The Moorish Wanderer

Pour l’Austerité Vertueuse

Posted in Dismal Economics, Flash News, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on December 31, 2013

Le Projet de Loi de Finances 2014 a consacré pour la première fois depuis les années 1990 des mesures que l’on peut considérer comme relevant d’une politique d’austérité enfin assumée. A part les objections valides sur l’échec à présenter une politique de consolidation équitable, il est difficile de préconiser autrement, dans un contexte d’essoufflement des politiques de relance et de détérioration de la position nette extérieure du Maroc.

Paradoxalement, les sources de la croissance économique sur la décennie passée sont à l’origine des problèmes actuels: depuis 2000, la consommation de biens importés domine systématiquement la production locale. L’immersion de plus en plus marquée du Maroc dans les flux d’échanges de biens et services, illustrée par les nombreux accords de libre-échange signés par le pays, en attestent. En un sens, il est normal d’anticiper par la suite un choix marqué chez les consommateurs vers les produits importés, plus variés, plus convenables, moins cher, et peut-être plus simplement, plus disponible.

XM_IRFCeci n’est pas particulièrement préoccupant, si ce n’est que notre capacité à fournir la consommation des ménages d’autres pays qui se dégrade sensiblement, et à côté, un déclin sensible dans la production industrielle locale: ceteris paribus, une augmentation mensuelle de 1% de la demande domestique pour les biens importés entraîne une détérioration de la production industrielle de 5.4%, bien plus que l’effet bénéfique sur une période analogue d’une demande extérieure, soit 4.7%, une différence due à la persistance plus longue du premier par rapport au second.

Plus simplement, le graphe montre l’arbitrage constant qui détermine notre compétitivité, et explique la source de nos problèmes: nos importations sont des concurrentes directes de la production industrielle domestique, et nous ne sommes plus assez compétitifs pour nous permettre le train de vie actuel.

La mention du déclin de l’appareil industriel n’est pas une nostalgie déplacée: les secteurs manufacturiers sont reconnus générer des opportunités d’emploi assez stables dans le temps, mais aussi, et peut-être plus important, de générer des effets d’apprentissage qui permettent de passer graduellement vers des technologies et des biens plus sophistiqués. En ce sens, l’ouverture du Maroc sur le monde a mis à nu la faible compétitivité de l’appareil industriel domestique, affaibli d’autant plus par le vigueur des importations de biens consommables. Qu’a fait le Maroc depuis les années 2000? De nombreuses politiques sectorielles ont été annoncées, puis appliquées. Le comportement de la production industrielle sur les vingt dernières années suggère un échec retentissant.

Quelle solution alors?

Durant les années 1990, la contribution du résidu de Solow, en clair l’effet-productivité dans la croissance du PIB a été négative, un signal qu’il y a eu un effet de “dés-apprentissage” dû à la désagrégation du système productif pré-crise lors des années 1980. “The Great Unlearning“, un papier passionnant sur les raisons potentielles du retard de l’Italie par rapport à d’autres pays de la zone Euro, comme la France ou l’Allemagne. Les conclusions des auteurs suggèrent l’inexistence d’incitations propres à motiver la force de travail comme étant une raison pertinente. Il est probable que des raisons additionnelles devraient être discutées, comme l’effet de la taxation sur le taux de participation de la population active sur le marché du travail.

Le principe d’une politique d’austérité vertueuse est basé sur l’arbitrage entre une croissance affaiblie sur le court et moyen terme, et l’amélioration des perspectives sur une période temporelle plus longue, en apurant l’économie dans son ensemble des comportements (et incitations) qui conduisent aux difficultés auxquelles nous faisons face actuellement. Cela signifie aussi prendre des décisions potentiellement impopulaires – encore que d’autres mesures d’austérité peuvent équilibrer le programme de consolidation en produisant des effets d’équité fiscale, par exemple. On se propose donc de comparer l’évolution de trois instruments de politique fiscale sur des agrégats d’intérêt.

