The Moorish Wanderer

Adieu Barberousse!

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on October 26, 2013

Malgré toutes ses tergiversations et le lent déclin inexorable de sa crédibilité, M. Boulif va me manquer. Il est désormais effectivement neutralisé, car il ne peut comme parlementaire servir de point d’ancrage au groupe parlementaire PJD, une contribution cruciale vu qu’au moins un membre de ce dernier semble perdu quant à l’évolution de l’investissement public. M. Boulif a aussi perdu de facto toute voix à gérer probablement le dossier le plus épineux des finances publiques. Ceci dit, il serait intéressant de comparer l’évolution des dépenses de compensation entre son passage au MAGG (Ministère des Affaires Générales et de Gouvernance) et la performance de son prédécesseur, M. Nizar Baraka.

La corrélation significative entre les deux agrégats est triviale, mais elle exhibe aussi un "effet de retard" qui pourrait être expliqué par la structure de la compensation elle-même.

La corrélation significative entre les deux agrégats est triviale, mais elle exhibe aussi un “effet de retard” qui pourrait être expliqué par la structure de la compensation elle-même.

La simple comparaison des deux courbes illustre le défaut du mécanisme pré-indexation – une volatilité excessive et en général à effet de retard lorsque le prix du pétrole varie significativement. En d’autres ternes, il est plus fréquent que la hausse de compensation soit plus élevée que celle du prix du pétrole, et une baisse du prix de ce dernier n’est pas répercutée par une baisse équivalente dans la dépense de compensation. Cela cependant est attendu, ne serait-ce que par les rigidités de prix précisément imposées par la règlementation des prix des dérivés d’hydrocarbures, ou de la structure monopolistique de la distribution de ces produits; Il est cependant intéressant de noter que le défaut principal de la caisse de compensation est l’excès de volatilité – ainsi que la relative lenteur de réaction- d’une dépense supposée agir en amortisseur aux chocs importés.

Peut-on cependant comparer l’évolution des dépenses de compensation entre le relativement bref mandat de M. Boulif avec une période analogue du mandat de M. Baraka? La série de graphe ci-dessous permet de comparer le prix du pétrole sur 20 mois pour les deux ministres délégués:

BoulifvsBaraka

Cette comparaison cependant ne peut conclure à une meilleure gestion de la part de M. Boulif, où la croissance moyenne de compensation a baissé de 40% entre Janvier 2012 et Septembre 2013. D’abord parce que le prix du pétrole ne s’est pas comporté de la même manière en 2007-2009 et 2012-2013, ensuite parce que les choix politiques de gestion de la caisse de compensation n’étaient pas similaires, une différence qu’il faut porter au crédit de M. Boulif, qui avait raison, en 2011, de fustiger le manque de volonté du MAGG à l’époque (dirigé par M. Baraka) à réformer la caisse de compensation.

Boulif_ScenariiPour résoudre le premier point, on se permet de ‘remplacer’ l’évolution du prix du pétrole de 2012-2013 par celle des années précédentes, tout en gardant l’estimation de l’effet-prix sur l’accroissement (ou la diminution) des dépenses de compensation, que l’on décrit sur le graphe ci-contre. Il s’avère ainsi que si effectivement le budget de compensation aurait continuer d’augmenter, la hausse enregistrée serait largement inférieure à celle observée durant la période équivalente sous M. Baraka.

Cette brève comparaison montre qu’à prix constants, et sur une même période, M. Boulif a eu plus d’impact sur la réduction de la tendance croissante des dépenses de compensation que son prédécesseur; on peut aussi déclarer que M. Baraka a eu un impact plus important lorsqu’il était ministre des finances, mais enfin, le résultat de leurs mandats respectifs au MAGG est assez clair pour déclarer que Boulif a obtenu des résultats meilleurs.

Cela d’ailleurs indique qu’une réforme similaire à celle proposée aujourd’hui (indexation ou retrait graduel de la compensation) ayant lieu en 2007 aurait pu économiser des ressources importantes, tout en donnant suffisamment de temps pour proposer une réforme structure en 2010-2011, au lieu de la panique en début 2011.

