The Moorish Wanderer

Pour l’Austerité Vertueuse

Posted in Dismal Economics, Flash News, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on December 31, 2013

Le Projet de Loi de Finances 2014 a consacré pour la première fois depuis les années 1990 des mesures que l’on peut considérer comme relevant d’une politique d’austérité enfin assumée. A part les objections valides sur l’échec à présenter une politique de consolidation équitable, il est difficile de préconiser autrement, dans un contexte d’essoufflement des politiques de relance et de détérioration de la position nette extérieure du Maroc.

Paradoxalement, les sources de la croissance économique sur la décennie passée sont à l’origine des problèmes actuels: depuis 2000, la consommation de biens importés domine systématiquement la production locale. L’immersion de plus en plus marquée du Maroc dans les flux d’échanges de biens et services, illustrée par les nombreux accords de libre-échange signés par le pays, en attestent. En un sens, il est normal d’anticiper par la suite un choix marqué chez les consommateurs vers les produits importés, plus variés, plus convenables, moins cher, et peut-être plus simplement, plus disponible.

XM_IRFCeci n’est pas particulièrement préoccupant, si ce n’est que notre capacité à fournir la consommation des ménages d’autres pays qui se dégrade sensiblement, et à côté, un déclin sensible dans la production industrielle locale: ceteris paribus, une augmentation mensuelle de 1% de la demande domestique pour les biens importés entraîne une détérioration de la production industrielle de 5.4%, bien plus que l’effet bénéfique sur une période analogue d’une demande extérieure, soit 4.7%, une différence due à la persistance plus longue du premier par rapport au second.

Plus simplement, le graphe montre l’arbitrage constant qui détermine notre compétitivité, et explique la source de nos problèmes: nos importations sont des concurrentes directes de la production industrielle domestique, et nous ne sommes plus assez compétitifs pour nous permettre le train de vie actuel.

La mention du déclin de l’appareil industriel n’est pas une nostalgie déplacée: les secteurs manufacturiers sont reconnus générer des opportunités d’emploi assez stables dans le temps, mais aussi, et peut-être plus important, de générer des effets d’apprentissage qui permettent de passer graduellement vers des technologies et des biens plus sophistiqués. En ce sens, l’ouverture du Maroc sur le monde a mis à nu la faible compétitivité de l’appareil industriel domestique, affaibli d’autant plus par le vigueur des importations de biens consommables. Qu’a fait le Maroc depuis les années 2000? De nombreuses politiques sectorielles ont été annoncées, puis appliquées. Le comportement de la production industrielle sur les vingt dernières années suggère un échec retentissant.

Quelle solution alors?

Durant les années 1990, la contribution du résidu de Solow, en clair l’effet-productivité dans la croissance du PIB a été négative, un signal qu’il y a eu un effet de “dés-apprentissage” dû à la désagrégation du système productif pré-crise lors des années 1980. “The Great Unlearning“, un papier passionnant sur les raisons potentielles du retard de l’Italie par rapport à d’autres pays de la zone Euro, comme la France ou l’Allemagne. Les conclusions des auteurs suggèrent l’inexistence d’incitations propres à motiver la force de travail comme étant une raison pertinente. Il est probable que des raisons additionnelles devraient être discutées, comme l’effet de la taxation sur le taux de participation de la population active sur le marché du travail.

Le principe d’une politique d’austérité vertueuse est basé sur l’arbitrage entre une croissance affaiblie sur le court et moyen terme, et l’amélioration des perspectives sur une période temporelle plus longue, en apurant l’économie dans son ensemble des comportements (et incitations) qui conduisent aux difficultés auxquelles nous faisons face actuellement. Cela signifie aussi prendre des décisions potentiellement impopulaires – encore que d’autres mesures d’austérité peuvent équilibrer le programme de consolidation en produisant des effets d’équité fiscale, par exemple. On se propose donc de comparer l’évolution de trois instruments de politique fiscale sur des agrégats d’intérêt.

