The Moorish Wanderer

Le Faux Débat.

Posted in Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on November 28, 2013

L’intervention d’Abdellah Laroui pour défendre l’option arabisante contre les propositions de M. Ayouch, et le débat actuel sur les moyens d’améliorer la qualité de l’enseignement au Maroc, en particulier. Mon observation limitée au monde virtuel (mais j’imagine que les supports papiers s’y prêtent aussi) m’oblige à conclure que nous nous sommes cruellement fourvoyés dans l’ordre des priorités.

Ou peut-être que ce n’est une erreur; peut être qui ni le Conseil Supérieur d’Education, ni les différents intervenants publics, ni les syndicats, ni probablement le MEN ne sont concernés par le bien-être de nos chers élèves et étudiants, mais plutôt s’intéressent à marquer des points politiques, ou défendre des concepts obsolètes qui semblent curieusement transcender les frontières et les loyautés partisanes. Je ne peux pas comprendre qu’un débat sur l’éducation, l’une des principales dépenses du secteur public et probablement le sujet qui préoccuperait une majorité des ménages marocains, ne puisse faire part de la nature déprimante des chiffres, en l’occurrence d’indicateurs plus fouillés que ceux fréquemment portés comme des preuves de succès des politiques éducatives depuis l’indépendance.

J’évoquais dans un post précédent que l’origine de nos problèmes en matière de politique éducative n’était pas financière: le Maroc alloue une fraction similaire de son revenu national en comparaison avec des pays à revenus plus élevés et plus avancés. Ceci dit, il est indéniable que le Maroc a réalisé de bons résultats sur différents indicateurs, notamment le taux d’inscription des écoliers dans l’enseignement primaire.

Les pourcentages supérieurs à 1 dénotent de classes d'âges différentes inscrites dans le cursus primaire.

Les pourcentages supérieurs à 1 dénotent de classes d’âges différentes inscrites dans le cursus primaire.

Le graphe ci-dessous montre que le Maroc a réussi à rattraper son retard par rapport à deux groupes de pays similaires (soit en langue dominante, soit en niveau de revenus) et ce malgré l’inflexion observée durant les années 1980, une amélioration qui permet même de combler le déficit des années précédentes. Cette évolution positive est particulièrement bénéfique pour la population féminine; en 1971, pour 1000 garçons d’une classe d’âge correspondante inscrits en école primaire, il n’y avait que 546 filles inscrites. En 2012, la parité est virtuellement atteinte. Il est d’ailleurs à noter que le Maroc a validé les ODM d’éducation primaire avec des résultats très honorables. On peut conclure donc sans grand risque d’erreur que l’enseignement primaire comme service public, est quasi-universel dans notre pays.

Et pourtant, les chances de passage au niveau suivant (du primaire au secondaire, puis du secondaire au supérieur) sont extrêmement basses, même si dans l’absolu les chances de réussite s’améliorent depuis le début des années 1980. On a ainsi une première preuve de la nature très discriminante de notre système d’éducation: sur 100 écoliers débutant leur cursus scolaire, seuls 8 seront capables de passer le Baccalauréat et se faire admettre dans l’enseignement supérieur. Un taux potentiel de déperdition de plus de 90% devrait, à mon avis, interpeller beaucoup plus que la question linguistique.

Ceci pour dire que les différents choix qui ont gouverné les politiques éducatives depuis les années 1980 ont produit des résultats qui ont certes augmenté la taille initiale de la population instruite, mais sans critère particulier pour la qualité des enseignements. Si l’indicateur de la probabilité de passage au niveau d’instruction supérieur est une première étape pour se convaincre que nous nous trompons de sujet de débat, la seconde étape souhaite discuter dans le détail certains résultats dérivés d’une étude très complète, qui a l’avantage de standardiser les modalités de contrôle des connaissances, et donc de proposer des comparaisons pertinentes entre pays.

