The Moorish Wanderer

Nous ne Voterons plus. Nous n’existerons plus?

Je lis avec attention que les manifestations organisées suite au #DanielGate représenteraient une résurgence de la vraie société civile, celle de citoyens prêts à quitter les milieux virtuels pour porter haut et fort leurs revendications. Je ne sais pas si c’est le cas, je ne sais pas non plus si cette mobilisation a vraiment réussi à réaliser cet objectif. Ce que je sais cependant, ou en tout cas ce que les projections démographiques du HCP indiquent, c’est que la mobilisation-type portée par une jeune génération chante peut être son chant de cygne.

Demography_AJJe commence par un graphe représentant la population des 18-24 ans versus le reste de la population adulte (âgée de 18 ans et plus) on voit ainsi que la taille maximale pour la population jeune aura atteint son zénith en 2012, et ne fera que décroître en valeur absolue et en pourcentage de la population adulte. Cela signifie que nos adultes marocains seront de plus en plus âgés, et de même, la composition du corps électoral s’en ressentira.

J’ai évoqué il y a quelques temps une piste de réflexion concernant la baisse brutale de la taille du corps électoral entre 2007 et 2011 (en réalité, dès 2009) et l’explication démographique semble être convenable: certes, ce n’est pas la première fois que le nombre d’électeurs enregistrés baisse (Cf 1984) mais la ‘disparition’ en deux ans d’un peu plus de 2 millions d’électeurs laisse perplexe, et suggère les théories les plus fantaisistes, nourries par l’opacité maintenue par l’administration en charge de sa gestion, le Ministère de l’Intérieur.

Mais enfin, Nous pouvons montrer sous certaines hypothèses que cette baisse du nombre d’électeurs est due à un non-remplacement des générations passées. En recalculant le taux d’inscription de la population adulte, d’abord sur la base d’une moyenne annuelle mobile, ensuite en faisant de même pour la contribution théorique moyenne de la population jeune dans la croissance de la population inscrite. La principale hypothèse qui justifie ce choix est de supposer que le même nombre de jeunes intégrant la population adulte s’inscrit aussi sur les listes électorales. Il s’avère ainsi que:

1/ La population inscrite en 2011 devait s’élever à 16.06 Millions au lieu des 13.42 Millions

2/ Le déficit d’inscrits jeunes dans les listes électorales (la différence entre contribution démographique et contribution électorale) permet d’expliquer une grande partie de cette baisse du nombre d’électeurs – près de 93%. Rapporté à la baisse réelle, ce déficit d’inscrits peut être expliqué simplement par le décès d’inscrits âgés.

Et voici donc ce que j’entends par ‘Nous ne Voterons plus’: si la jeune population, celle qui arrive régulièrement en âge de voter la première fois lors des élections, décline, alors le stock du corps électoral sera en déclin, puisqu’ils ne peuvent remplacer le flux d’anciens électeurs décédés. L’amplitude de ce déclin peut ainsi être mesurée par la baisse brutale du nombre d’inscrits entre 2007 et 2009. Cette évolution démographique et électorale est ainsi ignorée et négligée par presque tous le monde: les partis politiques, le Makhzen, et même la dissidence.

La question du corps électoral semble unir le champ politique dans le désintérêt: pour les partis politiques, cette évolution est imperceptible et sans importance car leur stock de loyauté électoral en est indépendant des changements démographiques. Le Makhzen parce que la baisse en nombre du corps électoral augmente artificiellement le taux de participation – le nombre absolu de participants ayant voté pour une liste candidate passe de 4.63 Millions à 4.74 Millions, et cela se traduit par une légère baisse du nombre de votants rapportés à la population adulte (de 28.74% à 28.18%) alors même que le taux de participation a augmenté de 37% en 2007, à 45% en 2011. Et si effectivement la tendance projetée pour le corps électoral suggère une hausse du nombre d’inscrits, ce n’est que par effet de longévité des cohortes inscrites après les années 1960, le pourcentage d’inscrits rapportés à la population adulte passera en dessous des 60% dès 2036.

L'écart croissant entre les deux courbes suggère une baisse du taux de couverture de la population adulte.

L’écart croissant entre les deux courbes suggère une baisse du taux de couverture de la population adulte.

Si effectivement cette tendance se vérifie, alors la charade continuera car le taux de participation, insensible jusqu’à présent aux fluctuations démographiques, sera gonflé artificiellement par simple fait de rétrécissement du dénominateur.

Je me tourne ainsi à la seconde partie du titre: ‘Nous n’existerons plus’ qui est de nature plus qualitative: d’abord parce que notre jeunesse ne sera plus qu’une minorité déclinante chaque année à partir de 2011-2012. Et si un mouvement comme le 20 février a été porté initialement par une jeunesse libre ou aspirant de l’être, son déclin en nombre sape sa force politique potentielle. Ensuite parce qu’une coalition néfaste d’intérêts aura réussi à rendre désormais difficile, sinon impossible de croire qu’une démocratie libérale parlementaire, sous forme monarchique, puise être mise en place dans le futur proche ou intermédiaire.

Cette coalition d’intérêt est celle de l’opposition extra-parlementaire, qui, en observant une tradition de boycott et dénigrement de l’institution parlementaire, de l’exercice électoral parce que contrôlé par l’administration, aura découragé la population en âge de voter pour la première fois et la classe éduquée (minoritaire mais influente) , et ce en conjonction avec l’administration et ses affidés, puisqu’un amenuisement de la population inscrite sur les listes électorales détourne l’attention des partis politiques vers le partage d’une peau de chagrin, au lieu de réclamer une extension de la taille du bassin électeur, au prix d’une baisse permanente du taux de participation.

Nous n’existerons plus car nous ne voterons plus. Par paresse, par désintérêt, par dégoût, probablement. Nos nihilistes et notre Makhzen auront obtenu ce qu’ils voulaient finalement.

One Response

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  1. […] aux élections à un nombre maximal d’individus (y compris soutenir le vote des 16 ans, qui me semble au vu des tendances démographiques, un impératif dans le moyen terme) mais aussi de chercher à construire les coalitions les plus […]


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