I. Politique Fiscale:

sous certaines conditions, la taxe la moins “intrusive” à la disposition du gouvernement est l’instrument de la TVA (par abus de concept, toutes les taxes sur la consommation inscrites au BGE) car les ménages peuvent ajuster leurs habitudes de consommation sans grande incidence sur les fondamentaux économiques. A court terme, une augmentation permanente de la TVA peut pénaliser la croissance, particulièrement lorsque celle-ci devient tributaire de la consommation des ménages. Les conditions d’un effet-TVA vertueux résident dans l’adoption d’une taxe spécifique aux paniers de consommation plutôt que des catégories de biens; sur ce principe, une augmentation permanente revient à pénaliser le consommateur dans sa préférence pour les biens importés ou non échangeables, améliorant ainsi la position nette extérieure de l’économie dans son ensemble. D’autres résultats positifs sont représentés sur le graphe ci-dessous:

Réaction d'agrégats en pourcentage de déviation

Réaction d’agrégats en pourcentage de déviation (ex: réaction initiale de l’emploi à 5%)

Une augmentation permanente dans l’impôt sur la consommation (exprimée ici en taux de croissance) donne des résultats globalement positifs sur l’investissement privé, la position nette extérieure et l’emploi, pour la sphère privée, ainsi qu’un léger déclin dans la population en quête d’emploi. Le raisonnement derrière ces réactions se trouve principalement dans l’effet de substitution qu’exerce la TVA sur les habitudes de consommation, en faveur d’une épargne locale plus importante et donc des plans de production plus ambitieux. Cela revient aussi à réduire la dépendance de la consommation agrégée aux importations. L’effet à court-terme sur le déficit budgétaire est plus ambigu, puisqu’il s’améliore rapidement durant la première année, avant de se dégrader durant les années suivantes, un résultat lié au déclin irrémédiable sur le PIB.

Le choix derrière une augmentation régulière et permanente dans la taxe sur la consommation crée aussi deux mécanismes qui améliorent à long terme la compétitivité du Maroc: dans un premier temps, l’affaiblissement de la croissance du PIB (de l’ordre de près d’un point de croissance) est à mettre sur le compte de la consommation domestique, mais d’un autre côté, les termes de l’échange s’améliorent rapidement durant les premiers trimestres, et se stabilisent à un niveau légèrement supérieur aux performances initiales.

Des résultats similaires mais de magnitudes différentes sont obtenus lorsque le gouvernement décide d’affecter la pression fiscale sur les revenus ou en introduisant une réforme sur les cotisations sociales, sauf pour le chômage, où une nouvelle population devient demandeuse d’emploi – un des indicateurs préoccupants étant le taux d’activité, anormalement bas et recouvrant difficilement de la chute brutale enregistrée aux alentours de 2000. Il serait facile de succomber à la tentation de croire qu’une baisse du taux de chômage serait un bon indicateur, quand une proportion inquiétante de la population en âge de travailler décide (ou est contrainte) à rester en dehors du marché du travail.

II. Politique de Dépenses Gouvernementales

La décision prise en fin d’année d’annuler certaines dépenses d’investissement aura certainement un impact négatif sur la croissance, et les résultats d’études très exhaustives sur le sujet conclut à une mauvaise austérité que de décider d’une réduction, même temporaire, des programmes d’investissements publics, par le double effet qu’ils exercent sur les choix des agents privés et le manque à gagner en matière d’extension de l’appareil productif.

IRF_GIOn constate ainsi que pour une légère amélioration immédiate du déficit budgétaire, des effets négatifs plus importants ou plus persistants dans le temps sont observés sur l’emploi, les flux d’investissement privés (et d’investissements étrangers) s’en ressentent aussi. Il est donc impératif que toute politique de consolidation devrait éviter de céder à la tentation de la facilité de réduire le déficit budgétaire en réduisant son programme d’investissements dans les infrastructures publiques.

