité mentionnée dans le rapport (15 ans, soit les fonctionnaires âgés de 41 ans et plus) dans ce contexte, on sait que pour les prochaines années, la formule devient:

\pi_t=\sigma(r_t)w_t\dfrac{1+n_t}{1+n_{t-1}} pour \dfrac{1+n_t}{1+n_{t-1}} \leq 1

Pour résumer, la CMR dispose d’instruments autrement plus efficaces (et équitables, à mon sens) pour maintenir son équilibre. Ce qui semble étrange, c’est que ce genre de problème structurel est anticipé facilement, ce n’est pas un ‘Cygne Noir’.

Tagged with: , , ,

ça Coûte combien, Un printemps Arabe?

Cette obsession à tout chiffrer a au moins un côté positif: elle permet de mesure l’étendue de la complexité du monde.

A priori, rien de plus facile que de chiffrer le coût d’un bouleversement politique: nombre de jours chômés suite aux manifestations, budget des forces de l’ordre au prorata des troupes engagées, les dégâts occasionnés par les confrontations et affrontements, et enfin les budgets dépensés pour contenir la fureur populaire en subventionnant les matières de consommation par exemple.

Ces coûts sont relativement faciles à estimer, car l’appareil de l’Etat les contrôle. En vérité, les implications des révoltes du printemps Arabe sont similaires à celles de l’effet papillon: les effets d’accélération de dépenses publiques à eux seuls sont un sujet difficile à épuiser. En somme, chiffrer son coût à une révolution commencée il y a deux ans sera incomplet et partiel. Malgré tout, l’exercice est intéressant. Il nous renseigne sur la complexité du monde, et la modélisation d’un choc exogène -pour reprendre le jargon économique- ne fait que ressortir cette complexité.

Intéressons-nous au cas marocain, principalement parce que les protestations ont été pacifiques, facilitant quelque peu le calcul. Après tout, les dommages occasionnés aux biens publics et privés ont été suffisamment négligeables en valeur absolue par rapport au PIB (comparez l’effet de l’interruption d’Internet en Egypte sur la Bourse) et le coût a peut-être été essentiellement porté par l’Administration.

Officiellement, le coût nominal du Feb20 est 18 Milliards de dirhams (ou 2.3% du PIB), car il est fait explicitement état d’une nécessité relevant de l’intérêt national:

Vu l’Article 14 du décret n°2-98-401 […] relatif à l’élaboration et à l’exécution des lois de finances;

     Considérant la nécessité impérieuse d’intérêt national,

     Sur proposition du ministre de l’Economie et des Finances

[…] Décrète: […]

Article Premier – Des crédits supplémentaires d’un montant de 18 Milliards […] sont ouverts au titre des dépenses de fonctionnement du budget général de l’année budgétaire 2011.

Commençons d’abord par décomposer ce coût en trois grandes catégories:

– Le Budget: Comment peut-on déclarer que les subventions sur les produits de première nécessité sont un coût dû au mouvement du 20 Février? Il ne serait possible de soutenir cet argument que si, et seulement si ces subventions n’existaient pas en premier lieu. Or la caisse de compensation existait bien avant, et son budget ne peut donc être imputé aux seuls manifestations et à la volonté officielle de prévenir l’exacerbation d’une colère populaire ambiante. D’un autre côté, un potentiel renchérissement des matières premières à l’International peut aussi expliquer la hausse des dépenses de la caisse de compensation.

D’un autre côté, l’intégration inconditionnée de diplômés chômeurs peut potentiellement être corrélée aux manifestations du Feb20. Cependant, il faut aussi dire que les revendications de cette population étaient relativement anciennes, et un argument tout à fait valable peut être avancé suivant lequel ces recrutements inopinés ne sont pas principalement dû aux manifestations.

– Le secteur Privé: Des grèves et/ou des manifestations (même le Dimanche) peuvent plomber la productivité quotidienne. Cependant, le ralentissement de la croissance en zone Euro, le partenaire commercial principal du Maroc peut expliquer une partie du ralentissement de l’économie en 2011, et certainement le tassement de la croissance pour 2012.

– Le coût futur: ce coût est difficile à chiffrer car ses indicateurs sont des agrégats généralement influencés par des chocs exogènes à long terme; peut-on par exemple déclarer que le printemps Arabe a participé de la baisse des réserves de change? Ensuite, quelle serait la contribution de l ‘instabilité régionale dans l’évolution des rendements de l’endettement souverain Marocain?