La référence de ce type d’étude est le test TIMSS, le Maroc ayant participé depuis 1999 dans au moins un programme (et il est probable aussi qu’il participe à l’enquête prévue pour 2015) de contrôle de connaissance d’élèves au primaire et au collège en sciences et en mathématiques:

année 1999 2003 2007 2011
Moy TIMSS 487 467 500* 500*
Maroc 337 387 381 371
Filles 326 381 377 385
Garçons 344 393 385 331
Avantages Neutre Garçons Neutre Neutre

(*) La moyenne mondiale est abandonnée en faveur d’un système de gradation par quatre niveaux de performance. Le Maroc est classé dans la dernière catégorie pour les deux années.

Le déclin très marqué depuis 2003 dans la performance moyenne des collégiens marocains en mathématiques est un indicateur précis de la dégradation sensible dans la qualité de l’enseignement général; cela est d’autant plus préoccupant que les comparaisons de performance ne sont vraiment pas en faveur du Maroc. La barrière linguistique, qu’on est souvent prompt à invoquer lorsque ce genre d’études mondiales est mené, n’a statistiquement aucun effet explicatif de la performance médiocre de nos élèves – les scores du sous-échantillon des élèves comprenant la langue du test réalisent des scores moyens largement inférieurs à ceux de la moyenne mondiale des étudiants ne maîtrisant pas la langue.

Pour 2011, 25% de l’échantillon domestique avait un score significativement en dessous de la borne inférieure calculée par l’étude pour l’échantillon total, et le score des 10% meilleurs collégiens marocains est sensiblement inférieur à la moyenne mondiale. Le seul point positif dans les résultats des études entre 2003 et 2011 est la différence de score en déclin entre garçons et filles. Autrement, le Maroc est systématiquement et significativement derrière les moyennes et les médianes internationales, que ce soit pour les résultats en sciences, en mathématiques, pour le primaire et le collège.

La responsabilisation du corps éducatif (professeurs et cadres d’enseignement) qui semble jouer un rôle important dans les scores du sous-échantillon auquel appartient le Maroc suppose une piste intéressante de réforme, celle décentralisant le processus de décision en dessous même de l’Académie Régionale, où les établissements scolaires primaires et secondaires sont entièrement autonomes dans leurs budgets, ainsi que le volume horaire offert en matières d’enseignement, particulièrement en sciences et mathématiques. Il suffit de comparer les résultats inter- et intra-échantillon pour s’en rendre compte: les scores les plus élevés au Maroc, très proches de la moyenne mondiale (ce qui largement et significativement meilleur en comparaison avec nos scores agrégés) se concentrent dans les grandes villes, établissements où de leur propre initiative, les directeurs, proviseurs et le corps professoral inter-réagit le plus avec les élèves et collégiens, alors que la structure actuelle de l’administration publique ne donne aucune incitation pour le faire.

Il est logique de penser qu’un cadre moins centralisateur peut formaliser ces initiatives individuelles, et en faire une incitation à fournir un service intensif d’éducation sous forme de collection de feedbacks ou de diversification de l’offre éducative, et extensif en augmentant le volume horaire des matières scolaires. Ces deux facteurs, qui semblent expliquer le plus les différences de performance au sein de l’échantillon des élèves marocains, ne sont pas couteuses, et peuvent même économiser dans le moyen terme sur le budget de l’Education Nationale. L’autre proposition qui permet d’améliorer les fondamentaux de l’éducation primaire et secondaire est d’abolir tout simplement les CPR et les remplacer par une formation courte, ainsi que d’augmenter le taux de rotation des professeurs et instituteurs; il s’avère ainsi que les élèves les plus performants (au Maroc ou au niveau des autres pays) sont ceux dont les professeurs ont une expérience moyenne de entre 2 et 5 ans, ainsi qu’un diplôme supérieur (Licence et plus) dans le domaine scientifique. Le double effet bénéfique d’une cohorte plus jeune de professeurs, ainsi que des formations plus homogènes permet d’améliorer le rendement de l’enseignement des matières scientifiques et de limiter le coût budgétaire.

