The Moorish Wanderer

Les Biens “De Première Nécessité”

Posted in Dismal Economics, Flash News, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on December 7, 2013

Des commentaires de ce type sur une des provisions fiscales du PLF 2014 m’intéressent:

Les principaux produits taxés qui affecteront directement le consommateur sont reproduits sur le graphe ci-dessous, reprenant les dépenses moyennes par type de ménages. Deux produits en particuliers, souvent retenus comme de première nécessité, s’avèrent être consommés en quantités excessives:

La dépense annuelle par dirhams par type de ménages illustre des inégalités significatives en classe de biens, sauf pour le sucre et les huiles.

La dépense annuelle par dirhams par type de ménages illustre des inégalités significatives en classe de biens, sauf pour le sucre, les huiles et les pâtes.

En comparaison avec les moyennes mondiales, la consommation des ménages marocains les plus défavorisés est similaire à la consommation moyenne des Etats-Unis, et supérieure à celle de pays comme l’Inde et la Chine. Quant à notre consommation moyenne, elle est supérieure ou comparable à celle du Brésil, l’un des premiers producteurs (et consommateurs) de ce produit. La décision  de subventionner le prix du sucre, un bien dont l’apport énergétique le plus approprié est 65% inférieur à la consommation nationale, et moitié inférieur à la consommation annuelle des ménages défavorisés, produit donc des comportements adverses au bien-être des consommateurs, au nom d’une construction sociale présentée comme une tradition culinaire immémoriale, alors qu’elle remonte au XIXème siècle.

Qu’en est-il de la consommation des huiles? La consommation moyenne reste proche de la moyenne mondiale, ainsi que la quantité recommandée, sauf que cette consommation n’est pas particulièrement indiquée, notamment en rapport avec les habitudes culinaires des ménages marocains des produits secs, dont la consommation locale est sensiblement supérieure à la moyenne mondiale (y compris celle des ménages les plus défavorisés) ce qui implique une fausse appréciation de l’utilité à consommer des huiles végétales.

Et pourtant, le Budget subventionne (ou subventionnait, dans le cas des huiles) pour 5 Milliards de dirhams le Blé et le Sucre, lorsque les incitations proposées pour des biens de consommation comme les Viandes, les Dattes et les produits maritimes pour 1.63 Milliards, alors que leurs apports nutritionnels sont supérieurs et meilleurs aux biens subventionnés.

La décision de taxer le lait en poudre par contre ne peut être justifiée sur la base de l’argument présenté: les ménages marocains sont en train d’orienter leurs habitudes alimentaires vers des protéines animales, mais les différences entre classes restent importantes. Taxer probablement le produit laitier le plus accessible risque bien d’affecter négativement la tendance vers l’amélioration de leur qualité de vie des ménages les plus défavorisés. Cela s’applique aussi pour les Sardines.

Cette notion que le Sucre, l’Huile et la Farine sont des biens de première nécessité est très offensante aux ménages démunis, et elle est largement partagée, y compris parmi les milieux supposés défendre les intérêts de nos concitoyens, mais dont l’attitude est très paternaliste, précisément en maintenant comme ‘de première nécessité’ des biens dont l’apport alimentaire est limité ou négatif. Il est également insultant de présupposer qu’une taxe additionnelle sur le thé ou le sucre entraînerait une grogne sociale: la classe populaire a changé ses habitudes alimentaires comme les autres classes.

D’un autre côté, est-il prudent d’augmenter la TVA sur la consommation des ménages marocains, alors que cette dernière a robustement porté la croissance, et que cette taxe touche disproportionnellement les ménages allouant une large part de leurs revenus à la consommation?

Qui “Sur-Performe”? Politiques ou Technocrates?

Un très récent papier de l’excellent Alan Blinder (et Mark Watson) sur les performances économiques des Etats-Unis sous les présidences respectives des Démocrates et Républicains depuis H. Truman n’a pas manqué d’exciter ma curiosité sur l’opportunité de se livrer à un exercice similaire: est-il possible de distinguer les caractéristiques propres aux différents chefs de l’exécutif depuis 1961 qui influent sur la croissance au Maroc? Bien sûr je ne serai pas capable de reproduire le niveau d’analyse de la référence, mais certains résultats sont assez intéressants pour lancer la discussion adaptée au contexte marocain: un politicien élu est-il capable de créer les bonnes conditions pour une croissance harmonieuse et une gestion exemplaire des finances publiques? et si c’est le cas, peut-il créer de meilleures conditions en comparaison avec un Premier Ministre technocrate?

