The Moorish Wanderer

… Et le Maroc passa à côté d’une opportunité historique

Posted in Uncategorized by Zouhair ABH on November 28, 2009


(Note
: le présent article n’est pas une apologie de l’indépendantisme Polisarien. Il s’agit d’un effort de dé construction d’une réalité confuse que très peu de marocains connaissent, car cachée par nos dirigeants depuis 30 ans)

“What does attract you in the desert?”

– “It is clean…”

C’était la réponse du Major T.E. Lawrence (Al-Orance pour les tribus arabes). Le Sahara n’est pas propre. Il est plein d’os blanchis, de carcasses calcinées d’avions, de chars, de divers véhicules, des cadavres d’une guerre qui dure toujours (même avec un cessez-le-feu)

La cause du Sahara, c’est deux thèses antagonistes : Sahara Marocain vs Sahara Occidental. C’est aussi une survivance de la guerre froide, un point où Est et Ouest se mesuraient par marionnettes interposées. Mais au fond, combien de marocains connaissent l’histoire vraie ? Ou tout au moins, combien ont les bonnes informations pour se faire une idée à peu près correcte de la situation ?

I. A l’origine, l’opération Ecouvillon/Ouragan

Ecouvillon a certainement été à l’origine du problème. En 1958, Le Maroc avait une armée ‘officielle’, structurée comme les armées modernes et encadrée à l’européenne (les FAR) et une guérilla bien équipée, très mobile et en constante coordination avec sa consœur algérienne. Il s’agit de l’Armée de Libération Marocaine, qui opérait au nord du Maroc depuis 1955, et qui s’est infiltrée petit à petit au Sud, après la signature des accords de La Celle Saint-Cloud. Ceux qui sont passés par le système marocain se rappellent peut être (ou pas…) les cartes géographiques ou le Maroc recouvre peu à peu son indépendance et son autorité sur des territoires donnés. Au sud de Sidi Ifni, les français et les espagnols étaient encore présents, et l’ALM-Sud opérait souvent des incursions en profondeur pour détruire des installations militaires franco-espagnoles. Cette armée avait des chefs comme Fqih Basri, M. Bensaïd Aït Idder, A. Yousoufi, résistants qui entendaient prolonger la lutte armée pour libérer tous le Maghreb.

Dans ce contexte, la monarchie marocaine (ainsi que ses alliés ‘objectifs’ en Europe et aux Etats-Unis) s’inquiétait de ce rival potentiel, d’autant plus que l’ALM était qualitativement et quantitativement supérieure aux FAR : certes, les officiers coloniaux marocains reversés étaient compétents, mais l’expérience unique des combattants de l’ALM, rodés aux opérations de guérilla (urbaine et classique) et de style ‘commandos’ lui donnait un avantage décisif. Cette ALM était donc un danger pour la monarchie, qui tenta par tous les moyens de l’asphyxier : en essayant de corrompre ses dirigeants (Sanhaji raconte que tout chef de l’ALM qui faisait allégeance à la monarchie avec un groupe de plus de 25 combattants était automatiquement intégré à la fonction publique, aux FAR, était éligible à un agrément de transport, etc…)

Ou encore en coupant les vivres : sous sa primature, A. Ibrahim a souvent défendu Benhamou et Basri devant Mohamed V, et surtout, My Hassan, les premiers se plaignaient de l’interruption du ravitaillement, interruption initiée par le prince héritier, et de son conseiller militaire, le Cdt Blair (de l’US Navy et très probablement de la CIA)

En 1958, Les combattants de l’ALM avaient habitude de partir de leurs bases en territoire marocain –avec la discrète neutralité bienveillante des gardes frontières marocains- et frapper en zone occupée. Les franco-espagnols décident de couper court à l’impunité des combattants ALM et larguent un millier de parachutistes derrière la frontière marocaine (le 7ème Régiment de Para Coloniaux et la Légion étrangère espagnole y participent) et prennent à revers l’ALM et les tribus sahraouies qu’elle arme. Elle est donc entièrement annihilée, et beaucoup de sahraouis garderont souvenir de cette opération. Les membres de l’ALM gardent le souvenir d’une trahison, les autorités marocaines les ayant abandonnés face à un adversaire bien renseigné et surtout, largement supérieur en nombre et en matériel (que peuvent faire les mortiers et fusils des combattants, contre les avions et les canons lourds du contingent Franco-espagnol ?)