Ce type de politique éducative affaiblit le pouvoir de planification du Ministère de l’Éducation à Rabat, que ce soit en matière d’allocation des ressources aux académies régionales ou en choix du curriculum scolaire; cette décentralisation introduit aussi une grande mesure de responsabilité, et donc de sanction en cas d’échec, que les Syndicats rejetteront sûrement. D’autres considérations très politiques, mais finalement peu liées aux attentes des parents et des élèves, font qu’une coalition puissante d’intérêt maintiendra le status-quo actuel: un ministère coûteux, qui inscrit de plus en plus d’enfants et de jeunes dans le système éducatif, mais dont la qualité se dégrade sensiblement dans le temps, et qui agit toujours comme mécanisme discriminant, au lieu de servir d’ascenseur social.

N’oublions pas que M. Ayouch est membre du CSE, et que sa promotion de la Darija comme langue principale d’enseignement s’inscrit dans une vision personnelle, ou partagée par d’autres membres du Conseil, qui a attiré une attention médiatique disproportionnée. Il aurait été peut être plus constructif de s’intéresser aux déterminants de l’échec structurel de notre système éducatif.

Il est probablement plus sage de renoncer à l’espoir que des recommandations seraient émises (au-delà des lieux communs du financement ou de la motivation du corps professoral) mais enfin des recommandations précises basées sur des objectifs quantifiés peuvent faire la différence pour les générations futures.

Avons-nous Vraiment Survécu au Grand Choc de 2009?

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on November 26, 2013

Si le rythme de croissance du PIB n’a pas été affecté significativement par la contraction mondiale qui a suivi la crise de liquidités aux Etats-Unis, d’autres indicateurs se sont sensiblement dégradés, mais dont le “retour à la normale” est durablement affecté, ce qui signifie que notre croissance actuelle est trop fragile pour prétendre à générer des résultats positifs, et hypothèque gravement les perspectives du Maroc comme “pays émergent”.

Deux indicateurs en particulier attirent l’attention: l’indice mensuel de production industrielle de divers pays a enregistré  un net déclin durant les premiers mois de 2009, l’illustration de la transmission du choc négatif dans les marchés financiers vers l’économie réelle:

La reprise de l'indice de production industrielle a été légèrement inférieure à celle des pays à revenus intermédiaires pour cause de différence de degré d’absorption de chocs.

La reprise de l’indice de production industrielle a été légèrement inférieure à celle des pays à revenus intermédiaires pour cause de différence de degré d’absorption de chocs.

En plus d’exhiber des corrélations positives très fortes, Les économies les plus avancées enregistrent en effet un déclin très marqué, une dépression à l’échelle même de la planète. Et le Maroc n’y échappe pas, sauf que paradoxalement la croissance du PIB sur la période 2008-2010 était positive et peu éloignée de la moyenne de long terme.

La dépression mondiale n'épargne personne.

La dépression mondiale n’épargne personne.

L’argument fréquemment évoqué à l’époque était que le Maroc avait résisté avec succès à ce choc planétaire (le RNI en avait fait un argument électoral en Novembre 2011) est à remettre dans le contexte de la désindustrialisation du tissu économique marocain, ainsi que les pertes d’emplois non récupérées dans le secteur industriel. L’argument initial est affaibli d’autant plus que la tendance de croissance exhibe une inflexion sensible, pour le Maroc, qui n’a pas été observée dans d’autres pays à revenus similaires, mais certainement relativement meilleure à la double inflexion qu’on observe dans les pays de la région MENA, la première en 2009, l’autre en 2011.

La question donc n’est plus de combien la crise mondiale a-t-elle affecté la production industrielle au Maroc, mais plutôt si cette même crise a un effet significatif sur l’inflexion de la tendance de long-terme de la production industrielle domestique. IPI_Mensuel_Tendance

Un argument pertinente est de déclarer que la grande contraction de la demande extérieure adressée à l’industrie domestique observée début 2009 était d’une intensité telle que la tendance de long terme a été affectée.

