The Moorish Wanderer

Les Vieux Messieurs Rabougris

Posted in Flash News, Intikhabates-Elections, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on August 26, 2013

Le dernier avis du Conseil Constitutionnel est savoureux. Je ne suis pas juriste, je ne prétend pas donner un avis se basant sur une quelconque argumentation juridique (j’attends cependant avec impatience l’avis d’Ibn Kafka sur le sujet) mais je ne peux m’empêcher de noter une faille dans l’argument présenté dans la décision du 22 août concernant le règlement intérieur de la Chambre des Représentants. Et ce passage me fait tiquer:

 حيث إن هذه المواد تتعلق بحق النائبات، الممارسات فعليا خلال الولاية التشريعية، في تأسيس هيئة للنساء البرلمانيات تهدف إلى اقتراح ودعم وتقوية المكتسبات النسائية في كل المجالات وتعزيزها على مستوى التشريع والمراقبة والدبلوماسية البرلمانية وعلى مستوى مراكز اتخاذ القرار…؛
وحيث إن أجهزة مجلس النواب محددة على سبيل الحصر في الفقرة الثالثة من  الفصل 62 والفقرة الثانية من الفصل 67 والفقرة الأخيرة من الفصل 69 من الدستور؛
وحيث إن أعضاء البرلمان يستمدون نيابتهم من الأمة، طبقا للفصل 60 من الدستور، الأمر الذي يجعل ممارستهم، بصفتهم هذه، لمهام أو تأليفهم لهيئات على أساس الجنس، تتنافى مع النيابة المذكورة؛
وحيث إنه، لئن كان يحق للبرلمانيين، فرقا ومجموعات وأفرادا، أن يتقدموا بما شاؤوا من مقترحات وتوصيات، في نطاق الاختصاصات المخولة للبرلمان، قصد تحقيق الأهداف الواردة في المادة 49 من هذا النظام الداخلي، فإن تأسيس هيئة خاصة بالنائبات يتنافى مع أحكام الدستور آنفة الذكر، مما يجعل المواد 49 و 50 و51 غير مطابقة للدستور

L’article 49 en particulier note:

للنائبات الممارسات فعيلا خلال الولاية التشريعيه” الحق في تأسيس هئية للنساء البرلمانيات يهدف إلى إقتراح و دعم و تقوية المكتسبات النسائية في كل المجالات، و تعزيزها على مستوى التشريع و المراقبة و الدبلوماسية البرلمانية و على مستوى مراكز إتخاذ القرار، و تمتين روابط العمل المشرتك مع سائر هيئات المجتمع المدني و الحقوقي و السياسي من أجل النهوض بأوضاع المرأة، و خلق أو تطوير علاقات تشاركية مع المؤسسات الفاعلة في المنتظم الدولي و العاملة في مجال حقوق الإنسان

Donc le règlement intérieur dans sa mouture immédiate avant l’avis du Conseil permettait aux députées de créer des groupes parlementaires spécifiques à l’étude de la condition féminine, généralistes afin de toucher à divers domaines. Ce que le bon sens admet comme une pratique normale (et elle l’est dans plusieurs pays à tradition de démocratie libérale bien implantée, en Angleterre, aux Etats-Unis, par exemple) semble ne pas être conforme aux avis d’un Conseil Constitutionnel dont 11 des 12 membres sont des hommes (hello la parité) dont la moyenne d’âge se situe autour de 65 ans (hello la fraîcheur de perspective). Le conseil argumente du fait que ces députées sont élues par le Nation, et ne peuvent donc représenter, au sein de l’hémicycle les intérêts d’une faction de la population. Cette ‘Nation’ dont ils subodorent l’homogénéité imaginaire.

Cet argument est extrêmement difficile à justifier, car son aboutissement logique risque en effet de montrer que 90 sièges dans la Chambre des Représentants sont inconstitutionnels: si effectivement les parlementaires sont fongibles, représentants homogènes de la volonté de la Nation, pourquoi alors admettre l’existence de listes nationales dont les critères d’appartenance – pour les jeunes, être de sexe masculin, âgé de moins de 40 ans, et la liste des femmes – sont clairement l’expression d’un traitement de faveur pour deux factions de la population marocaine?