Dans tous les cas, M. Boulif aura certainement été une victime non méritée du dernier remaniement gouvernemental: s’il a effectivement échoué à réformer en profondeur la Caisse de Compensation (malgré les différentes déclarations optimistes en ce sens) sa performance a été significativement meilleure en comparaison avec celle de son prédécesseur, qui lui, se retrouve récompensé. Le monde est cruel pour les rouquins, y compris en politique.

 

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Austérité Zombie?

Posted in Dismal Economics, Flash News by Zouhair ABH on October 24, 2013

l’esprit du PLF 2014 aurait dû s’imposer dès 2012. Il est désormais clair que les divers choix qui ont gouverné la politique économique du Maroc depuis les quinze dernières années ont montré leurs limites. L’option d’austérité budgétaire, sous une forme modérée et relativement peu coûteuse a été repoussée en faveur d’un pari, ou plutôt le fol espoir que la conjoncture mondiale se redresserait rapidement en 18 mois.

Mais l’esprit d’une consolidation budgétaire ne se réalise pas dans le détail des chiffres du Budget. La diminution programmée de l’investissement public, si elle n’est pas exceptionnelle en soi, choque cependant par l’ampleur de l’économie annoncée, près de 10 Milliards dhs en comparaison avec 2013, alors même que les dépenses de fonctionnement augmentent de 6 Milliards en comparaison avec l’année passée. deux-tiers de cette augmentation a pour origine une augmentation assez importante du budget du Ministère de l’Education Nationale, probablement une réponse au discours royal de l’été dernier.

Dans l’ensemble, la distribution de l’augmentation des dépenses de fonctionnement parmi les départements ministériels a été d’une grande inégalité: quatre départements réalisent plus de 90% de la hausse prévue pour l’année fiscale 2013, comme on peut le voir sur le tableau ci-dessous, en comparaison avec les départements ayant contracté le plus leurs budgets respectifs pour la même période:

Département ∆ Mds %∆ Totale
Min. Education 4 057 62,66%
Min. Santé 1 046 16,16%
Défense Nationale 586 9,05%
Min. Agriculture 324 5,01%
Min. Justice 301 4,65%
Min. Equipement 150 2,32%
Min. Urbanisme -22 -0,34%
Min. Gouvernance -38 -0,58%
Miin. Intérieur -107 -1,65%
Min. Emploi -217 -3,35%
Min. EnsSup -538 -8,31%

Ces aménagements ne permettent cependant pas de camoufler l’hypothèse d’une détérioration continue du solde ordinaire, ou encore de la capacité propre des recettes ordinaires (fiscales) à faire face aux dépenses de fonctionnement de l’Etat: un déficit modéré d’un peu plus d’un milliard de dirhams est prévu pour le PLF 2014, alors que les vingts dernières années offraient un excédent moyen de 7 milliards de dirhams. Cela signifie que seul un gel des dépenses de fonctionnement aurait pu générer un excédent proche de la moyenne historique.En l’absolu, c’est précisément ce qui découle de la variation des dépenses de fonctionnement du budget général. Or ce résultat  ne saurait être obtenu que si l’hypothèse d’une économie équivalente de 3 à 4 Milliards de dirhams sur la Caisse de Compensation est réalisée à travers, notamment, le système d’indexation. Autrement, le reste des postes de dépenses enregistrent presque exactement une variation contraire de l’économie espérée.

Le choix semble avoir été un compromis en défaveur des dépenses d’investissement, dans un effort pour maintenir sous contrôle le déficit budgétaire. La baisse programmée de 17.4% de l’investissement public était le prix à payer pour diviser par deux le déficit budgétaire, afin de le ramener aux alentours de 3.8% du PIB.

Pour l’instant, il serait intéressant de suivre les débats en commission parlementaire quant aux divers changements de régime en TVA et en IS, en matière de dépenses fiscales (qui enregistrent une baisse de 2 Milliards, soit potentiellement autant en rentrées fiscales) ou les changements introduits dans le PLF lui-même.

