The Moorish Wanderer

L’Optimisme Circa 2007

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on April 4, 2013

“Sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et dans le cadre d’une approche rénovée de planification du développement économique et social du Maroc, le Haut Commissariat au Plan (HCP) conduit une réflexion prospective privilégiant une démarche à caractère stratégique et participatif.

Cette réflexion, menée sous le titre « Prospective Maroc 2030 » vise à explorer les futurs possibles de notre pays et à les soumettre à un débat national avant d’aboutir au choix du scénario où il souhaiterait inscrire ses plans de développement.”

Ce document, datant de 2007, met des chiffres sur ce qui pourrait être un succès ou un échec. Par exemple, on peut enfin comprendre pourquoi les partis politiques étaient régulièrement enclins à afficher des taux de croissance extrêmement optimistes (y compris le PJD, avec son 7% de croissance annuelle) trouvaient leur origine probablement dans ce document: il est fait état d’un taux entre 5.5% et 6.4%, lequel est conditionné par la réalisation d’une liste semblable aux travaux d’Hercules. Mais ceci est le sujet d’une autre discussion: ce post souhaiterait mettre côte-à-côte les anticipations de la vision Maroc 2030, effectuées en 2007, et la réalité de l’économie marocaine sur les six dernières années. Ce document est réellement important car il permet de faire (partiellement) la critique de l’option technocratique adoptée par nos dirigeants durant la décennie passée; On a donc des chiffres qui sont à priori des objectifs permettant de juger de l’échec ou de la réussite de cette stratégie.

L’obsession, si l’on peut dire, quant à la réalisation d’un taux supérieur de croissance du PIB est justifiée dans les implications sur le quotidien des ménages marocains, directes ou indirectes: une forte croissance sur une longue période permet au gouvernement de s’assurer de revenus fiscaux croissants dans le temps, de même pour les ménages et les différents acteurs économiques. A défaut de stratégies de consolidation des revenus de croissance (à travers des politiques de redistributions) le modèle de développement économique se base de facto sur une augmentation de la consommation agrégée, indexée et à son tour génératrice de croissance.

La croissance tendancielle du PIB (d) depuis le début des années 2000 confirme les prédictions du scénario bas. La tendance croissante de l'investissement (g) n'est cependant pas assez suffisante

La croissance tendancielle du PIB (d) depuis le début des années 2000 confirme les prédictions du scénario bas. La tendance croissante de l’investissement (g) n’est cependant pas assez suffisante

Le scénario ‘bas’ précise que le taux de croissance moyen du PIB entre 2007 et 2015 s’établirait aux alentours de 4%. Ce scénario récapitule principalement des échecs aux projets de réformes dans divers domaines. Il ne s’agit pas forcément d’un scénario catastrophe, mais c’est certainement celui qui englobe ce qui serait certainement une admission d’échec, non seulement des tentatives de réformes, mais le bien-fondé de celles-ci.

En matière de score en croissance de PIB, le Maroc n’aura réussi, entre 2007 et 2012, à n’obtenir que la faible performance des 4%; de même pour le taux d’investissement rapporté au PIB. Il y a un argument souvent avancé, selon lequel la croissance peut être assurée sans forcément établir les bases d’une démocratie représentative (prenant à témoin les performances de pays autoritaires pour justifier cette assertion) et cela est peut être vrai, la littérature académique reste divisée à ce sujet. En ce qui concerne le Maroc, l’attitude “Makhzen Knows Best“, un mélange d’autoritarisme et de paternalisme technocratique, a montré ses limites, en tout cas au vu des objectifs énoncés dans ce document.

On a ainsi supposé que l’émergence de champions nationaux, ainsi que la prise en main du processus de décision d’allocation des ressources, à travers de grands projets/chantiers, ces politiques allaient pallier aux inévitables gaspillages inhérents à un procédé démocratique, pour assurer un retour maximal sous forme de taux de croissance élevés, en tout cas en comparaison avec les performances régionales. Il s’est donc avéré que si l’on considère les chiffres énoncés dans cette vision “Maroc 2030”, soit les autorités ont échoué à mettre en place les réformes promises dans le document, soit ces réformes ont bien été établies, mais elles ont échoué.

Peut-être cette contre-performance de l’économie domestique en valait la peine. La critique courante du côté de la gauche radicale/démocratique est que le Maroc a sacrifié des projets sociaux sur l’autel de la rigueur fiscale dictée par le FMI ou la banque mondiale. C’est probablement le cas, mais les objectifs propres de réduction, ou de contrôle du déficit budgétaire, un impératif de conservatisme fiscal – surtout pour un petit pays ouvert sur le commerce international comme le Maroc- n’ont pas été réellement respectés: le déficit moyen entre 2007 et 2012 a été 3.8% du PIB – contre des objectifs optimistes entre 2.4% et 2.8%. Sur ce troisième aspect, le Maroc se dirige plutôt vers le scénario bas.

Tout n’est pas noir dans les grands agrégats de l’économie marocaine: le taux de chômage reste en ligne avec les performances historiques de l’économie domestique, ainsi que les prévisions des scenarii optimistes. Ces résultats à priori rassurants doivent cependant être restitués dans le contexte d’amenuisement du stock de postes d’emploi: les dernières statistiques montrent ainsi que la décennie passée à créé 1.7 Millions d’emplois, alors même que les taux d’activité ont baissé, indiquant des sorties du marché du travail qui ne s’apparentent pas au chômage: le taux d’activité est ainsi passé de 54% en 1999 à 49% en 2011.

De même, le nombre d’emplois créé est en net déclin: en 2002, 83.000 emplois ont été créés, seulement 56.000 en 2012. Le maintien du taux de chômage aux alentours de 9-10% est au prix d’une réduction assez rapide de la population active occupée.

Voilà. Ceci n’est pas une annonce de déclin, mais comme le souligne ce document, il s’agit d’un essoufflement de l’économie domestique; ses moteurs de croissance montrent leurs limites dès que l’environnement international devient incertain. Finissons donc sur ces deux extraits:

Le rôle central de l’Etat dans la dynamique économique et dans la prise en charge des impératifs du développement social pèsera lourdement sur l’équilibre budgétaire. Ainsi, le déficit global du Trésor risque de dépasser 4,5% du PIB, à l’horizon 2015, mettant en cause la soutenabilité des finances publiques et hypothéquant des options de développement.

[…]

Sur un autre registre, les faiblesses en matière de développement social seraient accentuées par l’insuffisance des créations d’emplois limités à environ 250 mille par an dans ce scénario, face à une demande additionnelle, en accroissement substantiel sous l’effet de la transition démographique.

One Response

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  1. […] est au déclin du chômage, il y a suffisamment de preuves que cet objectif reste très optimiste. Un rapport produit en 2005 par le HCP se proposait d’établir trois scenarii pour l’économie marocaine, et dans le plus […]


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