The Moorish Wanderer

“That Bloody Woman”, le Paradigme Economique et notre Gauche Domestique

Posted in Dismal Economics, Flash News, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on April 11, 2013

Margaret Thatcher, Milk Snatcher” est décédée, et je suis sûr qu’il y a eu beaucoup qui auront dressé le parallèle entre le décès de la Dame de Fer et Hugo Chávez, l’une et l’autre étant les champions politiques respectifs de deux idéologies politiques irréconciliables.

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Je souhaiterais seulement traiter du volet économique de l’approche radicale d’une femme qui a été paradoxalement entièrement entourée d’hommes dans sa carrière politique, lesquels ont représenté le stéréotype même de ce qu’elle méprisait dans l’establishment britannique post-1945, considérant que la simple gestion d’une déliquescence programmée était un fatalisme qu’elle se faisait forte de renverser.

Pour ma part, je serai toujours fasciné par le succès électoral généré par le Thatcherisme: une politique certainement sans intérêt pour le bien-être social de populations vulnérables; toutes les critiques énoncées à gauche quant au caractère virulent des politiques de privatisation ou de désengagement du Welfare State. L’objectif était certainement clair: défaire le consensus de 1945, où conservateurs et travaillistes différaient peu en termes de politique économique (caricaturé par le fameux néologisme Butskellism) et pourtant, le parti conservateur aura réussi à garder un bloc électoral quasi-intact entre 1979 et 1987, aux alentours de 13 Millions de voix. Et c’est certainement là où la fascination trouve son origine: faire des politiques à priori impopulaires et à contre-sens du bien-être collectif, et maintenir malgré tout une popularité constante, en 1979, 1983 et 1987.

Cette constatation est d’autant plus frappante que la tradition démocratique de la Grande Bretagne (au delà de déclarations comme celle de Lord Hailsham) permet de justifier ce paradoxe apparent comme étant une expression du libre arbitre des électeurs (ou comme le calcul électoral peut le démontrer, une désaffection de l’électorat quant aux perspectives de l’opposition travailliste) d’un autre côté, la popularité de Hugo Chávez restera teintée d’accusations de tendances autoritaires, en tout cas ne s’insérant pas dans une démarche de démocratie représentative. Ceci ne veut pas dire que ceux se réclamant de ce dernier se trompent de modèle: seulement, la politique volontariste de redistribution au Venezuela (ou en Bolivie) n’est possible que par l’existence de ressources naturelles. Le Royaume-Uni aura aussi eu accès à des ressources d’hydrocarbures, mais il serait facile d’établir un lien institutionnel entre la nature du régime politique, et la dépendance à ces ressources; il s’avère ainsi que le Venezuela est devenu en l’espace d’une décennie plus dépendant à ces ressources qu’autre chose, et ce sans pour autant juguler l’inflation, de facto un impôt disproportionné sur la population vulnérable. De ce point de vue en tout cas, même les bénéfices sociaux sont à discuter, quelque soit le montant de la rente pétrolière.

Cette longue introduction était une observation personnelle: le conservatisme économique peut maîtriser les termes du débat plus facilement que la vision progressiste – probablement pas au Maroc, puisque notre Establishment (Makhzen et acteurs périphériques) et notre opposition extra-institutionnelle (refusant d’intégrer le Parlement ou les Collectivités, la Gauche Démocratique dans sa majorité) se retrouvent dans un consensus paternaliste dont les détails se déclinent suivant la couleur politique, mais dont le point commun transcendant est que les individus et communautés doivent être protégés de leurs propres démons ou de potentielles menaces exogènes. C’est ainsi que le tropisme Big Government gauchiste n’est pas si différent des “Grands Chantierscrypto-technocratiques: l’amélioration du niveau de vie serait assuré plus par un transfert gouvernemental plutôt que par le fruit du travail individuel.

Ce paternalisme n’est pas nocif en soi: après tout, les effets de scolarisation consentis immédiatement après l’indépendance ont produit une génération d’individus et de ménages qui ont profité d’une réelle mobilité sociale. Ce centralisme devient pesant dès que l’homogénéité sociale ou financière initiale est dissoute dans une transformation peu discutée du système de valeurs, principalement un individualisme, à tort ou à raison confortable dans son succès propre:

La prise du risque est plutôt préférée à la sécurité de l’emploi. Elle serait plus appréciée lorsqu’elle est prise individuellement et en dehors de toute structure collective de travail.

En parlant donc de Vaches Sacrées de notre gauche domestique, je pense que la question du salaire minimum, qui revient régulièrement dans les programmes électoraux (et pas uniquement des partis d’obédience de gauche) et quelque soit le degré de crédibilité des promesses électorales, la présence perpétuelle de cet outil de régulation du marché du travail trahit une doxa sur ce que le planificateur social peut faire pour soit améliorer les revenus d’une population vulnérable, soit créer des emplois pour faire baisser le chômage et/ou absorber les arrivées nouvelles sur le marché du travail.

La question du salaire minimum est ambigüe: l’argument selon lequel le SMIG au Maroc est un obstacle à la création d’emploi ne se base pas sur des résultats empiriques. La preuve: la CGEM, confédération du patronat marocain, exprime son opposition à une hausse du salaire minimum, préconise un SMIG sectoriel, souhaite réduire au minimum la pression fiscale, mais d’un autre côté, le danger potentiel de l’endettement public ne semble pas les inquiéter outre mesure. La littérature autour de cette politique sociale est suffisamment hétérogène pour orienter l’attention vers une autre question: si effectivement le salaire minimum est source potentielle de charge pour l’entreprise, l’effet des cotisations sociales, rarement discuté dans les cercles progressistes, est autrement plus important, ou en tout cas génère un effet négatif distinct sur l’emploi.

Le raisonnement se fait comme suit: les charges sociales ont un effet plus discriminant sur les activités économiques peu capitalistiques, ou en tout cas faisant fortement appel au facteur travail, autrement plus élevé que lorsque la qualification de la main d’œuvre est basse ou inexistante. Ceci est justifié par le fait que les cotisations financent une caisse de prévention sociale ou d’assurance maladie pour une population dont la probabilité de dépendance aux prestations de celles-ci est assez élevé, que ce soit par la nature de l’activité de travail, ou par les fluctuations impliquant une grande incertitude dans le maintien de l’emploi.

Pour résumer, le gauche marocaine aurait fait le choix de protéger le facteur travail, mais au prix de punition des nouveaux intrants sur le marché du travail, et paradoxalement, la majorité des chômeurs, soit par obstination idéologique, soit par ignorance des mécanismes stratégiques des agents entraînés par un refus de dépasser la doxa crypto-marxiste ambiante.

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