The Moorish Wanderer

Economie du Cannabis – l’Option de Dépénalisation

Extrait du dernier rapport de l’UNODC sur la production du Cannabis:

[…] In Europe, seizures of cannabis herb increased, while seizures of cannabis resin (“hashish”) went down. This may indicate that domestically produced cannabis continues to replace imported resin, mainly from Morocco. The production of cannabis resin seems to have stabilized and even declined in its main producing countries, i.e. Afghanistan and Morocco.  […]

déclin rapide de la probabilité d'appréhension par quantité de drogue

déclin rapide de la probabilité d’appréhension par quantité de drogue

Parmi les différentes statistiques offertes dans ce rapport, ce graphe me semble le plus éloquent, et aussi le plus significatif quant à l’inanité du concept même d’une restriction gouvernementale, voire de ses effets pervers.

On peut en effet observer que la probabilité de se faire arrêter en possession de drogues est plus importante pour les petites quantités (donc les consommateurs finaux) et décline rapidement au fur et à mesure qu’on remonte dans la chaîne d’approvisionnement. Il est ainsi très probable qu’on se retrouve dans la situation où l’effort gouvernemental de sanction biaisé envers les petites quantités se traduise par un mécanisme pervers d’incitation pour les trafiquants.

Le raisonnement qui suit fait abstraction de toute panne institutionnelle – c’est à dire que le coût induit par la sanction légale est crédible, et est factorisé par le producteur de cannabis. Le raisonnement est légèrement altéré lorsqu’on prend en compte l’incapacité de l’autorité publique à rendre ses sanctions crédibles – la corruption par exemple.

L’idée est de montrer qu’un mécanisme de sanction – par exemple des peines de prison proportionnelles à la quantité saisie- entraine une production plus importante, et donc défait l’objectif initial du régulateur: contenir ou réduire la consommation de drogues.

Pour ce faire, on considère un comportement atypique chez le consommateur de drogue: en effet, la théorie standard suppose une utilité décroissante dans la quantité consommée. Dans le cas de la consommation de drogue, l’utilité est croissante, une représentation stylisée de la dépendance qui se crée progressivement au fur et à mesure que la quantité consommée augmente.

En plus de cette consommation croissante dans la quantité, on considère un coût de production standard (effets de rendements d’échelle) et les quatre graphes ci-dessous: une production sans coût additionnel, une taxe proportionnelle, une sanction croissante dans la production saisie (deux types de croissance)

Cost_ProductionLa réalisation de production est possible lorsque la demande pour une quantité donnée est supérieure au coût de production – ce qui expliquerait ainsi le choix du producteur/trafiquant qui opterait pour une large production, laquelle est ensuite fragmentée pour pourvoir aux besoins du consommateur final.

Et c’est là où l’erreur d’une politique répressive est manifeste: lorsque la punition est plus que proportionnelle dans la quantité saisie, il y a incitation paradoxale chez le producteur d’augmenter la quantité produite, par effet de la baisse de la probabilité de se faire prendre, et par nécessité à rentrer dans ses frais. On observera que l’argument ne s’applique pas lorsque le produit est dépénalisé, et est simplement taxé – comme un bien de consommation; certes, la production augmente dans ce cas de figure aussi, mais on observera que cette augmentation est marginale, certainement inférieure aux autres exemples de punition.

Le dernier point concerne le comportement du consommateur de drogue lui-même. Il s’avère ainsi que malgré sa dépendance, un impôt (plutôt qu’une sanction pénale) est plus à même de restreindre la quantité consommée, comme on peut le voir dans la série de graphe ci-dessous:

tax_conso_drug

Il s’avère ainsi qu’une taxe sur la consommation (plutôt que sa sanction) a bien un effet bénéfique sur la restriction de celle-ci. D’autre part, le graphe au milieu reprend un cas de figure où les deux parties du marché sont taxées – l’effet du prélèvement sur la fonction de coût du producteur est observé plus loin (pas repris sur l’intervalle représenté) et permet donc de dégager des ressources utiles au gouvernement pour financer des programmes de réhabilitation ou de toxicomanie, avec autrement plus d’effets bénéfiques sur le bien-être collectif qu’une politique de répression.

