The Moorish Wanderer

L’Etrange Budget 2012: quand les impôts ne suffisent plus plus à payer le train de vie de l’Etat

Posted in Dismal Economics, Flash News, Moroccan Politics & Economics, Morocco by Zouhair ABH on March 19, 2012

La montagne a grondé, et a accouché d’une souris. En examinant de plus près les documents du PLF 2012, le Budget proposé par la nouvelle coalition gouvernementale dirigée par Abdelilah Benkirane a été dépensier, et surtout, trahit un décalage important entre la rhétorique enflammée des ministres PJD quant à la lutte contre le gaspillage et le détournement des deniers publics, et l’explosion de ces même dépenses. Pire, le prix à payer pour acheter la paix sociale a été sous-estimé, sur tous les horizons temporels. La question que je me pose est donc la suivante: comment ce gouvernement saura-t-il confronter les décisions douloureuses de consolidation fiscale qui se poseront plus tard, alors même qu’il recule devant une restriction plus modérée des dépenses à son premier budget?

Ce que le populisme moralisateur nous promet.

Le ministre du Budget, M Driss Azami Idrissi déclarait devant le Parlement le 16 Mars dernier:

لقد تمت صياغة مشروع قانون المالية لسنة 2012 في بعده المالي على أساس حصر مستوى العجز في 5 بالمائة مقابل 6.1 بالمائة سنة 2011، وذلك في سياق تنفيذ إلتزامات البرنامج الحكومي بخصوص العمل على الرجوع التدريجي لنسبة عجز الميزانية في حدود 3 بالمائة من الناتج الداخلي الخام في أفق 2016

Nous pouvons donc déduire, sans risque de nous tromper, que le déficit moyen que ce gouvernement inscrira dans les prochaines Lois de Finances d’ici 2016 sera certainement supérieur à 3%, et donc supérieur à la moyenne observée depuis vingt ans (avec ou sans les recettes de privatisations encaissées). De plus, cette projection contredit l’engagement du parti chef de coalition de réaliser un déficit moyen de 3% d’ici 2016. Dans le premier cas, nous avons un objectif de 3% d’ici la fin de la législature – et donc une moyenne supérieure à 3%- et dans le second cas, une promesse de réaliser une moyenne de 3%, et donc des chiffres de déficit bien inférieurs à ce que le gouvernement s’engage à atteindre.

Il s’agit d’être très prudent quant à la question des déficits: tôt au tard le gouvernement sera obligé de les payer, et cela signifie une augmentation des impôts ou une baisse de dépenses; et le risque ici est que le déficit sera tellement important, que les réductions de dépenses, et les augmentations d’impôts toucheront une grande partie des ménages et entreprises marocains. Et dans ce cas précisément, le déficit annoncé dans le nouveau PLF 2012 a atteint 32 Milliards dhs, 35 Milliards lorsque les recettes de privatisations de sont pas prises en considération.

A noter que le déficit n’est pas le seul problème: le solde primaire se chiffre à +68 Milliards de dirhams. A première vue, c’est une bonne nouvelle; cependant, le solde primaire inscrit au Budget 2011 se chiffrait à 74 Milliards; plus préoccupant encore, le solde primaire réel -c’est-à-dire sans prendre en considération les recettes d’emprunt- se chiffre à  un déficit de 900 Millions dhs. Les recettes fiscales seules ne suffisent pas (plus) à payer les salaires des fonctionnaires, les factures d’électricité et de gasoil, les stylos et papiers utilisés par l’administration. En clair, les recettes ordinaires ne suffisent plus à payer le fonctionnement normal du gouvernement. Nous constatons là un échec patent dans le fonctionnement de l’administration; alors que les recettes fiscales sont supposées d’abord servir une certaine politique de redistribution, voilà qu’elles ne sont même pas suffisantes à couvrir le fonctionnement administratif de la machine bureaucratique.

Pour un gouvernement qui prétend combattre le gaspillage des dépenses publiques, il est extraordinaire de noter une augmentation annuelle de 23.5%, dont 8% dans les dépenses de matériel. Les économies promises par le Ministre de l’Enseignement Supérieur, Mr Lahcen Daoudi, de l’ordre de 5 Millions de dirhams dans son département, se sont transformées en augmentation des dépenses de l’ordre de 3 Milliards dhs.