Enfin, certains de ces coûts vont perdurer: les nouveaux fonctionnaires recrutés vont peser sur les charges de fonctionnement pour les prochaines 40 et quelques années.

C’était la liste des remarques et critiques possibles quant à la méthode de calcul d’un coût aussi compliqué que celui d’un évènement imprévu.

Nous réaliserons (en toute vraisemblance) tout d’abord un taux de croissance de 3% pour 2012, ce qui implique un manque à gagner de 15 Milliards de dirhams, étant donné que la capacité de production de l’économie marocaine en entier n’est pas utilisée. Il est à noter que la majeure partie de ce manque à gagner est largement dû à des facteurs domestiques, lesquels peuvent être raisonnablement imputés au climat politique ambiant. Ce coût économique peut donc être chiffré à un peu moins de 2% du PIB.

Le coût en ressources humaines: le premier département ministériel auquel on pense en premier est certainement celui du Ministère de l’Intérieur. Et pourtant, ce n’est pas vraiment le cas; le budget alloué par les lois de finances successives entre 2007 et 2012 est passé de 10.7 Milliards dhs à 17.5 Milliards dhs, soit une augmentation annuelle de 12.3%, concentrée autour de 2009 et 2011, lesquelles enregistrent des croissances respectives de 2.4 et 3 Milliards. Paradoxalement, le Budget 2012 alloue une augmentation de seulement 1 Milliard.

Le recrutement annuel moyen sur les 5 dernières années était de 19,400 nouveaux fonctionnaires par an. On observe qu’en 2010, le niveau de recrutement était à peu près similaire à celui inscrit dans le Budget 2012, respectivement 23,700 et 26,000. Si l’on considère que ces nouveaux membres de la fonction publique seront rémunérés au traitement médian, le coût additionnel par rapport à la moyenne 2007-2012 serait 554 Millions de dirhams (non compris les recrutements au ministère de l’Intérieur déjà comptabilisés plus haut). Mais en réalité, leur coût est étalé sur 45 années en moyenne; le coût réel actualisé sur la base d’un taux d’inflation de 2.14% serait donc de 41 Milliards (estimation conservatrice étant donné que les traitements médians de la fonction publique sont en général valorisé à un taux supérieur à l’évolution des prix. L’estimation ne prend pas en compte la charge des retraites)

Coût supplémentaire net des ressources humaines: 44 Milliards de dirhams. En flux réels, cela représente 0.45% du PIB.

le coût en subventions: la Consommation Finale des Ménages a augmenté de 1,65% du PIB en 2010. Mais en 2009, elle a augmenté de 7.2%. Parallèlement, les charges de compensation sont passées de 5% du PIB en 2009,  à un peu plus de 2% en 2010. Cette juxtaposition des chiffres de consommation et ceux des subventions veut mettre en valeur l’idée que c’est essentiellement la consommation intérieure qui pousse le coût des subvention, bien plus que le prix des matières premières concernées. En effet, une minorité de ménage concentre une grande proportion de la consommation agrégée, et profite conséquemment d’un pourcentage aussi important des subventions allouées.  Ce qui signifie que tout écart de taille entre la moyenne observée sur une longue période et les pourcentages de subventions par rapport au PIB entre 2010 et 2011 sera nécessairement imputé à la consommation intérieure; on inverse ensuite le lien de cause à effet: c’est parce que les autorités ont décidé d’augmenter les subventions aux produits de base que la consommation a augmenté. C’est donc la moitié, près de 23 Milliards dhs. Notons au passage que cette somme est très proche du montant  de 18 Milliards exceptionnellement autorisé par décret pour ‘la nécessité impérieuse d’intérêt national’ (BO n°5978)

le coût en dette publique: le gouvernement, lorsque surpris par des dépenses imprévues (par exemple les 18 Milliards mentionnés plus haut) a tendance à emprunter plus, ce qu’il a bien fait durant 2011, et le fait encore plus en 2012. L’impact direct sur les finances publiques n’est pas forcément le service de la dette (lequel reste très stable d’année en année, dû à la structure des maturités de la dette du Trésor) mais il est plutôt à chercher du côté de l’augmentation des maturités à long terme, lesquels représentent plus de 95% du stock de dette publique (maturités supérieures à 2 ans) on observe que le taux moyen pondéré a augmenté de 5 points de bases (ou .5%) et dont l’effet est étalé sur des durées supérieures à 10 ans. En termes immédiats, cela signifie que l’intérêt supplémentaire annuel de 1.6 Milliards de dirhams; étant donné que les anticipations inflationnistes sont déjà intégrées dans les différentes maturités considérées, et en se contentant de mesure l’impact actualisé sur les 15 prochaines années, le coût supplémentaire pour les prochaines générations serait donc 17.8 Milliards dhs. Cette accumulation d’intérêts supplémentaires n’a cependant que peu de sens si elle n’est pas comparée au stock de dette correspondant. Notons que le coût annuel de ce déplacement de la courbe des taux coûterait dans les .2% de PIB.

