The Moorish Wanderer

Adieu Barberousse!

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on October 26, 2013

Malgré toutes ses tergiversations et le lent déclin inexorable de sa crédibilité, M. Boulif va me manquer. Il est désormais effectivement neutralisé, car il ne peut comme parlementaire servir de point d’ancrage au groupe parlementaire PJD, une contribution cruciale vu qu’au moins un membre de ce dernier semble perdu quant à l’évolution de l’investissement public. M. Boulif a aussi perdu de facto toute voix à gérer probablement le dossier le plus épineux des finances publiques. Ceci dit, il serait intéressant de comparer l’évolution des dépenses de compensation entre son passage au MAGG (Ministère des Affaires Générales et de Gouvernance) et la performance de son prédécesseur, M. Nizar Baraka.

La corrélation significative entre les deux agrégats est triviale, mais elle exhibe aussi un "effet de retard" qui pourrait être expliqué par la structure de la compensation elle-même.

La corrélation significative entre les deux agrégats est triviale, mais elle exhibe aussi un “effet de retard” qui pourrait être expliqué par la structure de la compensation elle-même.

La simple comparaison des deux courbes illustre le défaut du mécanisme pré-indexation – une volatilité excessive et en général à effet de retard lorsque le prix du pétrole varie significativement. En d’autres ternes, il est plus fréquent que la hausse de compensation soit plus élevée que celle du prix du pétrole, et une baisse du prix de ce dernier n’est pas répercutée par une baisse équivalente dans la dépense de compensation. Cela cependant est attendu, ne serait-ce que par les rigidités de prix précisément imposées par la règlementation des prix des dérivés d’hydrocarbures, ou de la structure monopolistique de la distribution de ces produits; Il est cependant intéressant de noter que le défaut principal de la caisse de compensation est l’excès de volatilité – ainsi que la relative lenteur de réaction- d’une dépense supposée agir en amortisseur aux chocs importés.

Peut-on cependant comparer l’évolution des dépenses de compensation entre le relativement bref mandat de M. Boulif avec une période analogue du mandat de M. Baraka? La série de graphe ci-dessous permet de comparer le prix du pétrole sur 20 mois pour les deux ministres délégués:

BoulifvsBaraka

Cette comparaison cependant ne peut conclure à une meilleure gestion de la part de M. Boulif, où la croissance moyenne de compensation a baissé de 40% entre Janvier 2012 et Septembre 2013. D’abord parce que le prix du pétrole ne s’est pas comporté de la même manière en 2007-2009 et 2012-2013, ensuite parce que les choix politiques de gestion de la caisse de compensation n’étaient pas similaires, une différence qu’il faut porter au crédit de M. Boulif, qui avait raison, en 2011, de fustiger le manque de volonté du MAGG à l’époque (dirigé par M. Baraka) à réformer la caisse de compensation.

Boulif_ScenariiPour résoudre le premier point, on se permet de ‘remplacer’ l’évolution du prix du pétrole de 2012-2013 par celle des années précédentes, tout en gardant l’estimation de l’effet-prix sur l’accroissement (ou la diminution) des dépenses de compensation, que l’on décrit sur le graphe ci-contre. Il s’avère ainsi que si effectivement le budget de compensation aurait continuer d’augmenter, la hausse enregistrée serait largement inférieure à celle observée durant la période équivalente sous M. Baraka.

Cette brève comparaison montre qu’à prix constants, et sur une même période, M. Boulif a eu plus d’impact sur la réduction de la tendance croissante des dépenses de compensation que son prédécesseur; on peut aussi déclarer que M. Baraka a eu un impact plus important lorsqu’il était ministre des finances, mais enfin, le résultat de leurs mandats respectifs au MAGG est assez clair pour déclarer que Boulif a obtenu des résultats meilleurs.

Cela d’ailleurs indique qu’une réforme similaire à celle proposée aujourd’hui (indexation ou retrait graduel de la compensation) ayant lieu en 2007 aurait pu économiser des ressources importantes, tout en donnant suffisamment de temps pour proposer une réforme structure en 2010-2011, au lieu de la panique en début 2011.

