The Moorish Wanderer

The Fault, Dear Brutus…

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on April 29, 2013

(Shakespeare – Jules César)

Il est difficile de prétendre que les termes du débat public sont monopolisés par un seul point de vue lorsqu’on parle de réforme de la compensation: en fait, l’existence même du consensus quant à la réforme de la Caisse de Compensation semble étouffer sa réalisation – encore que dans la bouche du MAGG Najib Boulif, cette réforme semble, à terme, enterrée. Et pourtant, les recommandations du FMI, les engagements même émis par l’administration publique et  les mises en garde qu’elle se donne sont la meilleure preuve que, dans les mots de la Dame de Fer: “There is No Alternative”.

Prenons d’abord un paragraphe important dans le rapport annexe de la Loi de Finances 2013 traitant des subventions:

En guise de conclusion, les dépenses de la compensation continueront de peser lourdement sur le budget de l’Etat, pour la période 2013-2016, et si aucune mesure n’est prise, la charge prévisionnelle de compensation pourrait atteindre plus de 200 milliards de DH contre près de 123 milliards au titre de la période 2009/2011.

En rapportant ce chiffre aux prévisions de croissance publiées dans les dernières communications du FMI (élaborées donc avec l’aide d’officiels du ministère des finances, du MAGG et de Bank Al Maghrib) cela signifie qu’une croissance moyenne de 3% des dépenses de subvention résultera d’un poids légèrement supérieur à 5% du PIB, soit plus que le déficit prévu d’ici 2016, et certainement plus que la limite des 3% (en pourcentage de PIB) permettant de contrôler l’évolution de ce poste de dépenses.

La contradiction entre non-réforme et réduction de déficit se chiffre en dizaines de milliards

La contradiction entre non-réforme et réduction de déficit se chiffre en dizaines de milliards

Et en mettant côte à côte les chiffres de la compensation (non réformée) et les promesses de réduction de déficit d’un côté, et des projections de recettes de l’autre, on observera que le coût comptable de la non-réforme est l’équivalent de d’une moyenne de 15 Milliards de dépenses à réduire dans d’autres comptes du Budget (coucou les investissements publics)

Mais pour être honnête il ne s’agit pas de chiffres. Je souhaite discuter d’autres éléments, probablement plus qualitatifs qui permettent de mettre la question de la réforme en perspective. C’est d’ailleurs un exemple de ce que je ne partage absolument pas avec mon camp idéologique – une approche tribunitienne à la chose économique qui ne fait qu’excessivement aliéner des pans de la société marocaine dont l’alliance est probablement utile, et jette un doute permanent quant à la compétence de ce camp à présider au destin économique de ce pays, notamment en se libérant de la doxa ambiante, mais aussi, probablement surtout, comprendre la complexité des choix politiques.

Dans ce document intéressant du FMI, je découvre ainsi que si notre gouvernement était vraiment décidé à réformer le système de subvention, les conditions énumérées (lesquelles ont un fondement théorique certain) ne peuvent certainement pas être respectées par ce dernier:

A comprehensive energy sector reform plan. The plan should include clear long-term objectives, an assessment of the impact, and consultation with those affected by it.

A good communications strategy. A strong communications campaign helps generate broad understanding and support for change, and should be undertaken throughout the reform process, emphasizing not just the cost of subsidies but also the benefits of reform.

Phased price increases. Phasing-in price increases and sequencing them differently across energy products can be helpful. Too sharp an increase in energy prices can generate intense opposition. A phased strategy will allow people and businesses to adjust and governments to strengthen social safety nets.

Improved efficiency of state-owned enterprises to reduce producer subsidies. State-owned companies—especially power generation companies—often receive substantial budgetary resources to compensate for inefficiencies in production, distribution, and revenue collection. Improving their operational efficiency can strengthen the financial position of these enterprises and reduce the need for subsidies.

Measures to compensate the poor. It is crucial that those who are hardest hit by the removal of subsidies be compensated from the beginning—for example through targeted cash transfers or coupon schemes.

Depoliticized price setting. Durable reforms require a depoliticized mechanism for setting energy prices and allow the transmission of changes in world prices to domestic prices. Automatic pricing mechanisms can reduce the chances of reform reversal, while price smoothing rules can help avoid large price changes.

En termes de discipline aux règles fixées par lui-même, notre gouvernement est incapable de se montrer crédible auprès des décideurs économiques locaux ou internationaux. Je prends pour exemple la stratégie-surprise adoptée depuis une année (mais elle ne déroge pas à la tradition de comportements similaires) laquelle ne peut pas générer les effets vertueux attendus d’une politique de réformes basées sur des règles préalablement établies. Pour information, la nature vénale du politicien élu joue un rôle important: la vénalité ici est que la majorité parlementaire rejetterait des mesures potentiellement impopulaires car nocives à leurs perspectives électorales.

Ceci dit, l’attitude versatile n’est pas exclusive aux politiciens élus, l’appareil de l’Etat est tout aussi capable d’abandonner les règles qu’il se fixe lorsque son intérêt intrinsèque immédiat est menacé (alors que la même mesure est capable de générer un résultats bénéfique à la communauté sur le long terme) il serait donc déplacé de céder à la tentation de priver le politicien élu d’un dossier sous prétexte qu’il sera timoré face aux retombées impopulaires.

Dans la liste de conditions énoncées plus haut, seul le retrait progressif des subventions semble être l’option envisageable et applicable par nos dirigeants sur le moyen terme. Mais ce faisant, ces décisions se feront aux dépends de deux aspects perçus comme positifs dans l’économie marocaine: la demande interne et l’investissement en infrastructures.

Note: Tableau reprenant le montant de la Compensation sans réforme, dans le contexte d’une réduction d’impôt à 3% du PIB en 2016. La différence de coût représentant la différence en milliards de dirhams que le gouvernement doit réduire en dépenses pour équilibrer la tendance de la réduction du déficit budgétaire.

année Compensation Cout Réduction Déficit
2013 49 300 000 000 7 158 703 170
2014 50 779 000 000 12 252 888 464
2015 52 302 370 000 17 769 818 806
2016 53 871 441 100 22 673 747 707

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