Et qu’en est-il alors de la loyauté principale d’un parlementaire élu sur la liste locale? Est-il le représentant de la volonté de la Nation, ou bien celle de la circonscription où sa liste s’est présentée? Je décèle (mais je suis mauvaise langue) un jacobinisme centralisateur derrière cet argument du conseil, qui transpose une tradition centralisatrice française à un contexte marocain historiquement hostile à ces tentatives de centralisme bureaucratique. Il y aussi un relent de sexisme dans l’interprétation étriquée que fait le conseil de l’article 60 de la constitution, qui se retrouve aussi dans le rejet de l’article 52 du règlement intérieur, qui ne fait qu’étendre le principe du quota aux postes à responsabilités au sein de l’hémicycle.

De mon point de vue, l’existence même de listes nationales est l’expression d’un paternalisme bureaucratique qui ‘donne’ à des populations (in)volontairement exclues de l’appareil législatif des postes, faisant de ces parlementaires des représentants de second ordre, entièrement dépendants de la machine électoral de leurs partis respectifs. Il aurait été beaucoup plus logique, à mon sens, d’introduire des listes paritaires (ou en tout cas imposant l’existence d’une candidate au minimum) sur l’ensemble des 92 circonscriptions actuelles, donnant ainsi une légitimité territoriale à ces dames et demoiselles parlementaires.

Mais la décision du Conseil Constitutionnel à invalider les articles 49 à 52 du règlement intérieur sont la double expression d’une lourde doxa francisante, gouvernant les choix de ces juristes, ainsi qu’un conservatisme exagéré de leur part. Ces messieurs devraient revendiquer leur réaction plus haut et remettre en question l’existence même des listes nationales.

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Moutains and Molehills

Posted in Dismal Economics, Flash News, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on August 25, 2013

Et voilà. Mr Aziz Akhennouch a été nommé Ministre des Finances par intérim, son prédécesseur ayant été nommé Président du CESE. Peut-être est-ce le temps de faire un bilan de la politique agricole avec laquelle il s’est le plus associé, le Plan Maroc Vert.

Je voudrais juste revenir sur les statistiques discutées dans un précédent post suite à la publication du Rapport Annuel du département de l’agriculture, et où il était mention d’un déclin dans la croissance moyenne, plutôt qu’une accélération comme le suggère la superposition assez grossière de chiffres indiquant une augmentation rapide du PIB agricole.

Premier fondement : Faire de l’agriculture le principal levier de croissance sur les 10 – 15 prochaines années.

L’agriculture doit être érigée au rang de principal levier de croissance, et ce à travers :

– Le renforcement de la part de l’agriculture dans le produit intérieur brut (PIB) de 70 à 100 Mds MAD, sachant que le PIB agricole actuel s’élève à 74 Mds MAD.

Si l’objectif principal de porter la production agricole de 75 à 100 Milliards a bien été atteint, c’est au prix d’une sévère récession en 2012, et, plus nuancé, c’est la décélération de la croissance qui serait ainsi la cause de cette contre-performance. Quant à l’objectif en lui-même, il serait réalisable pour des taux de croissance moyens variant entre 3.63% et 2.4%, soit une performance observée en 1981-1985 et 1993.

L'effet PMV aurait dû se faire sentir jusqu'en 2010, afin d'amortir la sévère baisse de 2012.

L’effet bénéfique du PMV aurait dû se faire sentir jusqu’en 2010, afin d’amortir la sévère baisse de 2012. Un résultat qui contredit le modus operandi des “Grands Chantiers”: beaucoup de moyens mais sans objectifs sérieux préalables.

Le graphe ci-dessus reprend l’évolution du PIB agricole empirique et une autre calculée sur la base du taux de croissance réel nécessaire pour arriver à 100 Milliards de valeur ajoutée en 2012, avec la volatilité historique de la période 2007-2012. Il s’avère ainsi que la performance de l’économie agricole marocaine aurait dû avoisiner les 123 Milliards. En cumulant les manque à gagner entre 2007 et 2012, on constate ainsi que ce sont presque 85 Milliards “d’effet PMV” qui ne se sont pas réalisés, et ce, principalement à cause de la faiblesse de la persistance de cette politique, Cf l’argument théorique.

