The Moorish Wanderer

L’Autisme Economique

(dont je souffre. Après tout, l’enfer n’est pas les autres, n’est ce pas?)

Un grand pote me tire les oreilles pour mes blogposts trop pompeux et (in)consciemment abscons. Et il a sûrement raison: introduire une formulation mathématique, ou même raisonner sur la base de concepts parfois abstraits n’en facilite pas moins la compréhension d’un sujet d’avance complexe. Le dernier blogpost est un exemple: d’apparence, rien de plus simple que l’évolution du taux moyen pondéré de différentes maturités des bons du trésor, et pourtant, l’idée que  je cherche à défendre est complexe. Mais, le conseil de ce pote est précieux: je m’en vais donc l’appliquer sur quelques posts, histoire de vérifier, hein.

Voyez-vous, je souhaite juste éviter de me retrouver dans la peau du berger qui criait au loup: la crise, les années 1980s et le programme d’ajustement structurel sont tellement liés dans l’inconscient de l’opinion publique -en tout cas de sa population cybernétique- qu’il est difficile d’adopter une attitude prudente, pas alarmiste mais pas rassurante non plus.

Voyez-vous, je suis un acculturé économique: je m’intéresse de près au crêpage de chignon académique en ce moment entre Paul Krugman, Naill Ferguson et Brad DeLong à propos d’un article du deuxième sur NewsWeek, où il fait état d’une étude du CBO rattaché au congrès sur l’impact de la réforme du système de santé fédéral (Affordable Care Act) Attention, le débat porte sur une interprétation de ce rapport, ce qui reste au final un détail presque minime, mais pour Krugman et DeLong du moins, c’était une erreur inacceptable pour un académique que Ferguson avait commise.

Dans le contexte domestique, c’est comme si Driss Benali et Najib Akesbi avait pris à partie Adil Douiri quant à sa prescription de dévaluer le Dirham: trois économistes reconnus se chamaillant sur des nombres est pour moi le summum du débat public de qualité, car il génère ensuite discussions contigües, essentiellement dans la blogosphère. Serait-ce trop demander?

Pas grave.

Il y a un sujet simple sur lequel nos passions et nos logorrhées peuvent se porter, et pour lequel une calculatrice et une connaissance basique des principes de comptabilité suffisent; Vous vous rappelez qu’il y a quelques semaines, le Maroc a bénéficié d’une ligne de crédit de précaution délivrée par le FMI (Fond Monétaire International) ce n’est pas à proprement parler un prêt -pensez crédit d’achat d’une maison- mais plutôt une rallonge -pensez possibilité de découvert, ou facilité de caisse. En contrepartie, la délégation gouvernementale marocaine devait donner quelques idées à elle pour équilibrer ses finances publiques, et relancer la croissance.

Dans ce document, quelques chiffres nouveaux ont filtré, surtout ceux concernant le déficit public. Le gouvernement s’y déclarait prêt à réduire le déficit de 6.9% en 2011, à 6.1% en 2012 5.3% en 2013. Réduire le déficit et le ramener sous la barre des 3% d’ici 2016 est toujours une bonne chose (pour plusieurs raisons, surtout d’ordre économique) mais le résultat attendu dépend beaucoup du type de réformes engagées:

The fiscal deficit is also expected to decline by about 0.8 pp in 2012 to 6.1 percent of GDP, to 5.3 percent in 2013, and to less
than 3 percent by 2017, largely on account of a significant reduction in subsidy outlays.

Pour avoir une idée de la taille du déficit projeté pour les prochaines années, il nous faut d’abord prévoir la croissance du PIB d’ici 2016: le déficit passerait de 48Mds en 2012, à 27Mds en 2016, sur une base hypothétique de croissance économique moyenne de 4.3% entre 2013 et 2016. C’est donc une économie annuelle nette de 20 Milliards de dirhams que le gouvernement promet au FMI (mais pas à nous, citoyens-contribuables) de réaliser.

20 Milliards annuels, cela correspond à réduire de moitié (ou près de 40%, suivant les méthodes de calcul) les dépenses de la caisse de compensation. Quand on pense que la mesure de lever partiellement la subvention sur le prix à la pompe de l’essence et du gasoil s’est traduit par un affaiblissement de la demande intérieure présente et future, et dont le seul résultat positif a été la réduction de 2 points des dépenses de la compensation comparées à l’année dernière, on se dit que soit cet objectif est irréalisable, soit -et c’est plus probable- le gouvernement compte trouver ces 20 Milliards dans d’autres postes du Budget.

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