I. Politique Fiscale:

sous certaines conditions, la taxe la moins “intrusive” à la disposition du gouvernement est l’instrument de la TVA (par abus de concept, toutes les taxes sur la consommation inscrites au BGE) car les ménages peuvent ajuster leurs habitudes de consommation sans grande incidence sur les fondamentaux économiques. A court terme, une augmentation permanente de la TVA peut pénaliser la croissance, particulièrement lorsque celle-ci devient tributaire de la consommation des ménages. Les conditions d’un effet-TVA vertueux résident dans l’adoption d’une taxe spécifique aux paniers de consommation plutôt que des catégories de biens; sur ce principe, une augmentation permanente revient à pénaliser le consommateur dans sa préférence pour les biens importés ou non échangeables, améliorant ainsi la position nette extérieure de l’économie dans son ensemble. D’autres résultats positifs sont représentés sur le graphe ci-dessous:

Réaction d'agrégats en pourcentage de déviation

Réaction d’agrégats en pourcentage de déviation (ex: réaction initiale de l’emploi à 5%)

Une augmentation permanente dans l’impôt sur la consommation (exprimée ici en taux de croissance) donne des résultats globalement positifs sur l’investissement privé, la position nette extérieure et l’emploi, pour la sphère privée, ainsi qu’un léger déclin dans la population en quête d’emploi. Le raisonnement derrière ces réactions se trouve principalement dans l’effet de substitution qu’exerce la TVA sur les habitudes de consommation, en faveur d’une épargne locale plus importante et donc des plans de production plus ambitieux. Cela revient aussi à réduire la dépendance de la consommation agrégée aux importations. L’effet à court-terme sur le déficit budgétaire est plus ambigu, puisqu’il s’améliore rapidement durant la première année, avant de se dégrader durant les années suivantes, un résultat lié au déclin irrémédiable sur le PIB.

Le choix derrière une augmentation régulière et permanente dans la taxe sur la consommation crée aussi deux mécanismes qui améliorent à long terme la compétitivité du Maroc: dans un premier temps, l’affaiblissement de la croissance du PIB (de l’ordre de près d’un point de croissance) est à mettre sur le compte de la consommation domestique, mais d’un autre côté, les termes de l’échange s’améliorent rapidement durant les premiers trimestres, et se stabilisent à un niveau légèrement supérieur aux performances initiales.

Des résultats similaires mais de magnitudes différentes sont obtenus lorsque le gouvernement décide d’affecter la pression fiscale sur les revenus ou en introduisant une réforme sur les cotisations sociales, sauf pour le chômage, où une nouvelle population devient demandeuse d’emploi – un des indicateurs préoccupants étant le taux d’activité, anormalement bas et recouvrant difficilement de la chute brutale enregistrée aux alentours de 2000. Il serait facile de succomber à la tentation de croire qu’une baisse du taux de chômage serait un bon indicateur, quand une proportion inquiétante de la population en âge de travailler décide (ou est contrainte) à rester en dehors du marché du travail.

II. Politique de Dépenses Gouvernementales

La décision prise en fin d’année d’annuler certaines dépenses d’investissement aura certainement un impact négatif sur la croissance, et les résultats d’études très exhaustives sur le sujet conclut à une mauvaise austérité que de décider d’une réduction, même temporaire, des programmes d’investissements publics, par le double effet qu’ils exercent sur les choix des agents privés et le manque à gagner en matière d’extension de l’appareil productif.

IRF_GIOn constate ainsi que pour une légère amélioration immédiate du déficit budgétaire, des effets négatifs plus importants ou plus persistants dans le temps sont observés sur l’emploi, les flux d’investissement privés (et d’investissements étrangers) s’en ressentent aussi. Il est donc impératif que toute politique de consolidation devrait éviter de céder à la tentation de la facilité de réduire le déficit budgétaire en réduisant son programme d’investissements dans les infrastructures publiques.

III. Contrôle des Dépenses de Fonctionnement

FoncPubL’effort consenti pour le programme de départ volontaire en 2005 a généré une certaine stabilité dans le poids de la masse salariale publique dans le PIB. Cet effet a cependant été rapidement effacé, ironiquement non pas par de nouveaux recrutements (parfois nécessaire pour pallier au départ définitif d’experts) mais par des valorisations importantes des traitements moyens – la masse salariale depuis 1990 a été tirée à seulement 40% par de nouveaux recrutements, et à 30% depuis 2006.

le contrôle des dépenses de fonctionnement revient donc à agir sur deux leviers pour réaliser une bonne politique d’austérité: adopter une approche de contrôle de recrutement – par exemple en annonçant une cible pluriannuelle de postes ouverts, ou présenter de nouvelles modalités de rémunérations qui mettent en ligne le traitement moyen avec les rémunérations offertes dans le reste de l’économie privée.

La dualité entre les deux rémunérations est préjudiciable à l’économie dans son ensemble: sur la période 1990-2012, le traitement moyen a augmenté en moyenne annuelle de 7%, bien plus que l’inflation moyenne de 3% ou encore la croissance réelle du PIB de 3.76% sur la même période. D’autres effets pervers sont à mettre au compte de cette généreuse rémunération:

– Les effets de distorsions sur le marché du travail créés par la disparité de rémunération entre secteurs privé et public entraîne une dépression des salaires privés, ainsi qu’une incitation soit à demander de préférence un emploi dans le secteur public, ou à rester en dehors du marché du travail, au sein de la population inactive mais en âge de travailler.

– La baisse du chômage qui peut suivre un effort de recrutement dans la fonction publique est très relative, et se dissipe très vite dans le temps, tout en créant une charge durable dans le temps, en termes de rémunération actuelle et future, ainsi que des questions de pension de retraites.

– Les distorsions sont plus importantes sur les revenus que sur le recrutement en lui-même, ce qui implique qu’un contrôle efficace et équitable des dépenses de fonctionnement passe d’abord par un gel (en termes réels) de la masse salariale, puis de l’imposition d’une limite sur les recrutements offerts dans la fonction publique. Une réduction forcée de la masse salariale en renvoyant des fonctionnaires, si elle peut servir d’outil de discipline quant aux prestations qu’offre la fonction publique, résulterait d’une augmentation excessive du chômage sans avantages immédiats particuliers.

Ces mesures restent tributaires à la crédibilité d’un programme de consolidation fiscale, mais elles doivent toujours être motivées par la nécessité de faire de l’appareil productif domestique un outil compétitif à l’international. La taille du Maroc ne lui permet certainement pas de se maintenir dans l’état actuel de fuite en avant.

Pangloss Budgétaire

Posted in Dismal Economics, Flash News, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on November 7, 2013

Le Budget de l’Etat est aujourd’hui au Maroc le cadre déterminant de la vie économique, sociale et politique.

La récente chronique de Larbi Jaïdi m’a interpellé à plus d’un titre, et certaines assertions m’ont inspiré un petit exercice de fact-checking, l’occasion de confronter des lieux communs de cet économiste aux données empiriques.

L’argument sous-jacent de cette importance centrale du Budget semble se placer dans le rôle que jouerait l’investissement public dans la croissance du PIB. Or une brève comparaison de l’évolution des investissements public et privés sur le long terme, comme représentée sur le graphe ci-dessous:

FBCF_Pub_Priv

Le graphe à gauche montre que l’évolution de l’investissement public a décliné en pourcentage de la FBCF totale depuis les quarante dernières années, qui passe de 34% en 1970, à moins de 20% en 2011. Le graphe à gauche illustre un résultat plus intéressant: l’évolution sur le long terme des parts respectives des deux types d’investissement suggère un effet de substitution qui contredit la thèse avancée par M. Jaïdi, en l’occurrence qu’il existe un arbitrage dans les choix d’investissement. L’idée est que si l’investissement public est une bonne dépense publique, il y a un rendement social au delà duquel les ressources affectées sont ponctionnées sur les choix d’investissement privé, un document récent du FMI (p.10) représente très bien d’ailleurs cet effet d’éviction.

Pourtant, ce n’est pas en ce sens que M. Jaïdi présente les choix de politique gouvernementale, en effet, il note:

La configuration du projet de budget révèle que les choix du gouvernement sont partagés entre sa préférence pour un faible déficit public et sa crainte d’une trop faible croissance avec des taux de chômage élevés et le risque d’aggravation des tensions sociales.

Soit deux aspects particuliers de l’effet de dépenses budgétaires sur la croissance du PIB. L’idée d’un arbitrage entre politique d’austérité et indicateurs sociaux est fallacieuse: l’évolution du déficit budgétaire et celle du taux de chômage sont plutôt positivement corrélées, et la notion même d’un lien entre croissance économique et évolution du chômage est hautement hypothétique. Si la corrélation n’indique pas forcément de lien causal, l’argument présenté dans la chronique n’est pas vérifié dans les données.

IRF_Gouvt_MA ce sujet, il a été en effet mention du multiplicateur fiscal, encore que le lien avec la situation actuelle du Maroc soit plus ambigu que M. Jaïdi ne laisse entendre: la définition donnée par le FMI dans sa littérature suppose un effet étalé dans le temps, et concerne principalement de larges économies comme la zone Euro, le Japon ou les Etats-Unis – mais aussi pour des pays émergents de taille similaire, dans un papier passionnant de Blanchard début 2013. Le cas du Maroc est autrement plus compliqué, où le multiplicateur fiscal n’est pas aussi élevé qu’on pense; le graphe ci-contre illustre la fonction de réaction de la croissance du PIB à un choc budgétaire, dont l’effet initial est rapidement absorbé par le PIB et converge rapidement vers le niveau initial.

L’hypothèse probable que fait M. Jaïdi dans sa chronique pour la période 2014 est que la présente faiblesse de la croissance en 2013 est purement conjoncturelle, ou en tout cas due à des chocs exogènes du type de ceux expérimentés en 2008-2009. Or les présentes difficultés sont rarement le fait de malchance, et le rôle activiste de l’Etat, à travers ses dépenses fiscales, n’a fait qu’orienter les ressources disponibles vers des secteurs avantagés; prétendre qu’une relance budgétaire est nécessaire pour parer au manque à gagner en points de croissance n’a que peu de sens.

Au contraire, un argument pareil ne fait que mettre en exergue l’inanité de la croissance des dépenses d’administration publiques depuis la décennie passée. Cela montre aussi les limites d’une logique expansionniste: les chocs ne sont pas supposés gouverner la politique budgétaire, d’autant plus que leurs effets diminuent rapidement dans le temps. Il est ainsi bien possible de proposer un argument opposé à celui de la chronique, en l’occurrence:

Lorsque la conjoncture est en ralentissement, le secteur privé (ménages et entreprises) est souvent réticent à consommer et à investir.

La réticence du secteur privé à investir (la consommation est assez robuste en l’état) serait due à l’effet d’éviction exercé par la croissance du secteur public dans le PIB.

Le problème du raisonnement déroulé par M. Jaïdi dans sa chronique est probablement lié à la définition même du multiplicateur fiscal, lequel n’est pas l’effet vertueux d’une intervention publique, mais plutôt l’effet d’une structure de concurrence monopolistique de l’économie, dans laquelle une intervention publique est nécessaire pour relancer la demande agrégée.

L’effet multiplicateur est dans ce cas lié au pouvoir de monopole exercé par chaque entreprise sur son bien/secteur, et la dépense gouvernementale est une sorte de garantie du profit anticipé que l’entreprise récoltera de sa demande localisée boostée par cette relance budgétaire. Or ce cas de figure ne peut s’appliquer en l’état au Maroc, principalement parce que cette intervention publique est à l’origine de la contre-performance dans la croissance.

Assainir sans brimer la croissance revient ici à assainir pour une croissance future plus robuste et équilibrée.

Reinhart et Rogoff, Made in Morocco

Posted in Dismal Economics, Flash News, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on May 2, 2013

Ainsi donc une erreur sur Excel peut invalider un résultat tellement brandi par les adeptes de politiques d’austérité, généralement dans les pays de l’OCDE, et particulièrement en Union Européenne et aux États-Unis. Dans ces derniers, Monsieur Conservatisme Fiscal, président de la commission du budget au Congrès Américain, Paul Ryan, a fait un usage extensif des résultats obtenus dans Reinhart & Rogoff pour justifier ses propositions  budgétaires (encore que les coupes budgétaires proposées semblent se compenser par des levées de dette encore plus importantes) Et on cite dans le papier des deux économistes:

[…] Our main result is that whereas the link between growth and debt seems relatively weak at “normal” debt levels, median growth rates for countries with public debt over roughly 90 percent of GDP are about one percent lower than otherwise; average (mean) growth rates are several percents lower.

Qu’en est-il du Maroc? Y a-t-il vraiment un seuil de dette publique au-delà duquel la croissance serait handicapée? Un seul graphe, un seul chiffre: 51.62% de dette publique est le niveau maximum, au-delà, la croissance moyenne observée est en déclin (le niveau maximum étant très proche de la croissance potentielle, dans ce cas là 4.84%).

à partir de 51% de dette rapportée au PIB, la croissance aura tendance à s'affaiblir. Le graphe illustre la notion d'une rapport optimal dette publique/croissace

à partir de 51% de dette rapportée au PIB, la croissance aura tendance à s’affaiblir. Le graphe illustre la notion d’un rapport optimal dette publique/croissance (respectivement 51% et 4.8%)

Bien que cette formulation soit assez simple, elle permet d’expliquer entre 51% et 49% des variations de croissance du PIB, ce qui est déjà assez pour une relation directe. En clair, la croissance moyenne est presque deux fois plus stable (et marginalement plus élevée) lorsque la dette publique est basse (inférieure au niveau maximal calculé plus haut)

D’après les dernières statistiques du Ministère des Finances (fin 2012), nous serions donc à 57% de dette publique totale. Tic Toc.

Edit Geek:

L’estimation se fait sur la base de l’équation suivante: y_t = \alpha_1 d_t + \alpha_2 d_t^2 dont les résultats d’estimation sont présentés ci-dessous. Pour déterminer le niveau optimal de dette, il suffit d’annuler la dérivée de y_t (croissance PIB) par rapport à la dette  d_t et calculer -\dfrac{\alpha_1}{2 \alpha_2}

      Source |       SS       df       MS
-------------+------------------------------         Number of obs =        51
       Model |  .094989066     2  .047494533         R-squared     =    0.5158
    Residual |  .089167343    49  .001819742         Adj R-squared =    0.4960
-------------+------------------------------         Root MSE      =  .0426584
       Total |  .184156409    51   .00361091         Res. dev.     = -179.0706
------------------------------------------------------------------------------
         gdp |      Coef.   Std. Err.      t    P>|t|     [95% Conf. Interval]
-------------+----------------------------------------------------------------
     /alpha1 |   .1877365   .0431111     4.35   0.000     .1011014    .2743716
     /alpha2 |  -.1818302   .0609435    -2.98   0.004    -.3043007   -.0593596
------------------------------------------------------------------------------

L’Austérité Ninja

Posted in Flash News, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on November 30, 2012

Un budget d’austérité? Peut-être bien. Les hausses d’impôts insérées lors du débat précédant le vote à la Chambre des Représentants n’ont pas été contre-balancées par des réductions d’impôts au profit des classes moyennes, ce qui signifie peut-être que ces ressources additionnelles n’ont pas été levées pour atteindre un certain objectif d’équité sociale ou fiscale (pour cela, il fallait chercher du côté des 36 Milliards de dépenses fiscales par exemple) mais simplement pour éviter un déficit primaire qui serait très dommageable à la “ligne officielle”: l’économie est robuste, les finances publiques aussi.

Ce que les médias semblent par contre oublier de mettre en relief (mais il faut bien leur pardonner, n’est-ce-pas) ce sont les réductions insérées dans les budgets de plusieurs départements ministériels. Certes, le montant total des dépenses de fonctionnement des ministères a augmenté de 11.5 Milliards de dirhams en une année (soit une augmentation d’un peu moins de 6%, en termes réels – pour une diminution des dépenses d’investissement de 230 Millions de dirhams) mais certains ministères ont réduit leurs dépenses de personnel ou de matériel, un montant économisé de près de 1.03 Milliards de dirhams. Un montant négligeable comparé à la hausse annuelle, encore plus marginal comparé au budget général, mais observons la répartition de ces réductions; trois ministères notamment en concentrent 92.7%:

MINISTERE DE L'EDUCATION NATIONALE.............627.250.000dhs
MINISTERE DE LA SANTE..........................230.237.000dhs
MINISTERE DE L'EMPLOI ET FP.....................99.850.000dhs

En termes absolus, les budget respectifs de ces ministères ont augmenté, mais très peu, que ce soit en comparaison avec l’augmentation moyenne, ou en termes réels (c’est-à-dire en prenant en compte l’inflation, ou l’inflation-spécifique au besoin pourvu par le département)

* Le Budget agrégé du Ministère de l’Education Nationale et de l’Enseignement Supérieur a augmenté de 2.52% entre 2012 et 2013, donc virtuellement gelé en termes réels pour le niveau d’inflation, et une réduction réelle du budget de 1.65% par rapport au niveau de l’inflation spécifique aux dépenses d’éducation – soit 600 Millions de dirhams (ce sont les étudiants de l’UESCE-UX qui ne seront pas contents…)

* le Budget du Ministère de la Santé au augmenté de 2.85% – une augmentation réelle de moins de 2% à 1.5%.

* Le Budget du Ministère des Transports a diminué aussi bien en termes nominaux et réels: -.38% (soit 3 Millions de dirhams) et en termes réels, c’est une réduction annuelle de 5.6%.

Le contribuable sera peut-être rassuré par l’augmentation du Budget de la Justice et des départements annexes (juridictions financières, mission inter-ministérielle des Droits de l’Homme, etc.)  ou encore du Budget de la Défense Nationale, lequel représente 18% de l’augmentation nette des dépenses ministérielles agrégés.

D’un autre côté, cette “austérité” est peut être le résultat de mesures d’économie. Il est cependant très difficile de justifier des réductions de dépenses (réelles ou nominales) dans certains départements dits sociaux, alors que d’autres ministères profitent d’augmentations substantielles de leurs budgets respectifs. Les mesures d’austérité, ou d’économie sont en général calculées afin de minimiser le coût social généré par la détérioration de la qualité du service public . Cela ne semble pas le cas.

(Note: les Budgets pour 2012 et 2013 sont récupérables ici)

L’Autisme Economique

(dont je souffre. Après tout, l’enfer n’est pas les autres, n’est ce pas?)

Un grand pote me tire les oreilles pour mes blogposts trop pompeux et (in)consciemment abscons. Et il a sûrement raison: introduire une formulation mathématique, ou même raisonner sur la base de concepts parfois abstraits n’en facilite pas moins la compréhension d’un sujet d’avance complexe. Le dernier blogpost est un exemple: d’apparence, rien de plus simple que l’évolution du taux moyen pondéré de différentes maturités des bons du trésor, et pourtant, l’idée que  je cherche à défendre est complexe. Mais, le conseil de ce pote est précieux: je m’en vais donc l’appliquer sur quelques posts, histoire de vérifier, hein.

Voyez-vous, je souhaite juste éviter de me retrouver dans la peau du berger qui criait au loup: la crise, les années 1980s et le programme d’ajustement structurel sont tellement liés dans l’inconscient de l’opinion publique -en tout cas de sa population cybernétique- qu’il est difficile d’adopter une attitude prudente, pas alarmiste mais pas rassurante non plus.

Voyez-vous, je suis un acculturé économique: je m’intéresse de près au crêpage de chignon académique en ce moment entre Paul Krugman, Naill Ferguson et Brad DeLong à propos d’un article du deuxième sur NewsWeek, où il fait état d’une étude du CBO rattaché au congrès sur l’impact de la réforme du système de santé fédéral (Affordable Care Act) Attention, le débat porte sur une interprétation de ce rapport, ce qui reste au final un détail presque minime, mais pour Krugman et DeLong du moins, c’était une erreur inacceptable pour un académique que Ferguson avait commise.

Dans le contexte domestique, c’est comme si Driss Benali et Najib Akesbi avait pris à partie Adil Douiri quant à sa prescription de dévaluer le Dirham: trois économistes reconnus se chamaillant sur des nombres est pour moi le summum du débat public de qualité, car il génère ensuite discussions contigües, essentiellement dans la blogosphère. Serait-ce trop demander?

Pas grave.

Il y a un sujet simple sur lequel nos passions et nos logorrhées peuvent se porter, et pour lequel une calculatrice et une connaissance basique des principes de comptabilité suffisent; Vous vous rappelez qu’il y a quelques semaines, le Maroc a bénéficié d’une ligne de crédit de précaution délivrée par le FMI (Fond Monétaire International) ce n’est pas à proprement parler un prêt -pensez crédit d’achat d’une maison- mais plutôt une rallonge -pensez possibilité de découvert, ou facilité de caisse. En contrepartie, la délégation gouvernementale marocaine devait donner quelques idées à elle pour équilibrer ses finances publiques, et relancer la croissance.

Dans ce document, quelques chiffres nouveaux ont filtré, surtout ceux concernant le déficit public. Le gouvernement s’y déclarait prêt à réduire le déficit de 6.9% en 2011, à 6.1% en 2012 5.3% en 2013. Réduire le déficit et le ramener sous la barre des 3% d’ici 2016 est toujours une bonne chose (pour plusieurs raisons, surtout d’ordre économique) mais le résultat attendu dépend beaucoup du type de réformes engagées:

The fiscal deficit is also expected to decline by about 0.8 pp in 2012 to 6.1 percent of GDP, to 5.3 percent in 2013, and to less
than 3 percent by 2017, largely on account of a significant reduction in subsidy outlays.

Pour avoir une idée de la taille du déficit projeté pour les prochaines années, il nous faut d’abord prévoir la croissance du PIB d’ici 2016: le déficit passerait de 48Mds en 2012, à 27Mds en 2016, sur une base hypothétique de croissance économique moyenne de 4.3% entre 2013 et 2016. C’est donc une économie annuelle nette de 20 Milliards de dirhams que le gouvernement promet au FMI (mais pas à nous, citoyens-contribuables) de réaliser.

20 Milliards annuels, cela correspond à réduire de moitié (ou près de 40%, suivant les méthodes de calcul) les dépenses de la caisse de compensation. Quand on pense que la mesure de lever partiellement la subvention sur le prix à la pompe de l’essence et du gasoil s’est traduit par un affaiblissement de la demande intérieure présente et future, et dont le seul résultat positif a été la réduction de 2 points des dépenses de la compensation comparées à l’année dernière, on se dit que soit cet objectif est irréalisable, soit -et c’est plus probable- le gouvernement compte trouver ces 20 Milliards dans d’autres postes du Budget.