Pour le Polisario, l’ALM était simplement un corps d’instructeur (mercenaires même). On comprendra plus tard pourquoi ce mythe fondateur est nécessaire à la littérature du Polisario pour trouver les racines d’un ‘nationalisme sahraoui’.

II El Ouali Mustapha Sayyed : Un patriote mal connu

« Fils de résistant, issu de la tribu des Thallat, le futur leader sahraoui grandit à Tan Tan, entre à l’école tardivement.[…] (Il) s’inscrit en faculté de droit à Rabat. C’est là que sa conscience politique se forme. […] Ses enseignants saluent ce “pur idéaliste dont l’adversité ne semble pas dévoyer la cause sahraouie”, ses camarades apprécient cet “esprit libre qui ne souffre aucun sectarisme”.

El Ouali n’envisage pas l’indépendance, bien au contraire. “Ces dignes héritiers de l’ALN veulent parachever ce qui n’a pas été permis à leurs aînés, réparer cette frustration, encore cruellement vivace, d’avoir été empêchés de pénétrer au Sahara armes à la main”, se rappelle un militant de gauche, qui les a côtoyés.

Entre-temps, El Ouali voyage, commence par l’Algérie où Bensaïd Aït Ider lui apporte son appui, jusqu’au jour où il lui fait état de ses projets sécessionnistes. “La révolution au Maroc, oui, mais la scission du territoire, non”, » (TelQuel n°210)

A l’évidence, quelque chose s’est passé entre le moment où El Ouali militait pour le rattachement du Rio de Oro espagnol au Maroc, et le moment où il fait appel à la Libye, puis aux Algériens pour armer et financer ce qui deviendra plus tard le Polisario. A Tan Tan en 1972, El Ouali organise une manifestation contre l’occupation espagnole du Sahara, est arrêté, puis enlevé par la police marocaine, puis relâché quelques mois plus tard. Bien entendu, cette arrestation en plus de ses activités politiques à l’UNEM, font qu’il passera par la torture ordinaire de l’époque. Dans l’optique makhzénienne, le patriotisme ne peut s’exprimer que par ses voies officielles, en proclamant l’attachement au trône et à la monarchie. C’est cette vision qui peut expliquer partiellement la décision de la monarchie pour étouffer l’ALM en la livrant littéralement, aux anciens colonisateurs. la majorité des combattants n’était peut être pas républicaine, mais aspirait vivement à un nouvel ordre des choses, ce que la monarchie, et –cette fois, ses alliés intérieurs- les anciens collaborateurs réhabilités, refusait catégoriquement.

El Ouali est donc dégoûté, mais ne se tourne pas directement vers le séparatisme. Il rallie les dirigeants de gauche, exilés en Algérie ou en France (Bensaïd Aït Idder ou Fqih Basri) pour participer à leurs projets (notamment l’organisation du Tanzim.) : ‘Arrivé à Tripoli le fqih Basri enrôle (El Ouali){…}, très vite, Mahmoud (Bennouna) et Basri découvrent en El Ouali les qualités d’un chef capable d’ouvrir un troisième front dans le Sud’

Remarquons que jusqu’en 1973, El Ouali opère avec des marocains, en tant quel tel, pour combattre le despotisme hassanien de l’époque. Après ? On peut lier deux évènements à l’intervention des services secrets algériens : Mars 1973 a été échec pour le Tanzim, car ce dernier a été, entre autres, infiltré par des agents marocains avec la neutralité bienveillante des algériens, ces derniers ayant aussi opposé toutes sortes de difficultés pour l’approvisionnement et les communications. Du côté d’El Ouali, il n’est pas impossible de penser qu’une manipulation algérienne et libyenne l’ait conduit à envisager de plus en plus l’idée d’un Sahara indépendant. Quand il est question d’Algérie ou de Libye ici, ce sont des forces occultes, manipulées à leur tour par les services de renseignement de pays plus grands : CIA et KGB ont déjà eu l’occasion de coopérer pour dévoyer des mouvements tiers-mondistes à leur propre bénéfice…

10 Mai 1973, le Polisario est officiellement créé, et engage des raids contre les postes espagnols : il ne s’attaque pas au territoire marocain, et se focalise sur la lutte contre les espagnols. Juin 1976, sa petite colonne est éliminée par l’armée Mauritanienne (avec le soutien de l’aviation française ?) devant Nouakchott. Sa mort ouvre la voie à une nouvelle phase dans le problème du Sahara.

