The Moorish Wanderer

… Et le Maroc passa à côté d’une opportunité historique

Posted in Uncategorized by Zouhair ABH on November 28, 2009


(Note
: le présent article n’est pas une apologie de l’indépendantisme Polisarien. Il s’agit d’un effort de dé construction d’une réalité confuse que très peu de marocains connaissent, car cachée par nos dirigeants depuis 30 ans)

“What does attract you in the desert?”

– “It is clean…”

C’était la réponse du Major T.E. Lawrence (Al-Orance pour les tribus arabes). Le Sahara n’est pas propre. Il est plein d’os blanchis, de carcasses calcinées d’avions, de chars, de divers véhicules, des cadavres d’une guerre qui dure toujours (même avec un cessez-le-feu)

La cause du Sahara, c’est deux thèses antagonistes : Sahara Marocain vs Sahara Occidental. C’est aussi une survivance de la guerre froide, un point où Est et Ouest se mesuraient par marionnettes interposées. Mais au fond, combien de marocains connaissent l’histoire vraie ? Ou tout au moins, combien ont les bonnes informations pour se faire une idée à peu près correcte de la situation ?

I. A l’origine, l’opération Ecouvillon/Ouragan

Ecouvillon a certainement été à l’origine du problème. En 1958, Le Maroc avait une armée ‘officielle’, structurée comme les armées modernes et encadrée à l’européenne (les FAR) et une guérilla bien équipée, très mobile et en constante coordination avec sa consœur algérienne. Il s’agit de l’Armée de Libération Marocaine, qui opérait au nord du Maroc depuis 1955, et qui s’est infiltrée petit à petit au Sud, après la signature des accords de La Celle Saint-Cloud. Ceux qui sont passés par le système marocain se rappellent peut être (ou pas…) les cartes géographiques ou le Maroc recouvre peu à peu son indépendance et son autorité sur des territoires donnés. Au sud de Sidi Ifni, les français et les espagnols étaient encore présents, et l’ALM-Sud opérait souvent des incursions en profondeur pour détruire des installations militaires franco-espagnoles. Cette armée avait des chefs comme Fqih Basri, M. Bensaïd Aït Idder, A. Yousoufi, résistants qui entendaient prolonger la lutte armée pour libérer tous le Maghreb.

Dans ce contexte, la monarchie marocaine (ainsi que ses alliés ‘objectifs’ en Europe et aux Etats-Unis) s’inquiétait de ce rival potentiel, d’autant plus que l’ALM était qualitativement et quantitativement supérieure aux FAR : certes, les officiers coloniaux marocains reversés étaient compétents, mais l’expérience unique des combattants de l’ALM, rodés aux opérations de guérilla (urbaine et classique) et de style ‘commandos’ lui donnait un avantage décisif. Cette ALM était donc un danger pour la monarchie, qui tenta par tous les moyens de l’asphyxier : en essayant de corrompre ses dirigeants (Sanhaji raconte que tout chef de l’ALM qui faisait allégeance à la monarchie avec un groupe de plus de 25 combattants était automatiquement intégré à la fonction publique, aux FAR, était éligible à un agrément de transport, etc…)

Ou encore en coupant les vivres : sous sa primature, A. Ibrahim a souvent défendu Benhamou et Basri devant Mohamed V, et surtout, My Hassan, les premiers se plaignaient de l’interruption du ravitaillement, interruption initiée par le prince héritier, et de son conseiller militaire, le Cdt Blair (de l’US Navy et très probablement de la CIA)

En 1958, Les combattants de l’ALM avaient habitude de partir de leurs bases en territoire marocain –avec la discrète neutralité bienveillante des gardes frontières marocains- et frapper en zone occupée. Les franco-espagnols décident de couper court à l’impunité des combattants ALM et larguent un millier de parachutistes derrière la frontière marocaine (le 7ème Régiment de Para Coloniaux et la Légion étrangère espagnole y participent) et prennent à revers l’ALM et les tribus sahraouies qu’elle arme. Elle est donc entièrement annihilée, et beaucoup de sahraouis garderont souvenir de cette opération. Les membres de l’ALM gardent le souvenir d’une trahison, les autorités marocaines les ayant abandonnés face à un adversaire bien renseigné et surtout, largement supérieur en nombre et en matériel (que peuvent faire les mortiers et fusils des combattants, contre les avions et les canons lourds du contingent Franco-espagnol ?)