Le graphe ci-contre distingue cette tendance, et on observe bien qu’à partir du premier trimestre 2009, ce qui était une tendance quasi linéaire croissante, s’incline sensiblement, un changement de régime assez important en comparant la tendance de la production industrielle d’autres pays à revenus intermédiaires.

Or en isolant l’effet du brusque déclin des importations de la zone Euro sur les deux composantes cycliques et de tendance longue de la production industrielle domestique, on constate que le choc négatif que représente la chute temporaire des importations du partenaire commercial le plus important du Maroc affecte comme attendu la composante cyclique de l’IPI marocain, mais pas ou très peu la tendance de long terme: près de 25% du déclin initial observé dans la composante cyclique de l’IPI domestique peut être imputé au choc négatif de la demande étrangère adressée à l’industrie marocaine. Cependant, seuls 4% du déclin moyen dans la croissance de la tendance peuvent être expliqués par le même déclin temporaire dans les importations en Europe.

D’autres facteurs prennent de ce fait plus d’importance pour expliquer le déclin dans la capacité à long terme de la production industrielle au Maroc. C’est aussi une preuve éclatante de la faiblesse de notre tissu industriel: en supposant toujours que cette crise est durable – en tout cas dans la zone Euro- cela signifie que notre industrie domestique était tellement fragile que le premier choc adverse venu a déclenché d’autres mécanismes qui ne sont pas décrits, mais qui ont affaibli durablement le tissu industriel. Ce même résultat signifie que toutes les dépenses fiscales, et les politiques industrielles menées durant les dernières années – notamment celles dans l’esprit prôné par M. Ahmed Réda Chami– se sont révélées incapables de produire une base industrielle capable de reprendre après un mauvais choc, aussi fort soit-il.

Le Chômage, La Croissance.

Posted in Dismal Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on November 22, 2013

Je soulignais dans un post précédent la relation entre taux de chômage et volatilité du PIB, sans donner cependant d’histoire détaillée sur le lien entre les deux: certes, une volatilité faible de PIB suppose que les agents économiques sont plus confiants dans l’avenir, et en particulier pour le marché du travail, les contrats seront donc moins affectés par l’incertitude des évènements futurs, et donc suppose une réduction tendancielle du taux de chômage.

Comparaison Croissance PIB et Chômage. Sources: HCP, Banque Mondiale

Comparaison Croissance PIB et Chômage. Sources: HCP, Banque Mondiale

On compare donc l’évolution du taux de chômage à celle du PIB, et l’on remarque que si la relation est inverse, elle est tellement peu significative qu’elle ne peut être justifiée par un quelconque mécanisme économique: en effet, il n’est possible à cette relation d’expliquer que 3% de l’évolution historique du chômage, mais suppose que pour une croissance ‘optimale’ de 5%, le taux de chômage naturel (ou encore de plein emploi) serait proche des 6%.

Quels facteurs explicatifs peut-on alors invoquer pour expliquer l’évolution du chômage? Ou encore, comme expliquer la persistance de ce dernier en comparaison avec d’autres agrégats, notamment l’inflation? Dans le contexte d’une économie émergente comme le Maroc, trois effets candidats sont présentés et discutés: l’effet du progrès technique, l’évolution du taux de marge et les préférences des ménages.

Le progrès technique est souvent explicité comme un facteur important dans les fluctuations, mais l’effet considéré ici est le choc permanent de productivité; il est en effet établi que les chocs permanents sont autrement plus prépondérants dans les fluctuations d’une économie comme le Maroc. A première vue, l’effet d’un choc permanent de productivité est positif: l’économie dans son ensemble s’attend à une amélioration durable de sa productivité.

