The Moorish Wanderer

Avons-nous Vraiment Survécu au Grand Choc de 2009?

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on November 26, 2013

Si le rythme de croissance du PIB n’a pas été affecté significativement par la contraction mondiale qui a suivi la crise de liquidités aux Etats-Unis, d’autres indicateurs se sont sensiblement dégradés, mais dont le “retour à la normale” est durablement affecté, ce qui signifie que notre croissance actuelle est trop fragile pour prétendre à générer des résultats positifs, et hypothèque gravement les perspectives du Maroc comme “pays émergent”.

Deux indicateurs en particulier attirent l’attention: l’indice mensuel de production industrielle de divers pays a enregistré  un net déclin durant les premiers mois de 2009, l’illustration de la transmission du choc négatif dans les marchés financiers vers l’économie réelle:

La reprise de l'indice de production industrielle a été légèrement inférieure à celle des pays à revenus intermédiaires pour cause de différence de degré d’absorption de chocs.

La reprise de l’indice de production industrielle a été légèrement inférieure à celle des pays à revenus intermédiaires pour cause de différence de degré d’absorption de chocs.

En plus d’exhiber des corrélations positives très fortes, Les économies les plus avancées enregistrent en effet un déclin très marqué, une dépression à l’échelle même de la planète. Et le Maroc n’y échappe pas, sauf que paradoxalement la croissance du PIB sur la période 2008-2010 était positive et peu éloignée de la moyenne de long terme.

La dépression mondiale n'épargne personne.

La dépression mondiale n’épargne personne.

L’argument fréquemment évoqué à l’époque était que le Maroc avait résisté avec succès à ce choc planétaire (le RNI en avait fait un argument électoral en Novembre 2011) est à remettre dans le contexte de la désindustrialisation du tissu économique marocain, ainsi que les pertes d’emplois non récupérées dans le secteur industriel. L’argument initial est affaibli d’autant plus que la tendance de croissance exhibe une inflexion sensible, pour le Maroc, qui n’a pas été observée dans d’autres pays à revenus similaires, mais certainement relativement meilleure à la double inflexion qu’on observe dans les pays de la région MENA, la première en 2009, l’autre en 2011.

La question donc n’est plus de combien la crise mondiale a-t-elle affecté la production industrielle au Maroc, mais plutôt si cette même crise a un effet significatif sur l’inflexion de la tendance de long-terme de la production industrielle domestique. IPI_Mensuel_Tendance

Un argument pertinente est de déclarer que la grande contraction de la demande extérieure adressée à l’industrie domestique observée début 2009 était d’une intensité telle que la tendance de long terme a été affectée.

Le graphe ci-contre distingue cette tendance, et on observe bien qu’à partir du premier trimestre 2009, ce qui était une tendance quasi linéaire croissante, s’incline sensiblement, un changement de régime assez important en comparant la tendance de la production industrielle d’autres pays à revenus intermédiaires.

Or en isolant l’effet du brusque déclin des importations de la zone Euro sur les deux composantes cycliques et de tendance longue de la production industrielle domestique, on constate que le choc négatif que représente la chute temporaire des importations du partenaire commercial le plus important du Maroc affecte comme attendu la composante cyclique de l’IPI marocain, mais pas ou très peu la tendance de long terme: près de 25% du déclin initial observé dans la composante cyclique de l’IPI domestique peut être imputé au choc négatif de la demande étrangère adressée à l’industrie marocaine. Cependant, seuls 4% du déclin moyen dans la croissance de la tendance peuvent être expliqués par le même déclin temporaire dans les importations en Europe.

D’autres facteurs prennent de ce fait plus d’importance pour expliquer le déclin dans la capacité à long terme de la production industrielle au Maroc. C’est aussi une preuve éclatante de la faiblesse de notre tissu industriel: en supposant toujours que cette crise est durable – en tout cas dans la zone Euro- cela signifie que notre industrie domestique était tellement fragile que le premier choc adverse venu a déclenché d’autres mécanismes qui ne sont pas décrits, mais qui ont affaibli durablement le tissu industriel. Ce même résultat signifie que toutes les dépenses fiscales, et les politiques industrielles menées durant les dernières années – notamment celles dans l’esprit prôné par M. Ahmed Réda Chami– se sont révélées incapables de produire une base industrielle capable de reprendre après un mauvais choc, aussi fort soit-il.

