The Moorish Wanderer

ouvrage d’Immanuel Wallerstein : “Comprendre le monde : Introduction à l’analyse des systèmes-monde”

Posted in Uncategorized by Zouhair ABH on August 25, 2009

L’ouvrage n’est pas une critique au Capitalisme, mais il a le mérite d’essayer de “comprendre” le capitalisme, ce qui correspond à des interrogations : Comment? Pourquoi? Cela durera-t-il?
Synthèse : “Comprendre le monde : Introduction à l’analyse des systèmes-monde”par Immanuel Wallerstein.
Biographie de l’auteur :
Immanuel Wallerstein, Né à New York en 1930. Il obtient une licence à l’Université de Columbia en 1951, une maîtrise en 1954 et un doctorat en philosophie en 1959.
En 1971, il devient professeur de sociologie à l’Université Mc Gill à Montréal. Il travailla aussi comme directeur du centre Fernand Braudel pour l’Étude de l’Économie, des Systèmes historiques et des Civilisations. Il fut également le président de l’Association internationale de sociologie entre 1994 et 1998.
Thèse de l’ouvrage : La compréhension des évènements contemporains, tels que la mondialisation ou le terrorisme, ne peut être acquise que dans un cadre explicatif global, transcendant les traditionnels clivages géographiques, nationaux. Cette analyse synthétique ne pourra être le fruit d’un simple amalgame de disciplines dites “des sciences sociales”, mais bien d’une unique discipline regroupant tous les apports.
Concepts-clefs : définitions selon I. Wallerstein
Capitalisme : Processus historique se caractérisant par une accumulation illimitée du Capital.
Centre-Périphérie : notion développée par Raùl Perbisch pendant les années 1950 (Cf. Produit de Pointe)
Economie-Monde : vaste structure bureaucratique dotée d’une division axiale du travail.
Idéologie : ensemble cohérent qui forment un point de vue particulier. L’auteur distingue trois types d’idéologies politiques : Conservatisme, Libéralisme et Radicalisme.
Libéralisme : Idéologie opposée au Conservatisme à l’origine. Opposé à l’intervention de l’Etat dans l’économie, mais favorable à une évolution régulière –mais lente- du système social, par opposition à l’autre grande idéologie, le Radicalisme. Marché Libre : construction mathématique d’un type de marché “parfait”.
Mouvement Anti-systémique : Mouvements opposant une résistance au système-monde en son sein.
Produits de pointe : produits extrêmement rentables, conférant à leur(s) producteur(s) un relatif monopole, souvent l’apanage du “Centre”, par opposition aux produits bon marché, produit par la “périphérie”
Unidisciplinarité : L’unidisciplinarité renvoie à l’idée qu’aujourd’hui, la raison intellectuelle pour laquelle la distinction des sciences sociales serait caduque ; par conséquent, toute recherche devrait être considérée comme relevant d’une seule discipline, dite des sciences sociales historiques.
Influences : Après avoir étudié l’Afrique post-coloniale, il se spécialise dans l’étude de l’économie, particulièrement le capitalisme mondial. Ses références ont été :
– Karl Marx : I. Wallerstein adapte l’analyse marxiste au contexte contemporain, notamment en mettant l’accent sur les facteurs économiques (rapports de production), les facteurs idéologiques formant le système-monde capitaliste (superstructure), le principe de la plus-value et enfin la finalité du capitalisme (Accumulation illimitée des richesses)
– Fernand Braudel : en reprenant la notion d’”économie-monde”, pour en faire la base de sa propre analyse des systèmes-monde. L’objet de l’étude n’est plus un événement, mais une aire géographique ayant une histoire et une structure socio-économique définie.
Plan de synthèse :
– L’origine épistémologique de l’analyse des systèmes-monde
– L’origine historique du système-monde moderne ou le Capitalisme
– Caractéristiques du système-monde moderne : le Capitalisme
– Quel système-monde pour le futur
I. L’origine épistémologique de l’analyse des systèmes-monde : Immanuel Wallerstein, appelle à sortir de l’idée communément admise de l’étanchéité des savoirs. En effet, après avoir dressé un bref historique de la dichotomie entre “Sciences” (recherche du vrai) et les “Humanités” (recherche du bien, du beau), puis l’émergence des sciences sociales, leur tiraillement entre le “nomothétique” ou la tendance à vouloir formaliser, à dégager des lois universelles (donc à chercher des déterminismes) à travers une compilation chiffrée et l’”idéographique” analyse descriptive des faits et des phénomènes étudiés. Il critique la compartimentalisation qui atteint aussi les nouvelles sciences sociales : Economie, Politique, Société sont traitées respectivement par l’économiste, le politologue et le sociologue. Le présupposé de cette parcellisation des domaines d’études était que chaque phénomène a besoin d’une vision différente : “…Mais pourquoi trois disciplines pour étudier le présent ? Parce que l’idéologie libérale dominant le XIXème siècle définissait la modernité par trois sphères sociales distinctes […] On prétendait que ces trois sphères opéraient selon des logiques différentes et qu’il était préférable de les dissocier –dans la vie sociale et par conséquent, intellectuelle…” (Page 18) Or c’est précisément cette fragmentation des savoirs –essentiellement les sciences sociales- qu’Immanuel Wallerstein critique, car elle fait obstacle à la connaissance. Il veut y remédier en proposant “l’unidisciplinarité”. Inspiré par l’exemple Braudélien de l’économie monde, l’auteur fait le lien avec les travaux de la CEPAL et la théorie du centre/périphérie ; une théorie faisant la synthèse de l’économie et de la sociologie, et qui emprunte à la terminologie marxiste : Centre et Périphérie sont différents de part les procès de production (i.e. les rapports de productions) existant dans ces aires géographiques. C’est pendant les années 1950-1960 que l’idée d’analyse du monde comme un processus historique, systémique certes, mais s’inscrivant dans une sorte de dynamique fluide.
II. L’origine du système-monde moderne, le capitalisme
1. Origine et acteurs principaux