La seconde étape est plus compliquée: il s’agit de calibrer les courbes pour les valeurs empiriques correspondantes à la production de drogues ou psychotropes par exemple, ainsi que les habitudes de consommation de ménage, deux jeux de données incomplets ou souffrant de la politique actuelle de répression.

Ce petit exercice est une illustration de politique publique est une illustration de la boutade “l’enfer est pavé de bonnes intentions”: dans son effort à éradiqué (au moins officiellement) la consommation et la production d’un bien nocif, l’attitude de zéro tolérance, adoptée par le gouvernement (attitude crédible ou non) débouche sur une augmentation paradoxale de la production, et un effort démesuré de sanction de la petite consommation, laquelle n’est certainement pas dissuadé comme le montrent les statistiques du rapport de l’UNODC. D’un autre côté, une approche de dépénalisation, sous la forme d’une taxe (ou d’une restriction de production par des licences de distribution) portant sur la consommation ET la production, permet d’abord d’influer sur les quantités distribuées, et ensuite dégage des ressources suffisantes pour financer des programmes portant sur la transformation de la consommation des drogues – altérer ainsi le cycle de dépendance.

“Beatus Ille Qui Procul Negotiis”

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on April 1, 2013

(car ils ne seront pas jugés sur ces affaires)

Peut-être bien, selon les différentes déclarations publiques récentes de membres importants des partis gouvernementaux et d’opposition. En vérité, tous les acteurs politiques ont un intérêt à se conformer à telle ou telle ligne, et il s’avère que par une curieuse coïncidence, les coalitions gouvernementale et d’opposition ont toutes les deux intérêt à grossir le trait quant aux difficultés économiques (réelles ou supposées) rencontrées par le Maroc, ou tout au moins par le budget de l’Etat.

Commençons d’abord par le décalage entre les projections optimistes (qui se sont avérées excessivement excessives en moins de 6 mois) présentées par le gouvernement en Juillet-Août 2012, et le rapport d’étape produit par le FMI en Février 2013: le double objectif d’une croissance de 5.5% moyenne d’ici 2016, et un déficit budgétaire à 3% du PIB pour la même date. Dans ce scénario optimiste, les 5.5% de croissance génèrent suffisamment de revenus pour faire passer une politique de consolidation modérée, consistant en une maîtrise des taux de croissance de la masse salariale du secteur public, ainsi que les dépenses de compensation. La modération ici est une analogie d’une célèbre phrase du président Richard M. Nixon: le taux de croissance de ces dépenses est décroissant (ou constant) Sans cette création de richesses, le déficit en valeur absolue sera donc réduit d’un point de pourcentage plus élevé dans le cadre d’une projection plus réaliste de 5% en croissance moyenne sur 2012-2016. C’est une moyenne de 18 Milliards de dirhams de réduction nette supplémentaire de déficit budgétaire pour la révision à la baisse de la croissance moyenne du PIB pour les cinq ans de cette législature.

Qu’en est-il de la situation présente? Peut-on prêter crédit aux rapports alarmistes quant à l’économie ou l’état des finances publiques du Maroc? Oui. Mais les raisons de cette crise imminente sont structurelles: la grande modération de la croissance mondiale ininterrompue durant les 15 dernières années a servi de cache-misère, et a immergé nos décideurs politiques dans un faux sens de sécurité. Le problème de la caisse de compensation n’est pas conjoncturel: certes, la hausse du prix de pétrole joue un rôle important dans le poids que les subventions représentent par rapport au PIB, mais ce sont aussi les habitudes de consommation des ménages marocains et l’interaction de l’économie domestique avec le reste du monde qui ont changé depuis: entre 1998 et 2007, la consommation des ménages a contribué à hauteur de près de 60% de la croissance moyenne enregistrée pour le PIB. Les subventions de la caisse de compensation sont intimement liées à la consommation des ménages à cause de la concentration de celles-ci auprès d’une minorité affluente, gourmande de biens nécessitant une compensation croissante dans leurs propres dépenses. Un cercle vicieux se forme donc, avec pour objectif de croissance un soutien de la consommation domestique, dont la répartition de dépenses profite aux ménages bénéficiant le plus des dépenses de subvention.