Ce n’est cependant pas le cas: lorsque les ménages et les entreprises anticipent une amélioration durable de la productivité agrégée, ils sont assurés (sous conditions de réalisation de cette tendance) d’un rendement croissant à leur travail ou à leur production. Le choix le plus logique est de baisser la production ou la quantité de travail offertes, puisque le même résultat sera obtenu pour un effort moindre. Tout se joue donc sur les croyances d’agents quant à l’évolution à long terme du progrès technique. Comme résultat, les ménages ajustent plus rapidement leurs plans de consommations que leurs revenus.

Qu’en est-il alors des effets de marge et des préférences de ménage? Il s’avère ainsi que plusieurs résultats assez contre-intuitifs qu’on discutera plus loin:

IRF_Table1) Le choc permanent a un effet négatif sur le PIB et la consommation: l’effet sur le second agrégat se vérifie dans les faits, la propension moyenne a consommer diminue dans le temps, quelque chose qu’une spécification sur un choc temporaire n’est pas capable de répliquer dans les niveaux observés.

2) Le taux de chômage ne baisse que marginalement avec le progrès permanent. Le raisonnement derrière est que le choc permanent affecte négativement d’autres agrégats qui conditionnement l’évolution du chômage. Cependant, le même mécanisme joue en défaveur de la quantité de travail offerte, avec une magnitude autrement plus importante. On a ainsi par exemple une bonne piste d’explication au déclin tendanciel du taux d’activité depuis la moitié des années 1990.

3) Le taux de chômage est positivement lié au processus décrivant l’évolution du taux de marge, lequel est un indicateur de pouvoir des entreprises sur la détermination des prix de leurs produits sur le marché domestique. Dans un contexte d’économie fermée, et en supposant une amélioration temporaire de leur pouvoir de marché (une concentration du nombre d’entreprises existantes, ou une législation en faveur des entreprises) résulte d’une dégradation du taux de chômage, mais pas d’amélioration substantielle du taux d’activité. Ce résultat nuance ainsi éventuellement des recommandations du type d’abolition du salaire minimum, ou encore de la constitution de Champions Nationaux si ceux-ci se focalisent sur le marché domestique.

4) D’un autre côté, un choc positif sur le taux de marge des entreprises affecte positivement la consommation; il y a ainsi un résultat néo-keynésien classique, où le taux de marge des entreprises est le moteur principal des programmes de stimulus fiscal, dont l’objectif final est de soutenir la demande agrégée. Or en comparaison l’effet du taux de marge sur la consommation et sur l’offre de travail, il s’avère ainsi qu’un programme de relance budgétaire ne débouche que sur une amélioration marginale du taux d’activité, et certainement une augmentation du chômage dans le temps.

5) Les chocs de préférences sont typiquement des changements temporaires dans les habitudes de consommation des ménages, par exemple un changement dans les allocations dans le panier de biens consommés; on constate ainsi qu’un changement dans les goûts de consommateurs augmentent la quantité de biens demandés. La diversité de biens augmente la quantité demandée. En lien avec l’observation faite quant à l’effet des chocs temporaires de productivité, il est tout à fait probable que la multiplication des biens offerts dans l’économie marocaine a contrecarré quelque peu la tendance à la baisse du pourcentage de la consommation dans la production agrégée.

En l’absolu, l’effet du progrès permanent est autrement plus important: la corrélation entre chocs permanents et taux de chômage est suffisamment importante pour considérer le lien comme significatif dans les données,  en tout cas pour la décomposition standard entre effets temporaire et permanent.

Corrélation Chômage Choc Perm. Choc Temp.
Chômage 1 -0,5025 -0,0697
Choc Perm. -0,5025 1 0,0874
Choc Temp. -0,0697 0,0874 1

La tendance à la hausse observée dès le début des années 2000 coïncide avec la baisse graduelle du taux de chômage, abstraction faite du taux de croissance enregistré sur la même période.

La réponse à la question qui a motivé ce post reste cependant incomplète; si l’on découvre que le taux de chômage significativement avec une anticipation de choc permanent de productivité, il est probablement plus compliqué de trouver le bon indicateur de ce choc permanent: s’agit-il d’un sentiment formé par les agents? s’agit-il d’une variable non observée qu’il faudrait  ensuite déduire?

