The Moorish Wanderer

Le Coût des Fluctuations

J’ai retrouvé il n’y a pas longtemps un petit graphe/modèle qui permet d’expliquer peut-être pourquoi les efforts du gouvernement à “limiter” l’impact des fluctuations sur la consommation domestique sont fondamentalement inefficaces, et peut-être les conclusions de ce post pourraient montrer qu’un autre système de transferts au bénéfice des ménages devrait être considéré.

L’idée est que les efforts de stabilisation tels que pratiqués maintenant – notamment à travers la caisse de compensation, sont par principe peu efficaces. Bien sûr, cela ne signifie pas que tout politique de transferts orientés vers une population-cible ne devrait pas être mise en place (encore que les modalités de ces transferts devraient être traités exhaustivement) et il est même possible que les objectifs de ces mêmes autorités publiques soient détachés d’une quelconque discipline budgétaire – par exemple valoriser la paix sociale bien au-delà de la soutenabilité des finances publiques. Mais enfin, puisque nous sommes bien obligés de raisonner en termes de prudence fiscale, de responsabilité vis-à-vis des générations futures, et bien sûr parce que quelqu’un devrait protester contre la détérioration d’indicateurs macroéconomiques et budgétaires, il faudra commencer par tenter de quantifier le coût réel de ces fluctuations.

Le modèle (si tant est qu’on peut référer ainsi à deux équations et une propriété basique) est assez simple, car il intègre certains comportements des ménages qui permettent ainsi de donner une mesure assez précise de l’appréciation du risque chez ces individus. L’idée est que la consommation agrégée est sensible à une politique de stabilisation – c’est à dire, à la volonté du gouvernement à essayer de lisser, autant que possible, les effets de chocs importés, par exemple les fluctuations des cours du pétrole sur les prix des denrées alimentaires.

Pour ce faire, en supposant que la consommation agrégée suit une tendance de croissance augmentée de chocs uniquement importés, on obtient paradoxalement une courbe beaucoup plus lisse que celle empiriquement observée, comme le montre le premier graphe – ce dernier est construit à partir de l’équation suivante: c_t = A e^{\mu t} e^{-\frac{\sigma^2}{2}}\epsilon\mu est la croissance moyenne de la consommation agrégée. Au lieu de calculer la valeur \sigma historique, on se propose d’intégrer l’écart-type de la position extérieure du Maroc comme indicateur des chocs importés dans l’économie domestique (lequel est inférieur du tiers de la valeur historique)

Malgré une volatilité plus importante inclue dans les fluctuations de la position nette de l'économie marocaine, la consommation théorique s'avère être légèrement plus stable

Malgré une volatilité plus importante inclue dans les fluctuations de la position nette de l’économie marocaine, la consommation théorique s’avère être légèrement plus stable

Les différentes interprétations que l’on peut en faire seront forcément contradictoires les uns des autres, mais le fait est que la volatilité de la consommation est largement inférieure (21% de moins) en comparaison avec les valeurs observées empiriquement.

Ce petit exercice pose donc les termes du débats dans la comptabilité du bien-être délivré par l’effort public à lisser les fluctuations: dans l’idéal, les deux courbes plus haut devrait être des lignes droites, signifiant une croissance déterministe de la consommation, et traduisant une certitude totale quant aux perspectives futures. Or, ceci n’étant pas le cas, le gouvernement s’efforce de lisser la courbe de consommation, c’est à dire à minimiser l’écart (à la hausse comme à la baisse) entre la consommation actuelle, et le niveau de la tendance historique. Cette relation est reprise dans le tableau ci-dessous:

\gamma \lambda Gain $ 2011
0.5 0.0073822 0.6284794
1. 0.0147645 1.2569589
1.5 0.0221467 1.8854383
2. 0.0295290 2.5139177
2.5 0.0369112 3.1423971
3. 0.0442935 3.7708766

Ces calculs sont basés sur la formule suivante: \mathbb{E}_0\sum\limits_{t=0}^{\infty}\beta^t\dfrac{c_t^{1-\gamma}}{1-\gamma} le paramètre \lambda mesure l’amélioration de la séquence de consommation d’une politique à une autre; concrètement, cela signifie que pour deux politiques A et B de lissage sur la consommation telles que U(c_t^A) < U (c_t^B) il est possible de mesurer l’effet bénéfique tel que: U\left[(1+\lambda) c_t^A\right] = U (c_t^B) ceci est obtenu à travers la relation \lambda = \dfrac{\sigma^2}{2}\gamma le tableau est donc calculé sur la base de valeurs hypothétiques pour \gamma l’indicateur d’aversion au risque, et les gains sont exprimés en dollars courants par individu, valeur 2011. (Un grand merci pour M. Jellal qui m’a fourni un document traitant de valeurs similaires pour les pays émergents)

On remarquera ainsi que les gains potentiellement obtenus pour lisser les fluctuations sur la consommation sont extrêmement négligeables: pour une valeur récurrente dans la littérature académique du paramètre \gamma, les gains potentiels sont inférieurs à 3 dollars par individus, soit dans le meilleur des cas, 730 Millions de dirhams pour 2011. Il suffit de comparer cette économie au budget de la caisse de compensation dans sa totalité à fin 2011, soit 49 Milliards, selon les statistiques du Ministère des Finances: une goutte d’eau de stabilisation dans un océan de subventions.

Il serait tentant donc de déduire que les 48 Milliards restants seraient le résultat d’une combinaison de coût de l’assurance contre l’inflation, et du transfert considéré nécessaire par l’autorité publique pour maintenir la paix sociale (va-nu-pieds et nantis)

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