The Moorish Wanderer

Pangloss Budgétaire

Posted in Dismal Economics, Flash News, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on November 7, 2013

Le Budget de l’Etat est aujourd’hui au Maroc le cadre déterminant de la vie économique, sociale et politique.

La récente chronique de Larbi Jaïdi m’a interpellé à plus d’un titre, et certaines assertions m’ont inspiré un petit exercice de fact-checking, l’occasion de confronter des lieux communs de cet économiste aux données empiriques.

L’argument sous-jacent de cette importance centrale du Budget semble se placer dans le rôle que jouerait l’investissement public dans la croissance du PIB. Or une brève comparaison de l’évolution des investissements public et privés sur le long terme, comme représentée sur le graphe ci-dessous:

FBCF_Pub_Priv

Le graphe à gauche montre que l’évolution de l’investissement public a décliné en pourcentage de la FBCF totale depuis les quarante dernières années, qui passe de 34% en 1970, à moins de 20% en 2011. Le graphe à gauche illustre un résultat plus intéressant: l’évolution sur le long terme des parts respectives des deux types d’investissement suggère un effet de substitution qui contredit la thèse avancée par M. Jaïdi, en l’occurrence qu’il existe un arbitrage dans les choix d’investissement. L’idée est que si l’investissement public est une bonne dépense publique, il y a un rendement social au delà duquel les ressources affectées sont ponctionnées sur les choix d’investissement privé, un document récent du FMI (p.10) représente très bien d’ailleurs cet effet d’éviction.

Pourtant, ce n’est pas en ce sens que M. Jaïdi présente les choix de politique gouvernementale, en effet, il note:

La configuration du projet de budget révèle que les choix du gouvernement sont partagés entre sa préférence pour un faible déficit public et sa crainte d’une trop faible croissance avec des taux de chômage élevés et le risque d’aggravation des tensions sociales.

Soit deux aspects particuliers de l’effet de dépenses budgétaires sur la croissance du PIB. L’idée d’un arbitrage entre politique d’austérité et indicateurs sociaux est fallacieuse: l’évolution du déficit budgétaire et celle du taux de chômage sont plutôt positivement corrélées, et la notion même d’un lien entre croissance économique et évolution du chômage est hautement hypothétique. Si la corrélation n’indique pas forcément de lien causal, l’argument présenté dans la chronique n’est pas vérifié dans les données.

IRF_Gouvt_MA ce sujet, il a été en effet mention du multiplicateur fiscal, encore que le lien avec la situation actuelle du Maroc soit plus ambigu que M. Jaïdi ne laisse entendre: la définition donnée par le FMI dans sa littérature suppose un effet étalé dans le temps, et concerne principalement de larges économies comme la zone Euro, le Japon ou les Etats-Unis – mais aussi pour des pays émergents de taille similaire, dans un papier passionnant de Blanchard début 2013. Le cas du Maroc est autrement plus compliqué, où le multiplicateur fiscal n’est pas aussi élevé qu’on pense; le graphe ci-contre illustre la fonction de réaction de la croissance du PIB à un choc budgétaire, dont l’effet initial est rapidement absorbé par le PIB et converge rapidement vers le niveau initial.

L’hypothèse probable que fait M. Jaïdi dans sa chronique pour la période 2014 est que la présente faiblesse de la croissance en 2013 est purement conjoncturelle, ou en tout cas due à des chocs exogènes du type de ceux expérimentés en 2008-2009. Or les présentes difficultés sont rarement le fait de malchance, et le rôle activiste de l’Etat, à travers ses dépenses fiscales, n’a fait qu’orienter les ressources disponibles vers des secteurs avantagés; prétendre qu’une relance budgétaire est nécessaire pour parer au manque à gagner en points de croissance n’a que peu de sens.

Au contraire, un argument pareil ne fait que mettre en exergue l’inanité de la croissance des dépenses d’administration publiques depuis la décennie passée. Cela montre aussi les limites d’une logique expansionniste: les chocs ne sont pas supposés gouverner la politique budgétaire, d’autant plus que leurs effets diminuent rapidement dans le temps. Il est ainsi bien possible de proposer un argument opposé à celui de la chronique, en l’occurrence:

Lorsque la conjoncture est en ralentissement, le secteur privé (ménages et entreprises) est souvent réticent à consommer et à investir.

La réticence du secteur privé à investir (la consommation est assez robuste en l’état) serait due à l’effet d’éviction exercé par la croissance du secteur public dans le PIB.

Le problème du raisonnement déroulé par M. Jaïdi dans sa chronique est probablement lié à la définition même du multiplicateur fiscal, lequel n’est pas l’effet vertueux d’une intervention publique, mais plutôt l’effet d’une structure de concurrence monopolistique de l’économie, dans laquelle une intervention publique est nécessaire pour relancer la demande agrégée.

L’effet multiplicateur est dans ce cas lié au pouvoir de monopole exercé par chaque entreprise sur son bien/secteur, et la dépense gouvernementale est une sorte de garantie du profit anticipé que l’entreprise récoltera de sa demande localisée boostée par cette relance budgétaire. Or ce cas de figure ne peut s’appliquer en l’état au Maroc, principalement parce que cette intervention publique est à l’origine de la contre-performance dans la croissance.

Assainir sans brimer la croissance revient ici à assainir pour une croissance future plus robuste et équilibrée.

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