L’autre résultat je crois assez important, est le lien entre le taux de marge et le chômage: il s’avère ainsi que la recette standard de relance, qui dépend d’un fort pouvoir de concurrence monopolistique chez les entreprises, est aussi potentiellement la cause d’une détérioration du chômage. Ceci permet ainsi de découpler les deux évènements, entre une politique budgétaire qui peut effectivement soutenir la demande agrégée, et une politique de soutien de l’emploi qui implique une dilution du pouvoir des entreprises à s’imposer sur les marchés de production et du travail.

2016 et plus tard

Posted in Intikhabates-Elections, Moroccan Politics & Economics, Moroccanology, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on November 18, 2013

Il est impoli de faire des pronostics sur les perspectives du PJD à se maintenir comme parti de gouvernement alors que le premier mandat de M. Benkirane n’est pas encore bouclé. Pourtant, il est plus intéressant, à mon avis, de revoir radicalement l’échelle du temps politique au Maroc: nous avons eu depuis 1956 près de 31 gouvernements, soit une moyenne de 22 mois, ce qui n’implique pas forcément un changement du chef de l’exécutif, mais plutôt un remaniement de l’équipe gouvernementale. A noter que le gouvernement Benkirane I a réalisé une performance sensiblement proche de cette moyenne. D’un autre côté, les 17 chefs de gouvernements qui se sont succédés depuis M. M’barek Bekkaï, se sont maintenus au pouvoir pendant 34 mois, ce qui implique donc qu’ils avaient en moyenne un seul remaniement à leur actif.

Ces statistiques très descriptives ne peuvent, en l’état, augurer de la performance future de M. Benkirane et de son parti d’ici 2016 et au-delà. Elles sont cependant très utiles à calculer ses chances à se maintenir personnellement au pouvoir, et ensuite la probabilité que le PJD pérennise son nouveau statut de parti du gouvernement.

Le graphe ci-dessous est un illustration des chances de survie d’un chef du gouvernement donné, sur la base des performances passées:

KapMei_CdG

Le graphe ce lit comme suit: à partir du 29ème mois en poste, le chef de l’exécutif en place a 50% de chances à se maintenir en fonction pour les mois prochains.

En l’absolu, la baisse de la probabilité de maintien au pouvoir est triviale, plus le temps passe, plus les politiciens au pouvoir deviennent impopulaires, tout est question de la vitesse à laquelle l’enthousiasme initial (de l’électorat ou du sélectorat) qui les porte au pouvoir décline dans le temps.

Il s’avère ainsi que la probabilité de maintien au pouvoir décline rapidement au cours des 20 premiers mois, ce qui correspond à la pression du remaniement dont on a noté la fréquence similaire plus haut. Cette probabilité de survie ensuite plafonne aux alentours de 38-32%, et décline ensuite pour s’approcher rapidement de zéro.

Quels sont alors les chances de maintien de M. Benkirane d’ici 2016? En l’état, elles sont très faibles, de l’ordre de 22% à 16%, avec une borne optimiste de 50%. Or cette prédiction est très imprécise car elle ne rend pas compte des caractéristiques propres du Chef de Gouvernement actuel, ou du parti-leader qui soutient son gouvernement.

On se propose donc de comparer les fonctions de survie des chefs de gouvernement, selon leur identité partisane (Chef de l’exécutif en vertu de leur appartenance à un parti politique ou non) l’identité du parti politique si c’est le cas, et l’expérience gouvernementale passée de ce parti. Il s’avère ainsi que les résultats sont plus complexes qu’anticipés:

KapMei_subplot

Ce qu’on peut résumer dans le tableau ci-dessous:

Evènement Probabilité Prob. PJD Erreur P Erreur P PJD
Benkirane ’16 21,82% 37,50% 9,57% 28,64%
Un Seul Mandat 89,09% 62,50% 7,26% 28,64%
Victoire ’16 25,00% 50,00% 21,65% 35,36%

A noter que l’évènement “Benkirane 2016” est simplement: “Victoire du Chef de Gouvernement Sortant”.