Pour le Polisario, l’ALM était simplement un corps d’instructeur (mercenaires même). On comprendra plus tard pourquoi ce mythe fondateur est nécessaire à la littérature du Polisario pour trouver les racines d’un ‘nationalisme sahraoui’.

II El Ouali Mustapha Sayyed : Un patriote mal connu

« Fils de résistant, issu de la tribu des Thallat, le futur leader sahraoui grandit à Tan Tan, entre à l’école tardivement.[…] (Il) s’inscrit en faculté de droit à Rabat. C’est là que sa conscience politique se forme. […] Ses enseignants saluent ce “pur idéaliste dont l’adversité ne semble pas dévoyer la cause sahraouie”, ses camarades apprécient cet “esprit libre qui ne souffre aucun sectarisme”.

El Ouali n’envisage pas l’indépendance, bien au contraire. “Ces dignes héritiers de l’ALN veulent parachever ce qui n’a pas été permis à leurs aînés, réparer cette frustration, encore cruellement vivace, d’avoir été empêchés de pénétrer au Sahara armes à la main”, se rappelle un militant de gauche, qui les a côtoyés.

Entre-temps, El Ouali voyage, commence par l’Algérie où Bensaïd Aït Ider lui apporte son appui, jusqu’au jour où il lui fait état de ses projets sécessionnistes. “La révolution au Maroc, oui, mais la scission du territoire, non”, » (TelQuel n°210)

A l’évidence, quelque chose s’est passé entre le moment où El Ouali militait pour le rattachement du Rio de Oro espagnol au Maroc, et le moment où il fait appel à la Libye, puis aux Algériens pour armer et financer ce qui deviendra plus tard le Polisario. A Tan Tan en 1972, El Ouali organise une manifestation contre l’occupation espagnole du Sahara, est arrêté, puis enlevé par la police marocaine, puis relâché quelques mois plus tard. Bien entendu, cette arrestation en plus de ses activités politiques à l’UNEM, font qu’il passera par la torture ordinaire de l’époque. Dans l’optique makhzénienne, le patriotisme ne peut s’exprimer que par ses voies officielles, en proclamant l’attachement au trône et à la monarchie. C’est cette vision qui peut expliquer partiellement la décision de la monarchie pour étouffer l’ALM en la livrant littéralement, aux anciens colonisateurs. la majorité des combattants n’était peut être pas républicaine, mais aspirait vivement à un nouvel ordre des choses, ce que la monarchie, et –cette fois, ses alliés intérieurs- les anciens collaborateurs réhabilités, refusait catégoriquement.

El Ouali est donc dégoûté, mais ne se tourne pas directement vers le séparatisme. Il rallie les dirigeants de gauche, exilés en Algérie ou en France (Bensaïd Aït Idder ou Fqih Basri) pour participer à leurs projets (notamment l’organisation du Tanzim.) : ‘Arrivé à Tripoli le fqih Basri enrôle (El Ouali){…}, très vite, Mahmoud (Bennouna) et Basri découvrent en El Ouali les qualités d’un chef capable d’ouvrir un troisième front dans le Sud’

Remarquons que jusqu’en 1973, El Ouali opère avec des marocains, en tant quel tel, pour combattre le despotisme hassanien de l’époque. Après ? On peut lier deux évènements à l’intervention des services secrets algériens : Mars 1973 a été échec pour le Tanzim, car ce dernier a été, entre autres, infiltré par des agents marocains avec la neutralité bienveillante des algériens, ces derniers ayant aussi opposé toutes sortes de difficultés pour l’approvisionnement et les communications. Du côté d’El Ouali, il n’est pas impossible de penser qu’une manipulation algérienne et libyenne l’ait conduit à envisager de plus en plus l’idée d’un Sahara indépendant. Quand il est question d’Algérie ou de Libye ici, ce sont des forces occultes, manipulées à leur tour par les services de renseignement de pays plus grands : CIA et KGB ont déjà eu l’occasion de coopérer pour dévoyer des mouvements tiers-mondistes à leur propre bénéfice…

10 Mai 1973, le Polisario est officiellement créé, et engage des raids contre les postes espagnols : il ne s’attaque pas au territoire marocain, et se focalise sur la lutte contre les espagnols. Juin 1976, sa petite colonne est éliminée par l’armée Mauritanienne (avec le soutien de l’aviation française ?) devant Nouakchott. Sa mort ouvre la voie à une nouvelle phase dans le problème du Sahara.