Dans tous les cas, M. Boulif aura certainement été une victime non méritée du dernier remaniement gouvernemental: s’il a effectivement échoué à réformer en profondeur la Caisse de Compensation (malgré les différentes déclarations optimistes en ce sens) sa performance a été significativement meilleure en comparaison avec celle de son prédécesseur, qui lui, se retrouve récompensé. Le monde est cruel pour les rouquins, y compris en politique.

 

La Dette, Un Mécanisme Infernal

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on August 23, 2012

ou qui risque de l’être si on en ignore le développement.

D’une manière générale, un gouvernement finance son budget en levant des taxes diverses, et en empruntant auprès des banques et des particuliers; la Trésorerie Générale du Royaume, le guichetier du gouvernement pour ainsi dire, n’est pas une exception à la règle.

Au delà du côté religieux délicat de l’emprunt et du prix de son loyer, l’intérêt, la dette publique est une sorte d’emprunt sur le futur; en fait, elle peut même être assimilée à un impôt: il est encaissé sur des revenus futurs, et sera ensuite restitué lorsque le terme de cette dette arrive à échéance. Et plus cette période est allongée sur le temps, c’est-à-dire, plus la maturité des Obligations du Trésor est longue, plus l’Etat est confortable dans sa gestion de la dette.

Source: Bulletin mensuel de statistiques des finances publiques – Juillet 2012

Lorsqu’on examine les dernières données disponibles sur l’état des finances publiques, on note que 95% de la dette publique contractée auprès d’agents domestiques (donc dette intérieure) a une maturité supérieure à 2 ans. Observons par exemple, que les dettes à très court terme -celles de 39 à 44 jours- sont remboursées durant l’année.

Ce genre d’emprunt relève plus de la gestion du besoin de financement, et les montants impliqués sont généralement peu élevés; un indice utile pour jauger la solidité des finances publiques et d’observer le volume de ces emprunts à court terme, en absolu (comparés au total des souscriptions) ou progression temporelle. Par exemple, le Bulletin mensuel de Juillet 2005 démontre que, pour un stock initial de dette à court terme, la cadence de remboursement imposait une réduction du stock de la dette. En 2005 donc, la Trésorerie notait un désendettement des finances publiques, en tout cas pour le financement immédiat. De plus, ces maturités représentaient près de 9% du stock de la dette publique domestique.

En comparant les données actuelles à celles d’il y a 7 ans, on observe que si la part du financement immédiat a été réduite de moitié, la cadence de souscription et de remboursement a augmenté sensiblement, ce qui traduit une certaine tension sur la gestion quotidienne, et que les euphémismes employés dans le bulletin cachent peu. Alarmiste? non. Préoccupé? Toujours.

Préoccupé car l’identité comptable qui conditionne les équilibres budgétaires est potentiellement mise à mal dans ses trois termes. Faisant l’économie (huhu) d’une explication abstraite, la progression de la dette vient en complément de la différence obtenue entre les recettes fiscales et les dépenses, ces dernières englobant le service de la dette et les autres dépenses (investissements, traitement des fonctionnaires, dépenses de matériel, et le déficit aussi) avec:

D_{t+1} = (1+r_{t,D})D_t + G_t - F_t

D_{t+1} est le stock futur de la dette (dans notre case t+1 sera 2013) D_t est le stock actuel (2012), et F, G respectivement les recettes fiscales (Taxes) et les dépenses autre que le service de la dette (Gouvernement). le terme d’apparence complexe, r_{t,D} est le taux d’intérêt, qui est fonction du temps et surtout du stock de dette actuelle.

Considérez l’analogie suivante: vous êtes client chez une banque, et vous avez déjà contracté des crédits pour de l’électroménager, une voiture, et un crédit immobilier. Vous souhaitez contracter un nouveau crédit pour une résidence secondaire. L’intérêt que la banque vous demandera pour ce nouveau crédit (si octroyé) prendre en considération votre stock de dette chez l’établissement en question. De même, la durée de remboursement de ce prêt aura un impact distinct sur le taux du crédit envisagé.

D’apparence simple, cette égalité est cependant très utile à comprendre les contraintes de la politique budgétaire: un gouvernement peut facilement céder à la tentation d’augmenter ses dépenses, et pour s’affranchir de la décision souvent impopulaire de financer (intégralement ou partiellement) ces dépenses par de nouveaux impôts, préfère recourir à l’emprunt. Est-ce une mauvaise chose que d’emprunter? Pas toujours. Et pour le Maroc, cela n’avait pas beaucoup d’incidence dans les années avant 2008.