Offre et Demande, L’effet de l’Indexation

Posted in Dismal Economics, Flash News, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard, The Wanderer by Zouhair ABH on September 21, 2013

“La hausse des carburants pourrait faire baisser le PIB selon le HCP” titre Yabiladi suite à la décision du gouvernement de lever partiellement la subvention aux hydrocarbures. Il est cependant plus adroit de dire que cette hausse de carburant ferait baisser le taux de croissance du PIB, plutôt que de le baisser en valeur absolue.

J’en profite pour mettre à jour des résultats que je discute dans un post précédent, et de mettre en évidence les résultats du HCP calculés en 2012 et ceux plus récents. Dans les deux cas, l’effet sur la croissance est suffisamment important pour réitérer que nos choix de croissance sur la décennie passée révèlent leur limite. Le coût économique et politique de cette décision n’est finalement que la somme actualisée des coûts de réforme en conjoncture favorable.

L’idée de décomposer les chocs domestiques par offre et demande permet par exemple d’isoler (correctement, on l’espère) les contributions respectives dans les fluctuations observées, ce qui permet dans un second temps de tirer ensuite quelques conclusions en matière de politique publique (budgétaire) La série de graphes ci-dessous propose une comptabilité initiale des chocs agrégés, comparés tour à tour avec le PIB empirique, le PIB lissé (c’est-à-dire sans choc quelconque) et les contributions respectives de l’Offre et de la Demande:

Décomposition des fluctuations du PIB par Offre/Demande Agrégées 1960-2011

Décomposition des fluctuations du PIB par Offre/Demande Agrégées 1960-2011

Les dix dernières années montrent d’abord que l’intensité des chocs cumulés a substantiellement diminué, en atteste l’évolution du PIB empirique comparé au lissage sur le premier graphe de la colonne à droite. D’un autre côté, on observe des comportements opposés entre offre et demande agrégées sur la même période: la première est vigoureuse (une croissance alimentée par la dépense gouvernementale et les crédits à l’économie) alors que la second est soit stable, soit en déclin (principalement à cause d’une productivité peu effective)

La principale question serait de comprendre pourquoi les chocs d’offres portent le PIB à un niveau largement supérieur à celui empiriquement observé. En d’autres termes, pourquoi les quelques 68 Milliards de dirhams de différence ne se sont pas matérialisés? La première question serait de mettre en contraste la demande agrégée qui a décliné sensiblement dès 2005-2006 (probablement une piste digne d’investigation en rapport avec la réforme fiscale appliquée les années suivantes) ce qui suppose un effet de transfert d’un agrégat vers un autre. Dans ce cas précis, le transfert se fait vers la demande (ou d’un effet de substitution d’effets de long terme à court terme)

Cette analyse cependant est incapable d’expliquer les fluctuations d’une période particulière, celle de 1975-1982. Si dans l’ensemble ces courbes (et le modèle qui les sous-tend) peuvent formuler une histoire adéquate, il est intéressant de prendre en compte explicitement l’évolution du pétrole et du phosphate (par exemple) dans la décomposition des chocs agrégés.

La relation entre prix d'hydrocarbures et dépenses gouvernementales suggère un palier influant ensuite sur les chocs agrégés.

La relation entre prix d’hydrocarbures et dépenses gouvernementales suggère un palier influant ensuite sur les chocs agrégés.

On reprend l’évolution annuelle des prix du pétrole en comparaison avec celle des dépenses publiques, une relation qui suggère une certaine hétérogénéité dans la composante secteur public de la demande agrégée, notamment le poste budgétaire de la caisse de compensation.

Il semble ainsi que l’effet-offre dans la consommation publique soit plus important que dans sa composante de demande, avec des répercussions négatives sur les déterminants à long terme dans l’offre agrégée.

L’écart significatif (se chiffrant à une dizaine de points de PIB) entre chocs ‘purs’ d’offre et l’observation empirique de la production de biens et services peut ainsi être imputé à un ajustement inter-temporel en faveur d’effets de court-terme: le budget préfère par exemple une impulsion stabilisant la demande sur le court terme, plutôt que d’observer un certain degré de neutralité, ou de soutenir les secteurs capables d’engendrer une productivité additionnelle.

Il en résulte une situation assez particulière où les chocs de demande induits par la subvention de la consommation domestique ne débouchent pas sur une accélération de la vitesse de circulation de la monnaie, ou d’une croissance dans le niveau des prix. Cela est dû en contre-partie à la manière dont ces subventions sont injectées dans le circuit économique, qui a pour effet de pénaliser la productivité agrégée.

Mais revenons à la question initiale: l’indexation débouchera-t-elle vraiment sur une baisse d’activité – et donc du PIB? Très certainement: d’ailleurs, l’effet cumulé des chocs négatifs induits par cette décision et une mesure similaire annoncée l’année dernière prive la croissance du PIB d’un peu plus d’un point de croissance, et donc rend très peu probable la réalisation de l’objectif gouvernemental d’une croissance moyenne de 5.5% d’ici 2016.