14 Chefs de Gouvernements se sont depuis 1961, autant de politiciens que de technocrates.

14 Chefs de Gouvernements se sont depuis 1961, autant de politiciens que de technocrates.

Une première comparaison semble donner à priori donner un léger avantage à l’option technocratique: à croissance constante, l’inflation et le déficit budgétaire sont inférieurs, tout comme la création moyenne d’emplois est légèrement supérieure. Cependant, ils sont plus enclins à laisser la dette s’accroître, et la position extérieure du Maroc est légèrement moins bonne, et tout ceci en comparaison avec les performances de l’économie domestique sous un exécutif élu.

En quoi cet exercice peut-il être pertinent au contexte politique du Maroc? Il est vrai qu’avant Février 2011, il était admis que le PAM opérerait un contrôle complet sur l’appareil législatif et le gouvernement après les élections prévues en 2012. A côté, il y a eu (et il y a toujours) un argument admis au Maroc que les technocrates peuvent s’occuper mieux des affaires publiques du pays. Cet argument peut même être consciemment véhiculé par un politicien élu, comme M. Ahmed Réda Chami. Il est supposé qu’une petite équipe de dirigeants experts dans leurs domaines respectifs sont mieux à même de prendre les meilleures décisions pour l’avenir de notre pays, précisément parce qu’ils sont compétents, mais surtout parce qu’ils sont libres de toute attache partisane qui pourrait les contraindre à des décisions de court-terme ou biaisées en faveur d’intérêts factionnaires.

On peut aussi détailler les performances de sous-groupes particuliers, notamment si les partis de la Koutla, ou ceux qui étaient à l’opposition avant de devenir un parti de gouvernement

Indicateur Koutla Opposition Technocrate
PIB 4,45% 4,03% 4,31%
Inflation 2,11% 2,25% 3,57%
Dette 59,95% 65,00% 67,51%
Déficit -2,91% -4,27% -4,93%
Emplois 97 670 74 464 159 730

L’intérêt de cette décomposition additionnelle par étiquette partisane est de présenter un résultat qui contredit les résultats initiaux, qui semblent suggérer qu’un exécutif technocratique délivre, à croissance égale, un rythme supérieur de création d’emplois, un niveau de prix plus modéré, et un déficit budgétaire plus soutenable. Le tableau ci-dessus suggère que l’identité partisane  de l’exécutif compte beaucoup dans la différence de performances des indicateurs sélectionnés. Et en faisant le lien avec les graphes plus haut, on peut conclure que les partis non-Koutla (y compris le PJD) ont tendance à exhiber des résultats médiocres qui abaissent la moyenne ‘partisane’, particulièrement en matière de prudence budgétaire et du coût de la vie. Les résultats sont cependant consistants en création moyenne d’emplois, où les périodes sous exécutif technocrate produisent systématiquement une création supérieure d’emplois statistiquement significative en comparaison avec tous les types de politiciens.

Mais ces résultats restent toujours incomplets: qu’en est-il des effets, bénéfiques ou non, hérités par un type de gouvernement du précédent? Il est possible de soutenir que la transition d’un type d’exécutif à l’autre peut profiter ou pénaliser le nouveau Chef de l’Exécutif.

Indic. Tech à Pol Pol à Tech Moyenne
PIB 5,03% 4,25% 4,30%
Inflation 5,04% 3,76% 4,65%
Dette 53,28% 69,41% 62,96%
Déficits -5,07% -4,70% -5,76%
Emplois 131 296 167 349 149 610

En moyenne, un exécutif partisan qui succède à un Chef de Gouvernement technocrate hérite une croissance supérieure à la moyenne de 1961-2012, mais aussi d’une inflation plus élevée. On peut ainsi déduire que la création d’emplois qui à priori est plus importante sous un exécutif technocrate est héritée du prédécesseur politique, tout comme le déficit budgétaire modéré, mais aussi le taux d’endettement plus élevé dans un sens que dans un autre.