Lorsqu’une économie est en expansion, la liquidité disponible chez les banques et les particuliers tend à s’accroître. C’était le cas du Maroc entre le début de 2002 et 2009, et dans ce cas de figure, l’endettement domestique était une solution pertinente pour absorber une partie de cette liquidité, et une politique convenable pour éviter ainsi des hausses d’impôt. Depuis 2008 cependant, l’accroissement de l’agrégat M3 -la mesure large de cette liquidité- commença à marquer le pas. Le Trésor se trouvait ainsi en concurrence directe avec des entreprises privées pour financer leurs activités respectives. Ce cas de figure, où la dette publique confisque une liquidité rare à son profit, est généralement appelé l’effet d’éviction.

Jusqu’à présent, l’évolution du stock de dette ne semble pas avoir d’incidence sur le taux d’intérêt exigé par les agents disposant de liquidités qu’ils souhaitent placer dans des obligations publiques. Les données publiées chez Bank Al Maghrib permettent de calculer une augmentation modérée de moins d’un pourcentage de point entre 2011 et 2012, et nous sommes loin, très loin des taux observés durant les années 1990.

‘C’est grave Docteur?’ non. Mais ce sont les effets de faiblesses structurelles qui menacent la stabilité budgétaire, et partant, celles de l’économie en entier. Example: à marée haute, les rochers ne représentent pas de danger pour les navires cabotant sur les côtes. Lorsque le niveau de mer baisse, ces rochers, soudainement très réels et visibles, deviennent de véritables écueils dangereux pour la navigation. Ces dangers, pour le Budget et le Trésor sont nombreux: pour n’en citer qu’un seul, le système fiscal actuel est compliqué (pour un pays émergent supposé attirer les flux d’investissements) mû par une logique administrative (je dirais même, bureaucratique) qui ne récompense pas l’activité économique productive. De plus, l’adage traditionnel de ‘baisser les taux, élargir l’assiette’ est allègrement ignoré. Le prochain post listera quelques chiffres sur qui paie quoi dans ce pays.

The Crushing Weight Of The Debt

Posted in Dismal Economics, Flash News, Moroccan Politics & Economics, Morocco by Zouhair ABH on September 25, 2011

… On future generations.

This statement has no ideological content when it comes to the debt minister Mezouar accumulated throughout his tenure. Or perhaps it does. In any case, Salaheddine Mezouar, a herald of smaller government and other trickle-down economics has failed to live up to his principles: he cut income taxes in 2008 – thus enervating public finances with some MAD 15Bn package gift to the richest households, and yet he obligingly expanded the compensation fund from 25 to 48Bn. He promises the IMF he is going to operate a 10% cut across the budget, but at the same time Makassib trumpets the recruitment of 71,000 civil servants and the increase of minimum wage.

Although Central Bank reserves have stood resilient, national debt goes back to early 1990s level, a period of stationary growth.

Now, it is to this country’s benefit to have conflicting views and heated debates on how to run an economy, but the constant flip-flopping on behalf of the bland finance minister just look ridiculous; as a matter of fact, his hesitancy and the apparent contradiction in his economic and fiscal policy only show that he cares only about his true constituency, one that has appointed him and to whom he is responsible. Not parliament, nor the electors who got his caucus some 68 seats during the last election.

But let us get back to the issue at hand: if not returning to his position, minister Mezouar will leave this country’s public finances in a worse shape than when he took over the finance ministry in 2007: the amount of national debt takes us back to the early 1990s, a time when economic growth barely sustained itself, a time of recession we still are paying for (the low growth observed after ending the structural adjustment program has put a strain on the cumulative wealth per capita, thus leaving us behind other emerging economies) and the taxpayer is likely to be still paying for it: while the efforts to keep the level of overall debt as low as possible are laudable, the package structure, so to speak, does not denote of similar shrewdness in public debt management: the ministry is taking on more debt in smaller instalments,  but fail to consider the implication of rising interest rates, thus making borrowings marginally more expensive, but markedly more expensive than they would have been a couple of years ago.