L’intuition derrière cette réaction peut s’expliquer comme étant l’effet d’un ajustement dans les comportements des agents économiques, qui vont soit réduire leur capacité de production, soit leurs consommations, avec effets d’amplification et de transmission dans le circuit économique. La mesure d’un tel comportement peut ainsi être estimée par exemple par le degré de dépendance de l’économie marocaine aux sources d’énergie fossile (plus de 90% de la consommation d’énergie) ou de la capacité d’utilisation de l’appareil productif en fonction de l’intensité capitalistique de l’utilisation de ces sources d’énergie.

Subventions et Choix Publics

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on August 10, 2013

Pas de réforme anticipée pour la Caisse de Compensation. C’est ce qui me semble être le consensus issu du comportement des consommateurs et producteurs de notre économie.

En l’état, la justification de l’existence du système actuel de compensation est double: d’une part elle protège le pouvoir d’achat de tous les ménages, et d’autre part, elle sert de police d’assurance que le principal moteur de croissance de l’économie marocaine, la consommation finale des ménages, sera toujours prêt à assurer sa mission.

Or ces deux objectifs sont antinomiques avec d’autres paramètres que nos dirigeants doivent aussi prendre en compte: le pouvoir d’achat, tel qu’il est défini ne permet pas de prendre en compte les disparités créées ou exacerbées par une mauvaise distribution de ces subventions, et la vigueur de la consommation finale intérieure se fait au détriment de la position nette extérieure du Maroc, une faiblesse fatale pour notre économie.

Il y a cependant plus pernicieux que la logique sommes toutes comptable de ces choix contradictoires: tant que la crédibilité des plans de réforme de la caisse de compensation ne sera pas consacrée, les agents, ménages et producteurs, agiront toujours de la même sorte; pour les ménages, l’évolution permanente d’une croissance attendue se répercutera sur les décisions de consommation future, laquelle augmentera toujours à un rythme plus élevé que celui des revenus. A titre d’exemple, les disparités de niveaux de vies et les attentes subséquentes de la classe moyenne pour imiter les foyers les plus favorisés seraient des facteurs explicatifs quant au faible déclin de la propension agrégée de la consommation dans la production.

Ceci est particulièrement vrai pour la consommation en énergies fossiles: alors que le Maroc est un petit pays émergent non producteur de pétrole, notre dépendance aux produits dérivés d’hydrocarbures s’accroît ou se maintient à des niveaux nocifs, comme le montre le graphe ci-dessous:

Oil_GDP

Source: Banque Mondiale

Il est donc légitime de se poser la question: si effectivement la Caisse de Compensation existe pour stabiliser le niveau de vie des ménages, son maintien sans réformes structurelles n’a-t-il pas influé sur nos comportements de consommation et de production, factorisant un prix de production (ou de vente) assez faible pour neutraliser toute incitation à devenir plus économe, ou efficace en matière de consommation (finale ou intermédiaire) d’énergie.

La persistence de la baisse des prix d'énergie est un argument en faveur de l'amélioration de la productivité comme outil de réforme

La persistance de la baisse des prix d’énergie est un argument en faveur de l’amélioration de la productivité comme outil de réforme

Pour illustrer Cet argument, considérons le comportement des prix des biens énergétiques lorsqu’une innovation est brièvement introduite dans notre économie, une innovation qui permet à l’ensemble de l’appareil productif domestique de devenir plus efficace. Une hausse de productivité signifie une baisse du coût de production, y compris celui des biens énergétiques (ici représentés par des mesures d’utilisation des dérivés d’hydrocarbures) le mécanisme de compensation tel qu’il est appliqué actuellement agira aussi à la baisse, allégeant ainsi les finances publiques.

Le graphe ci-contre montre d’abord que l’argument initial est valide (la subvention altère les comportements des agents) et que la principale voie d’une réforme allant dans le sens d’une abolition de la Caisse de Compensation telle qu’elle existe actuellement est de pousser vers un renouvellement rapide de l’appareil productif vers une consommation intermédiaire plus efficace des intrants d’énergie. D’un autre côté, le même résultat donne une idée du manque d’incitations auprès des opérateurs bénéficiant de la subvention à exécuter cette recommandation: en effet, et si l’on suppose une indexation de la marge de cet opérateur sur la subvention reçue et le prix annoncé, une hausse de productivité, même temporaire, résulterait d’une baisse simultanée de cette marge. Ceci expliquerait pourquoi, si la Caisse de Compensation est coûteuse et socialement injuste, elle continue de perdurer; simplement, un nombre important d’agents en bénéficient, et une réforme allant dans le sens d’une réduction de ce bénéfice n’est pas souhaitable.