Ces résultats doivent cependant prendre en compte la contrainte de la conjoncture internationale: il est possible de soutenir qu’une conjoncture mondiale défavorable peut anéantir les efforts du Premier Ministre en poste, quelque soit son étiquette. En retenant deux indicateurs principaux (prix du Pétrole et des Phosphates) il s’avère que les probabilités de différences en variations de prix pour les deux matières premières sont largement négligeables pour exclure un quelconque effet exogène sur la performance de l’exécutif. On note cependant que les Premiers Ministres issus de la Koutla bénéficient d’un léger avantage sous la forme d’une moyenne inférieure de 4.5% en variation de prix du pétrole en comparaisons avec les autres Premiers Ministres politiques et technocrates.

Que peut-on alors conclure? Les politiques semblent bénéficier d’un avantage assez significatif pour les indicateurs bruts de performance économique, mais ce faisant, ils génèrent plus d’inflation et de déficit par le fait d’une politique probablement activiste. Les technocrates quant à eux se trouvent aux commandes de périodes économiques moins expansives, mais leurs résultats propres restent modestes en comparaison avec ceux produits par les politiciens lorsque la transition se fait dans le sens opposé. On note aussi qu’au sein même du pool des Chefs de l’Exécutif politiciens, les membres de la Koutla font mieux: une forte croissance est 60% plus probable sous un leadership Koutla, de même pour de bas niveaux d’inflation et de déficit budgétaire.

L’argument de la supériorité technocratique est donc sérieusement contesté, dans la mesure où rassembler la meilleur équipe d’experts ne produit pas forcément les meilleurs résultats, ni ne permet forcément de mettre l’économie sur les rails de la reprise. D’un autre côté, il est possible d’argumenter factuellement que la vénalité politique d’un Premier Ministre élu, autrement dit, sa dépendance d’une fragile coalition d’intérêts, le force éventuellement à faire des choix de compromis entre popularité instantanée, et l’espoir de se maintenir au pouvoir aux prochaines élections. Il semble ainsi que l’incitation d’instabilité électorale délivre de meilleurs résultats.

Avons-nous Vraiment Survécu au Grand Choc de 2009?

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on November 26, 2013

Si le rythme de croissance du PIB n’a pas été affecté significativement par la contraction mondiale qui a suivi la crise de liquidités aux Etats-Unis, d’autres indicateurs se sont sensiblement dégradés, mais dont le “retour à la normale” est durablement affecté, ce qui signifie que notre croissance actuelle est trop fragile pour prétendre à générer des résultats positifs, et hypothèque gravement les perspectives du Maroc comme “pays émergent”.

Deux indicateurs en particulier attirent l’attention: l’indice mensuel de production industrielle de divers pays a enregistré  un net déclin durant les premiers mois de 2009, l’illustration de la transmission du choc négatif dans les marchés financiers vers l’économie réelle:

La reprise de l'indice de production industrielle a été légèrement inférieure à celle des pays à revenus intermédiaires pour cause de différence de degré d’absorption de chocs.

La reprise de l’indice de production industrielle a été légèrement inférieure à celle des pays à revenus intermédiaires pour cause de différence de degré d’absorption de chocs.

En plus d’exhiber des corrélations positives très fortes, Les économies les plus avancées enregistrent en effet un déclin très marqué, une dépression à l’échelle même de la planète. Et le Maroc n’y échappe pas, sauf que paradoxalement la croissance du PIB sur la période 2008-2010 était positive et peu éloignée de la moyenne de long terme.

La dépression mondiale n'épargne personne.

La dépression mondiale n’épargne personne.

L’argument fréquemment évoqué à l’époque était que le Maroc avait résisté avec succès à ce choc planétaire (le RNI en avait fait un argument électoral en Novembre 2011) est à remettre dans le contexte de la désindustrialisation du tissu économique marocain, ainsi que les pertes d’emplois non récupérées dans le secteur industriel. L’argument initial est affaibli d’autant plus que la tendance de croissance exhibe une inflexion sensible, pour le Maroc, qui n’a pas été observée dans d’autres pays à revenus similaires, mais certainement relativement meilleure à la double inflexion qu’on observe dans les pays de la région MENA, la première en 2009, l’autre en 2011.

La question donc n’est plus de combien la crise mondiale a-t-elle affecté la production industrielle au Maroc, mais plutôt si cette même crise a un effet significatif sur l’inflexion de la tendance de long-terme de la production industrielle domestique. IPI_Mensuel_Tendance

Un argument pertinente est de déclarer que la grande contraction de la demande extérieure adressée à l’industrie domestique observée début 2009 était d’une intensité telle que la tendance de long terme a été affectée.