III. Contrôle des Dépenses de Fonctionnement

FoncPubL’effort consenti pour le programme de départ volontaire en 2005 a généré une certaine stabilité dans le poids de la masse salariale publique dans le PIB. Cet effet a cependant été rapidement effacé, ironiquement non pas par de nouveaux recrutements (parfois nécessaire pour pallier au départ définitif d’experts) mais par des valorisations importantes des traitements moyens – la masse salariale depuis 1990 a été tirée à seulement 40% par de nouveaux recrutements, et à 30% depuis 2006.

le contrôle des dépenses de fonctionnement revient donc à agir sur deux leviers pour réaliser une bonne politique d’austérité: adopter une approche de contrôle de recrutement – par exemple en annonçant une cible pluriannuelle de postes ouverts, ou présenter de nouvelles modalités de rémunérations qui mettent en ligne le traitement moyen avec les rémunérations offertes dans le reste de l’économie privée.

La dualité entre les deux rémunérations est préjudiciable à l’économie dans son ensemble: sur la période 1990-2012, le traitement moyen a augmenté en moyenne annuelle de 7%, bien plus que l’inflation moyenne de 3% ou encore la croissance réelle du PIB de 3.76% sur la même période. D’autres effets pervers sont à mettre au compte de cette généreuse rémunération:

– Les effets de distorsions sur le marché du travail créés par la disparité de rémunération entre secteurs privé et public entraîne une dépression des salaires privés, ainsi qu’une incitation soit à demander de préférence un emploi dans le secteur public, ou à rester en dehors du marché du travail, au sein de la population inactive mais en âge de travailler.

– La baisse du chômage qui peut suivre un effort de recrutement dans la fonction publique est très relative, et se dissipe très vite dans le temps, tout en créant une charge durable dans le temps, en termes de rémunération actuelle et future, ainsi que des questions de pension de retraites.

– Les distorsions sont plus importantes sur les revenus que sur le recrutement en lui-même, ce qui implique qu’un contrôle efficace et équitable des dépenses de fonctionnement passe d’abord par un gel (en termes réels) de la masse salariale, puis de l’imposition d’une limite sur les recrutements offerts dans la fonction publique. Une réduction forcée de la masse salariale en renvoyant des fonctionnaires, si elle peut servir d’outil de discipline quant aux prestations qu’offre la fonction publique, résulterait d’une augmentation excessive du chômage sans avantages immédiats particuliers.

Ces mesures restent tributaires à la crédibilité d’un programme de consolidation fiscale, mais elles doivent toujours être motivées par la nécessité de faire de l’appareil productif domestique un outil compétitif à l’international. La taille du Maroc ne lui permet certainement pas de se maintenir dans l’état actuel de fuite en avant.

Le Chômage, La Croissance.

Posted in Dismal Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on November 22, 2013

Je soulignais dans un post précédent la relation entre taux de chômage et volatilité du PIB, sans donner cependant d’histoire détaillée sur le lien entre les deux: certes, une volatilité faible de PIB suppose que les agents économiques sont plus confiants dans l’avenir, et en particulier pour le marché du travail, les contrats seront donc moins affectés par l’incertitude des évènements futurs, et donc suppose une réduction tendancielle du taux de chômage.

Comparaison Croissance PIB et Chômage. Sources: HCP, Banque Mondiale

Comparaison Croissance PIB et Chômage. Sources: HCP, Banque Mondiale

On compare donc l’évolution du taux de chômage à celle du PIB, et l’on remarque que si la relation est inverse, elle est tellement peu significative qu’elle ne peut être justifiée par un quelconque mécanisme économique: en effet, il n’est possible à cette relation d’expliquer que 3% de l’évolution historique du chômage, mais suppose que pour une croissance ‘optimale’ de 5%, le taux de chômage naturel (ou encore de plein emploi) serait proche des 6%.

Quels facteurs explicatifs peut-on alors invoquer pour expliquer l’évolution du chômage? Ou encore, comme expliquer la persistance de ce dernier en comparaison avec d’autres agrégats, notamment l’inflation? Dans le contexte d’une économie émergente comme le Maroc, trois effets candidats sont présentés et discutés: l’effet du progrès technique, l’évolution du taux de marge et les préférences des ménages.

