The Moorish Wanderer

Le Makhzen : sa nature, ses origines, sa forme actuelle

Posted in Uncategorized by Zouhair ABH on December 12, 2009

هو كالهواء وكلماء، لا لون له و لا طعم و لا يمكن الإمساك نه، غير أني نتائجة المادية على أرض الواقع تبقى ملموسة…

Que signifie le terme ‘Makhzen’? s’agit-il d’un système de gouvernement ? désigne-t-il les dirigeants, c’est-à-dire les individualités derrière les postes de pouvoir ? s’agit-il d’une somme de rites ou de mécanismes typiquement pyramidaux ? Par sa portée floue, abstraite et imprécise, le terme de Makhzen est âprement discuté par les sociologues et politologues, qui ne s’accordent que sur la racine étymologique du terme : Makhzen, (مخزن) du verbe emmagasiner خزن (et qui est aussi l’origine du terme Magasin. En ce sens, le Makhzen, c’est d’abord l’entrepôt des impôts payés par les musulmans (en nature essentiellement); Cependant, en dehors de spécificités linguistiques, les origines du Makhzen, son histoire, sa finalité même ont été sujets à débat.

On peut agréger les théories avancées en 4 grands ensembles :

– ‘Le Makhzen-Tribu’ : idée à l’origine d’Ibn Khaldoun, puis défendue par Cotier et Terasse, selon laquelle l’exercice du pouvoir politique est submergé par sa dimension tribale. L’exercice politique tourne essentiellement autour du conflit Sédentaire vs Nomade (qu’on peut étendre à l’antagonisme Urbain/Rural), le Makhzen s’imposant comme une ‘force de régulation’, il garde sa dimension tribale : il ne s’agit finalement que d’une tribu (ou une fédération tribale) disposant du monopole de la violence symbolique {Note : Dans le contexte actuelle, on peut les assimiler aux grandes familles makhzéniennes, qui continuent de monopoliser la violence symbolique en plus des capitaux bourdieusiens}.
– ‘Le Makhzen Féodal’ : Montagnier voit dans l’antagonisme Makhzen-Tribu une ressemblance avec le modèle féodal occidental : le premier cherche à étendre l’empire du sultan, à soumettre la seconde, qui cherche à garder son autonomie et ses prérogatives. (on reconnaîtra dans cette opposition, celle, plus moderne, de ‘Blad Siba/Blad Makhzen’)

– La dimension religieuse : est soulignée par Greetz, qui fut étonné par le rôle important des Zaouias (sorte de couvent fortifié dirigé par un sage) dans la sociologie politique ‘primitive’. Typiquement, chaque zaouia est un Makhzen en puissance : lors du XVIIe siècle, une zaouia comme celle des Dala’iynes avait un système makhzénien très avancé sur les territoires sous son contrôle.

– Le Makhzen moderne : Laroui y voit l’émanation d’un Etat moderne au Maroc, ou en tout cas, une tentative de rationalisation de l’exercice du pouvoir via la création d’une administration. On rappelle que le Maroc actuel correspond grosso modo à ce qu’on appelait ‘Blad Makhzen’ quelques siècles plutôt. Le Makhzen, enfin, se définit par l’alliance de l’élite urbaine, l’armée, les chérifs et les marabouts (autrement dit, le triptyque Armée, Religion, Aristocratie) ‘le Makhzen, fruit d’une communauté qui se définit comme telle, à un moment de son histoire, jouit de ce fait d’une légitimité historique et ancrée dans l’imaginaire collectif, qui lui reconnait la représentation de l’identité nationale et le monopole des symboles religieux.

‘ {…}Dans un autre registre, Le Makhzen chérifien se pose comme transcendant la prédiction islamique ou le sentiment d’appartenance tribale, (ce qui ne serait pas le cas dans une configuration tribale makhzénienne). L’aspect moderne réside dans cette volonté de centralisation, la création d’une administration forte, ce qui, jusqu’à aujourd’hui une préoccupation essentielle du pouvoir en place.