III. Le Maroc, La Marche Verte, la guerre des sables

En 1975, la Monarchie ne tient que par la terreur policière. Hassan II a besoin de reprendre l’initiative face à un mécontentement populaire croissant (on enregistre de plus en plus de révoltes populaires dans les petites localités perdues du Maroc inutile) et des dates comme 1971, 1972 et 1973, prouvent qu’on peut dangereusement menacer le pouvoir. C’est ainsi que la marche verte allait permettre à la monarchie de reprendre l’initiative, et réactiver -à son bénéfice bien sûr- le vieux nationalisme marocain. Curieux retournement de situation : la Koutla (Istiqlal, UNFP puis l’USFP qui se créé en 1975 par scission de l’UNFP) qui compte beaucoup d’anciens résistants, perd une revendication qu’elle a longtemps fait sienne : la récupération des territoires marocains encore sous domination colonialiste (y compris la Mauritanie) à un moment où la monarchie souhaitait d’abord consolider son emprise sur les territoires de 1956. La Marche verte, est, en ce sens, une initiative audacieuse, plus dirigée vers des buts de politique intérieure, que par des considérations de ‘libération nationale’. 1975, c’est aussi l’année de la mort de F. Franco, dictateur de l’Espagne et, comme son collègue Salazar, inconscient des changements du monde après 1945.

La Marche verte, c’est aussi l’infiltration des FAR en zone sud, et dès 1976, des accrochages avec l’APLN Algérienne, et le Polisario, qui se renforce des milices espagnoles, composées de soldats Sahraouis. le Polisario, en plus de disposer d’une force armée disciplinée et en parfaite connaissance du terrain, reçoit du matériel moderne de Libye, d’Allemagne de l’Est, le Yougoslavie et de Tchécoslovaquie, et des renseignements précieux des Algériens. le Maroc reçoit le soutien de la France et des USA, mais le matériel reçu n’est pas très utile dans une guerre du désert, où la mobilité et l’armement léger et rustique obtiennent plus de résultats qu’une armée conventionnelle, à l’armement certes de qualité, mais fragile sous le climat sec du Sahara, et l’incompétence de militaires ayant peu ou pas d’expérience. Ce n’est qu’en 1991 que le climat se détend, et les deux belligérants signent un cessez-le-feu.

IV. Quel Sahara pour quel Maroc ?

La proposition marocaine d’autonomie sahraouie suppose un référendum constitutionnel : une partie du territoire marocain disposera d’une autonomie accrue, et le principe d’extension de ces avantages à d’autres régions marocaines suppose un changement profond du système administratif du pays. Un changement de telle ampleur doit s’effectuer à travers un réaménagement de la constitution. Une solution parmi d’autres serait de faire du Maroc une fédération de régions avec de larges attributions, mais qui se rattachent à l’idéal du Maroc pluriel mais indivisible. Une réforme constitutionnelle, redistribuant les pouvoirs au bénéfice du peuple marocain, sera nécessaire pour faire en finir avec ce ‘grand malentendu’

Bibliographie :

TelQuel n°210

‘Héros sans Gloire, Echec d’une révolution’ Mehdi Bennouna

‘Les Trois Rois’ Ignace Dalle

‘سنوات الصمود في قلب الإعصار’ Mohamed Louma & Abdellah Ibrahim

‘La Grance Encycolpédie du Maroc – Institutions’ Collectif

La grande illusion

Posted in Uncategorized by Zouhair ABH on November 22, 2009

Novembre 1955 : un Lockheed Constellation blanc se détache dans le ciel bleu légèrement nuagé de Casablanca. L’avion décrit un large cercle autour de la piste d’atterissage, avant de se poser lourdement sur le tarmac approximatif de l’aérodrome. Une foule immense se presse déjà vers l’oiseau blanc, à peine contenue par un service d’ordre qui ne partage pas moins l’enthousiasme de la foule.