Une Théorie du Jeu des Coalitions

Posted in Flash News, Intikhabates-Elections, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on October 20, 2013

Maintenant que la nouvelle coalition gouvernementale est en place, je me dois d’expliquer l’inadéquation d’un pronostic présenté dans un post précédent sur la non-crédibilité du retrait de l’Istiqlal de la coalition post-Novembre 2011. L’argument s’articulait sur un arbitrage portefeuilles ministériels et majorité parlementaire, qui a été invalidé précisément par la distribution des maroquins dans le gouvernement Benkirane II. D’autres hypothèses attachées à la formulation de la théorie (un jeu en une seule période plutôt qu’à coups successifs) se sont aussi avérées défectueuses.

Malgré tout je persiste à soutenir que les interactions du champ politique marocain se prêtent très bien à une modélisation faisant intervenir des mécanismes de comportements rationnels, même si la réalité ne semble pas à priori, exhiber une logique rationnelle dans les comportements de nos politiciens. Ce décalage est à mettre au compte du jeu politique lui-même, sans pour autant remettre en cause l’application systématique de ces principes décrits plus hauts.

Il est toujours intéressant d’observer quelques données empiriques issues des diverses élections législatives tenues depuis 1963: après tout, l’expérience des coalitions gouvernementales précédentes contient suffisamment d’informations quant aux habitudes de négociation des politiciens dans la formation de la majorité, et ce abstraction faite des limitations de la campagne électorale ou de la validité des résultats eux-mêmes; On peut convenablement considérer les tailles des différents groupes parlementaires ex nihilo pour la principale raison que le gouvernement doit se mettre à l’abri de motions de censure, ou encore de votes adverses sur des projets vitaux (comme la Loi de Finances).

Une brève estimation du lien entre majorité gouvernementale et divers facteurs, comme le nombre de membres de la coalition, l’identité partisane du Premier Ministre (ou Chef du Gouvernement) l’identité partisane du Parti leader dans la coalition majoritaire, et enfin le nombre de partis représentés dans l’hémicycle.

Le cas simple d'une représentation bipartite illustre l'effet disproportionné d'un éclatement de la représentation en parlement

Le cas simple d’une représentation bipartite illustre l’effet disproportionné d’un éclatement de la représentation en parlement. La Balkanisation oblige la coalition majoritaire à être plus large, et inévitablement hétéroclite.

Le lien entre la majorité parlementaire et le nombre de partis représentés est suffisamment fort pour donner une justification quantitative à un lieu commun: un parlement éclaté (balkanisé) handicape sévèrement la formation d’une coalition majoritaire. Chaque parti représenté par un seul député est capable de forcer la coalition majoritaire à chercher 4% supplémentaires de sièges. Pour avoir une idée du pouvoir de nuisance qu’exerce une représentation balkanisée au Parlement, un député sur 395 (ou un parti représenté par un seul député) peut forcer la coalition gouvernementale à chercher 16 députés d’un seul groupe (ou d’un seul parti)

De plus, l’identité partisane du chef de la coalition semble avoir un effet significatif sur la composition de la majorité gouvernementale: les partis de la Koutla (USFP et PI) ont plus de difficultés à composer leurs coalitions respectives que les non-Koutla (RNI, UC ou PJD) une probabilité 10% plus élevée à former une large coalition. Différentes raisons expliquent cet écart, mais il est intéressant de noter que si l’on considère les prochaines législatives de 2016 comme une compétition PI/PJD, ce dernier a un avantage additionnel à former plus facilement une coalition majoritaire. Koutla_NoKoutlaOn observe aussi que l’arrivée des partis de la Koutla à la position principale de chef de coalition coïncide avec la multiplication des partis représentés au Parlement, un résultat confirmé par la différence majorité en absolue (abstraction faite de la taille des parlements issues des différentes élections considérées) une moyenne de 13 sièges lorsque l’Istiqlal ou l’USFP étaient chefs de coalition gouvernementale, 50 sièges en moyenne pour les autres partis (FDIC, RNI, UC, PJD) ou lorsque le gouvernement est dirigé par une personnalité apartisane. Il est à noter que l’étiquette partisane du Chef du Gouvernement (ou Premier Ministre) compte peu dans la taille de la coalition gouvernementale, ce qui implique que les interactions de formation de coalitions majoritaires sont principalement liées au degré d’éclatement des groupes parlementaires.