1. Le champ temporel-religieux
Marcel Mauss avait habitude de dire que les sociétés ont l’habitude de représenter leurs routines par des rites. Dans le cas marocain, la dimension islamique des rites symboliques est essentielle; c’est ce qui explique l’attachement du pouvoir -et de certains acteurs politiques- à chercher de s’approprier ces symboles religieux. L’institution monarchique, sous sa forme royale ou sultanienne, a toujours cherché à assurer son hégémonie sur le champ politique en usant des symboles religieux. Cette volonté de monopole trouve son origine dans les justifications théologiques -ou dans le cas présent, théocratiques- de décisions temporelles, qui deviennent de ce fait sacrées, et donc indiscutables sous peine d’excommunication de la oumma. (avec les conséquences que l’ont peut imaginer en terre islamique pour un renégat). Dans le registre de l’utlisation politique des rites, la dimension temporelle a son importance : le mythe a toujours besoin de son moment fondateur, qui est constamment évoqué lors des rites correspondant. La religion -dans le cas marocain, l’Islam- assure, à travers ses rites propres (la prière du Vendredi, la Beya, etc…) pour garantir une emprise sur le pouvoir et les sujets. Les différentes parties prenantes du Makhzen sont bien sur conscientes que la simple légitimité de l’imamat est nécessaire mais pas suffisante pour assurer la pérennité de l’institution makhzénienne, laquelle cherchera à s’assurer d’autres outils de contrôle et de coercition.
2. La force armée
Zayani, dans son ouvrage ‘واسطة السلوك في سياسة الملوك’ considérait que l’armée était ‘la fierté de l’empire, et la garantie la plus sûre contre les troubles, et quiconque néglige son armée perdra son traîne aussi sûrement’. L’histoire marocaine démontre que la force armée a toujours représenté une institution essentielle dans la distribution des pouvoirs. Une administration centrale et centralisée suppose l’existence d’une force de coercition fidèle, à projection rapide et assurant les rentrées nécessaires d’impôts et de ressources diverses. L’armée makhzénienne est d’abord protectrice de l’ordre intérieur (avant de protéger contre les agressions extérieures). Cependant, du fait de la persistance du sentiment tribale, la formation d’une armée régulière, détachée des enjeux locaux, n’a jamais pu se réaliser (y compris avec la tentative de l’armée des esclaves Boukhara, qui devinrent par la suite une tribu propre, et même une féderation de familles makzéniennes.)
L’armée est donc une force hétérogène, généralement indisciplinée, et de ce fait, volontairement neutralisée par l’institution sultanienne, dévouée à la collecte d’impôts et aux expéditions punitives (Harkas)
3. Les impôts
La motivation principale derrière la structure fiscale marocaine primitive est loin d’être religieuse, elle se résume dans la doctrine suivante :’plus l’assujetti s’enrichit, plus les chances qu’il se révoltera contre le pouvoir grandissent. Il faut donc le taxer durement’. Cette logique rentière explique le retard économique marocain (entre autres). L’impôt makhzénien sert à entretenir la machine pour elle-même (contrairement à l’idée de l’Etat comme canal de redistribution des impôts). A côté des impôts islamiques, le Makhzen créa d’autres impôts -non sans une farouche opposition tribale et même populaire, conférer les nombreuses révoltes rurales et urbaines qui ont émaillé l’histoire du Maroc depuis le XVIIIe siècle-. Cependant, avec l’augmentation de la pression européenne, le Makhzen commença peu à peu à exiger un paiement d’impôt en unités monétaires, ce qui ne manqua pas de bouleverser les structures pré-coloniales, mais pas au point de remettre en cause la fonction de l’impôt : une source de financement et de légitimation du Makhzen.

More to follow…

Bibliographie :
Wijhat Nadar n°11, Automne 2008
R. Charifi ‘Le Makhzen Politique au Maroc, hier et aujourd’hui’ Afrique Orient 1988
C. Greetz ‘Islam Observed, religions development in Moroccan and Indonesia’ Yale University Press 1968
A. Laroui ‘Les Origines sociales et culturelles du Nationalisme marocain’ Maspero 1977
G. Ayache ‘حول تكوين الشعب المغربي، دراسات في التاريخ ‘ Rabat, 1986

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