C’était le 16 Novembre 1955, le Roi Mohammed V rentre au Maroc après 2 ans d’exil en Corse, puis à Madagascar. Il ne rentre pas directement. Il fait un détour par Paris, où Edgar Faure le reçoit avec les honneurs d’un chef d’Etat, afin de finaliser “l’indépendance dans l’interdépendance”. Le 18 Novembre, la transmission du pouvoir est formalisée, entre le conseil du trône et le Sultan –bientôt roi- Mohammed Ben Youssef, Mohamed V.

Pourquoi fêter l’indépendance marocaine le 18 Novembre 1955 ? c’est une date symbolique, comme d’autres d’ailleurs. On peut remonter à la Bataille d’Anoual en Juillet 1921. Dans un registre plus ‘moderne’, on peut retenir les dates suivantes comme fête de l’indépendance :

– 11 Janvier 1944 : Présentation du Manifeste de l’indépendance

– 10 Avril 1947, discours de Tanger

– 16 Août 1953, première révolte pro-indépendance (réprimée dans le sang)

– 7 Décembre 1955, nomination du premier gouvernement marocain post-indépendance (Gouvernement Bekkaï)

– 2/3 Mars 1956 : signature des accords de La Celle Saint-Cloud

– 7 Mars 1956 : déclaration officielle de l‘indépendance (eh oui, un discours de Mohammed V)

– 7 Avril 1956 : accord maroco-espagnol libérant le Maroc espagnol (zone nord)

– 12 Novembre 1956 : investiture du Conseil National Consultatif (ancêtre lointain du Parlement)

Et bien d’autres…

Quelle date choisir ? c’est un choix éminemment politique, et le mouvement national a commis une erreur grossière, qui lui coûtera beaucoup : En ‘oubliant’, ou en escamotant la nécessité d’un réel programme intégral post indépendance, et en se contentant de perpétuer le rite de la beya (qui, de facto a été depuis longtemps vidée de son essence démocratique pour devenir l’assentiment des élites urbaines, sanctionné par un avis religieux falot…).

Peut être aussi en sous-estimant la capacité de la monarchie à reprendre le pouvoir. Pourquoi le 18 Novembre ? la simple transition de pouvoir a-t-elle formalisé l’indépendance de notre pays ? force est de constater que non. Par tous les critères censés pour ‘sélectionner’ une date d’indépendance, celui que nous pouvons appliquer à la date du 18 Novembre est évidemment la prise de contrôle officielle de la monarchie sur le pouvoir au Maroc. Un pouvoir dirons-nous, avec les attributs modernes d’une administration ‘rationnelle’ et surtout, le monopole (provisoire aux premières années de l’indépendance) de la violence symbolique et réelle. Pourquoi donc ce 18 Novembre est-il si symbolique ? parce qu’avant 1912, l’empire chérifien n’existait pas en tant qu’unité homogène s’étendant de Tlemcen aux déserts du Touat, mais existait par le rapport qu’entretenait le Sultan avec les tribus, un rapport que nous pouvons qualifier de guerre civile permanente. Le pouvoir impérial se manifeste par les Harkas, des expéditions punitives pour lever l’impôt et confirmer l’autorité sultanienne sur les tribus rebelles ou réfractaires, comme si le sultan ne pouvait s’assurer la soumission définitive ou durable des tribus. En définitive, le pouvoir au Maroc pré-colonial était une série de tentative plus ou moins heureuses du sultan pour imposer son autorité, qui, tout au long des règnes sucessif, était bien théorique dans de nombreuses régions du Maroc. L’activité essentielle du sultan était donc essentiellement de se déplacer avec sa Smala à travers le Maroc, vivant de l’habitant, soumettant, pressurant et recrutant dans les tribus qui ont plus ou moins la force de s’opposer à lui ou à se soumettre à son autorité, ne disait-on pas à l’époque que ‘le bon sultan était celui qui n’avait de plafond que la voûte étoilée, et de lit que le baldaquin de son chameau’ ?. Dès 1934, les choses changent profondément au Maroc : malgré un partage Franco-Espagnol du territoire, les tribus étaient durablement soumises par le choc de la guerre moderne (après avoir, combattu à la limite de l’impossible, attirant par là le respect et l’admiration des Français et Espagnols). La construction d’infrastructures, routes, aérodromes, chemins de fer, relais de postes, etc… bref, tout ce qui permet à un Etat de maîtriser m’espace et de projeter sa force sur le territoire, tout cela donc, a radicalement changé le Maroc, ce qui se reflètera bien après 1956.
Le 18 Novembre 1955, c’est la fin d’une tradition d’intrigues de palais, en tout cas ‘traditionnelles’, puisque le Sultan -plus tard Roi- obtient sans violence, la transmission du pouvoir symbolique à son bénéfice. C’est ce qu’on fête aujourd’hui : la consécration de la monarchie et sa maîtrise -peut être partielle en 1955- confirmée du Maroc, un niveau de pouvoir qu’elle n’a jamais pu avoir.