Si effectivement nous pouvions atteindre ces objectifs avec des taux de croissance historiquement bas, pourquoi donc allouer une enveloppe totale de plus de 100 Milliards de dirhams? Le bon sens n’exigerait-il pas plutôt par exemple, de ne cibler que le Pilier II du projet, lequel alloue un peu moins de 20 Milliards de soutien aux 2/3 des agriculteurs?

La nomination de M. Akhennouch au MINEFI, même par intérim, trouve sa motivation dans un jeu complexe de conflit politique pour des compétences régaliennes, mais la mention des chiffres du PMV plus haut est un essai à mettre en perspective le discours ronflant entourant la performance du nouvel argentier, et surtout, l’hypothèse très ténue selon laquelle seule une classe a-partisane, vaguement thechnocratique, “manager-like” est capable de produire des politiques publiques avisées, et surtout, elle seule saura mieux. Les choix validés par M. Akhennouch ont démontré qu’ils étaient erronés, d’abord en matières de prévision, ensuite par l’allocation de près de 80% du financement total à une minorité affluente d’agriculteurs.

Le trickle-down prôné par le Ministre dans son poste précédent a démontré son échec à faire avancer l’agriculture au Maroc, sa généralisation à l’ensemble de l’économie domestique produira des résultats autrement plus préoccupants.

Ta9chab, L’Humour Islamiste?

Posted in Flash News, Moroccan ‘Current’ News, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on August 23, 2013

Si les gauchistes sont réputés (peut-être à tort) de ne pas avoir de sens de l’humour, nos islamistes en ont un bien particulier. Je me permets d’émettre l’hypothèse que le contenu posté sur la Page “تقشاب سياسي” reprend les thématiques favorites de la célèbre association, et certains résultats semblent corroborer cette hypothèse. Le choix de la page n’est pas anodin, sûrement: elle draine une population d’inscrits assez importante (près de 10.500 membres sur Facebook) et la thématique est vaguement moralisatrice.

Je me suis donc permis de compiler les thématiques évoquées durant l’année 2013 par la page en question, quelques 140 postes que j’ai pu recenser, desquels je tire 138 vignettes dont la portée est explicitement humoristique. Et je compartimente les thématiques, ou plutôt les cibles des saillies en 6 catégories: La Monarchie, le PJD, les “Laïcards”, les “Réacs”, JAWI, et enfin des thèmes divers. Notons que les définitions de laïcs et réactionnaires est définie par le discours évoqué ainsi que la qualité des individus ciblés; par exemple, Assid est classé dans la première catégorie, Zemzami dans la seconde.

Le tableau suivant restitue des statistiques descriptives de ces catégories:

Photo Moyenne Ecart-Type Mentions
Monarchie 51,09% 50,17% 70
PJD 35,04% 47,88% 48
“Laïcards” 16,79% 37,51% 23
“Réacs” 13,14% 38,00% 18
JAWI 0% 0% 0
Autres 25,55% 43,77% 35

On remarque ainsi que la catégorie fourre-tout “Autres” remplit sa fonction, puisqu’elle ne représente pas un pourcentage important de la production 2013, contrairement à la Monarchie ou le PJD. Par contre, nulle mention humoristique de l’association elle-même, sinon un post en Janvier de cette année, en lien avec le traitement médiatique du décès du guide de JAWI, lequel post ne rentre pas dans la définition du commentaire humoristique.

Et sur la base des mentions croisées (comme on peut le constater, la somme des moyennes de mention est supérieure à 138) on peut produire une “cartographie” des liens que fait la page T9chab Syassi entre les six catégories:

Les liens forts sont représentés par l'épaisseur des connecteurs et du nombre de mentions réciproques.

Les liens forts sont représentés par l’épaisseur des connecteurs et du nombre de mentions réciproques.

Le PJD et la Monarchie produisent les mentions réciproques les plus fréquentes, généralement sous forme de critique de la dichotomie gouvernement élu/de l’ombre, ou des déclarations lénifiantes de M. Benkirane. Plus intéressant cependant sont les liens entretenus entre, d’une part, la Monarchie et les “Laïcards”, et d’autre part, les “Réacs” et le PJD. Il semble ainsi que dans l’esprit des vignettes postées, la Monarchie soit plus liée à un projet occidentalisant et/ou laïcisant qu’une tendance plus conservatrice. Cela relève certainement de l’anecdote, mais ce type de discours d’une “Monarchie Laïcarde” est très présent dans les cercles islamo-conservateurs.