Wallerstein fait remonter l’origine du système-monde moderne au XVIème siècle. Si au début de ce siècle, le système-monde était circonscrit géographiquement, cette date coïncide avec le début du colonialisme, qui allait aider à la propagation du système-monde capitaliste. De par de son influence géographique et qui a été un facteur important dans l’extension du système-monde moderne (le capitalisme) car : “Les Capitalistes ont besoin d’un vaste marché” (Page 45) et seul le colonialisme, en asservissant les populations non-européennes, a pu garantir cette étendue géographique. Le système-monde moderne fédère toutes les différences en un point commun. Liant son concept à la contribution de Braudel, Wallerstein le système-monde moderne comme une économie-monde capitaliste : S’il est vrai que l’économie-monde“rassemble une grande variété de cultures et de groupes humains, qui parlent différentes langues et qui n’ont pas les mêmes habitudes de vie…” (Page 44) le lien à établir tient en ceci qu’une économie-monde – aux cultures hétérogènes et aux structures politico-sociales disparates- n’a de sens d’existence que dans une division du travail efficace. Le capitalisme a été à l’origine d’une efficacité encore plus grande de cette division du travail en la canalisant vers sa finalité, à savoir l’accumulation illimitée des richesses. Enfin, le bon fonctionnement du système-monde est assuré par des acteurs comme les Etats, mais aussi les entreprises, “les ménages élargis”. Mais aussi le(s) marché(s).
2. Le “mythe du Marché libre”
Le Marché est ce qui fait du système-monde moderne sa spécificité –et longévité- : échanger des marchandises et des biens est une activité millénaire, mais la spécificité du système-monde moderne est d’en avoir fait la pierre angulaire de l’accumulation illimitée des richesses. A travers l’histoire, Les producteurs se sont souvent fait défenseurs du “marché libre”. Immanuel Wallerstein démonte en même temps le mythe consacré par le courant marginaliste, à savoir le modèle de la concurrence pure et parfaite, qui n’est que la justification théorique des revendications capitalistes. En effet, d’après cette analyse économique à long terme, l’équilibre du marché sera tel que le profit global dans une branche sera nul ou tendra vers zéro. Or d’après l’auteur, il n’en est rien : “… un niveau de profit aussi faible rendrait le jeu du capitalisme absolument sans intérêt pour les producteurs et supprimerait ainsi les bases sociales de ce système.” (page 47) Les producteurs ont donc besoin de marché partiellement libres. De ce fait, la position la plus convoitée sur un marché est bien entendu le monopole. Cette situation dominante ne pouvant exister indéfiniment –du fait d’externalités au premier rang de laquelle on placera l’Etat- il existera néanmoins un monopole sur les biens innovants –donc les nouveaux marchés-. Le capitalisme n’est finalement qu’un déplacement du monopole d’un type de produit (procès de fabrication) à un autre. Le Marché joue aussi un rôle de régulateur social : L’accumulation illimitée de la richesse étant la finalité du capitalisme, un mécanisme de sanction des “déviants” est automatiquement mis en place ; Ce même mécanisme joue en faveur de ceux qui auront réussi dans cette quête. Le rôle central que joue le marché est important pour la suite, car il conditionne une grande partie des comportements des agents constituant le système-monde.
Le Système-monde : acteurs et spécificités
1. Les Etats