1/ On remarque que les Chefs de Gouvernements “partisans” ont une durée de vie supérieure à leurs homologues “Technocrates”, ce qui laisse penser que M. Benkirane, et ses potentiels successeurs partisans, membres ou chefs des partis victorieux à la suite d’élections législatives, peuvent anticiper une durée de vie au pouvoir supérieure à la moyenne présenté dans le premier graphe, et par rapport à des personnalités sans attaches politiques. Par exemple, M. Benkirane a plus de chances de se voir reconduire (un évènement conditionné à la victoire de son parti) en 2016,  que M. Jettou après les élections de 2007 ou même le doyen des Premiers Ministres du Maroc, M. Karim Lamrani. Mais M. Benkirane est désavantagé par rapport à M. Osman, qui lui concilie d’autres qualités qui améliorent ses chances de survie circa 1972.

2/ La qualité “insurgé partisan” du PJD lui gagne un délai supplémentaire de survie quelques mois après une deuxième victoire hypothétique: les partis considérés membres de l’Establishment (RNI, UC, dans une moindre mesure l’Istiqlal en tant que membre de la Koutla historique) ont tendance à s’affaiblir très vite, parfois avant la fin du mandat électoral théorique. L’USFP est un contre-exemple particulier, car 2002 offrait bien à M. Youssoufi une coalition majoritaire théorique, mais les dissensions internes ont empêché la réalisation d’un évènement attendu, celui d’un maintien de l’USFP comme parti initialement insurgé ou d’opposition (mais en passe de faire partie de l’Establishment)

3/ La grande spéculation qui concernait le PAM comme parti leader en 2012 (avant le 2 Février 2011) ne se vérifie pas dans les chances de survie d’une personnalité PAM comme Premier Ministre ou Chef de Gouvernement: ce dernier par ses caractéristiques propres observerait une dégradation très rapide des chances de maintien au pouvoir. D’un point de vue tactique, et si l’on admet la “théorie du fusible”, il est plus intéressant d’avoir des partis anciennement contestataires au pouvoir, car ils durent plus longtemps, et le PJD a toutes les chances pour durer au moins autant que l’USFP circa 1997, avec l’avantage dont dispose M. Benkirane, mais pas M. Youssoufi: un groupe parlementaire assez large et des règles de formation de majorité favorables.

Qu’en est-il alors de la probabilité de se retrouver à faire un seul mandat? Si la probabilité de réalisation de cet évènement semble à priori élevée, elle est à mettre en perspective avec la précision d’une telle prédiction d’évènement. Ainsi, les chances du PJD à se retrouver avec un seul mandat en 2016, en plus d’être moins élevée que les chances d’un Chef de Gouvernement générique (une différence faiblement significative, à noter) sont beaucoup moins précises, ce qui implique que d’autres éléments déterminant les caractéristiques de la durée de passage au pouvoir, comme les conditions économiques, ou la taille de la coalition gouvernementale.

Ce qui est clair, c’est que la victoire en 2016 du PJD, avec ou sans augmentation du nombre de sièges au Parlement implique un remaniement à la tête de l’exécutif et du leadership du Parti. Cela veut dire que M. Benkirane doit raisonnablement tabler sur un terme et demi avant d’annoncer son retrait.

Faut-il Privatiser?

Posted in Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard, Tiny bit of Politics by Zouhair ABH on November 12, 2013

La question principale posée par Omar dans son blogpost mérite réflexion et une discussion poussée: fallait-il privatiser Maroc Telecom?

On utilise souvent l’expression “vendre les bijoux de la famille” dans une référence péjorative au processus de privatisation; s’il est vrai que le Budget réduit son stock d’actif en vendant des établissements publics, il est improbable cependant de supposer que la valeur de l’actif serait similaire sous contrôle exclusivement public. En d’autres termes:

Est-ce que Maroc Telecom aurait pu atteindre son stade de développement actuel s’il était resté dans le giron des entreprises publiques?