Il a fallu prévoir un emprunt s’élevant jusqu’à 65 Milliards, dont 20 Milliards qui seront levés à l’international – et vraisemblablement payés à un taux d’au moins 6% (considérant les rendements exigés sur l’Euro-obligation émise par le Ministère des Finances en 2010) la crise des années 1980 a commencé ainsi: des emprunts régulier et croissants, le prix que ce gouvernement est prêt à payer pour obtenir la paix sociale, semble-t-il, a été mal calculé: la justification officielle du déséquilibre est, nous disent les ministres du MINEFI, le financement de la Caisse de Compensation. Mais alors, où est la réforme tant promise? Et surtout, où est la justification quantitative à pomper 40 Milliards du budget (soit 12% du Budget, 5.4% du PIB) les redistribuer aux plus riches, et au final se trouver avec un taux d’inflation de 2.5%, soit 0.7 points en dessus de la tendance observée durant la décennie passée, et surtout, plus du double du taux observé en 2011.

La composante PJD du gouvernement, si vivace lorsqu’il s’agit de dénoncer la corruption et la décadence morale gangrénant le Maroc, est remarquablement timide quant il s’agit de la plus grande injustice infligée à près de 6 Millions de familles marocaines: leur faire payer la consommation des 600,000 ménages les plus riches, leur faire subir une augmentation des prix, et hypothéquer l’avenir de leurs enfants avec une dette publique galopante.

4 Responses

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  1. Saad Filali said, on March 19, 2012 at 17:35

    Ces considérations les dépassent totalement. je doute que benkirane sait ce que l’inflation ou qu’il aurait donner un peu de son temps ( ce n’est pas ce qui lui manque vu toutes les videos youtube ou il s’amuse a faire des sketch pour un publique qui hélas en redemande) pour étudier les répércussions des dettes sur les pays sud européens, nan pour lui le problème de ce pays c’est le festival mawazine.
    Il n’y en a pas un seul pour rattraper l’autre dans ce gouvernement, que des incapables , des cancres et autres sous diplomés qui se prennent pour les messagers de la bonne conduite et de la morale.

  2. Ahmed Damghi said, on March 19, 2012 at 21:26

    Reblogged this on Transports au Maroc and commented:
    Sur la nouvelle loi de finances.

  3. Marocain said, on March 19, 2012 at 23:35

    Malheureusement, c’est ca la realite de tout parti qui fait dans la demagogie populaire. Sans jamais s’attaquer aux maux reels qui gangrenent l’economie Marocaine: Une monarchie predatrice, qui se taille la part de lion dans des pans entiers de l’economie Marocaine.
    Il y’a aussi des aberrations fiscales tout simplement inacceptables. Comme par exemple les exemptions de taxes sur l’agriculture. Tout le monde sait que cela profite en premier lieu aux grands exploitants agricoles. Et a leur tete M-6. Comment aussi peut on parler de budgets equilibres quand le budget de la monarchie passe sans qu’un seul parlementaire bouge le petit doigt pour le discuter.
    Le PJD s’est fait une specialite: Parler de sujets sociaux qui touchent les Marocains. Festival Mawazine, qui est une aberration je l’avoue, mais dans l’ensemble est negligeable devant d’autres defis plus importants. Il y’a aussi les questions de moeurs que le PJD s’est amuse a affiner a un point inegalable. Cela sent l’extreme droite Europeenne a la sauce Marocaine. En fin de comptes, il y’a tres peu de differences entre un imbecile comme Marie LePen et Abdelilah Benkirane. La seule difference c’est que l’un est pour le retour a une chretiennete pure et dure, couplee d’un nettoyage de la societe Francaise, pour que seuls les Francais de souche soient beneficiaires des largesses de l’etat Francais. Et Benkirane qui lui aussi prone un retour a un Islam pur et dur, couple d’un nettoyage de la societe Marocaine de ses “moul7idines” qui gangrenent notre societe utopique.
    Ce sont tous des imbeciles demagogues. Point a la ligne!!!

  4. Morocco shadow constitution said, on April 1, 2012 at 00:31

    Je pense que le gouvernement est conforté à une contradiction fondamentale : les besoins de financements des services sociaux (santé , éducation,…) et la rigueur qu impose la situation économique et sociale. il y a des solutions mais celle de la facilité qui se dessine avec ce premier budget.


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