III. Le Maroc, La Marche Verte, la guerre des sables

En 1975, la Monarchie ne tient que par la terreur policière. Hassan II a besoin de reprendre l’initiative face à un mécontentement populaire croissant (on enregistre de plus en plus de révoltes populaires dans les petites localités perdues du Maroc inutile) et des dates comme 1971, 1972 et 1973, prouvent qu’on peut dangereusement menacer le pouvoir. C’est ainsi que la marche verte allait permettre à la monarchie de reprendre l’initiative, et réactiver -à son bénéfice bien sûr- le vieux nationalisme marocain. Curieux retournement de situation : la Koutla (Istiqlal, UNFP puis l’USFP qui se créé en 1975 par scission de l’UNFP) qui compte beaucoup d’anciens résistants, perd une revendication qu’elle a longtemps fait sienne : la récupération des territoires marocains encore sous domination colonialiste (y compris la Mauritanie) à un moment où la monarchie souhaitait d’abord consolider son emprise sur les territoires de 1956. La Marche verte, est, en ce sens, une initiative audacieuse, plus dirigée vers des buts de politique intérieure, que par des considérations de ‘libération nationale’. 1975, c’est aussi l’année de la mort de F. Franco, dictateur de l’Espagne et, comme son collègue Salazar, inconscient des changements du monde après 1945.

La Marche verte, c’est aussi l’infiltration des FAR en zone sud, et dès 1976, des accrochages avec l’APLN Algérienne, et le Polisario, qui se renforce des milices espagnoles, composées de soldats Sahraouis. le Polisario, en plus de disposer d’une force armée disciplinée et en parfaite connaissance du terrain, reçoit du matériel moderne de Libye, d’Allemagne de l’Est, le Yougoslavie et de Tchécoslovaquie, et des renseignements précieux des Algériens. le Maroc reçoit le soutien de la France et des USA, mais le matériel reçu n’est pas très utile dans une guerre du désert, où la mobilité et l’armement léger et rustique obtiennent plus de résultats qu’une armée conventionnelle, à l’armement certes de qualité, mais fragile sous le climat sec du Sahara, et l’incompétence de militaires ayant peu ou pas d’expérience. Ce n’est qu’en 1991 que le climat se détend, et les deux belligérants signent un cessez-le-feu.

IV. Quel Sahara pour quel Maroc ?

La proposition marocaine d’autonomie sahraouie suppose un référendum constitutionnel : une partie du territoire marocain disposera d’une autonomie accrue, et le principe d’extension de ces avantages à d’autres régions marocaines suppose un changement profond du système administratif du pays. Un changement de telle ampleur doit s’effectuer à travers un réaménagement de la constitution. Une solution parmi d’autres serait de faire du Maroc une fédération de régions avec de larges attributions, mais qui se rattachent à l’idéal du Maroc pluriel mais indivisible. Une réforme constitutionnelle, redistribuant les pouvoirs au bénéfice du peuple marocain, sera nécessaire pour faire en finir avec ce ‘grand malentendu’

Bibliographie :

TelQuel n°210

‘Héros sans Gloire, Echec d’une révolution’ Mehdi Bennouna

‘Les Trois Rois’ Ignace Dalle

‘سنوات الصمود في قلب الإعصار’ Mohamed Louma & Abdellah Ibrahim

‘La Grance Encycolpédie du Maroc – Institutions’ Collectif

One Response

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  1. abdoune said, on May 15, 2015 at 15:43

    tout ce là veut dire que le Maroc de part son incapacité à géré cette situation préserver le roi s’accaparer le Sahara occidental il à perdu la facilité et l’occasion d’occuper le sahara pacifiquement Les Sahraouis plus politisés que la Royauté et ayant une vision plus lointaine plus politique ont refusé le Makhzen suite aux stages de tortues dans les prisons Royales


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