Une question que l’on peut reformuler de cette manière: La privatisation d’actifs publics au profit d’opérateurs étrangers est-elle bénéfique pour l’économie?

IDE_PrivDans l’absolu, l’attraction d’investissements étrangers est certainement bénéfique pour la croissance: l’effet isolé des investissements directs étrangers (IDE) contribue à hauteur d’une moyenne annuelle de 40 points de base de croissance au PIB, avec des effets cumulatifs à robuste persistance. Cependant les effets sont d’intensités différentes pour les opérations de privatisation. Ceci est d’autant plus important que celles-ci ont un impact important sur les IDE. Il apparaît ainsi que les opérations de privatisation encouragent les investissements étrangers vers des actifs privés, un effet de levier qui peut aussi agir en défaveur des flux de capitaux si le gouvernement décide de re-nationaliser, ne serait-ce que temporairement, des actifs anciennement sous contrôle étatique.

Vendre les actifs publics revient donc à faire un troc, entre le rendement actuel d’établissements publics plus ou moins bien gérés, et l’effet multiplicateur de cet actif privatisé au bénéfice d’un investisseur étranger. Reste à savoir si cet effet vertueux anticipé se réalise effectivement, et si les résultats en recettes budgétaires (entre autres) sont comparables.

Le prix à payer pour la cession d’actifs publics est probablement le flux de dividendes, dans ce cas les parts détenues par Vivendi (ou désormais ETC) soit une moyenne de 6 Milliards de dirhams. Ne serait-il pas possible de nationaliser IAM et utiliser les dividendes générés pour financer une partie assez substantielle du déficit budgétaire. Cette stratégie à court terme génèrera les ressources nécessaires, mais seulement à court terme; en effet, il est supposé que l’actif nationalisé sera tout aussi performant.

On se propose donc de comparer les dividendes versés sur la période 2001-2012, aux effets macroéconomiques des IDEs, qui en serait l’effet bénéfique attendu.

IRF_DividendesS’il est vrai que l’accroissement des dividendes versés par Maroc Telecom dépasse les effets agrégés des IDE, on doit noter la persistance de ceux-ci dans le temps. Les dividendes répondent à une tension stratégique entre les associés et les dirigeants (IAM n’est pas une exception en ce sens) et donc obéissent à une logique différente de la simple analyse des effets d’entrainement des investissements étrangers. Ces mêmes interactions déterminent le prix de privatisation, ainsi que le pourcentage de capital cédé au contrôle privé étranger ou domestique. L’observation d’Omar quant aux conditions de négociation est particulièrement pertinente à la lumière du changement structurel dans les habitudes de comportement des ménages consommateurs de services mobiles offerts par IAM et ses concurrents dans le secteur de télécommunications: les dépenses des ménages en services de communications ont augmenté substantiellement entre 1998 et 2007, et tout porte à croire que cette évolution n’aurait pas eu lieu si IAM était encore dans le giron public.Il est possible aussi de supposer qu’une émission supplémentaire de licences à de nouveaux opérateurs télécom est une autre bonne politique publique qui bénéficie au consommateur et à l’économie dans son ensemble.

La persistance même des effets agrégés permet donc de répondre “non” à la question initialement posée: le développement de Maroc Telecom n’a été possible que par sa privatisation, et qui plus est par un opérateur étranger. Ceci n’évacue pas la question de la valorisation de la transaction en 2001, ni le transfert graduel de la majorité d’actions aux dépends de la propriété publique.

Le puzzle de la privatisation est plus complexe qu’il n’y paraît: pour des raisons de consistance en politique publique, un gouvernement élu ou non ne peut pas se permettre de privatiser, puis re-nationaliser des actifs autrefois publics; les bénéfices d’une telle mesure sont très limités dans le temps, et l’autorité publique aura beaucoup de mal à restaurer la confiance en ses prochaines annonces de cession d’actifs publics.