Pourquoi imputer cette augmentation des taux entièrement aux effets du printemps arabe? Principalement parce que le Budget a augmenté sa cadence d’emprunt dès 2010, et que le principal poste de dépense était celui de la Compensation.

Une estimation conservatrice, certainement biaisée, en tout cas limitée par la méthodologie peu rigoureuse calculée sur la base de ce qui précède devrait donc coûter pour 2010 et 2011 environ 43 Milliards de dirhams, ou 5.7% du PIB correspondant.

Est-ce un montant farfelu? Certainement pas. Il est très proche du déficit fiscal moyen observé entre 2010 et probablement pour 2012. Il semble donc que le coût annuel de l’emprunt de la croissance future a été ainsi utilisé pour acheter la paix sociale aujourd’hui. Ce qui est inquiétant dans cette analyse, toute incomplète soit-elle, c’est qu’elle sous-estimes grandement l’impact à long terme de ces décisions. Le coût réel des décisions d’apaisement est à chercher dans les prochaines années. Et puis bon, ce n’est pas la faute des militants du mouvement Feb20 ou des marcheurs en Mars et Avril si le pouvoir a préféré acheter la paix plutôt que d’engager de réelles réformes institutionnelles…

Busted! Les Chiffres du Gouvernement.

Posted in Dismal Economics, Flash News, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on August 27, 2012

Le mémorandum récemment adressé par le gouvernement marocain au FMI comportait des chiffres très intéressants. Tous les chiffres le sont, mais les projections insérées dans ce document permettent de jauger de la crédibilité d’autres chiffres.

Je résume en deux phrases les déductions faites:

– le Gouvernement est sérieusement attaché à son objectif de réaliser 5.5% de croissance annuelle pour 2012-2016

– Le Gouvernement est tellement sérieux dans l’objectif n°1 qu’il base ses projections de réduction du déficit dessus, et estime qu’un plan de consolidation fiscale (ou d’austérité fiscale)n’est pas nécessaire.

Quite.

Lorsqu’on raisonne en déficit rapporté au PIB, c’est en quelque sorte l’emprunt étatique sur la croissance future (et les recettes fiscales s’en suivant). De même, lorsque le gouvernement s’engage à ramener le déficit en pourcentage de PIB de 6.9% à 3% en 2016, il peut opérer de deux manières: maîtriser en valeur absolue le déficit, ou bien faire en sorte que la croissance du PIB soit supérieure à celle du déficit en valeur absolue.

Dans le cas de notre gouvernement, c’est la première stratégie qui prévaut: la croissance moyenne de 5.5% est une hypothèse essentielle pour valider la consolidation fiscale de faire passer le déficit de 6.1% en 2012, à 3% (ou 2.9%) déficit du PIB en 2016. D’un côté, une croissance proche des niveaux décrits plus haut, de l’autre, une modeste réduction des dépenses d’un peu moins de 5 Milliards annuels en moyenne:

The fiscal deficit is also expected to decline by about 0.8 pp in 2012 to 6.1 percent of GDP, to 5.3 percent in 2013, and to less than 3 percent by 2017, largely on account of a significant reduction in subsidy outlays.

Les niveaux de croissance pour 2012 et 2014 sont à peu près déjà déterminés, ou anticipés par le gouvernement et/ou le FMI: 3% pour 2012, 4.3% en 2013. Il en découle que pour atteindre l’objectif de 5.5% de croissance annuelle moyenne entre 2012 et 2013, l’économie marocaine doit réaliser des taux de croissance pour les trois années suivantes 2014-2016 consécutifs de 6.75%. Lorsqu’on additionne cette croissance aux niveaux de déficit relatif du Budget, on observe que cette réduction annuelle moyenne de 0.8% du PIB est finalement peu élevée, précisément parce que la croissance du dénominateur de ce ratio augmente plus vite.