Le graphe ci-contre distingue cette tendance, et on observe bien qu’à partir du premier trimestre 2009, ce qui était une tendance quasi linéaire croissante, s’incline sensiblement, un changement de régime assez important en comparant la tendance de la production industrielle d’autres pays à revenus intermédiaires.

Or en isolant l’effet du brusque déclin des importations de la zone Euro sur les deux composantes cycliques et de tendance longue de la production industrielle domestique, on constate que le choc négatif que représente la chute temporaire des importations du partenaire commercial le plus important du Maroc affecte comme attendu la composante cyclique de l’IPI marocain, mais pas ou très peu la tendance de long terme: près de 25% du déclin initial observé dans la composante cyclique de l’IPI domestique peut être imputé au choc négatif de la demande étrangère adressée à l’industrie marocaine. Cependant, seuls 4% du déclin moyen dans la croissance de la tendance peuvent être expliqués par le même déclin temporaire dans les importations en Europe.

D’autres facteurs prennent de ce fait plus d’importance pour expliquer le déclin dans la capacité à long terme de la production industrielle au Maroc. C’est aussi une preuve éclatante de la faiblesse de notre tissu industriel: en supposant toujours que cette crise est durable – en tout cas dans la zone Euro- cela signifie que notre industrie domestique était tellement fragile que le premier choc adverse venu a déclenché d’autres mécanismes qui ne sont pas décrits, mais qui ont affaibli durablement le tissu industriel. Ce même résultat signifie que toutes les dépenses fiscales, et les politiques industrielles menées durant les dernières années – notamment celles dans l’esprit prôné par M. Ahmed Réda Chami– se sont révélées incapables de produire une base industrielle capable de reprendre après un mauvais choc, aussi fort soit-il.

Le Chômage, La Croissance.

Posted in Dismal Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on November 22, 2013

Je soulignais dans un post précédent la relation entre taux de chômage et volatilité du PIB, sans donner cependant d’histoire détaillée sur le lien entre les deux: certes, une volatilité faible de PIB suppose que les agents économiques sont plus confiants dans l’avenir, et en particulier pour le marché du travail, les contrats seront donc moins affectés par l’incertitude des évènements futurs, et donc suppose une réduction tendancielle du taux de chômage.

Comparaison Croissance PIB et Chômage. Sources: HCP, Banque Mondiale

Comparaison Croissance PIB et Chômage. Sources: HCP, Banque Mondiale

On compare donc l’évolution du taux de chômage à celle du PIB, et l’on remarque que si la relation est inverse, elle est tellement peu significative qu’elle ne peut être justifiée par un quelconque mécanisme économique: en effet, il n’est possible à cette relation d’expliquer que 3% de l’évolution historique du chômage, mais suppose que pour une croissance ‘optimale’ de 5%, le taux de chômage naturel (ou encore de plein emploi) serait proche des 6%.

Quels facteurs explicatifs peut-on alors invoquer pour expliquer l’évolution du chômage? Ou encore, comme expliquer la persistance de ce dernier en comparaison avec d’autres agrégats, notamment l’inflation? Dans le contexte d’une économie émergente comme le Maroc, trois effets candidats sont présentés et discutés: l’effet du progrès technique, l’évolution du taux de marge et les préférences des ménages.

Le progrès technique est souvent explicité comme un facteur important dans les fluctuations, mais l’effet considéré ici est le choc permanent de productivité; il est en effet établi que les chocs permanents sont autrement plus prépondérants dans les fluctuations d’une économie comme le Maroc. A première vue, l’effet d’un choc permanent de productivité est positif: l’économie dans son ensemble s’attend à une amélioration durable de sa productivité.

Ce n’est cependant pas le cas: lorsque les ménages et les entreprises anticipent une amélioration durable de la productivité agrégée, ils sont assurés (sous conditions de réalisation de cette tendance) d’un rendement croissant à leur travail ou à leur production. Le choix le plus logique est de baisser la production ou la quantité de travail offertes, puisque le même résultat sera obtenu pour un effort moindre. Tout se joue donc sur les croyances d’agents quant à l’évolution à long terme du progrès technique. Comme résultat, les ménages ajustent plus rapidement leurs plans de consommations que leurs revenus.

