The Moorish Wanderer

Pourquoi 2% d’Inflation?

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco by Zouhair ABH on July 15, 2013

Quelques résultats assez significatifs dérivés à partir d’un modèle assez simple – complété par des données empiriques des agrégats d’intérêt, permettent de présenter quelques pistes d’explication sur les choix de la Banque Centrale par exemple, et probablement aussi les limites à d’autres choix d’autres institutions, qui sont plus discutables.

Agrégats d'intérêt: T1-1989 à T4-2012

Agrégats d’intérêt: T1-1989 à T2-2013

La première question est: d’où vient le fameux 2% d’inflation cible qui semble correspondre à une condition indispensable d’une croissance équilibrée de l’économie marocaine? La réponse est certainement plus compliquée que ce post peut présenter, mais des faits stylisés permettent de déterminer une sorte de règle qui permet d’anticiper l’évolution du comportement de la Banque Centrale. Je suis d’ailleurs convaincu qu’un équivalent local de la règle de Taylor existe, mais qui prend en compte d’autres paramètres qui gagneraient à être mis en valeur.

Je voudrais avant tout discuter un peu en détail la notion de règle dans le comportement de l’institution régulatrice (qu’elle soit Banque Centrale ou autre) dans les choix effectués qui affectent les décisions futures des autres agents économiques. Dans l’argument théorique présenté en faveur de l’adoption de règles de comportement de l’institution gouvernante, une régularité dans les décisions prises réduit l’incertitude impliquée par le futur, même si ces décisions publiques résultent d’un bien-être inférieur au résultat d’une politique plus activiste. Si cette dernière améliore le bien-être immédiat, elle détériore l’opinion que se font les autres agents économiques de l’institution régulatrice, et se mettent donc à échafauder des stratégies d’anticipation, lesquelles résultent d’un bien-être inférieur en moyenne, au résultat d’une politique systématique basée sur une règle crédible.

Cela ne semble pas être le cas pour la Banque Centrale. En supposant une règle r_t = \rho_r r_{t-1} + \rho_y y_{t-1}+\rho_\pi \pi_{t-1}+\epsilon_{rt} où les termes \rho dénotent d’élasticités du taux par rapport à l’agrégat d’intérêt. Plus le paramètre est important (tend vers 1) plus il dénote de l’importance accordée à celui-ci dans l’élaboration du taux d’intérêt. A l’opposé, une élasticité proche de zéro montre un désintérêt pour l’agrégat en question dans l’élaboration de cette règle.

paramètre valeur \sigma_j stat-t
\rho_r 0,6623 0 0
\rho_\pi 0,4365 0 0
\rho_y 0,0091 0 0
\epsilon_r 0,0177 0,0007 27,2245

On observe ainsi que sur la période considérée, la règle de politique monétaire a bien été orthodoxe: un effort important a été consenti pour lisser l’évolution du taux d’intérêt et de l’inflation – mais probablement pas pour les raisons qu’on attend d’un modèle standard. D’un autre côté, le faible niveau relatif de la volatilité dans \epsilon_r suggère que le modèle attribue une large partie (plus de 90%) des variations dans le taux d’intérêt retenu à une politique monétaire s’efforçant de stabiliser l’inflation provenant, notons-le, de chocs exogènes et d’offre.

Ce détail référant à la règle monétaire face aux chocs exogènes d’offre est à expliquer dans l’évolution de la réserve de devises ou du cour de pétrole. Il semblerait donc que la contrainte principale dans l’élaboration de la règle monétaire soit dictée plus par une aversion à tout choc négatif sur les réserves de change, que par une décision à la Taylor. C’est sur la base de ce résultat qu’on obtient donc un taux d’inflation proche des 2.13%. Cela ne signifie pas que lorsque l’inflation observée dépasse ce taux, Bank Al Maghrib augmente automatiquement ses taux directeurs: d’ailleurs, le tableau ci-dessus montre que les préférences de la banque centrale se prêtent plus à un management de lissage de leurs taux que par une adaptation automatique au taux d’inflation. Il est cependant clair que si l’inflation moyenne se maintient durablement bien au-delà de l’inflation-cible, le taux s’adaptera graduellement à la hausse.

Deux autres résultats du modèle lorsque alimenté par les données de la période 1989-2013 sont particulièrement intéressants à discuter: le modèle distingue deux autres types de chocs, l’un est attaché à la demande des ménages l’autre aux encaisses réelles.

La non-stationnarité autour de zéro des chocs de demande autres que de productivité dénotent d'une réponse à certaines incitations

On note: epsilon_a les chocs de demande, epsilon_e chocs monétaires, et epsilon_z chocs de productivité. La non-stationnarité autour de zéro des chocs autres que de productivité dénotent d’une réponse à certaines incitations/ politiques publiques.

la courbe en vert montre que si effectivement le choc de taux d’intérêt est lissé par la Banque Centrale, cette dernière a bien adopté une politique expansionniste en offrant des taux systématiquement inférieurs au niveau d’équilibre, et ce dès le début de 2002.

En l’état, un taux d’intérêt en dessous de son état stationnaire et un taux d’inflation cible aura tendance à développer des incitations dans la sélection du crédit, à mettre en conjonction avec d’autres incitations offertes. Que peut-on conclure lorsque près des deux-tiers de l’évolution mensuelle (depuis 2001) des crédits bancaires est portée par les crédits à l’immobilier?

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