La simplicité de ce qui semble être l’analyse du Ministère des Finances et du Gouvernement en entier dans sa feuille de route tient la route, tant que le taux de croissance promis est théoriquement durable. Le problème avec la faible performance (relative aux promesses électorales ainsi qu’aux chiffres du programme gouvernemental) de la croissance du PIB marocain est qu’elle est historique. ‘faible performance’ est un peu fort; après tout, la faible volatilité des quelques 4.3% annuels observés depuis 1999 a permis d’enregistrer d’importants acquis de croissance; mais en ce qui concerne les niveaux absolues de croissance, il est très peu probable (si je devais mettre une probabilité dessus, elle serait 1.5%) de réaliser consécutivement, des taux de croissance presque successifs de 6.75% annuel.

Suivant ces hypothèses (excessivement optimistes) les objectifs promis au FMI de réduire le déficit budgétaire graduellement en absolu de 49 Milliards à 30.5 en 2016 ne sont pas l’objet d’une quelconque volonté de confronter les problèmes structurels du Budget Général de l’Etat (BGE), mais simplement d’une espérance, celle d’une faible consolidation -l’ordre de grandeur d’une économie de 5 Milliards correspond à 1.4% du BGE. Il est clair que la douloureuse et impopulaire tâche de réduire le déficit est grandement facilitée si la création de richesse est importante. Or elle ne peut raisonnablement être de mise aujourd’hui.

la linéarité de cette projection de déficits est implicite dans les objectifs de 5.3% en 2013 et 3% en 2016. Projections basées sur ceux du programme gouvernemental (5.5% en moyenne 2012-2016)

J’ai eu l’occasion d’exprimer mon doute quant à la crédibilité des chiffres de réduction du déficit d’une part, et des montants invoqués pour réaliser les économies nécessaires d’autre part. Ma réserve tenait du fait que le taux de croissance que j’utilisais mes calculs était plus proche des 4.3%, et tenait en compte la volatilité historique du PIB. Il s’avère au fait que nous pouvons très bien faire 5.5% de croissance annuelle moyenne, mais pas sur 5, plutôt sur 10 ans.

La principale différence entre les deux horizons temporels est que le taux de croissance ‘artificiel’ pour 2014-2016 généré sur la base de performances historiques du PIB marocain ne dépasse pas, au mieux, les 4.5% annuels, volatilité inclue. L’incertitude introduite par cette volatilité augmente significativement le montant à économiser, lequel est plus proche des 10 Milliards, soit le double de ce qui est théoriquement convenu dans les projections officielles.

Pour conclure, ce qui importe le plus est de prédire la manière dont ces économies seront réalisées. Il serait en effet puéril de croire que le Ministère des Finances auditera ligne par ligne les budgets des départements ministériels et autres entités relevant du BGE. Et pour réaliser une réduction annuelle de 5 Milliards sur le déficit, cela suppose des montants bien plus importants de part et d’autre du Budget; Nous savons que le gouvernement est résolu à lever des subventions dans le futur proche (avant la fin de 2012) mais ceci ne résoudra pas le problème du budget.

Aura-t-il le courage d’oser LA réforme fiscale instituant un semblant d’équité fiscale dans ce pays?

La Dette, Un Mécanisme Infernal

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on August 23, 2012

ou qui risque de l’être si on en ignore le développement.

D’une manière générale, un gouvernement finance son budget en levant des taxes diverses, et en empruntant auprès des banques et des particuliers; la Trésorerie Générale du Royaume, le guichetier du gouvernement pour ainsi dire, n’est pas une exception à la règle.

Au delà du côté religieux délicat de l’emprunt et du prix de son loyer, l’intérêt, la dette publique est une sorte d’emprunt sur le futur; en fait, elle peut même être assimilée à un impôt: il est encaissé sur des revenus futurs, et sera ensuite restitué lorsque le terme de cette dette arrive à échéance. Et plus cette période est allongée sur le temps, c’est-à-dire, plus la maturité des Obligations du Trésor est longue, plus l’Etat est confortable dans sa gestion de la dette.

Source: Bulletin mensuel de statistiques des finances publiques – Juillet 2012

Lorsqu’on examine les dernières données disponibles sur l’état des finances publiques, on note que 95% de la dette publique contractée auprès d’agents domestiques (donc dette intérieure) a une maturité supérieure à 2 ans. Observons par exemple, que les dettes à très court terme -celles de 39 à 44 jours- sont remboursées durant l’année.

Ce genre d’emprunt relève plus de la gestion du besoin de financement, et les montants impliqués sont généralement peu élevés; un indice utile pour jauger la solidité des finances publiques et d’observer le volume de ces emprunts à court terme, en absolu (comparés au total des souscriptions) ou progression temporelle. Par exemple, le Bulletin mensuel de Juillet 2005 démontre que, pour un stock initial de dette à court terme, la cadence de remboursement imposait une réduction du stock de la dette. En 2005 donc, la Trésorerie notait un désendettement des finances publiques, en tout cas pour le financement immédiat. De plus, ces maturités représentaient près de 9% du stock de la dette publique domestique.