La définition Weberienne est la plus à même de nous rapprocher de l’idée que se fait l’auteur d’une telle entité : “l’État est une entreprise politique à caractère institutionnel dont la direction administrative revendique avec succès dans l’application de ses règlements le monopole de la contrainte physique légitime sur un territoire donné”. Immanuel rattache à l’existence d’un Etat une reconnaissance mutuelle : Un Etat n’a d’existence réelle que lorsque les autres Etats le reconnaissent de facto : Une proclamation d’Etat qui n’est pas positivement sanctionnée par ses pairs est inconditionnellement : l’exemple du Biafra entre 1967-1970 est édifiant : Reconnue par des pays peu influents, souffrant de l’hostilité de la majorité des grandes puissances, la république du Biafra ne fit pas long feu. L’autonomie –au sens de l’action extérieur, comme les revendications des Etats sont limitées par des accords internationaux. Ces mêmes traités garantissent aussi l’existence des Etats, dans le grand système inter étatique qu’est le système-monde moderne.
Question malicieuse de l’auteur : qui, de Louis XIV ou l’actuel Premier Ministre de la Suède, a le plus de pouvoir ? Un Etat fort –au sens de Wallerstein- n’est pas celui du monarque absolu, mais plutôt celui qui est capable de faire respecter ses décisions, via une bureaucratie efficace ; Un Etat n’est donc pleinement considéré comme tel que lorsqu’il arrive à imposer sa légalité à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières.
2. Les Entreprises
Les acteurs principaux du Marché, les entités chargées de la production, et par là, à la quête perpétuelle du profit. Les Entreprises entretiennent des relations ambiguës avec les autres acteurs, notamment les Etats. En effet, ce sont ces derniers qui déterminent les “règles du jeu” au sein de leurs territoires : Quels biens peuvent être exportés, importés, quelles entreprises peuvent entrer sur le marché national. Les entreprises ont beau jeu de réclamer l’application de la maxime de Quesnay “Laissez faire, laissez passer” elles n’en sont pas convaincues, car cela nuira à leurs propres privilèges sur leurs propres marchés. Les entreprises tentent donc des pressions sur les Etats pour que ceux-ci prennent position en faveur d’entreprises à l’intérieur du marché (nationales) ou à l’extérieur (étrangères) Il n’y a donc pas de neutralité étatique. Le terme générique d’entreprises ne doit pas faire croire à une homogénéité des entreprises : Immanuel Wallerstein n’y fait pas allusion directement –voire n’en parle pas en tant qu’observation- mais en faisant la distinction entre le bien produit pour l’autoconsommation : on parle ici des toutes petites unités productives, par extension, les petites entreprises : “une marchandise simple est un bien produit au sein d’un groupe, mais vendu sur un marché[…] c’est ce qu’on appelle souvent le travail en free lance” (page 58)
3. Les Ménages
Dépassant l’analyse marxiste, Immanuel Wallerstein ne parle plus de “prolétaire” comme individu isolé, mais comme faisant partie d’un sous-ensemble, le “ménage élargi”. Le ménage élargi n’est pas, contrairement au seul prolétaire, dépendant de la force de travail ; Bien au contraire, il regroupe divers types de revenus : Travail du prolétaire certes, mais aussi rente, vente de marchandises simples, prestations sociales, apports en nature… les ménages bénéficient de ces 5 types de revenus. Ces ménages ont aussi des relations avec les autres acteurs, notamment les entreprises ; En effet, les salariés des ménages mettent à disposition des entreprises leur force –intellectuelle ou physique- de travail, et en échange, l’entreprise leur rétrocède –via le salaire ou en vendant les marchandises produites- une partie du fruit de leur travail. Cet échange –que les marxistes considèrent inégal- masque un rapport quasiconflictuel : les entreprises veulent une garantie quant à une disponibilité de la main-d’oeuvre en période d’expansion, et d’en licencier en période de récession. Du côté des ménages élargis, on aspire à la “prolétarisation” : un prolétaire “pur” aura droit à un plus haut salaire (n’ayant pas de revenu complémentaire) Au-delà de leur rôle économique, les ménages sont aussi au centre
4. Les Groupes identitaires : Groupes de statuts et Classes sociales Se référant à l’analyse wébérienne des groupes de statut, les groupes identitaires se créent dans des Etats aux populations hétérogènes : les Etats-nations étant des buts utopiques que chaque pays cherchait à atteindre, il se trouvait toujours des individus qui se trouvaient exclus des critères établis par les Etats pour être citoyen (critères que nous étudierons plus loin) ces marginaux vont grossir les bataillons des groupes identitaires, en général des minorités raciales, mais aussi des groupes comme les suffragettes. Pour les autres groupes de statuts, il s’agit, pour les ménages élargis de socialiser les individus, en les assignant à des “classes sociales” (au sens marxiste du terme) et donc l’édification d’une identité commune. Dans des proportions raisonnées et raisonnables, le système admet des socialisations “déviantes” en acceptant la création de groupes marginaux.