Le choix du 18 Novembre, c’est aussi une confusion savamment entretenue par l’Istiqlal et la Monarchie, à savoir que le retour du Roi marquait l’indépendance du pays, ce qui n’est pas le cas, pour les raisons évoquées plus haut. Du fait, seule l’avenue casablancaise nous rappelle qu’une autre date, peut être bientôt oubliée, représentait aussi l’indépendance.

Dans ce cas, me dirait-on, quelle date choisir ? le 2 Mars correspond bien à une date symbolique, celle où le Maroc recouvre sa capacité de nation souveraine, puisque les accords de La Celle Saint-Cloud neutralisent ceux du traité de Fès, c’est-à-dire, le passage d’une nation protégée, mineure et privée de ses droits souverains, à une nation libre, en pleine possession de ses moyens (enfin, presque, puisque quelques dizaines de milliers de soldats français et américains resteront sur le sol marocain jusqu’aux années 1970). Un istiqlalien vous dira que le 11 Janvier devrait être aussi une date à retenir (pour des raisons que l’on connaît, l’Istiqlal s’était de ce fait crée à travers ce manifeste). Par contre, le 7 Mars 1956 peut être retenu, par le caractère officiel de l’annonce de l’indépendance. Ceci dit, c’est un travail d’historien que de déterminer une bonne date pour l’évènement. des historiens donc, mais que dire ? le régime applique cette devie qu’on retrouve dans “1984” de Georges Orwell : “Qui contrôle le passé contrôle l’avenir. Qui contrôle le présent contrôle le passé”


Modern Morocco, Archaic Morocco

Posted in Uncategorized by Zouhair ABH on November 12, 2009

I had many stereotyped ideas about how I should deal with politics in Morocco. Namely, I thought I could understand what it happening in our glorious land, simply by following news, blogs and ‘current affairs’… A sort of a rather radical breakthrough with old, ancient history (before 1912 anyway…) And I was so mistaken, for it I had to go back to the ancient times and read about pre-colonial Moroccan history, and it proved useful.

Whether one should like it or not, modern politics in Morocco are closely tied to our own ancient history, and not the least good part –if any- of it. I do have a modest bookshelf about it, but it is mainly French, or Arabic, sometimes arid though fascinating. Lately, I came across a rather interesting book ‘Lords of the Atlas’ by G. Maxwell. Anglo-saxon literature is usually more accurate and above all, more ‘fair’ in their account of the pre-1912 Morocco. Maxwell, as well as Waterbury or Harris, are uncontested authorities and precious references for the likes of me.

Gavin Maxwell gives a terrible and terrific description of this Feudal Morocco of our : killings, loots, rapes and destruction were the usual share of the day for the common Moroccans as well as the distinguished ones. Though the book is mainly about the Lords of the High and Anti-Atlas, the pattern of behaviour is applicable elsewhere in Morocco. The same story is told by Abdellah Laroui, in his memorable ‘Origines Sociales et Culturelles du Nationalisme Marocain’.

The Makhzen works with simple parameters, which makes it a unique form of bureaucracy that transcends the ages.

I. The Tribes.

One has to be extremely cautious in this ‘racial’ criterion: although spatial mobility was too little and endogamy very current, Moroccan population mixed up a lot. Subsaharian, Arab, Jewish, Turkish, European and Amazigh ancestry all gather up in this land. However, this does not mean that these communities –or tribes, for it is the best concept to describe the social structure that makes Morocco what it is- are willingly admitting that they are mixed, indeed not. Each community tries to preserve its purity –racism is an inherent par of the system- and perhaps its supposed superiority over the others.