En comparant les données actuelles à celles d’il y a 7 ans, on observe que si la part du financement immédiat a été réduite de moitié, la cadence de souscription et de remboursement a augmenté sensiblement, ce qui traduit une certaine tension sur la gestion quotidienne, et que les euphémismes employés dans le bulletin cachent peu. Alarmiste? non. Préoccupé? Toujours.

Préoccupé car l’identité comptable qui conditionne les équilibres budgétaires est potentiellement mise à mal dans ses trois termes. Faisant l’économie (huhu) d’une explication abstraite, la progression de la dette vient en complément de la différence obtenue entre les recettes fiscales et les dépenses, ces dernières englobant le service de la dette et les autres dépenses (investissements, traitement des fonctionnaires, dépenses de matériel, et le déficit aussi) avec:

D_{t+1} = (1+r_{t,D})D_t + G_t - F_t

D_{t+1} est le stock futur de la dette (dans notre case t+1 sera 2013) D_t est le stock actuel (2012), et F, G respectivement les recettes fiscales (Taxes) et les dépenses autre que le service de la dette (Gouvernement). le terme d’apparence complexe, r_{t,D} est le taux d’intérêt, qui est fonction du temps et surtout du stock de dette actuelle.

Considérez l’analogie suivante: vous êtes client chez une banque, et vous avez déjà contracté des crédits pour de l’électroménager, une voiture, et un crédit immobilier. Vous souhaitez contracter un nouveau crédit pour une résidence secondaire. L’intérêt que la banque vous demandera pour ce nouveau crédit (si octroyé) prendre en considération votre stock de dette chez l’établissement en question. De même, la durée de remboursement de ce prêt aura un impact distinct sur le taux du crédit envisagé.

D’apparence simple, cette égalité est cependant très utile à comprendre les contraintes de la politique budgétaire: un gouvernement peut facilement céder à la tentation d’augmenter ses dépenses, et pour s’affranchir de la décision souvent impopulaire de financer (intégralement ou partiellement) ces dépenses par de nouveaux impôts, préfère recourir à l’emprunt. Est-ce une mauvaise chose que d’emprunter? Pas toujours. Et pour le Maroc, cela n’avait pas beaucoup d’incidence dans les années avant 2008.

Lorsqu’une économie est en expansion, la liquidité disponible chez les banques et les particuliers tend à s’accroître. C’était le cas du Maroc entre le début de 2002 et 2009, et dans ce cas de figure, l’endettement domestique était une solution pertinente pour absorber une partie de cette liquidité, et une politique convenable pour éviter ainsi des hausses d’impôt. Depuis 2008 cependant, l’accroissement de l’agrégat M3 -la mesure large de cette liquidité- commença à marquer le pas. Le Trésor se trouvait ainsi en concurrence directe avec des entreprises privées pour financer leurs activités respectives. Ce cas de figure, où la dette publique confisque une liquidité rare à son profit, est généralement appelé l’effet d’éviction.

Jusqu’à présent, l’évolution du stock de dette ne semble pas avoir d’incidence sur le taux d’intérêt exigé par les agents disposant de liquidités qu’ils souhaitent placer dans des obligations publiques. Les données publiées chez Bank Al Maghrib permettent de calculer une augmentation modérée de moins d’un pourcentage de point entre 2011 et 2012, et nous sommes loin, très loin des taux observés durant les années 1990.

‘C’est grave Docteur?’ non. Mais ce sont les effets de faiblesses structurelles qui menacent la stabilité budgétaire, et partant, celles de l’économie en entier. Example: à marée haute, les rochers ne représentent pas de danger pour les navires cabotant sur les côtes. Lorsque le niveau de mer baisse, ces rochers, soudainement très réels et visibles, deviennent de véritables écueils dangereux pour la navigation. Ces dangers, pour le Budget et le Trésor sont nombreux: pour n’en citer qu’un seul, le système fiscal actuel est compliqué (pour un pays émergent supposé attirer les flux d’investissements) mû par une logique administrative (je dirais même, bureaucratique) qui ne récompense pas l’activité économique productive. De plus, l’adage traditionnel de ‘baisser les taux, élargir l’assiette’ est allègrement ignoré. Le prochain post listera quelques chiffres sur qui paie quoi dans ce pays.