De Combien Dépend Réellement l’Economie Agricole de la Pluviométrie? 3/3

La question initiale de la dernière partie de ce blogpost reste ouverte. Néanmoins, une modélisation assez simple de l’économie domestique en trois grands secteurs (agricole moderne, agricole de subsistance et reste des activités non-agricoles) permet, sur la base des éléments évoqués dans les parties précédentes (et d’autres décrits plus loin ici même) permet de conclure, non seulement que la pluviométrie ne conditionne pas (ou plus) la croissance du PIB marocain, mais on se propose de décomposer la volatilité de chaque secteur en fonction de chocs propres:

e_PIB e_NAPIB e_Ag_Tradi e_Ag_Mod
PIB 99,12% 0,87% 0,00% 0,01%
NAPIB 96,12% 3,86% 0,00% 0,02%
Ag_Tradi 43,84% 3,85% 52,31% 0,01%
Ag_Mod 89,61% 2,09% 8,28% 0,02%
tfp_output 97,31% 2,63% 0,00% 0,06%
tfp_nonagri 86,29% 13,71% 0,00% 0,00%
tfp_agri_trad 2,58% 5,91% 91,51% 0,00%
tfp_agri_mod 60,52% 38,41% 0,05% 1,02%

Comment peut-on expliquer ces coefficients? il s’agit d’une décomposition des variations autour des moyennes enregistrées pour chaque agrégat: 99% de la variance du PIB est occasionné par des chocs agrégés propres, lesquels sont principalement importés (la version du modèle utilisé ici ne prend pas explicitement en compte le commerce extérieur, mais fait appel à des valeurs numériques similaires) ce qui nous intéresse ici sont les chiffres décomposant les volatilités de l’agriculture traditionnelle et celle moderne, respectivement 91.5% et 1.02% pour leurs chocs propres.

Une interprétation particulière serait donc d’imputer ces pourcentages aux aléas climatiques: on constate ainsi le découplage des deux secteurs agricoles, le moderne étant plus dépendant des chocs agrégés (potentiellement à travers sa vocation d’exportation) alors que l’agriculture traditionnelle, bien que partagée entre chocs agrégés (car pourvoyant à la consommation domestique d’une population assez importante) et choc sectoriel propre, reste très dépendante.

Ce tableau, à mon avis, donne une image assez claire des interactions entre sous-secteurs agricoles et PIB total, et donne des éléments de réponse à la question initiale: l’économie marocaine dans son ensemble dépend peu de la pluviométrie, et l’économie agricole est structurellement orientée pour fournir une croissance à deux vitesses, aux dépends de l’agriculture de subsistance.

On serait tenté d’anticiper des résultats positifs lors de la mise en place du Plan Maroc Vert: une aide au secteur agricole est une sorte de police d’assurance contre les effets négatifs des chocs exogènes (les aléas climatiques par exemple) de même qu’une diversification des sources de la variabilité de la production, un résultat désirable car réduisant la volatilité intrinsèque du PIB agricole, principal handicap du développement de celui-ici.

Cependant, et l’observateur peut aisément s’en rendre compte, l’aide au secteur agricole dans le PMV n’est pas généralisée, ou uniforme: les piliers I et II auront des impacts différents sur les deux secteurs, et on peut dès maintenant prédire une concentration croissante des moyens auprès du secteur moderne et agro-industriel. Ce n’est pas plus mal, mais comme nous le verrons plus loin, ce choix se traduit irrémédiablement par une destruction, en tout cas une stagnation des postes d’emploi agricole, alors même que la finalité d’un plan de développement est d’améliorer les conditions de vie de la population cible, notamment en créant suffisamment de croissance pour augmenter l’emploi ou le pérenniser.

Pour ce faire, on se propose de comparer l’impact d’un choc positif sectoriel sur la production agricole moderne à un choc sectoriel similaire, spécifique à l’agriculture de subsistance, et on retient deux agrégats supplémentaires: la capacité d’utilisation du capital et celle du travail (la création/destruction d’emplois)

IRF_AgriModRésultat 1: le secteur agro-industriel n’est pas créateur d’emplois. La raison en est principalement l’intensité capitalistique de son produit final; cela explique d’ailleurs les larges variations dans l’utilisation de capital physique. Quant aux répercussions anticipées sur la croissance du PIB, elles sont marginales, sinon négatives – du fait de la brusque augmentation d’utilisation de matériel et machines agricoles, la hausse de productivité se traduit par une légère baisse de la production totale.