Une reconfiguration radicale de la structure des dépenses de l’administration publique est donc non seulement nécessaire, mais elle est socialement désirable, nonobstant l’orientation idéologique du décideur politique: nous avons là une preuve concrète que le trickle down, la concentration des moyens auprès d’une minorité affluente procédant ensuite d’un ruissellement vers le bas met en danger la soutenabilité de la croissance de l’économie en la saignant par son point faible, ses réserves de devises.

Persistance des chocs importés dans la consommation agregée

Persistance des chocs importés dans la consommation agregée

 

Pour illustrer ce propos, on considère l’impact de variations importées (à travers la balance commerciale) respectivement sur la consommation et le PIB (sur le modèle des prédictions du HCP pour un cas de figure similaire) On remarque que la sensibilité de la consommation vis-à-vis les changements induits par l’exposition au commerce international est plus stable, mais en même temps plus durable que celle du PIB. Ceci signifie que les changements importés dans le mode de consommation sont durables, plus durables que ceux sur la production de biens et services, et plus important peut-être, sur l’investissement; cela signifie que les mauvaises habitudes importées (la dépendance aux hydrocarbures par exemple) sont plus persistante dans nos habitudes de consommation que dans les autres agrégats.

Le deuxième graphe montre les limites de l’intervention gouvernementale à stabiliser l’effet d’un choc important – par exemple, une hausse brutale des prix des hydrocarbures. Ceci est mesuré à partir de la réaction respective de la consommation agrégée aux fluctuations importée et à une augmentation du déficit budgétaire: il s’avère ainsi qu’il y a un rapport initial de 1 à 140 à ces deux chocs – lequel décline rapidement à travers le temps, mais pas suffisamment dans la durée de vie d’un gouvernement donné. Tant que les chocs importés étaient de magnitude minime (en l’occurrence la variation du déficit de la balance de paiement) le poids sur le déficit nécessaire pour compenser ce déficit (lequel a des répercussions brutes négatives sur la consommation) était proportionnellement modéré. Cette constatation vaut aussi pour le niveau d’endettement public, lequel est beaucoup plus sensible aux chocs importés que le PIB, ou encore la consommation. Le résultat en était la rapide sortie du Maroc sur les marchés de capitaux internationaux, empruntant en deux ans d’intervalle l’équivalent de 2 Milliards d’euros – sans compter l’effet sur l’endettement domestique, qui a retrouvé en une année son niveau de 2005, rapporté au PIB.

Oui, la situation économique de l’économie domestique est préoccupante. L’absence de communication claire autour des projets de réforme de la compensation, à contre-temps avec les enseignements basiques de la politique économique efficace, ne font qu’exacerber une incertitude qui nuit aux perspectives de stabilité de l’économie marocaine.

 

Disproportion de la réaction de la consommation par rapport à deux stimulii

Disproportion de la réaction de la consommation par rapport à deux stimulii

Une approche purement comptable proposerait d’augmenter les impôts afin de stabiliser les finances publiques pour atténuer l’effet des mauvais chocs importés. Malheureusement, il s’avère que même à court terme, la levée additionnelle d’impôts pour payer les subventions ne permet de combler que très imparfaitement les effets des chocs importés – probablement même en imposant une nouvelle taxe sur les ménages affluents profitant du système actuel de compensation.

Il est cependant injuste de charger le gouvernement actuel de tous les maux du budget: la responsabilité des gouvernements Jettou et Youssoufi est réelle, mais elle est atténuée par la conjoncture internationale favorable, reléguant plusieurs programmes de réformes structurelles au second plan. Après tout, le Maroc était un excellent élève du FMI, allant au-devant même de certaines de ses recommandations, mais dans le domaine des subventions, de la maîtrise d’évolution de la masse salariale et de l’arbitrage incorporé dans les incitations fiscales des différentes lois de finances passées, le Maroc a été plus cigale que fourmi.

Cette analogie, je pense, se prête parfaitement à la situation à laquelle font face nos dirigeants: Le lit du fleuve est jonché de rochers périlleux – tant que le niveau des eaux est élevé, la navigation se fait sans problème. Une brusque baisse des eaux les révèle soudainement. Il eut été plus sage de drainer le fleuve plus tôt.