The Moorish Wanderer

“Beatus Ille Qui Procul Negotiis”

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on April 1, 2013

(car ils ne seront pas jugés sur ces affaires)

Peut-être bien, selon les différentes déclarations publiques récentes de membres importants des partis gouvernementaux et d’opposition. En vérité, tous les acteurs politiques ont un intérêt à se conformer à telle ou telle ligne, et il s’avère que par une curieuse coïncidence, les coalitions gouvernementale et d’opposition ont toutes les deux intérêt à grossir le trait quant aux difficultés économiques (réelles ou supposées) rencontrées par le Maroc, ou tout au moins par le budget de l’Etat.

Commençons d’abord par le décalage entre les projections optimistes (qui se sont avérées excessivement excessives en moins de 6 mois) présentées par le gouvernement en Juillet-Août 2012, et le rapport d’étape produit par le FMI en Février 2013: le double objectif d’une croissance de 5.5% moyenne d’ici 2016, et un déficit budgétaire à 3% du PIB pour la même date. Dans ce scénario optimiste, les 5.5% de croissance génèrent suffisamment de revenus pour faire passer une politique de consolidation modérée, consistant en une maîtrise des taux de croissance de la masse salariale du secteur public, ainsi que les dépenses de compensation. La modération ici est une analogie d’une célèbre phrase du président Richard M. Nixon: le taux de croissance de ces dépenses est décroissant (ou constant) Sans cette création de richesses, le déficit en valeur absolue sera donc réduit d’un point de pourcentage plus élevé dans le cadre d’une projection plus réaliste de 5% en croissance moyenne sur 2012-2016. C’est une moyenne de 18 Milliards de dirhams de réduction nette supplémentaire de déficit budgétaire pour la révision à la baisse de la croissance moyenne du PIB pour les cinq ans de cette législature.

Qu’en est-il de la situation présente? Peut-on prêter crédit aux rapports alarmistes quant à l’économie ou l’état des finances publiques du Maroc? Oui. Mais les raisons de cette crise imminente sont structurelles: la grande modération de la croissance mondiale ininterrompue durant les 15 dernières années a servi de cache-misère, et a immergé nos décideurs politiques dans un faux sens de sécurité. Le problème de la caisse de compensation n’est pas conjoncturel: certes, la hausse du prix de pétrole joue un rôle important dans le poids que les subventions représentent par rapport au PIB, mais ce sont aussi les habitudes de consommation des ménages marocains et l’interaction de l’économie domestique avec le reste du monde qui ont changé depuis: entre 1998 et 2007, la consommation des ménages a contribué à hauteur de près de 60% de la croissance moyenne enregistrée pour le PIB. Les subventions de la caisse de compensation sont intimement liées à la consommation des ménages à cause de la concentration de celles-ci auprès d’une minorité affluente, gourmande de biens nécessitant une compensation croissante dans leurs propres dépenses. Un cercle vicieux se forme donc, avec pour objectif de croissance un soutien de la consommation domestique, dont la répartition de dépenses profite aux ménages bénéficiant le plus des dépenses de subvention.

Une reconfiguration radicale de la structure des dépenses de l’administration publique est donc non seulement nécessaire, mais elle est socialement désirable, nonobstant l’orientation idéologique du décideur politique: nous avons là une preuve concrète que le trickle down, la concentration des moyens auprès d’une minorité affluente procédant ensuite d’un ruissellement vers le bas met en danger la soutenabilité de la croissance de l’économie en la saignant par son point faible, ses réserves de devises.

Persistance des chocs importés dans la consommation agregée

Persistance des chocs importés dans la consommation agregée

 

Pour illustrer ce propos, on considère l’impact de variations importées (à travers la balance commerciale) respectivement sur la consommation et le PIB (sur le modèle des prédictions du HCP pour un cas de figure similaire) On remarque que la sensibilité de la consommation vis-à-vis les changements induits par l’exposition au commerce international est plus stable, mais en même temps plus durable que celle du PIB. Ceci signifie que les changements importés dans le mode de consommation sont durables, plus durables que ceux sur la production de biens et services, et plus important peut-être, sur l’investissement; cela signifie que les mauvaises habitudes importées (la dépendance aux hydrocarbures par exemple) sont plus persistante dans nos habitudes de consommation que dans les autres agrégats.

Le deuxième graphe montre les limites de l’intervention gouvernementale à stabiliser l’effet d’un choc important – par exemple, une hausse brutale des prix des hydrocarbures. Ceci est mesuré à partir de la réaction respective de la consommation agrégée aux fluctuations importée et à une augmentation du déficit budgétaire: il s’avère ainsi qu’il y a un rapport initial de 1 à 140 à ces deux chocs – lequel décline rapidement à travers le temps, mais pas suffisamment dans la durée de vie d’un gouvernement donné. Tant que les chocs importés étaient de magnitude minime (en l’occurrence la variation du déficit de la balance de paiement) le poids sur le déficit nécessaire pour compenser ce déficit (lequel a des répercussions brutes négatives sur la consommation) était proportionnellement modéré. Cette constatation vaut aussi pour le niveau d’endettement public, lequel est beaucoup plus sensible aux chocs importés que le PIB, ou encore la consommation. Le résultat en était la rapide sortie du Maroc sur les marchés de capitaux internationaux, empruntant en deux ans d’intervalle l’équivalent de 2 Milliards d’euros – sans compter l’effet sur l’endettement domestique, qui a retrouvé en une année son niveau de 2005, rapporté au PIB.

Oui, la situation économique de l’économie domestique est préoccupante. L’absence de communication claire autour des projets de réforme de la compensation, à contre-temps avec les enseignements basiques de la politique économique efficace, ne font qu’exacerber une incertitude qui nuit aux perspectives de stabilité de l’économie marocaine.

 

Disproportion de la réaction de la consommation par rapport à deux stimulii

Disproportion de la réaction de la consommation par rapport à deux stimulii

Une approche purement comptable proposerait d’augmenter les impôts afin de stabiliser les finances publiques pour atténuer l’effet des mauvais chocs importés. Malheureusement, il s’avère que même à court terme, la levée additionnelle d’impôts pour payer les subventions ne permet de combler que très imparfaitement les effets des chocs importés – probablement même en imposant une nouvelle taxe sur les ménages affluents profitant du système actuel de compensation.

Il est cependant injuste de charger le gouvernement actuel de tous les maux du budget: la responsabilité des gouvernements Jettou et Youssoufi est réelle, mais elle est atténuée par la conjoncture internationale favorable, reléguant plusieurs programmes de réformes structurelles au second plan. Après tout, le Maroc était un excellent élève du FMI, allant au-devant même de certaines de ses recommandations, mais dans le domaine des subventions, de la maîtrise d’évolution de la masse salariale et de l’arbitrage incorporé dans les incitations fiscales des différentes lois de finances passées, le Maroc a été plus cigale que fourmi.

Cette analogie, je pense, se prête parfaitement à la situation à laquelle font face nos dirigeants: Le lit du fleuve est jonché de rochers périlleux – tant que le niveau des eaux est élevé, la navigation se fait sans problème. Une brusque baisse des eaux les révèle soudainement. Il eut été plus sage de drainer le fleuve plus tôt.

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