Qu’en est-il alors des effets de marge et des préférences de ménage? Il s’avère ainsi que plusieurs résultats assez contre-intuitifs qu’on discutera plus loin:

IRF_Table1) Le choc permanent a un effet négatif sur le PIB et la consommation: l’effet sur le second agrégat se vérifie dans les faits, la propension moyenne a consommer diminue dans le temps, quelque chose qu’une spécification sur un choc temporaire n’est pas capable de répliquer dans les niveaux observés.

2) Le taux de chômage ne baisse que marginalement avec le progrès permanent. Le raisonnement derrière est que le choc permanent affecte négativement d’autres agrégats qui conditionnement l’évolution du chômage. Cependant, le même mécanisme joue en défaveur de la quantité de travail offerte, avec une magnitude autrement plus importante. On a ainsi par exemple une bonne piste d’explication au déclin tendanciel du taux d’activité depuis la moitié des années 1990.

3) Le taux de chômage est positivement lié au processus décrivant l’évolution du taux de marge, lequel est un indicateur de pouvoir des entreprises sur la détermination des prix de leurs produits sur le marché domestique. Dans un contexte d’économie fermée, et en supposant une amélioration temporaire de leur pouvoir de marché (une concentration du nombre d’entreprises existantes, ou une législation en faveur des entreprises) résulte d’une dégradation du taux de chômage, mais pas d’amélioration substantielle du taux d’activité. Ce résultat nuance ainsi éventuellement des recommandations du type d’abolition du salaire minimum, ou encore de la constitution de Champions Nationaux si ceux-ci se focalisent sur le marché domestique.

4) D’un autre côté, un choc positif sur le taux de marge des entreprises affecte positivement la consommation; il y a ainsi un résultat néo-keynésien classique, où le taux de marge des entreprises est le moteur principal des programmes de stimulus fiscal, dont l’objectif final est de soutenir la demande agrégée. Or en comparaison l’effet du taux de marge sur la consommation et sur l’offre de travail, il s’avère ainsi qu’un programme de relance budgétaire ne débouche que sur une amélioration marginale du taux d’activité, et certainement une augmentation du chômage dans le temps.

5) Les chocs de préférences sont typiquement des changements temporaires dans les habitudes de consommation des ménages, par exemple un changement dans les allocations dans le panier de biens consommés; on constate ainsi qu’un changement dans les goûts de consommateurs augmentent la quantité de biens demandés. La diversité de biens augmente la quantité demandée. En lien avec l’observation faite quant à l’effet des chocs temporaires de productivité, il est tout à fait probable que la multiplication des biens offerts dans l’économie marocaine a contrecarré quelque peu la tendance à la baisse du pourcentage de la consommation dans la production agrégée.

En l’absolu, l’effet du progrès permanent est autrement plus important: la corrélation entre chocs permanents et taux de chômage est suffisamment importante pour considérer le lien comme significatif dans les données,  en tout cas pour la décomposition standard entre effets temporaire et permanent.

Corrélation Chômage Choc Perm. Choc Temp.
Chômage 1 -0,5025 -0,0697
Choc Perm. -0,5025 1 0,0874
Choc Temp. -0,0697 0,0874 1

La tendance à la hausse observée dès le début des années 2000 coïncide avec la baisse graduelle du taux de chômage, abstraction faite du taux de croissance enregistré sur la même période.

La réponse à la question qui a motivé ce post reste cependant incomplète; si l’on découvre que le taux de chômage significativement avec une anticipation de choc permanent de productivité, il est probablement plus compliqué de trouver le bon indicateur de ce choc permanent: s’agit-il d’un sentiment formé par les agents? s’agit-il d’une variable non observée qu’il faudrait  ensuite déduire?

L’autre résultat je crois assez important, est le lien entre le taux de marge et le chômage: il s’avère ainsi que la recette standard de relance, qui dépend d’un fort pouvoir de concurrence monopolistique chez les entreprises, est aussi potentiellement la cause d’une détérioration du chômage. Ceci permet ainsi de découpler les deux évènements, entre une politique budgétaire qui peut effectivement soutenir la demande agrégée, et une politique de soutien de l’emploi qui implique une dilution du pouvoir des entreprises à s’imposer sur les marchés de production et du travail.

Faut-il Privatiser?

Posted in Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard, Tiny bit of Politics by Zouhair ABH on November 12, 2013

La question principale posée par Omar dans son blogpost mérite réflexion et une discussion poussée: fallait-il privatiser Maroc Telecom?