Ceci étant, le lien entre PJD et Conservateurs est certainement beaucoup plus fort qu’on ne le croit, ou encore la ‘centralité’ des mentions de la Monarchie. Le petit réseau décrit ci-dessous donne une idée beaucoup plus claire de l’état d’esprit des saillies postées sur la page.

Humour_Politique_Network

La centralité de la catégorie “Monarchie” confirme la cible principale de l’humour de la page (Mais cela ne semble pas troubler outre mesure l’administrateur) mais donne surtout une justification quantitative à l’idée évoquée plus haut, celle que la monarchie est engagée dans un projet moderniste, corrompant l’âme marocaine ou cherchant à en effacer l’identité. De fait, les individus visés dans la page, représentant cette frange moderniste (et je reprends le terme péjoratif favori dans ce contexte, “laïcard”) sont fréquemment cités en conjonction. Et pour montrer la logique de ce discours, il suffit de remarquer le lien indirect que représente le PJD entre les deux catégories, alors que la relation est exclusive dans le premier cas.

Qu’en est-il alors d’Al Adl? Rien. L’humour de la page semble les épargner, en tout cas pour 2013. Peut-on y déceler une certaine sympathie pour l’association?

Et si Cinq Années Suffisaient?

Posted in Dismal Economics, Flash News, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on August 22, 2013

…A réformer le système éducatif Marocain? L’idée n’est pas une simple spéculation, mais le résultat de ce qui semble être une situation particulière à l’évolution des dépenses d’éducation et aux modalités de financement de celles-ci.

Dans le contexte du consensus actuel, les problèmes de l’enseignement au Maroc trouvent une réponse partagée à travers le spectre politique, qui est un financement accru pour les deux départements ministériels. Ce fut le cas du programme d’urgence, probablement de futures stratégies, certainement la logique qui a gouverné les politiques passées.

Classement honorable du Maroc en termes de dépenses d'éducation, dans son échantillon de pays à revenus intermédiaire et d'autres groupes.

Classement honorable du Maroc en termes de dépenses d’éducation, dans son échantillon de pays à revenus intermédiaire et d’autres groupes.

Le Maroc n’a pourtant pas lésiné sur les moyens, on ne peut nier cela, surtout lorsqu’on compare la fraction de ressources allouées aux dépenses d’éducation. Le Maroc s’insère très bien dans la moyenne nationale (1970-2011) et celle de la région MENA, dépassé de peu par la Tunisie, l’Algérie et la Jordanie, mais bien devant le groupe des pays à revenu élevé non-OCDE, ou encore les pays à revenus faibles et/ou intermédiaires. Ces résultats pointent vers un seul constat: l’état de l’enseignement au Maroc n’est pas dû à un manque de moyens, puisque nous allouons autant, sinon plus de ressources que le reste du Monde. Et pourtant, lorsqu’on constate que seuls 5% d’une cohorte ont pu décrocher le baccalauréat, et seuls 13% ont pu accéder à l’enseignement secondaire, et plus encore, moins de 4% ont pu continuer leurs études supérieures, il est peut être temps de dire que l’école publique n’est pas si démocratique que cela.

D’autres questions s’imposeront d’elles-même: si une nième politique d’augmentation des ressources est proposée, peut-elle aboutir à des résultats différents?

Supposons que l’effet d’évolution des dépenses d’éducation soit affecté par une dynamique propre aux dépenses gouvernementales, et une autre, fonction de la politique éducative elle-même. Et l’on souhaite faire une évaluation de l’effet d’un effort initial inclus dans cette politique. L’idée étant qu’une ‘bonne politique’ se suffit à donner une impulsion en première période, puis observe les effets sur le temps de celle-ci, l’hypothèse optimiste étant un effet soutenu dans le temps. On souhaite ainsi avoir une estimation de l’effet de cette politique à chaque période, dans le graphe ci-dessous, à un rythme annuel.

Le rapide déclin est dû à la faiblesse de la persistence dans les données historiques.

Le rapide déclin est dû à la faiblesse de la persistance dans les données historiques.

On constate que l’effet de cette politique, nonobstant la taille de l’innovation introduite, disparaît rapidement dès la quatrième année, avec un retour au niveau initial à la cinquième période, soit, comme justement noté dernièrement, la durée de vie théorique d’un gouvernement.