In general terms, tribes are usually reluctant to pay taxes to the Makhzen, for many reasons, as a tax collection usually means a proper loot of the meager goods common people have: a sheep, the yearly harvest of crops, a few pieces of silver… whatever the Khalifa or the Caïd could get for themselves and for the Sultan. Tax collection is not a ‘rational’ or ‘Weberian bureaucratic’ process: it is a punctual requirement for the Sultan, to levy and pay his Harka against rebellious tribes that are refusing to neither pay him taxes nor acknowledge his authority. The taxes are also a pretext for the local lords to expand their wealth at the expenses of their populations, as they receive no formal wage for their service. The tribes and the Makhzen therefore have an ambiguous relation. The Makhzen needs money and men to punish renegade tribes and the tribes want full autonomy, little taxation, though they might be willing to lend the Makhzen a hand to oust a rival and get hold of their wealth. The very end of the Makhzenian system is civil war, as a social regulatory tool, a way to temper and punish those that are growing more and more challenging to the Sultan’s authority, and rewards for those who help to crash the early ones.

Amazigh tribes in the mountains are however somewhat different for the ones in the Plains (Amazigh or not). Their inhospitable landscape, the scarce resources one can get out of the high ground, as well as a certain refusal of the Makhzen to get up there and police them up, made the High Atlas a unique place in Morocco : instead of a traditional confederation of tribes, G. Maxwell finds : “The social structure of the Berber communities […] had been exceedingly complex. […] Each community consisted, in facts, of a tiny Berber Republic, each with its own customs and its tradition of Democracy or of Oligarchy[…] a dozen of these or so villages formed a […] canton. […] This structure, and the hierarchy within it, was flexible enough to allow for the very widely varying living conditions of, say, a community at 10.000 feet in the barren High-Atlas and one inhabiting a fertile oasis in the desert.”(p.144-145). This is of course, due to its difficult to conquer landscape, as mentioned earlier on. It is not, as the late King Hassan II said, of Islamic origin, though the democratic aspect of it surely did play a part in it.

The tribes in the plains are frequently moved -or where made- from one place to another, the loose confederations of warring tribes, for or against the sultan, are either rewarded or punished by moving to a more or less favourable land, a tribute for dubious services to the ‘crown’, or a vengeance of the latter on a defeated rebellion. As a result, nothing of a stable agriculture structure took place in Morocco, and agricultural techniques suffered consequently, as it was dependent on rain, leading to numerous cases of famine or starvation. Nonetheless, cities were relatively free of any major changes.

II. The Warlords

Western writers often mistook the Caïds and Khalifas for their aristocratic opposite numbers in Europe, while they simply were not. Makhzenian lords do belong to aristocratic families, and they have to their credit a long tradition of service to the sultan, however, their stronghold are not family estate, in that sense that they could be transferred or removed from their position by imperial whim. A meagre ‘hdiya’, a growing potential rival the sultan suspects, court intrigues… all of that could deprive the lord of his power, his life, and so will suffer his family. The sultan had virtually more power than the absolute monarchs in the Era of Enlightenment. On the other hand, the Caïds and Khalifas had all power and free hand over their region, and were in facts, sultans of their own caïdat. That explains why the various sultans were actually afraid of mobilizing a ‘Harka’ against an overshadowing caïd, or even a ‘rogui’ when they where to weak to levy an army. This absolute power makes a significant difference with the various princes, barons, marquis, earls and counts Europe had known till the French Revolution.

The main mission of a Lord is to establish the Sultan’s predominance over a particular region : security, jurisdiction system, taxation as well as garrison depot for the sultan. The Caïd has no formal allowance for their work, and they have to levy a substantial level of taxes for it has to meet the growing demand of the Sultan’s need, in a time where the imperial treasure was dead empty, and the foreign pressure felt on Morocco. These lords, after the Fez Treaty (March 1912), where the backbone of the Protectorat ruling for some 40 years.