Le progrès technique est souvent explicité comme un facteur important dans les fluctuations, mais l’effet considéré ici est le choc permanent de productivité; il est en effet établi que les chocs permanents sont autrement plus prépondérants dans les fluctuations d’une économie comme le Maroc. A première vue, l’effet d’un choc permanent de productivité est positif: l’économie dans son ensemble s’attend à une amélioration durable de sa productivité.

Ce n’est cependant pas le cas: lorsque les ménages et les entreprises anticipent une amélioration durable de la productivité agrégée, ils sont assurés (sous conditions de réalisation de cette tendance) d’un rendement croissant à leur travail ou à leur production. Le choix le plus logique est de baisser la production ou la quantité de travail offertes, puisque le même résultat sera obtenu pour un effort moindre. Tout se joue donc sur les croyances d’agents quant à l’évolution à long terme du progrès technique. Comme résultat, les ménages ajustent plus rapidement leurs plans de consommations que leurs revenus.

Qu’en est-il alors des effets de marge et des préférences de ménage? Il s’avère ainsi que plusieurs résultats assez contre-intuitifs qu’on discutera plus loin:

IRF_Table1) Le choc permanent a un effet négatif sur le PIB et la consommation: l’effet sur le second agrégat se vérifie dans les faits, la propension moyenne a consommer diminue dans le temps, quelque chose qu’une spécification sur un choc temporaire n’est pas capable de répliquer dans les niveaux observés.

2) Le taux de chômage ne baisse que marginalement avec le progrès permanent. Le raisonnement derrière est que le choc permanent affecte négativement d’autres agrégats qui conditionnement l’évolution du chômage. Cependant, le même mécanisme joue en défaveur de la quantité de travail offerte, avec une magnitude autrement plus importante. On a ainsi par exemple une bonne piste d’explication au déclin tendanciel du taux d’activité depuis la moitié des années 1990.

3) Le taux de chômage est positivement lié au processus décrivant l’évolution du taux de marge, lequel est un indicateur de pouvoir des entreprises sur la détermination des prix de leurs produits sur le marché domestique. Dans un contexte d’économie fermée, et en supposant une amélioration temporaire de leur pouvoir de marché (une concentration du nombre d’entreprises existantes, ou une législation en faveur des entreprises) résulte d’une dégradation du taux de chômage, mais pas d’amélioration substantielle du taux d’activité. Ce résultat nuance ainsi éventuellement des recommandations du type d’abolition du salaire minimum, ou encore de la constitution de Champions Nationaux si ceux-ci se focalisent sur le marché domestique.

4) D’un autre côté, un choc positif sur le taux de marge des entreprises affecte positivement la consommation; il y a ainsi un résultat néo-keynésien classique, où le taux de marge des entreprises est le moteur principal des programmes de stimulus fiscal, dont l’objectif final est de soutenir la demande agrégée. Or en comparaison l’effet du taux de marge sur la consommation et sur l’offre de travail, il s’avère ainsi qu’un programme de relance budgétaire ne débouche que sur une amélioration marginale du taux d’activité, et certainement une augmentation du chômage dans le temps.

5) Les chocs de préférences sont typiquement des changements temporaires dans les habitudes de consommation des ménages, par exemple un changement dans les allocations dans le panier de biens consommés; on constate ainsi qu’un changement dans les goûts de consommateurs augmentent la quantité de biens demandés. La diversité de biens augmente la quantité demandée. En lien avec l’observation faite quant à l’effet des chocs temporaires de productivité, il est tout à fait probable que la multiplication des biens offerts dans l’économie marocaine a contrecarré quelque peu la tendance à la baisse du pourcentage de la consommation dans la production agrégée.