III. Le fonctionnement du système-monde capitaliste
Le système monde, comme décrit plus haut, est un enchevêtrement de relations déjà complexes entre différents acteurs : entre les Etats pour des buts politiques –reconnaissance mutuelle- ou économique –soutien des entreprises nationales contre celles étrangères et vice versa- mais aussi sociaux –protection des entreprises contre les ménages élargis et vice versa- …On pourrait croire que ce sont les Etats qui dominent le système-monde : il n’en est rien. Le système impose aux Etats des limitations de leurs souverainetés respectives. Du fait de l’universalisation du système monde, I. Wallerstein évoque l’émergence d’une “géoculture” : l’auteur situe la naissance de cet universalisme à la révolution française : il s’agit d’un moment historiquement important, puisque pour la première fois, on raisonne en termes d’individu libre et responsable, un citoyen souverain donc. En 1848, cet idéal aurait pu être appliqué à grande échelle (c’est-à-dire toute l’Europe occidentale) mais l’affrontement idéologique entre Conservatisme et Libéralisme tourna à l’avantage des premiers. Depuis cette date, l’opposition entre ces deux idéologies allait orienter l’histoire du système monde capitaliste jusqu’à la première guerre mondiale. La monté des mouvements anti-systémiques Après 1848, une foule d’individus, insatisfaits des changements demandés par les libéraux, radicalisèrent leurs propres revendications ; trouvant les libéraux trop timorés, et les conservateurs réactionnaires (c’est-à-dire refusant l’idée même de changements) ils préconisaient une “révolution”, un changement rapide de la société. L’émergence du radicalisme comme acteur politique majeur poussa les autres idéologies à réviser leurs stratégies : s’inspirant de l’exemple britannique –en 1848, la Grande-Bretagne semblait être la seule à être épargnée par la tourmente nationaliste européenne- les conservateurs, reprenant quelques idées libérales, concèdent par-ci par-là certaines revendications… le but avoué étant de faire échec aux radicaux. Ces même radicaux ne voyaient pas qu’en cristallisant le ressentiment populaire, servaient le système qu’ils prétendent combattre : d’abord en offrant un espace d’expression et de défoulement “déviationnistes”, ensuite, en défendant des revendications diverses, parfois contradictoires : Ouvriers prolétaires contre mouvements féministes, mouvements ethniques contre organisations nationalistes… ces oppositions légitimaient l’existence du système monde capitaliste.
IV. La Crise : le système monde moderne est-il viable ?
L’auteur donne à la crise un sens autre que celui commun : pour lui, il s’agit de complications dues à des phénomènes conjoncturels (comme la révolution intellectuelle de 1968) ou à la structure même du capitalisme moderne : l’accumulation illimitée des richesses se heurte à l’existence des concurrents –qui suivent le même objectif- et la contrainte de l’élasticité de la demande : les prix ne doivent pas repousser les acheteurs, ni hors de leur portée. Parfois, les oligopoles qui se créent arrivent à imposer des prix trop élevés. Le résultat en est que, privés de débouchés suffisants à l’accumulation des richesses, les entreprises formant les oligopoles entrent en crise, et entraînent le système-monde avec elles.
L’autre versant de la crise est l’environnement : pour une entreprise rationnelle, l’externalité de l’environnement est facilement résolue : Elle n’y prête pas attention. Ce comportement, agrégé à l’ensemble des entreprises, affecte durablement l’écosystème, et par la même occasion, certaines matières premières, qui se raréfie et entraînent les entreprises dans des goulots d’étranglement. Malgré l’intervention des Etats, la problématique de l’environnement dépasse le cadre du système-monde. Enfin, revenant sur la viabilité du système-monde moderne, I. Wallerstein appelle à une plus grande ouverture démocratique, laquelle ne peut être réalisée que par une ouverture des canaux d’information.

One Response

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  1. […] « comprendre le monde » il faut, selon Wallerstein, se placer dans une triple perspective. D’abord, analyser la […]


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