But who are those people ? as stated earlier, some of them belong to famous, long-serving families from some of the Imperial cities : Fez of course or Marrakesh. Some of the black slaves the late Sultan My Rachid gathered into his private army (the Bukhara عبيد البخارى) rose to prestigious positions, such as Chamberlain, War Minister or de facto Regent (in the case of Ba Ahmed and the Sultan My Aziz). M’touggi, El Goundafi or El Glaoui had also an African ancestry. It should be pointed out that a large majority of these lords had -and that is an exceptional fact worthy to be noted- put themselves resolutely as representing and defending France in Morocco. It is a remarkable fact indeed, for it Moroccan pre-colonial politics were mainly a game of ‘hedging bets’ : one should not take sides, as they might lose everything. Ahmed El Hiba -son of Sheikh Maa Al Ainin, an anti-French tribe leader resistant- lost a famous battle near Sidi Bou Othman (North West of Marrakesh) because of a betrayal of tribes under the command of El Glaoui, who eluded all Hibas’s offers to join in and fight the French column that was coming from Settat.

III. Central Makhzen

Now the juicy part… As it turns out, the Makhzen is actually a weak power (I am a definite supporter of Wallerstein’s criterion), and the next article should be devoted to discuss it in length…

The Patriot

Posted in Uncategorized by Zouhair ABH on November 10, 2009

Le discours de sa Majesté en l’occasion du 6 Novembre sonne comme un retour à l’ordre, ou, comme dirait feu son père Hassan II, une fin de récréation ‘fi nithamin ou intitham’

Ne soyons ni zélateurs de l’intégrité territoriale, ni défenseurs du séparatisme polisarien. A vrai dire, cette catégorisation même est trompeuse et dangereuse. Dangereuse car nous revoilà propulsé aux années 1980, où le Makhzen jouait avec l’importance de la “cause nationale” pour étouffer des voix récalcitrantes (y compris l’USFP, qui a cherché à jouer d’un nationalisme déjà confisqué par la monarchie)

Du discours, je ne peux pas prendre position ; sujet Marocain, la constitution m’interdit de commenter le discours du 6 Novembre. Et à vrai dire, c’est plutôt d’identité, de patriotisme et de politique que je souhaiterais parler, à défaut d’exercer un droit que cette constitution me refuse.

Par la définition proposée (http://www.cnrtl.fr/definition/Patriotisme), on découvre que le patriotisme est “l’Attachement profond et dévouement à la patrie, souvent avec volonté de la défendre militairement en cas d’attaque extérieure.”
Remarquons tout de suite que le mot est fortement connoté d’attitude défensive. On “défend” une patrie “en danger”. Loin de tout nationalisme de chauvinisme, le patriotisme semble être une valeur éminemment positive.
Mais -car il y a un mais-, le terme même de Patriotisme suppose l’existence d’un ‘ennemi’. C’est l'”autre” qui refuse de voir le “je” ou le “nous” épanoui et vivant dans la stabilité, ou simplement bénéficiant de ce qui lui ferait défaut. Typiquement, l’ennemi serait jaloux, une pure tradition maghrébine.
Au delà de spéculations futiles sur le sens du terme, l’utilisation faite du concept est toujours délicate. Précisément, sur quels critères une institution qualifiée peut elle décréter que tel ou tel individu ou groupe d’individu mérite ou non le qualificatif de patriote ou patriotique ?

Un blogueur répondait à mes interrogations en disant “Quand un citoyen prend fait et cause pour l’ennemi de son pays, il devient un traître à la nation! Peu importe(nt) ses raisons et peu importe(nt) ses convictions!” Ce n’est pas un reproche que je fais à l’auteur de cette définition restrictive, mais en l’appliquant à tous les cas de figures de ‘traîtres’ devenus héros, on finit par déclarer traîtres à la nation des individus qui ne le sont peut être pas, et d’autres qui le sont, mais qui se parent de patriotisme qui devient, comme dirait S. Johnson, le dernier rempart de leur lâcheté.