The consequence is, interest paid on debt service has picked up dramatically in less than two quarters from 12% late 2010 to 28% early 2011. The justification for this increasing reliance on debt is obvious: government policy sought to minimize likelihoods of social unrest, thus expanding subsidies on strategic goods. But then again, there is now a sizeable chunk of the public budget debt-funded, in a way that defies all financial orthodoxy the minister and his government said they were set on standing by.

Paid interest over service shoots up in less than 2 quarters to represent almost 1/3 of debt service

As a matter of fact, it looks as though minister Mezouar yielded to expediency over structural policies, and held forth to the most peripheral items of his politics: a refusal to end tax cuts to top income earners, and at the same time borrow money to keep the compensation fund afloat, both policies which deepen budget deficit and endanger the sustainability of government payroll and investments.

Total expenditure reached MAD 293Bn in 2011 for a MAD 54Bn total borrowing; that’s almost a fourth of expenditure financed by borrowings, where taxes would have done better. The claim here is taxpayers are better off paying stable taxes every year, instead of shouldering the interest on government debt. After all, every one of the 6.65 million households has, on average an outstanding debt of MAD 55,000 and annual instalments of MAD 3,650 including some 860 dirhams of debt. Incidentally, HCP standards considers the median monthly income of MAD 5308 to be a good indicator of Middle Class, and their income roughly equates the weight of debt on their finances, while they have to sustain a 6% annual drain on their gross income. That’s 3 basis points above Bank Al Maghrib main interest rates, 2 basis points above GDP growth and more alarmingly, more than 5 points above GNI growth in 2010. What does it tell about the government’s boasting it has improved standards of living, when its own fiscal and debt policy saddles households with an expensive debt? This is not a question of debt sustainability in terms of volume (after all, the MAD 55,000 stock debt has to be equated with households’ assets instead of annual income) but rather the cost at which this debt is bought, and the strain it puts on individuals’ finances.

National debt means every taxpayer is a collateral to the debt, commensurate to their income and wealth. But, taxation in Morocco is not equitable, nor is it progressive, especially since 2008 with the scrapping of the 42% marginal rate. To 50% of all households, debt on average 11% of their annual gross income, while for the top 10%, it represents less than 2% of their annual income. Again, debt stock and debt service puts a great deal of strain on the finances of the huge majority of Moroccan households: according to their income distribution, the bottom 10% contribution would pay for MAD 6Bn of service debt, while the top 10% contribute only MAD 500 Million. That means a household with an annual income of 21,800 dirhams would pays 9 times more than a household earning 186,000 per annum.

On a more macroeconomic tone, the level of stock debt is alarmingly going high, especially when compared to gross capital formation: sound economic policy suggests to compare total accumulated assets to the stock of debt (foreign and domestic) because it gives a good indicator on whether debt is managed properly. The evidence so far suggests otherwise: over the last two decades, the leverage ratio of total debt over domestic assets has gone down from 4:1 to 2:1. But, in the last two years, climbed 17% and basically wipe out any gains obtained between 2006 and 2010.

a bump of a dozen of bps in less than one year over specific terms is not good news.

The situation isn’t as black as I made out; first because growth is in line with the last 5 years-trend, foreign reserves are not in disarray (and as a matter of fact, we are doing pretty fine with MAD 173.3 Bn of foreign reserves) and debt-to-GDP ratio is at it lowest, certainly much lower than observed figures in the 1980s and early 1990s. But, and this are the early-warning signs of a pending debt crisis (with its cortège of budget cuts, austerity and social unrest) the interest paid on debt is increasing. The gross yield on domestic borrowings has gone up between 2009 and 2010 from 5.10% to 5.25% real yield on 5years treasury bills. Indeed, over longer terms, yield has increased from 2009 and 2010. No significant increases of course, but when considered over the course of only one year, and when these are most important on intermediate and medium terms, this means some policy is needed to address the frantic borrowings, and instead look for revenue enhancement. But then again, this is not minister Mezouar’s creed, he doesn’t believe wealthier individuals should contribute more in times of financial dire straits, or at least close up the obscene loopholes they directly benefit from, up to MAD 7.9Bn in the 2011 budget, that is more than a quarter of all tax cuts as priced in the budget law. So far, the trickle down economics doesn’t serve our government well.