Ce résultat est à la fois une condamnation du modus operandi adopté par le consensus ambiant, et un indicateur que le succès d’une politique n’est pas forcément lié à un horizon temporel: la première constatation de ce consensus est que résoudre un problème de politique publique implique lui transférer des ressources financières. Si ce problème subsiste, l’explication la plus logique dans l’esprit de ce même consensus est de transférer des ressources additionnelles, créant la dangereuse incitation pour les agents impliqués à maintenir le problème en l’état, ou alors en proposant des améliorations très marginales. Le second point est lié à l’hypothèse qu’un gouvernement élu, parce que contraint par des considérations de basse politique, ne saurait délivrer des résultats découlant du long-terme. Et l’éducation est certainement un secteur dont les résultats de politiques sont difficiles à valoriser; cependant, il est indubitable que l’effet quantitatif d’une politique éducative basée sur l’augmentation des moyens s’évanouit rapidement dans le temps.

Mais au-delà de cette dimension temporelle, c’est tout le choix d’appropriation, puis d’utilisation du budget d’éducation: dans l’état actuel, le secteur public (c’est-à-dire près de 80.4% d’écoliers, élèves et étudiants en moyenne sur les trois dernières années)  est principalement financé par des taxes fongibles en quelque sorte, ce qui contraint les choix éducatifs de leurs enfants. Mais si le système perdure, c’est aussi parce que l’alternative n’existe pas: un système entièrement décentralisé, où les parents peuvent diversifier le cursus éducatif de leurs progénitures; c’est d’une part la prédominance d’une doxa rigide qui impose l’uniformisation comme aspect de ce service public, et d’autre part, les symptômes d’un consensus malsain qui transcende les loyautés politiques et partisanes qui ont fait du système actuel une usine de médiocrité. Ce n’est ni l’arabisation, ni la valeur du corps enseignant, ni même l’état de l’infrastructure qui sont responsables du niveau actuel de notre enseignement. C’est le choix malsain de prétendre s’y connaître mieux que les parents eux-mêmes.

En l’occurrence, nous sommes face à deux types de financement de la dépense d’éducation: une taxe fixe prélevée sur la production – une option de financement public, ou bien un transfert fixe dépendant des préférences des ménages dont bénéficieraient leur progéniture immédiate. Cela ne signifie pas que le mode de financement public est mauvais en lui-même, mais plutôt que passé un certain seuil, les dépenses deviennent inutiles; il s’avère ainsi que ce taux est plus proche des 21.3% des dépenses gouvernementales, plutôt que les 27.51% qu’on observe en moyenne. Cela signifie ainsi que la moyenne idéale serait plus proche du montant par revenu national brut dépensés dans les pays à hauts revenus non-OCDE, soit un peu plus de 4%. Ce sont ainsi potentiellement un peu moins de 10 Milliards du budget du Ministère de l’Education Nationale qui ne servent concrètement à rien.

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Note:

La fonction de réaction du second graphe est définie comme suit: \left(\tilde{\rho}\tilde{\alpha}\right)^n\rho,\alpha dénotent respectivement de la persistance de l’effet d’une politique de dépenses publiques d’éducation, et de la persistance des dépenses publiques elles-mêmes. La forme de la courbe sera foncièrement la même pour les valeurs crédibles des deux paramètres, mais l’horizon temporel sera affecté par leurs persistances respectives.

La comparaison entre dépense publique et privée revient à formuler celle-ci soit comme étant l’allocation d’une recette fiscale, soit e_t = \tau w_th_t\tau est le taux empirique moyen de prélèvement sur les revenus disponibles. D’un autre côté, la dépense privée est formulée plutôt comme ceci: \phi = (1+\gamma)(1+\theta)-1\theta, \gamma  dénotent respectivement du degré de patience des ménages et de leur altruisme vis-à-vis le bien-être des générations futures. Le taux ‘optimal’ est calculé sur la base de valeurs stationnaire pour le revenu disponible et des calibrations usuelles estimant la patience et l’altruisme des ménages, la valeur maximale de ce dernier donne un taux optimal de dépense d’éducation de 4.1% au lieu des 5.3% actuels.

La Majorité N’existe Pas

Ou plutôt, il n’est pas nécessaire d’acquérir une majorité absolue pour prétendre à un mandat électoral, ou, comme le terme semble populaire ces temps-ci, une légitimité autre que celle conférée par l’assentiment des rivaux. Et ce constat s’applique aussi aux institutions non-élues.