Les résultats décrits suggèrent donc une contrainte supplémentaire pour le parti-leader à former sa coalition, en l’occurrence le nombre de partis représentés au parlement. Dans le cas du PJD, il s’agit de trouver la plus petite combinaison de partis alliés pour obtenir 198 sièges. Paradoxalement, il est plus difficile de réunir cette coalition lorsque le nombre de partis au Parlement est très large; cela explique les difficultés successives de M. Youssoufi en 2002 (et l’échec à former une coalition sous le leadership de l’USFP) ou M. El Fassi en 2007. La première erreur était de sous-estimer l’effet disproportionné qu’exercent les petits partis sur les chances de création d’une majorité stable: si ceux-ci ont peu de chance de faire partie de la coalition elle-même, leur existence affaiblit les plus larges partis dans la taille de leurs groupes respectifs,

Dans l’absolu, trois partis sont suffisants pour réaliser une coalition majoritaire: PJD, Istiqlal et RNI. Or cette coalition est instable car le PJD a une incitation à chercher à diluer la force de ses alliés en proposant à des groupes parlementaires moins importants de les remplacer – de même, les alliés les plus importants dans le coalition gouvernementale peuvent créer des difficultés en faisant un chantage (dont les retombées sont difficiles pour ma part à inclure dans la formalisation proposée)

Chaque coalition formée débouche sur des incitations pour les "nouveaux" alliés (et le chef de coalition) à chercher à la déstabiliser

Chaque coalition formée débouche sur des incitations pour les “nouveaux” alliés (et le chef de coalition) à chercher à la déstabiliser

Comme on peut le voir sur le schéma ci-dessus, la seule solution viable pour le PJD à former une coalition dont il contrôlerait la stabilité est de paradoxalement la diluer en admettant un nombre plus élevé que nécessaire d’alliés, affaiblissant ainsi par l’occasion la viabilité du gouvernement. Le seul cas de figure où une coalition stable est viable serait lorsque le PJD (qui par les règles du jeu de coalition en fait forcément parti) a besoin d’autant de siège que le plus petit allié peut offrir: dans ce cas, c’est avoir 178 sièges pour les 20 du PPS.

Les Objectifs du Gouvernement Benkirane I

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on October 12, 2013

Toujours pas de réponse officielle à une question peu (ou pas) posée: maintenant que nous avons eu un nouveau remaniement ministériel, et au vu de la position de principe du RNI vis-à-vis du programme gouvernemental, l’arrivée d’un allié précédemment membre de l’Opposition parlementaire entraînerait-elle un amendement du programme gouvernemental?

Presque trois ans après sa formation, où en sont les objectifs inscrits dans ce programme? Les aspects particuliers m’intéressant étant:

(a) la croissance du PIB: réaliser un taux moyen de croissance de 5.5% du PIB.

(b) le déficit budgétaire (rapporté au PIB) ramené progressivement à 3% d’ici 2016.

(c) le taux de chômage: avec pour objectif de le ramener à 8% d’ici 2016.

(d) le taux d’analphabétisme ramené à 20% d’ici 2016.

Le dernier point est probablement le plus facile à atteindre, avec très probablement la réutilisation d’un objectif mentionné dans le Rapport du Cinquantenaire:

Par ailleurs, l’un des objectifs fixés par la Charte Nationale d’Education et de Formation est de réduire le taux d’analphabétisme à moins de 20 %, à l’horizon de 2010

Réajuster l’objectif 2010 pour en faire la cible de 2016 permet en effet de réaliser un taux d’analphabétisme de 20%, au vu de la tendance des années précédentes, encore que la probabilité d’y arriver pondère plus un résultat proche des 25%, mais le gouvernement Benkirane I pouvait bénéficier de l’opportunité de la réalisation très probable de cet objectif. A ce niveau cependant, une différence de quelques points de pourcentage compte peu; le lien entre taux d’analphabétisme et richesse par habitant est très ténu, et ce type d’objectifs n’a finalement qu’une fonction politicienne, un signal que l’autorité publique s’occupe des sections les plus défavorisées de la population. Preuve en est que des objectifs toujours ambitieux sont avancés pour éradiquer l’analphabétisme, sans cesse contredits par l’extrême lenteur du déclin de cet indicateur.

