The Moorish Wanderer

La grande illusion

Posted in Uncategorized by Zouhair ABH on November 22, 2009

Novembre 1955 : un Lockheed Constellation blanc se détache dans le ciel bleu légèrement nuagé de Casablanca. L’avion décrit un large cercle autour de la piste d’atterissage, avant de se poser lourdement sur le tarmac approximatif de l’aérodrome. Une foule immense se presse déjà vers l’oiseau blanc, à peine contenue par un service d’ordre qui ne partage pas moins l’enthousiasme de la foule.

C’était le 16 Novembre 1955, le Roi Mohammed V rentre au Maroc après 2 ans d’exil en Corse, puis à Madagascar. Il ne rentre pas directement. Il fait un détour par Paris, où Edgar Faure le reçoit avec les honneurs d’un chef d’Etat, afin de finaliser “l’indépendance dans l’interdépendance”. Le 18 Novembre, la transmission du pouvoir est formalisée, entre le conseil du trône et le Sultan –bientôt roi- Mohammed Ben Youssef, Mohamed V.

Pourquoi fêter l’indépendance marocaine le 18 Novembre 1955 ? c’est une date symbolique, comme d’autres d’ailleurs. On peut remonter à la Bataille d’Anoual en Juillet 1921. Dans un registre plus ‘moderne’, on peut retenir les dates suivantes comme fête de l’indépendance :

– 11 Janvier 1944 : Présentation du Manifeste de l’indépendance

– 10 Avril 1947, discours de Tanger

– 16 Août 1953, première révolte pro-indépendance (réprimée dans le sang)

– 7 Décembre 1955, nomination du premier gouvernement marocain post-indépendance (Gouvernement Bekkaï)

– 2/3 Mars 1956 : signature des accords de La Celle Saint-Cloud

– 7 Mars 1956 : déclaration officielle de l‘indépendance (eh oui, un discours de Mohammed V)

– 7 Avril 1956 : accord maroco-espagnol libérant le Maroc espagnol (zone nord)

– 12 Novembre 1956 : investiture du Conseil National Consultatif (ancêtre lointain du Parlement)

Et bien d’autres…

Quelle date choisir ? c’est un choix éminemment politique, et le mouvement national a commis une erreur grossière, qui lui coûtera beaucoup : En ‘oubliant’, ou en escamotant la nécessité d’un réel programme intégral post indépendance, et en se contentant de perpétuer le rite de la beya (qui, de facto a été depuis longtemps vidée de son essence démocratique pour devenir l’assentiment des élites urbaines, sanctionné par un avis religieux falot…).

Peut être aussi en sous-estimant la capacité de la monarchie à reprendre le pouvoir. Pourquoi le 18 Novembre ? la simple transition de pouvoir a-t-elle formalisé l’indépendance de notre pays ? force est de constater que non. Par tous les critères censés pour ‘sélectionner’ une date d’indépendance, celui que nous pouvons appliquer à la date du 18 Novembre est évidemment la prise de contrôle officielle de la monarchie sur le pouvoir au Maroc. Un pouvoir dirons-nous, avec les attributs modernes d’une administration ‘rationnelle’ et surtout, le monopole (provisoire aux premières années de l’indépendance) de la violence symbolique et réelle. Pourquoi donc ce 18 Novembre est-il si symbolique ? parce qu’avant 1912, l’empire chérifien n’existait pas en tant qu’unité homogène s’étendant de Tlemcen aux déserts du Touat, mais existait par le rapport qu’entretenait le Sultan avec les tribus, un rapport que nous pouvons qualifier de guerre civile permanente. Le pouvoir impérial se manifeste par les Harkas, des expéditions punitives pour lever l’impôt et confirmer l’autorité sultanienne sur les tribus rebelles ou réfractaires, comme si le sultan ne pouvait s’assurer la soumission définitive ou durable des tribus. En définitive, le pouvoir au Maroc pré-colonial était une série de tentative plus ou moins heureuses du sultan pour imposer son autorité, qui, tout au long des règnes sucessif, était bien théorique dans de nombreuses régions du Maroc. L’activité essentielle du sultan était donc essentiellement de se déplacer avec sa Smala à travers le Maroc, vivant de l’habitant, soumettant, pressurant et recrutant dans les tribus qui ont plus ou moins la force de s’opposer à lui ou à se soumettre à son autorité, ne disait-on pas à l’époque que ‘le bon sultan était celui qui n’avait de plafond que la voûte étoilée, et de lit que le baldaquin de son chameau’ ?. Dès 1934, les choses changent profondément au Maroc : malgré un partage Franco-Espagnol du territoire, les tribus étaient durablement soumises par le choc de la guerre moderne (après avoir, combattu à la limite de l’impossible, attirant par là le respect et l’admiration des Français et Espagnols). La construction d’infrastructures, routes, aérodromes, chemins de fer, relais de postes, etc… bref, tout ce qui permet à un Etat de maîtriser m’espace et de projeter sa force sur le territoire, tout cela donc, a radicalement changé le Maroc, ce qui se reflètera bien après 1956.
Le 18 Novembre 1955, c’est la fin d’une tradition d’intrigues de palais, en tout cas ‘traditionnelles’, puisque le Sultan -plus tard Roi- obtient sans violence, la transmission du pouvoir symbolique à son bénéfice. C’est ce qu’on fête aujourd’hui : la consécration de la monarchie et sa maîtrise -peut être partielle en 1955- confirmée du Maroc, un niveau de pouvoir qu’elle n’a jamais pu avoir.

Le choix du 18 Novembre, c’est aussi une confusion savamment entretenue par l’Istiqlal et la Monarchie, à savoir que le retour du Roi marquait l’indépendance du pays, ce qui n’est pas le cas, pour les raisons évoquées plus haut. Du fait, seule l’avenue casablancaise nous rappelle qu’une autre date, peut être bientôt oubliée, représentait aussi l’indépendance.

Dans ce cas, me dirait-on, quelle date choisir ? le 2 Mars correspond bien à une date symbolique, celle où le Maroc recouvre sa capacité de nation souveraine, puisque les accords de La Celle Saint-Cloud neutralisent ceux du traité de Fès, c’est-à-dire, le passage d’une nation protégée, mineure et privée de ses droits souverains, à une nation libre, en pleine possession de ses moyens (enfin, presque, puisque quelques dizaines de milliers de soldats français et américains resteront sur le sol marocain jusqu’aux années 1970). Un istiqlalien vous dira que le 11 Janvier devrait être aussi une date à retenir (pour des raisons que l’on connaît, l’Istiqlal s’était de ce fait crée à travers ce manifeste). Par contre, le 7 Mars 1956 peut être retenu, par le caractère officiel de l’annonce de l’indépendance. Ceci dit, c’est un travail d’historien que de déterminer une bonne date pour l’évènement. des historiens donc, mais que dire ? le régime applique cette devie qu’on retrouve dans “1984” de Georges Orwell : “Qui contrôle le passé contrôle l’avenir. Qui contrôle le présent contrôle le passé”


Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: