The Moorish Wanderer

2016 et plus tard

Posted in Intikhabates-Elections, Moroccan Politics & Economics, Moroccanology, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on November 18, 2013

Il est impoli de faire des pronostics sur les perspectives du PJD à se maintenir comme parti de gouvernement alors que le premier mandat de M. Benkirane n’est pas encore bouclé. Pourtant, il est plus intéressant, à mon avis, de revoir radicalement l’échelle du temps politique au Maroc: nous avons eu depuis 1956 près de 31 gouvernements, soit une moyenne de 22 mois, ce qui n’implique pas forcément un changement du chef de l’exécutif, mais plutôt un remaniement de l’équipe gouvernementale. A noter que le gouvernement Benkirane I a réalisé une performance sensiblement proche de cette moyenne. D’un autre côté, les 17 chefs de gouvernements qui se sont succédés depuis M. M’barek Bekkaï, se sont maintenus au pouvoir pendant 34 mois, ce qui implique donc qu’ils avaient en moyenne un seul remaniement à leur actif.

Ces statistiques très descriptives ne peuvent, en l’état, augurer de la performance future de M. Benkirane et de son parti d’ici 2016 et au-delà. Elles sont cependant très utiles à calculer ses chances à se maintenir personnellement au pouvoir, et ensuite la probabilité que le PJD pérennise son nouveau statut de parti du gouvernement.

Le graphe ci-dessous est un illustration des chances de survie d’un chef du gouvernement donné, sur la base des performances passées:

KapMei_CdG

Le graphe ce lit comme suit: à partir du 29ème mois en poste, le chef de l’exécutif en place a 50% de chances à se maintenir en fonction pour les mois prochains.

En l’absolu, la baisse de la probabilité de maintien au pouvoir est triviale, plus le temps passe, plus les politiciens au pouvoir deviennent impopulaires, tout est question de la vitesse à laquelle l’enthousiasme initial (de l’électorat ou du sélectorat) qui les porte au pouvoir décline dans le temps.

Il s’avère ainsi que la probabilité de maintien au pouvoir décline rapidement au cours des 20 premiers mois, ce qui correspond à la pression du remaniement dont on a noté la fréquence similaire plus haut. Cette probabilité de survie ensuite plafonne aux alentours de 38-32%, et décline ensuite pour s’approcher rapidement de zéro.

Quels sont alors les chances de maintien de M. Benkirane d’ici 2016? En l’état, elles sont très faibles, de l’ordre de 22% à 16%, avec une borne optimiste de 50%. Or cette prédiction est très imprécise car elle ne rend pas compte des caractéristiques propres du Chef de Gouvernement actuel, ou du parti-leader qui soutient son gouvernement.

On se propose donc de comparer les fonctions de survie des chefs de gouvernement, selon leur identité partisane (Chef de l’exécutif en vertu de leur appartenance à un parti politique ou non) l’identité du parti politique si c’est le cas, et l’expérience gouvernementale passée de ce parti. Il s’avère ainsi que les résultats sont plus complexes qu’anticipés:

KapMei_subplot

Ce qu’on peut résumer dans le tableau ci-dessous:

Evènement Probabilité Prob. PJD Erreur P Erreur P PJD
Benkirane ’16 21,82% 37,50% 9,57% 28,64%
Un Seul Mandat 89,09% 62,50% 7,26% 28,64%
Victoire ’16 25,00% 50,00% 21,65% 35,36%

A noter que l’évènement “Benkirane 2016” est simplement: “Victoire du Chef de Gouvernement Sortant”.

1/ On remarque que les Chefs de Gouvernements “partisans” ont une durée de vie supérieure à leurs homologues “Technocrates”, ce qui laisse penser que M. Benkirane, et ses potentiels successeurs partisans, membres ou chefs des partis victorieux à la suite d’élections législatives, peuvent anticiper une durée de vie au pouvoir supérieure à la moyenne présenté dans le premier graphe, et par rapport à des personnalités sans attaches politiques. Par exemple, M. Benkirane a plus de chances de se voir reconduire (un évènement conditionné à la victoire de son parti) en 2016,  que M. Jettou après les élections de 2007 ou même le doyen des Premiers Ministres du Maroc, M. Karim Lamrani. Mais M. Benkirane est désavantagé par rapport à M. Osman, qui lui concilie d’autres qualités qui améliorent ses chances de survie circa 1972.

2/ La qualité “insurgé partisan” du PJD lui gagne un délai supplémentaire de survie quelques mois après une deuxième victoire hypothétique: les partis considérés membres de l’Establishment (RNI, UC, dans une moindre mesure l’Istiqlal en tant que membre de la Koutla historique) ont tendance à s’affaiblir très vite, parfois avant la fin du mandat électoral théorique. L’USFP est un contre-exemple particulier, car 2002 offrait bien à M. Youssoufi une coalition majoritaire théorique, mais les dissensions internes ont empêché la réalisation d’un évènement attendu, celui d’un maintien de l’USFP comme parti initialement insurgé ou d’opposition (mais en passe de faire partie de l’Establishment)

3/ La grande spéculation qui concernait le PAM comme parti leader en 2012 (avant le 2 Février 2011) ne se vérifie pas dans les chances de survie d’une personnalité PAM comme Premier Ministre ou Chef de Gouvernement: ce dernier par ses caractéristiques propres observerait une dégradation très rapide des chances de maintien au pouvoir. D’un point de vue tactique, et si l’on admet la “théorie du fusible”, il est plus intéressant d’avoir des partis anciennement contestataires au pouvoir, car ils durent plus longtemps, et le PJD a toutes les chances pour durer au moins autant que l’USFP circa 1997, avec l’avantage dont dispose M. Benkirane, mais pas M. Youssoufi: un groupe parlementaire assez large et des règles de formation de majorité favorables.

Qu’en est-il alors de la probabilité de se retrouver à faire un seul mandat? Si la probabilité de réalisation de cet évènement semble à priori élevée, elle est à mettre en perspective avec la précision d’une telle prédiction d’évènement. Ainsi, les chances du PJD à se retrouver avec un seul mandat en 2016, en plus d’être moins élevée que les chances d’un Chef de Gouvernement générique (une différence faiblement significative, à noter) sont beaucoup moins précises, ce qui implique que d’autres éléments déterminant les caractéristiques de la durée de passage au pouvoir, comme les conditions économiques, ou la taille de la coalition gouvernementale.

Ce qui est clair, c’est que la victoire en 2016 du PJD, avec ou sans augmentation du nombre de sièges au Parlement implique un remaniement à la tête de l’exécutif et du leadership du Parti. Cela veut dire que M. Benkirane doit raisonnablement tabler sur un terme et demi avant d’annoncer son retrait.

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