Si les victoires historiques se décident effectivement par des marges importantes, le pourcentage du vote dans la population totale est en revanche assez faible.

Les victoires historiques se décident effectivement par des marges importantes, le pourcentage du vote dans la population totale est en revanche assez faible.

Pour illustrer mon propos, le premier graphe reprend la marge de victoire d’élections aux Etats-Unis et au Royaume Uni considérées comme historiques: en 1936, avec la réélection de Franklin Delano Roosevelt, 1964 celle de Lyndon Baines Johnson, et 1980-1984 la double victoire de Ronald Reagan. En Angleterre, les victoires respectives de Margaret Thatcher en 1983 et Tony Blair en 1997. Si effectivement le pourcentage du vote populaire obtenu est assez élevé (encore que dans le cas britannique, ce pourcentage est plus proche des 40%) le taux rapporté à la population adulte totale est en revanche peu élevé. Cet écart entre démocratie représentative et faiblesse des nombres en absolu vaut aussi pour d’autres pays à tradition démocratique fortement ancrée.

Cet état de fait diffère peu dans des régimes moins démocratiques: dans tous les régimes existe un électorat, c’est-à-dire la masse des individus composant le réservoir de voix, dans lequel le régime politique puise son vrai soutien politique, dénommé ‘séléctorat‘ (un néologisme combinant sélection et électorat) dans lequel ensuite on trouve un sous-ensemble plus restreint qui lui assure dans un premier temps la victoire, ensuite la survie de la coalition d’intérêt dans son contrôle de la distribution des biens publics. La différence fondamentale entre un régime démocratique et un autre plutôt autocratique réside dans le traitement de l’électorat, et le degré d’exclusion autorisé par les institutions du régime en question. La démocratie sous cet angle de vue serait ainsi le régime posant le moins de restrictions possibles pour l’électorat, et cherchant à maximiser la taille du sélectorat, d’abord par l’idée du suffrage universel masculin, puis le droit de vote des femmes, demain peut-être en abaissant l’âge de vote à 16 ans.

Qu’en est-il alors du Maroc? A vrai dire, même les institutions non élues ont besoin d’un certain soutien populaire – ou alors d’un plébiscite de temps à autre, comme le rappelle feu Abraham Serfati dans cet article du Monde Diplomatique:

Il est vrai que M. Driss Basri, ministre de l’intérieur, avait prévenu : « Il s’agit d’un plébiscite. » […]  Précision intéressante, car elle permet de comprendre que le peuple n’est pas consulté pour affirmer le droit mais pour le déléguer, pour aliéner sa souveraineté au profit de celui qui le consulte, qui détient la force mais a besoin de légitimité.

Et cela est bien vrai. Malgré les scores proprement autocratiques des référendums constitutionnels depuis 1962, le Makhzen politique n’aura pas eu besoin de s’assurer d’une majorité absolue importante pour asseoir sa légitimité. Plus intéressant encore, on est tenté d’émettre l’hypothèse selon laquelle la dépendance du Makhzen à une expression de soutien populaire est liée au rapport de force conjoncturel – en l’occurrence, plus la force d’éventuels opposants se fait menaçante, plus le régime serait tenté de réquisitionner un nombre important d’individus pour faire valoir sa légitimité populaire. Mais élu ou non, les forces politiques au Maroc n’ont besoin que d’une relative minorité de voix et de soutien pour faire valoir leur importance; il s’avère aussi que la taille même de ce soutien n’est pas très importante. Est-ce anti-démocratique que de déclarer certaines organisations politiques plus importantes que d’autres malgré leur faible réservoir de voix? Certainement pas, lorsque le lecteur accepte de s’éloigner de la définition étriquée qu’une démocratie est définie par une majorité absolue – et comme le prouvent les statistiques et graphe mentionnés plus haut.