Par conséquent, lorsque le PMV anticipe une croissance annuelle moyenne de 3% pour la prochaine décennie, on peut raisonnablement supposer que cette croissance sera alimentée non pas par une production accrue du secteur agricole moderne, mais parce que les agriculteurs modernes auront fait le choix d’investir plus dans les machines-outils et autres travaux de mécanisation. En ce qui concerne la création de 1.5 millions d’emplois, on observe bien qu’elle ne sera probablement pas portée par le secteur moderne. C’est d’autant plus paradoxal que l’un des objectifs affichés du Plan Maroc Vert est justement de développer un:

secteur [qui] joue un rôle déterminant dans les équilibres macro-économiques du pays. Il supporte une charge sociale importante, étant donné que les revenus de 80% des 14 millions de ruraux dépendent de l’agriculture.

Le Pilier I n’est pas pour ces 14 millions d’habitants ruraux.

Résultat 2: considérons maintenant l’impact d’un choc positif sur l’agriculture de subsistance. Le Pilier II du PMV (qui semble susciter l’enthousiasme de la Banque Mondiale d’ailleurs) est spécifiquement orienté vers les petits agriculteurs ou les coopératives, avec comme objectif de briser la dépendance à la pluviométrie, et à terme, combattre efficacement la pauvreté rurale. Le pilier social d’un plan technocratique, en quelque sorte.

IRF_AgriTradL’impact sur l’emploi est nul: il n’y aura pas d’augmentation d’utilisation du facteur travail, et ce malgré une plus grande dépendance à ce dernier dans les activités de subsistance. Cependant, on observera deux effets portant à un certain optimisme: la production agricole augmente pendant un certain temps, et bien que rapidement en déclin et accompagnée d’une sous-utilisation du capital disponible lors des premières périodes, la persistance de l’effet positif sur l’acquisition additionnelle de capital sur le long terme permet de donner des prédictions quantitatives à un raisonnement assez intuitif: lorsque l’opportunité d’augmentation de la production est réellement anticipée par le petit agriculteur, ce dernier commence d’abord par en consommer une partie – mais l’impact sur la consommation est assez marginal pour anticiper ensuite une transformation dans les habitudes de production, investissant ainsi graduellement dans le facteur capital.

Les deux graphes ont été réalisé sur la base d’un effet équitable sur les deux secteurs. Or les moyens alloués par le PMV sont disproportionnés, en faveur du secteur moderne; malgré tout, les effets générés restent les mêmes: en matière d’augmentation de la production et de persistance d’utilisation du capital, le secteur agricole traditionnel serait le bénéficiaire de mesures de développement, et le seul des deux à générer un résultat net: +.75% d’utilisation nette de capital contre -3.56% pour le secteur moderne, et un surplus net de croissance +1.6% contre -.48% respectivement pour l’agriculture de subsistance et l’agriculture moderne.

Mais le barème que se fixe le Plan Maroc Vert n’est toujours pas atteint: comment peut-on augmenter la demande de travail dans le secteur agricole? En une phrase: miser le tout sur le Pilier II, et lier la production à des activités d’exportations.

La solution préconisée suite aux résultats de ce modèle est d’orienter la production du secteur agricole traditionnel vers l’export: les chocs importés ont un impact agrégé d’une magnitude incomparable aux autres chocs domestiques et/ou sectoriels, et l’effet combiné de la corrélation marginale entre aléas climatiques et chocs exogènes globaux d’une part, et d’autre part la persistance de modernisation du secteur traditionnel permettent d’anticiper une création d’emplois (une piste à envisager serait d’attacher des chocs propres au marché du travail pour obtenir une décomposition plus fine des moteurs de variations dans l’emploi sectoriel)

Ces résultats permettent de fournir des éléments de réflexion mettant en doute le Big is Beautiful qui semble prévaloir dans l’exécution du PMV: les disparités des SAU des exploitations agricoles sont telles que les effets bénéfiques des fameux agrégateurs risquent de ne pas se réaliser, d’abord pour les raisons expliquées plus haut, mais aussi parce que ces grands agriculteurs ont leur propres intérêts à développer, et s’engager dans une relation de partenariat avec de petits exploitants est principalement un jeu à somme nulle. Dans ce sens, exiger au préalable une réforme agraire permettant d’équilibrer un tant soit peu la distribution de la taille des exploitations agricoles n’est pas forcément un fantasme radical, il y a bien un raisonnement économique productif derrière.