The Moorish Wanderer

La Grande Modération

Posted in Dismal Economics, Flash News, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on August 24, 2012

Toujours sur la comparaison du Maroc d’aujourd’hui à celui du début des années 1980. Les plus âgés des lecteurs se rappelleront sûrement, que les années 1970s étaient fastes, la croissance réelle par PIB par habitant du Maroc à l’époque se situait aux alentours de 7.6% (à titre de comparaison, les années 2000 enregistraient près de 4.6%) alimentée essentiellement par les exportations de Phosphates -grâce au renchérissement des valeurs de plusieurs matières premières- et les dépenses d’investissements du Budget public, la politique des Grands Barrages et l’équipement du Sahara nouvellement récupéré suite au traité de Madrid. Les germes des difficultés des années 1980s s’y trouvaient, indubitablement. En effet, il ne suffit à rien de réaliser des niveaux de croissance élevés, si les fruits de cette création de richesses sont immédiatement perdus à cause de sa volatilité intrinsèque, ou peu distribuée (la contraire de ce que serait une croissance inclusive)

De plus, la croissance des années 1970 était inflationniste: la moyenne annuelle sur la décennie de la mesure des prix à la consommation s’élevait à 7.5% (contre 1.79% à 2011). Cette différence entre niveaux de croissance et d’inflation peut être observée aussi chez d’autres pays émergents: les années 1990s, puis 2000s ont été celles de la Grande Modération: une croissance solide, peu volatile et accompagnée d’une baisse généralisée des niveaux d’inflation (c’est-à-dire une stabilité, voire une baisse des prix)

La baisse de l’inflation dans l’histoire moderne du Maroc est sans précédent sur les 30 dernières années; pour mieux en apprécier l’ampleur, il est plus intéressant de représenter une moyenne de longue durée, plutôt que d’observer l’évolution des prix année par année. Car l’évolution des prix au Maroc est, par période, très stable: dès 1974 par exemple, le niveau des prix a été tel qu’une baisse soutenue de l’inflation n’a été observée qu’à partie de 1996.

croissance annuelle moyenne du PIB et de l’Inflation, lesquelles démontrent une forte corrélation, présageant du modèle de développement économique prévalent jusqu’aux années 1990s

Le graphe montre la forte corrélation entre la croissance des années 1970 et l’augmentation en flèche du niveau des prix. On observe bien que l’effet inflationniste a perduré quelques temps après le déclin continuel des niveaux de croissance moyenne. les séries historiques permettent de mettre un peu en perspective le discours souvent revendiqué chez les partis politiques (et ailleurs aussi) de la croissance économique, panacée à nos faiblesses structurelles. Nous risquons en effet de toujours se retrouver avec une inflation élevée sans gains de croissance.

En quoi une croissance peu volatile mais modérée est-elle préférable? C’est une simple question d’arithmétique: entre 1955 et 2011, le PIB par tête réel a été multiplié par 40, soit une progression annuelle moyenne de 4.78%. Cependant, si on observe les valeurs aux deux dates, de 484dhs par habitant à 24,780dhs, la progression en moyenne géométrique est plutôt 5.35%. La différence de à priori minime de 0.57 pourcentage de points correspond en réalité à une perte actualisée de 296 Milliards de dirhams, ou encore 9,288 dirhams par tête.

Mais pourquoi donc? Essentiellement parce que le premier chiffre de 4.78% est une moyenne, qui masque des niveaux de croissances très éparpillés. D’un autre côté, le chiffre de 5.35% suppose une croissance n’admettant pas de déviations. En termes statistiques, le taux de ‘croissance optimale’ a une variance nulle. C’est une piste de développement peu envisagée au Maroc: au lieu de chercher à réaliser un taux de croissance maximal (les 7 ou 8% annuels sont fréquemment évoqués) potentiellement générateur d’inflation et au final peu efficace car volatile, il serait plus intéressant de se fixer un objectif plus modeste (4.8% ou 5%) avec une volatilité moindre, et surtout des revenus de croissances largement redistribués. Il y a d’ailleurs une littérature conséquente décrivant les régimes démocratiques (Etat de droit, protection des biens et des individus, libertés individuelles et collectives) sont plus aptes à générer cette stabilité.

Les projections pour 2022 démontrent que même si le gouvernement arrive à atteindre l’objectif des 5.5% de croissance moyenne, l’écart subsistera toujours

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