Je disais plus haut que je me refusais à être un zélateur de l’intégrité territoriale. Je m’y refuse car l’histoire de la ’cause nationale’ pour reprendre le terme très célèbre pendant les années 1980 est inconnue, manipulée et cachée à l’oeil de l’historien ou du citoyen lambda. Le fondateur du Polisario (El Ouali Mustapha Sayed) a pris sa décision non pas pour des considérations personnelles, mais par un mélange d’idéalisme et de crédulité exploitables et manipulables par de tierce parties intéressées. Enfin, que dire des centaines (peut être les milliers) de soldats marocains morts et capturés lors d’une guerre dirigée essentiellement par des considérations intérieures, et clairement, la situation actuelle du Sahara dure car des pouvoirs obscurs y trouvent leur compte, de part et d’autre du mur défensif. A ce sujet, et d’un point de vue strictement marocain, la résolution du conflit passe d’abord par un renouvellement des pratiques politiques au Maroc, l’engagement réel du citoyen marocain dans l’affaire du Sahara, et bien sûr, comme tous les problèmes fondamentaux de ce pays, une réforme constitutionnelle.

Suis-je Marocain ? Suis-je Patriote ? comment définir la Marocanité d’un individu sans tomber dans le piège fascisant de l’identité ? un pays comme le Maroc, qui peine à connaître sa propre histoire, est facilement manipulable et l’a déjà été. l’identité, comme toute chose dans une société, est une valeur dynamique, qui se construit et se déconstruit à la lumière des évolutions des faits sociaux -au sens de Durkheim-.précisons à l’adresse des défenseurs de “l’identité”, notre identité ne se limite pas seulement au Foot, aux plats culinaires ou à la pratique spirituelle. Pour nos glorieux ancêtres (et cela a été vrai jusqu’en 1925-1926), le principe de guerre civile était une sorte de dynamique sociale, un aspect indéniable de notre ‘identité’ que nous avons bien oublié…
le Patriotisme, lui, est plus délicat à cerner. la définition du terme est éminemment défensive, qui en fait donc une valeur à connotation positive -par opposition au Nationalisme belliqueux et au Chauvinisme raciste-. Patriote oui, mais pour qui, ou plutôt, pourquoi ? à la nation ? à l’Etat ? au peuple ? à la communauté ? Ou pour réduire les choix : patriote, fidèle à l’idée de la patrie ou à la structure l’incarnant ?
à la première proposition, je dis oui, je m’estime patriote -7ata nou5a3-, dans le sens où je veux ma fidélité indéfectible au peuple marocain. Notez bien que cela n’affecte pas l’autre position dont je me réclamerais -un socialisme plutôt internationaliste-, où la défense du peuple marocain n’exclut nullement la solidarité avec les autres peuples (notez, les autres peuples, et non pas les autres pays).
A la seconde question, mon avis est plus circonspect : quelle fidélité à un régime incapable de tenir la parole donnée ? Je m’explique : le Maroc, et depuis l’indépendance a toujours connu une dualité certaine dans ses structures étatiques. A côté d’un état moderne, doté d’une constitution, d’un parlement, d’un système juridique, d’une police et d’une forme armée – bref, tous les attributs d’un Etat moderne, Wébérien; à côté de cela, une structure opaque, une institution et un état d’esprit puisant leurs racines dans les formes primitives d’une bureaucratie militaro-religieuse que nous connaissons sous le nom de Makhzen. Ce Makhzen-là étouffe et noyaute l’administration moderne, qui réagit donc comme le bras bureaucratisé et quelque peu rationalisé -via des lois et des pratiques juridiques déterminées- de ce dernier. Ce makhzen nie la qualité de citoyen au Marocain au profit d’un statut de sujet, si tant est tolérée la notion d’individualité. Or, un patriote ne peut l’être que par sa libre décision, on est patriote parce qu’on veut l’être, et cela suppose que notre individualité est libre, entière et raisonnée, une individualité citoyenne.
Enfin, pourquoi parler de Makhzen et d’Etat ? Le patriotisme ne puise-t-il pas sa force dans les symboles de la nation ? En effet, mais le Maroc, du fait de l’héritage colonial français, combiné à l’héritage Makhzénien, se pense d’abord comme Etat-nation, où l’expression de la Marocanité est d’abord celle de l’Etat : patriote et soutien sans faille de l’Etat, non pas dans sa définition des Lumières, garant du contrat social et du bien-être collectif, mais un agrégat de lobbies, un rapace se nourrissant sur l’habitant. A cet Etat, le Makhzen marocain, on ne saurait prêter allégeance. C’est tout le combat des défenseurs de la cause constitutionnelle, qui, à travers une séparation claire et confirmée des pouvoirs, restitue au patriotisme une valeur symbolique au-dessus des considérations politiques et matérielles.