En l’absolu, l’effet du progrès permanent est autrement plus important: la corrélation entre chocs permanents et taux de chômage est suffisamment importante pour considérer le lien comme significatif dans les données,  en tout cas pour la décomposition standard entre effets temporaire et permanent.

Corrélation Chômage Choc Perm. Choc Temp.
Chômage 1 -0,5025 -0,0697
Choc Perm. -0,5025 1 0,0874
Choc Temp. -0,0697 0,0874 1

La tendance à la hausse observée dès le début des années 2000 coïncide avec la baisse graduelle du taux de chômage, abstraction faite du taux de croissance enregistré sur la même période.

La réponse à la question qui a motivé ce post reste cependant incomplète; si l’on découvre que le taux de chômage significativement avec une anticipation de choc permanent de productivité, il est probablement plus compliqué de trouver le bon indicateur de ce choc permanent: s’agit-il d’un sentiment formé par les agents? s’agit-il d’une variable non observée qu’il faudrait  ensuite déduire?

L’autre résultat je crois assez important, est le lien entre le taux de marge et le chômage: il s’avère ainsi que la recette standard de relance, qui dépend d’un fort pouvoir de concurrence monopolistique chez les entreprises, est aussi potentiellement la cause d’une détérioration du chômage. Ceci permet ainsi de découpler les deux évènements, entre une politique budgétaire qui peut effectivement soutenir la demande agrégée, et une politique de soutien de l’emploi qui implique une dilution du pouvoir des entreprises à s’imposer sur les marchés de production et du travail.

Faut-il Privatiser?

Posted in Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard, Tiny bit of Politics by Zouhair ABH on November 12, 2013

La question principale posée par Omar dans son blogpost mérite réflexion et une discussion poussée: fallait-il privatiser Maroc Telecom?

On utilise souvent l’expression “vendre les bijoux de la famille” dans une référence péjorative au processus de privatisation; s’il est vrai que le Budget réduit son stock d’actif en vendant des établissements publics, il est improbable cependant de supposer que la valeur de l’actif serait similaire sous contrôle exclusivement public. En d’autres termes:

Est-ce que Maroc Telecom aurait pu atteindre son stade de développement actuel s’il était resté dans le giron des entreprises publiques?

Une question que l’on peut reformuler de cette manière: La privatisation d’actifs publics au profit d’opérateurs étrangers est-elle bénéfique pour l’économie?

IDE_PrivDans l’absolu, l’attraction d’investissements étrangers est certainement bénéfique pour la croissance: l’effet isolé des investissements directs étrangers (IDE) contribue à hauteur d’une moyenne annuelle de 40 points de base de croissance au PIB, avec des effets cumulatifs à robuste persistance. Cependant les effets sont d’intensités différentes pour les opérations de privatisation. Ceci est d’autant plus important que celles-ci ont un impact important sur les IDE. Il apparaît ainsi que les opérations de privatisation encouragent les investissements étrangers vers des actifs privés, un effet de levier qui peut aussi agir en défaveur des flux de capitaux si le gouvernement décide de re-nationaliser, ne serait-ce que temporairement, des actifs anciennement sous contrôle étatique.

Vendre les actifs publics revient donc à faire un troc, entre le rendement actuel d’établissements publics plus ou moins bien gérés, et l’effet multiplicateur de cet actif privatisé au bénéfice d’un investisseur étranger. Reste à savoir si cet effet vertueux anticipé se réalise effectivement, et si les résultats en recettes budgétaires (entre autres) sont comparables.

Le prix à payer pour la cession d’actifs publics est probablement le flux de dividendes, dans ce cas les parts détenues par Vivendi (ou désormais ETC) soit une moyenne de 6 Milliards de dirhams. Ne serait-il pas possible de nationaliser IAM et utiliser les dividendes générés pour financer une partie assez substantielle du déficit budgétaire. Cette stratégie à court terme génèrera les ressources nécessaires, mais seulement à court terme; en effet, il est supposé que l’actif nationalisé sera tout aussi performant.