Le Taux de chômage est une autre variable qui interpelle l’observateur: le taux de 8% n’a jamais été atteint depuis 1978, et si la tendance actuelle (en tout cas depuis le début des années 2000) est au déclin du chômage, il y a suffisamment de preuves que cet objectif reste très optimiste. Un rapport produit en 2005 par le HCP se proposait d’établir trois scenarii pour l’économie marocaine, et dans le plus optimiste, un taux de croissance proche de 6% donnait un taux de chômage proche de 10%:

Le taux de chômage reste élevé au début de cette période (Scénario d’émergence) en raison, d’une part du rythme de la croissance économique encore modéré lors de la première phase, et d’autre part, du fait que les programmes de promotion de l’emploi, qui seraient adoptés, nécessitent une période relativement longue pour produire tous leurs effets. Néanmoins, le taux de chômage emprunterait une tendance à la baisse vers la fin de cette période pour se situer à moins de 10% en 2015.

Si ces projections optimistes renoncent de facto à une baisse rapide du taux de chômage sur la base d’une croissance extrêmement robuste, il est très peu probable qu’un environnement économique moins favorable (avec une croissance moyenne proche des 4.3% de PIB) non conditionné par des réformes institutionnelles sérieuses, puisse délivrer un taux de chômage proche des 8%, à moins de supposer un retrait progressif des demandeurs d’emploi de la population active. Dans les deux cas, il est illusoire de s’attacher exclusivement à cette statistique, alors qu’un autre indicateur de la vitalité de la force du travail, le taux d’occupation par exemple, dénote d’une situation inquiétante peu discutée.

La croissance prévue dans le plan gouvernemental est plus optimiste que celle prévue par le FMI.

La croissance prévue dans le plan gouvernemental est plus optimiste que celle du FMI.

Dans tous les cas, le Gouvernement Benkirane I aura hérité début  2012 d’un taux de chômage proche de 9.9%, et le quitte à 9.4% (les dernières statistiques disponibles au premier trimestre 2013) cependant, les projections de l’impact des récentes augmentations des prix d’hydrocarbures réduiraient d’un quart la tendance récente de diminution – figeant pour ainsi dire le déclin anticipé dans les statistiques du chômage.

Le taux de croissance du PIB projeté pour la période 2012-2016 est d’une nature plus immédiate, et donc plus malléable aux décisions du gouvernement du moment.

Les prévisions du FMI (pré et post-PLL) supposent une croissance moyenne du PIB aux alentours de 4.5%, en ligne avec les performances enregistrées durant la décennie passée, et beaucoup plus réaliste que la perspective de 5.5% qui semble se baser sur le scénario discuté dans le document HCP mentionné plus haut. Un scénario dit “d’ouverture maîtrisée et de l’émergence” alors même que les conditions implicites de cette croissance ne sont que très rarement réalisées.

A vrai dire, il est plus approprié de comparer la performance du gouvernement Benkirane I avec les résultats obtenus lors des gouvernements précédents – si effectivement 7 semestres semblent insuffisantes pour émettre un jugement quant à l’efficacité du programme économique, une comparaison avec d’autres gouvernements, aux durées de vies disparates, serait une option intéressante:

Croissance_Gouv

Si effectivement M. Benkirane ne figure pas parmi les Chefs de Gouvernement ayant présidé à une forte croissance (il est légèrement en dessous de la médiane) il bénéficie en tout cas de la stabilité du rythme de celle-ci, bien meilleur que MM. Jettou et Youssoufi, dont les mandats respectifs ont couvert une période de conjoncture relativement favorable.

