The Moorish Wanderer

La Dette, Un Mécanisme Infernal

Posted in Dismal Economics, Moroccan Politics & Economics, Morocco, Read & Heard by Zouhair ABH on August 23, 2012

ou qui risque de l’être si on en ignore le développement.

D’une manière générale, un gouvernement finance son budget en levant des taxes diverses, et en empruntant auprès des banques et des particuliers; la Trésorerie Générale du Royaume, le guichetier du gouvernement pour ainsi dire, n’est pas une exception à la règle.

Au delà du côté religieux délicat de l’emprunt et du prix de son loyer, l’intérêt, la dette publique est une sorte d’emprunt sur le futur; en fait, elle peut même être assimilée à un impôt: il est encaissé sur des revenus futurs, et sera ensuite restitué lorsque le terme de cette dette arrive à échéance. Et plus cette période est allongée sur le temps, c’est-à-dire, plus la maturité des Obligations du Trésor est longue, plus l’Etat est confortable dans sa gestion de la dette.

Source: Bulletin mensuel de statistiques des finances publiques – Juillet 2012

Lorsqu’on examine les dernières données disponibles sur l’état des finances publiques, on note que 95% de la dette publique contractée auprès d’agents domestiques (donc dette intérieure) a une maturité supérieure à 2 ans. Observons par exemple, que les dettes à très court terme -celles de 39 à 44 jours- sont remboursées durant l’année.

Ce genre d’emprunt relève plus de la gestion du besoin de financement, et les montants impliqués sont généralement peu élevés; un indice utile pour jauger la solidité des finances publiques et d’observer le volume de ces emprunts à court terme, en absolu (comparés au total des souscriptions) ou progression temporelle. Par exemple, le Bulletin mensuel de Juillet 2005 démontre que, pour un stock initial de dette à court terme, la cadence de remboursement imposait une réduction du stock de la dette. En 2005 donc, la Trésorerie notait un désendettement des finances publiques, en tout cas pour le financement immédiat. De plus, ces maturités représentaient près de 9% du stock de la dette publique domestique.

En comparant les données actuelles à celles d’il y a 7 ans, on observe que si la part du financement immédiat a été réduite de moitié, la cadence de souscription et de remboursement a augmenté sensiblement, ce qui traduit une certaine tension sur la gestion quotidienne, et que les euphémismes employés dans le bulletin cachent peu. Alarmiste? non. Préoccupé? Toujours.

Préoccupé car l’identité comptable qui conditionne les équilibres budgétaires est potentiellement mise à mal dans ses trois termes. Faisant l’économie (huhu) d’une explication abstraite, la progression de la dette vient en complément de la différence obtenue entre les recettes fiscales et les dépenses, ces dernières englobant le service de la dette et les autres dépenses (investissements, traitement des fonctionnaires, dépenses de matériel, et le déficit aussi) avec:

D_{t+1} = (1+r_{t,D})D_t + G_t - F_t

D_{t+1} est le stock futur de la dette (dans notre case t+1 sera 2013) D_t est le stock actuel (2012), et F, G respectivement les recettes fiscales (Taxes) et les dépenses autre que le service de la dette (Gouvernement). le terme d’apparence complexe, r_{t,D} est le taux d’intérêt, qui est fonction du temps et surtout du stock de dette actuelle.

Considérez l’analogie suivante: vous êtes client chez une banque, et vous avez déjà contracté des crédits pour de l’électroménager, une voiture, et un crédit immobilier. Vous souhaitez contracter un nouveau crédit pour une résidence secondaire. L’intérêt que la banque vous demandera pour ce nouveau crédit (si octroyé) prendre en considération votre stock de dette chez l’établissement en question. De même, la durée de remboursement de ce prêt aura un impact distinct sur le taux du crédit envisagé.

D’apparence simple, cette égalité est cependant très utile à comprendre les contraintes de la politique budgétaire: un gouvernement peut facilement céder à la tentation d’augmenter ses dépenses, et pour s’affranchir de la décision souvent impopulaire de financer (intégralement ou partiellement) ces dépenses par de nouveaux impôts, préfère recourir à l’emprunt. Est-ce une mauvaise chose que d’emprunter? Pas toujours. Et pour le Maroc, cela n’avait pas beaucoup d’incidence dans les années avant 2008.

Lorsqu’une économie est en expansion, la liquidité disponible chez les banques et les particuliers tend à s’accroître. C’était le cas du Maroc entre le début de 2002 et 2009, et dans ce cas de figure, l’endettement domestique était une solution pertinente pour absorber une partie de cette liquidité, et une politique convenable pour éviter ainsi des hausses d’impôt. Depuis 2008 cependant, l’accroissement de l’agrégat M3 -la mesure large de cette liquidité- commença à marquer le pas. Le Trésor se trouvait ainsi en concurrence directe avec des entreprises privées pour financer leurs activités respectives. Ce cas de figure, où la dette publique confisque une liquidité rare à son profit, est généralement appelé l’effet d’éviction.

Jusqu’à présent, l’évolution du stock de dette ne semble pas avoir d’incidence sur le taux d’intérêt exigé par les agents disposant de liquidités qu’ils souhaitent placer dans des obligations publiques. Les données publiées chez Bank Al Maghrib permettent de calculer une augmentation modérée de moins d’un pourcentage de point entre 2011 et 2012, et nous sommes loin, très loin des taux observés durant les années 1990.

‘C’est grave Docteur?’ non. Mais ce sont les effets de faiblesses structurelles qui menacent la stabilité budgétaire, et partant, celles de l’économie en entier. Example: à marée haute, les rochers ne représentent pas de danger pour les navires cabotant sur les côtes. Lorsque le niveau de mer baisse, ces rochers, soudainement très réels et visibles, deviennent de véritables écueils dangereux pour la navigation. Ces dangers, pour le Budget et le Trésor sont nombreux: pour n’en citer qu’un seul, le système fiscal actuel est compliqué (pour un pays émergent supposé attirer les flux d’investissements) mû par une logique administrative (je dirais même, bureaucratique) qui ne récompense pas l’activité économique productive. De plus, l’adage traditionnel de ‘baisser les taux, élargir l’assiette’ est allègrement ignoré. Le prochain post listera quelques chiffres sur qui paie quoi dans ce pays.

One Response

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  1. abadila said, on August 23, 2012 at 18:09

    Mon prof de Géométrie Différentielle me disait toujours: “Si ce n’est pas simple ce n’est pas bon même si c’est juste”
    Merci pour l’effort de nous simplifier tes post!


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