On se propose donc de comparer les dividendes versés sur la période 2001-2012, aux effets macroéconomiques des IDEs, qui en serait l’effet bénéfique attendu.

IRF_DividendesS’il est vrai que l’accroissement des dividendes versés par Maroc Telecom dépasse les effets agrégés des IDE, on doit noter la persistance de ceux-ci dans le temps. Les dividendes répondent à une tension stratégique entre les associés et les dirigeants (IAM n’est pas une exception en ce sens) et donc obéissent à une logique différente de la simple analyse des effets d’entrainement des investissements étrangers. Ces mêmes interactions déterminent le prix de privatisation, ainsi que le pourcentage de capital cédé au contrôle privé étranger ou domestique. L’observation d’Omar quant aux conditions de négociation est particulièrement pertinente à la lumière du changement structurel dans les habitudes de comportement des ménages consommateurs de services mobiles offerts par IAM et ses concurrents dans le secteur de télécommunications: les dépenses des ménages en services de communications ont augmenté substantiellement entre 1998 et 2007, et tout porte à croire que cette évolution n’aurait pas eu lieu si IAM était encore dans le giron public.Il est possible aussi de supposer qu’une émission supplémentaire de licences à de nouveaux opérateurs télécom est une autre bonne politique publique qui bénéficie au consommateur et à l’économie dans son ensemble.

La persistance même des effets agrégés permet donc de répondre “non” à la question initialement posée: le développement de Maroc Telecom n’a été possible que par sa privatisation, et qui plus est par un opérateur étranger. Ceci n’évacue pas la question de la valorisation de la transaction en 2001, ni le transfert graduel de la majorité d’actions aux dépends de la propriété publique.

Le puzzle de la privatisation est plus complexe qu’il n’y paraît: pour des raisons de consistance en politique publique, un gouvernement élu ou non ne peut pas se permettre de privatiser, puis re-nationaliser des actifs autrefois publics; les bénéfices d’une telle mesure sont très limités dans le temps, et l’autorité publique aura beaucoup de mal à restaurer la confiance en ses prochaines annonces de cession d’actifs publics.

Pangloss Budgétaire

Posted in Dismal Economics, Flash News, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on November 7, 2013

Le Budget de l’Etat est aujourd’hui au Maroc le cadre déterminant de la vie économique, sociale et politique.

La récente chronique de Larbi Jaïdi m’a interpellé à plus d’un titre, et certaines assertions m’ont inspiré un petit exercice de fact-checking, l’occasion de confronter des lieux communs de cet économiste aux données empiriques.

L’argument sous-jacent de cette importance centrale du Budget semble se placer dans le rôle que jouerait l’investissement public dans la croissance du PIB. Or une brève comparaison de l’évolution des investissements public et privés sur le long terme, comme représentée sur le graphe ci-dessous:

FBCF_Pub_Priv

Le graphe à gauche montre que l’évolution de l’investissement public a décliné en pourcentage de la FBCF totale depuis les quarante dernières années, qui passe de 34% en 1970, à moins de 20% en 2011. Le graphe à gauche illustre un résultat plus intéressant: l’évolution sur le long terme des parts respectives des deux types d’investissement suggère un effet de substitution qui contredit la thèse avancée par M. Jaïdi, en l’occurrence qu’il existe un arbitrage dans les choix d’investissement. L’idée est que si l’investissement public est une bonne dépense publique, il y a un rendement social au delà duquel les ressources affectées sont ponctionnées sur les choix d’investissement privé, un document récent du FMI (p.10) représente très bien d’ailleurs cet effet d’éviction.

Pourtant, ce n’est pas en ce sens que M. Jaïdi présente les choix de politique gouvernementale, en effet, il note:

La configuration du projet de budget révèle que les choix du gouvernement sont partagés entre sa préférence pour un faible déficit public et sa crainte d’une trop faible croissance avec des taux de chômage élevés et le risque d’aggravation des tensions sociales.