Enfin, qu’en est-il de la promesse de ramener le déficit budgétaire en dessous des 3% de PIB? Cet objectif est d’abord lié à la croissance anticipé dans le plan gouvernemental; sur la base d’une croissance moyenne de 6% du PIB non agricole (l’agrégat fournissant l’assiette principale) converger vers cet objectif est relativement facile puisque la charge représentée par le déficit excessif diminue avec une création de richesse plus importante. Secundo, la question du déficit est conditionnée à moyen-terme par la maîtrise de la Caisse de Compensation.

Le retour progressif à 3% du déficit du PIB semble ainsi être basé sur un maintien de la charge de compensation, ceteris paribus, à moins de 4% du PIB (alors même que cette charge était proche de 6% en 2012) et surtout, une économie soutenue d’une moyenne de 5 Milliards de dirhams entre 2012 et 2016. Les résultats suivantes montrent que pour les deux années de son administration, Benkirane I n’a pas réussi à réaliser ses propres objectifs:

Mds de Dirhams 2011 2012 2013*
Compensation 41,079 55,956 51,060
Solde Ordinaire 6,223 -18,026 -24,335
Déficit -40,504 -62,133 -65,3355
(*) Données Disponibles Août 2013, Annualisées

L’objectif d’un retour à un déficit de 3% (incidemment, la moyenne enregistrée pour 1990-2009) est théoriquement lié à un plafonnement des dépenses de compensation, ainsi qu’une résorption du déficit. Il s’avère que pour la période 2012-2013, il y a eu détérioration du solde ordinaire, un indicateur préoccupant de l’état des finances publiques, ainsi qu’une augmentation (et non une diminution) de 4 Milliards, creusant le déficit au lieu de le réduire.

Cet exercice ne prétend pas fournir un bilan des actions du gouvernement Benkirane I. Il permet cependant de donner quelques éléments qui montrent d’abord que ces choix ont été soit sous-évalués (l’objectif d’éradication de l’analphabétisme) soit grossièrement sur-évalués (la croissance projetée pour 2012-2016) soit en échec alors même que ceux-ci sont supposés être les éléments les plus impopulaires (potentiellement) des choix publics. Dans tous les cas, il y a fort à parier qu’en 2016, les programmes électoraux des partis politiques seront tout aussi détachés de la réalité économique, autant que le “programme permanent” qui nous gouverne.

Education, Budget et Indicateurs de Succès

Posted in Dismal Economics, Morocco, Polfiction, Read & Heard by Zouhair ABH on October 6, 2013

Aussi étrange que cela puisse paraître, le problème de l’éducation au Maroc n’est vraiment pas une question de moyens. J’en veux pour exemple le lien entre la dépense publique d’éducation (en valeur absolue ou rapportée au PIB) et deux indicateurs d’intérêt, en l’occurrence le nombre d’étudiants par professeur, et le pourcentage de réussite au niveau supérieur.

L’hypothèse principale qui gouverne avec consistance nos choix de politique d’éducation est que de bons résultats seront obtenus en augmentant le budget alloué; après tout cas, il faut bien financer les écoles délabrées dont les images circulent régulièrement, notamment en montagne ou l’arrière-pays des régions rurales. Pourtant, l’évolution décrite ci-dessous montre que la dépense moyenne a augmenté depuis 1971.

L'évolution plus rapide du budget d'éducation (en comparaison avec celle du nombre d'élèves) suggère une augmentation tendancielle de la dépense par tête.

L’évolution plus rapide du budget d’éducation (en comparaison avec celle du nombre d’élèves) suggère une augmentation tendancielle de la dépense par tête.

Les dépenses d’éducation ont augmenté de 8.41% entre 1971 et 2011, alors que la population d’élèves n’enregistre que 3.53% sur la même période, cela signifie bien que la dépense par élève augmente bien (une moyenne annuelle de 5%) mais nous ne sommes toujours pas satisfaits du système éducatif marocain.