La question de la participation dépasse les considérations éthiques de l’impact qu’un parti élu peut avoir sur la gestion des biens publics, pour s’intéresser au choix offert à chaque Marocain(e) adulte qui ne souffre d’aucun obstacle légal pour s’inscrire et voter. On observe ainsi que dans les référendums, où les taux de participation sont plus élevés et les tendances nettement plus tranchées que lors des élections législatives, il n’est nullement question d’une majorité absolue requise; et si la tendance de déclin de cette majorité est peu robuste, il n’en reste pas moins vrai que le dernier référendum en Juillet 2011 n’aura demandé effectivement leurs avis qu’à 44% des adultes marocains. De même, il est extrêmement difficile de prétendre que le PJD, ou même la coalition gouvernementale actuelle, se prévalent d’un quelconque mandat populaire, puisque leurs votes effectifs dans la population adulte totale ne dépassent pas respectivement 4.85% et 9.72%. Et pourtant, la légitimité de la coalition dirigée par M. Benkirane est incontestable. Si ce n’est le gouvernement par la majorité des voix, de quoi s’agit-il alors?

Et si l’on se proposait de renverser les termes de la question: la légitimité électorale serait ainsi l’expression d’une croyance répandue dans l’électorat, que telle ou telle force politique (ou coalition de celles-ci) est crédible dans sa gestion du bien public. Les forces politiques sont en fait détentrices d’un type de bien public que l’électorat valorise, et ses choix électoraux (sous diverses formes) déterminent le parti ou la coalition d’intérêts considérés aptes à maintenir l’offre du bien public. Ce dernier peut être physique, sous forme de services publics, ou encore symbolique, des légitimités particulières et valorisées dans la société d’électeurs. La majorité des voix compte peu dans ce contexte, le contrôle réel ou supposé du bien public est plus prisé. J’en veux pour exemple la performance électorale du PJD en 2011, et la circonscription-clef qui lui a permis de se classer en premier, garantissant ainsi son rôle de chef de coalition gouvernementale. La carte ci dessous est préparée comme suit: on classe par ordre décroissant les marges de votes PJD tout en procédant à une somme cumulée des sièges par circonscription. Le siège-seuil est donc celui qui permet d’obtenir le nombre cumulé de 85 – soit le nombre de sièges obtenus par le parti pour le scrutin local. La circonscription en rouge, celle de Meknès, représente ainsi la population qui a permis au PJD d’assurer sa victoire – une population enregistrée de près de 100.000 individus, avec moins du tiers des votes exprimés. Une circonscription de taille moyenne, au taux de participation inférieur à la moyenne nationale (41%) aura été le facteur influent dans le victoire du parti de M. Benkirane.

La circonscription de Nador (vert) représente la performance moyenne du PJD lors des dernières élections.

La circonscription de Nador (vert) représente la performance moyenne du PJD lors des dernières élections. Celle de Meknès, la circonscription-clef de la victoire. Légende: Gris – Autre parti en 1ère place. Nuances de Bleu – pourcentage de victoire.

Un dernier mot sur la dépendance au soutien populaire pour une entité non élue: le pourcentage levé ne devrait pas être régi par des considérations de fair play. C’est-à-dire que lorsque les résultats d’un référendum sont discutés, c’est précisément parce que l’expression de ce soutien populaire est vitale pour continuer à rassurer le reste de l’électorat sur la source réelle de la distribution du bien public. Et tant que les partis politiques représentaient une menace réelle (d’aucun diraient existentielle) le régime avait besoin d’une fraction assez importante de la population comme signal de soutien. Les résultats de 2011, qui consacrent près de 40% d’adultes en faveur de la dernière version de la constitution, sont, à mon avis, une expression d’apaisement quant à la pérennité du Makhzen dans son rôle. Il suffit juste de comparer le déclin beaucoup plus important et robuste du soutien populaire exprimé durant les élections législatives pour s’en rendre compte. Et tant qu’aucun parti ou organisation ne portera le projet de généralisation du vote à la plus large fraction de la population adulte, aucune stratégie politique, ni celles de la participation, ni celles du boycott, ne porteront leurs fruits.

L’idéal démocratique dans notre cas de figure dépasse le simple respect du résultat des urnes. Il s’agit d’abord du souci d’étendre la participation aux élections à un nombre maximal d’individus (y compris soutenir le vote des 16 ans, qui me semble au vu des tendances démographiques, un impératif dans le moyen terme) mais aussi de chercher à construire les coalitions les plus larges et les plus inclusives possibles. Sur les deux tableaux, aucun courant politique, encore moins les pouvoirs non-élus, n’aura réussi à adopter une démarche consistante sur ce point.