Soit deux aspects particuliers de l’effet de dépenses budgétaires sur la croissance du PIB. L’idée d’un arbitrage entre politique d’austérité et indicateurs sociaux est fallacieuse: l’évolution du déficit budgétaire et celle du taux de chômage sont plutôt positivement corrélées, et la notion même d’un lien entre croissance économique et évolution du chômage est hautement hypothétique. Si la corrélation n’indique pas forcément de lien causal, l’argument présenté dans la chronique n’est pas vérifié dans les données.

IRF_Gouvt_MA ce sujet, il a été en effet mention du multiplicateur fiscal, encore que le lien avec la situation actuelle du Maroc soit plus ambigu que M. Jaïdi ne laisse entendre: la définition donnée par le FMI dans sa littérature suppose un effet étalé dans le temps, et concerne principalement de larges économies comme la zone Euro, le Japon ou les Etats-Unis – mais aussi pour des pays émergents de taille similaire, dans un papier passionnant de Blanchard début 2013. Le cas du Maroc est autrement plus compliqué, où le multiplicateur fiscal n’est pas aussi élevé qu’on pense; le graphe ci-contre illustre la fonction de réaction de la croissance du PIB à un choc budgétaire, dont l’effet initial est rapidement absorbé par le PIB et converge rapidement vers le niveau initial.

L’hypothèse probable que fait M. Jaïdi dans sa chronique pour la période 2014 est que la présente faiblesse de la croissance en 2013 est purement conjoncturelle, ou en tout cas due à des chocs exogènes du type de ceux expérimentés en 2008-2009. Or les présentes difficultés sont rarement le fait de malchance, et le rôle activiste de l’Etat, à travers ses dépenses fiscales, n’a fait qu’orienter les ressources disponibles vers des secteurs avantagés; prétendre qu’une relance budgétaire est nécessaire pour parer au manque à gagner en points de croissance n’a que peu de sens.

Au contraire, un argument pareil ne fait que mettre en exergue l’inanité de la croissance des dépenses d’administration publiques depuis la décennie passée. Cela montre aussi les limites d’une logique expansionniste: les chocs ne sont pas supposés gouverner la politique budgétaire, d’autant plus que leurs effets diminuent rapidement dans le temps. Il est ainsi bien possible de proposer un argument opposé à celui de la chronique, en l’occurrence:

Lorsque la conjoncture est en ralentissement, le secteur privé (ménages et entreprises) est souvent réticent à consommer et à investir.

La réticence du secteur privé à investir (la consommation est assez robuste en l’état) serait due à l’effet d’éviction exercé par la croissance du secteur public dans le PIB.

Le problème du raisonnement déroulé par M. Jaïdi dans sa chronique est probablement lié à la définition même du multiplicateur fiscal, lequel n’est pas l’effet vertueux d’une intervention publique, mais plutôt l’effet d’une structure de concurrence monopolistique de l’économie, dans laquelle une intervention publique est nécessaire pour relancer la demande agrégée.

L’effet multiplicateur est dans ce cas lié au pouvoir de monopole exercé par chaque entreprise sur son bien/secteur, et la dépense gouvernementale est une sorte de garantie du profit anticipé que l’entreprise récoltera de sa demande localisée boostée par cette relance budgétaire. Or ce cas de figure ne peut s’appliquer en l’état au Maroc, principalement parce que cette intervention publique est à l’origine de la contre-performance dans la croissance.

Assainir sans brimer la croissance revient ici à assainir pour une croissance future plus robuste et équilibrée.

Adieu Barberousse!

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on October 26, 2013

Malgré toutes ses tergiversations et le lent déclin inexorable de sa crédibilité, M. Boulif va me manquer. Il est désormais effectivement neutralisé, car il ne peut comme parlementaire servir de point d’ancrage au groupe parlementaire PJD, une contribution cruciale vu qu’au moins un membre de ce dernier semble perdu quant à l’évolution de l’investissement public. M. Boulif a aussi perdu de facto toute voix à gérer probablement le dossier le plus épineux des finances publiques. Ceci dit, il serait intéressant de comparer l’évolution des dépenses de compensation entre son passage au MAGG (Ministère des Affaires Générales et de Gouvernance) et la performance de son prédécesseur, M. Nizar Baraka.