A vrai dire, une comparaison statique entre budget d’éducation et n’importe quel indicateur de performance scolaire est peu probante. Il nous faut donc observer si les trois indicateurs – dépenses, pourcentage de succès et ratio élèves/professeurs- exhibent des interactions mutuelles; on peut ainsi supposer par exemple, qu’une augmentation temporaire du budget d’éducation permet de payer plus de professeurs, abaissant ainsi le nombre d’élèves par encadrant pédagogique; cela aurait ainsi un impact positif sur les performances des élèves, ce qui implique donc une hausse du taux de réussite.

Schéma du lien entre dépenses d'éducation et indicateurs de performance.

Schéma du lien entre dépenses d’éducation et indicateurs de performance.

Après tout, c’est bien le schéma que tout un chacun imagine se réaliser. Sauf que l’hypothèse forte de ce raisonnement ne se vérifie pas dans les faits:

1/ Le taux de succès et le ratio élèves/professeur s’influencent mutuellement, ce qui suggère qu’au moins une partie de l’argument présenté plus haut se vérifie, avec comme en plus une influence mutuelle.

2/ L’évolution des dépenses d’éducation ne semble obéir à aucune considération pour les deux indicateurs. Elle exhibe même une tendance autonome à la hausse alors que les deux autres agrégats sont stables par rapport à leurs impacts respectifs. Ceci alors que l’effet de l’évolution budgétaire du ratio en classe, s’il est positif, n’est pas significatif, ce qui permet de penser qu’améliorer les conditions en salle de cours ne passe pas forcément par une augmentation du budget, et les augmentations historiques en dépenses d’éducation n’ont pas d’impact définitif sur cet indicateur ou sur le taux de réussite de la population éduquée.

Cela ne veut pas dire que toutes les ressources employées depuis 1971 ont été gaspillées: il y a des indicateurs positifs à considérer, comme l’amélioration substantielle du pourcentage de la population féminine inscrite dans le système d’éducation, ou de la réduction du taux d’analphabétisme relatif à la population masculine.

Le lien entre dépenses d'éducation et ratio en classe est clairement décroissant; la différence entre "bons" et "mauvais" candidats s'expliquant par l'écart entre le niveau théorique et empirique du nombre d'élèves par professeur.

Le lien entre dépenses d’éducation et ratio en classe est clairement décroissant; la différence entre “bons” et “mauvais” candidats s’expliquant par l’écart entre le niveau théorique et empirique du nombre d’élèves par professeur.

Cependant, l’observateur ne peut s’empêcher de s’interroger sur le peu d’impact d’évolution de ces dépenses sur les indicateurs retenus, surtout lors que le lien entre budget d’éducation et ratio en classes est calculé en comparaison inter-pays. Il s’avère ainsi que pour le niveau actuel de dépenses au Maroc, nous aurions dû être à un ratio de 14:1 (au lieu de 26:1) pas loin de la Finlande par exemple (11:1) pour le niveau actuel de dépense, voire dès le début des années 1990. Ce résultat obtenu pour un large échantillon de pays montre que sur ce point, il est probable que la moitié de la croissance du budget d’éducation n’ait pas servi à améliorer l’encadrement dans les établissements scolaire au Maroc, alors même que le Ministère d’Education est probablement l’un des rares départements du service public où l’efficacité (et le coût) est intensive en main d’œuvre.

Quelle recommandation pour améliorer le système éducatif au Maroc? Au vu des chiffres discutés plus haut, il est plus intéressant de s’intéresser aux résultats au sein de la population inscrite (notamment le taux de réussite) plutôt que de se fixer sur l’agrégat en l’absolu.

Corrélation Ratio Tx Succès Dépenses
Ratio 1 0,671 -0,322
Tx Succès 0,671 1 -0,032
Dépenses -0,322 -0,032 1

Cela veut dire que soit notre classe politique (toutes tendances partisanes confondues) doivent abandonner l’idée que nous réussirons à scolariser 90% d’une cohorte lorsque nous n’arrivons systématiquement pas à dépasser plus de 5% de la population qui arrive à présenter le Baccalauréat. On peut cependant discuter de la faisabilité d’amélioration du niveau des élèves déjà inscrits; autrement, promettre d’augmenter le budget d’éducation en l’absolu ne produit pas de résultats tangibles.