On utilise souvent l’expression “vendre les bijoux de la famille” dans une référence péjorative au processus de privatisation; s’il est vrai que le Budget réduit son stock d’actif en vendant des établissements publics, il est improbable cependant de supposer que la valeur de l’actif serait similaire sous contrôle exclusivement public. En d’autres termes:

Est-ce que Maroc Telecom aurait pu atteindre son stade de développement actuel s’il était resté dans le giron des entreprises publiques?

Une question que l’on peut reformuler de cette manière: La privatisation d’actifs publics au profit d’opérateurs étrangers est-elle bénéfique pour l’économie?

IDE_PrivDans l’absolu, l’attraction d’investissements étrangers est certainement bénéfique pour la croissance: l’effet isolé des investissements directs étrangers (IDE) contribue à hauteur d’une moyenne annuelle de 40 points de base de croissance au PIB, avec des effets cumulatifs à robuste persistance. Cependant les effets sont d’intensités différentes pour les opérations de privatisation. Ceci est d’autant plus important que celles-ci ont un impact important sur les IDE. Il apparaît ainsi que les opérations de privatisation encouragent les investissements étrangers vers des actifs privés, un effet de levier qui peut aussi agir en défaveur des flux de capitaux si le gouvernement décide de re-nationaliser, ne serait-ce que temporairement, des actifs anciennement sous contrôle étatique.

Vendre les actifs publics revient donc à faire un troc, entre le rendement actuel d’établissements publics plus ou moins bien gérés, et l’effet multiplicateur de cet actif privatisé au bénéfice d’un investisseur étranger. Reste à savoir si cet effet vertueux anticipé se réalise effectivement, et si les résultats en recettes budgétaires (entre autres) sont comparables.

Le prix à payer pour la cession d’actifs publics est probablement le flux de dividendes, dans ce cas les parts détenues par Vivendi (ou désormais ETC) soit une moyenne de 6 Milliards de dirhams. Ne serait-il pas possible de nationaliser IAM et utiliser les dividendes générés pour financer une partie assez substantielle du déficit budgétaire. Cette stratégie à court terme génèrera les ressources nécessaires, mais seulement à court terme; en effet, il est supposé que l’actif nationalisé sera tout aussi performant.

On se propose donc de comparer les dividendes versés sur la période 2001-2012, aux effets macroéconomiques des IDEs, qui en serait l’effet bénéfique attendu.

IRF_DividendesS’il est vrai que l’accroissement des dividendes versés par Maroc Telecom dépasse les effets agrégés des IDE, on doit noter la persistance de ceux-ci dans le temps. Les dividendes répondent à une tension stratégique entre les associés et les dirigeants (IAM n’est pas une exception en ce sens) et donc obéissent à une logique différente de la simple analyse des effets d’entrainement des investissements étrangers. Ces mêmes interactions déterminent le prix de privatisation, ainsi que le pourcentage de capital cédé au contrôle privé étranger ou domestique. L’observation d’Omar quant aux conditions de négociation est particulièrement pertinente à la lumière du changement structurel dans les habitudes de comportement des ménages consommateurs de services mobiles offerts par IAM et ses concurrents dans le secteur de télécommunications: les dépenses des ménages en services de communications ont augmenté substantiellement entre 1998 et 2007, et tout porte à croire que cette évolution n’aurait pas eu lieu si IAM était encore dans le giron public.Il est possible aussi de supposer qu’une émission supplémentaire de licences à de nouveaux opérateurs télécom est une autre bonne politique publique qui bénéficie au consommateur et à l’économie dans son ensemble.

La persistance même des effets agrégés permet donc de répondre “non” à la question initialement posée: le développement de Maroc Telecom n’a été possible que par sa privatisation, et qui plus est par un opérateur étranger. Ceci n’évacue pas la question de la valorisation de la transaction en 2001, ni le transfert graduel de la majorité d’actions aux dépends de la propriété publique.

Le puzzle de la privatisation est plus complexe qu’il n’y paraît: pour des raisons de consistance en politique publique, un gouvernement élu ou non ne peut pas se permettre de privatiser, puis re-nationaliser des actifs autrefois publics; les bénéfices d’une telle mesure sont très limités dans le temps, et l’autorité publique aura beaucoup de mal à restaurer la confiance en ses prochaines annonces de cession d’actifs publics.