La corrélation significative entre les deux agrégats est triviale, mais elle exhibe aussi un "effet de retard" qui pourrait être expliqué par la structure de la compensation elle-même.

La corrélation significative entre les deux agrégats est triviale, mais elle exhibe aussi un “effet de retard” qui pourrait être expliqué par la structure de la compensation elle-même.

La simple comparaison des deux courbes illustre le défaut du mécanisme pré-indexation – une volatilité excessive et en général à effet de retard lorsque le prix du pétrole varie significativement. En d’autres ternes, il est plus fréquent que la hausse de compensation soit plus élevée que celle du prix du pétrole, et une baisse du prix de ce dernier n’est pas répercutée par une baisse équivalente dans la dépense de compensation. Cela cependant est attendu, ne serait-ce que par les rigidités de prix précisément imposées par la règlementation des prix des dérivés d’hydrocarbures, ou de la structure monopolistique de la distribution de ces produits; Il est cependant intéressant de noter que le défaut principal de la caisse de compensation est l’excès de volatilité – ainsi que la relative lenteur de réaction- d’une dépense supposée agir en amortisseur aux chocs importés.

Peut-on cependant comparer l’évolution des dépenses de compensation entre le relativement bref mandat de M. Boulif avec une période analogue du mandat de M. Baraka? La série de graphe ci-dessous permet de comparer le prix du pétrole sur 20 mois pour les deux ministres délégués:

BoulifvsBaraka

Cette comparaison cependant ne peut conclure à une meilleure gestion de la part de M. Boulif, où la croissance moyenne de compensation a baissé de 40% entre Janvier 2012 et Septembre 2013. D’abord parce que le prix du pétrole ne s’est pas comporté de la même manière en 2007-2009 et 2012-2013, ensuite parce que les choix politiques de gestion de la caisse de compensation n’étaient pas similaires, une différence qu’il faut porter au crédit de M. Boulif, qui avait raison, en 2011, de fustiger le manque de volonté du MAGG à l’époque (dirigé par M. Baraka) à réformer la caisse de compensation.

Boulif_ScenariiPour résoudre le premier point, on se permet de ‘remplacer’ l’évolution du prix du pétrole de 2012-2013 par celle des années précédentes, tout en gardant l’estimation de l’effet-prix sur l’accroissement (ou la diminution) des dépenses de compensation, que l’on décrit sur le graphe ci-contre. Il s’avère ainsi que si effectivement le budget de compensation aurait continuer d’augmenter, la hausse enregistrée serait largement inférieure à celle observée durant la période équivalente sous M. Baraka.

Cette brève comparaison montre qu’à prix constants, et sur une même période, M. Boulif a eu plus d’impact sur la réduction de la tendance croissante des dépenses de compensation que son prédécesseur; on peut aussi déclarer que M. Baraka a eu un impact plus important lorsqu’il était ministre des finances, mais enfin, le résultat de leurs mandats respectifs au MAGG est assez clair pour déclarer que Boulif a obtenu des résultats meilleurs.

Cela d’ailleurs indique qu’une réforme similaire à celle proposée aujourd’hui (indexation ou retrait graduel de la compensation) ayant lieu en 2007 aurait pu économiser des ressources importantes, tout en donnant suffisamment de temps pour proposer une réforme structure en 2010-2011, au lieu de la panique en début 2011.

Dans tous les cas, M. Boulif aura certainement été une victime non méritée du dernier remaniement gouvernemental: s’il a effectivement échoué à réformer en profondeur la Caisse de Compensation (malgré les différentes déclarations optimistes en ce sens) sa performance a été significativement meilleure en comparaison avec celle de son prédécesseur, qui lui, se retrouve récompensé. Le monde est cruel pour les rouquins, y compris en politique.