The Moorish Wanderer

A very Moroccan Coup 5ème Partie : (r)évolution de velour

Posted in Polfiction by Zouhair ABH on August 16, 2009

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Sitôt dit, sitôt fait : la blogosphère marocaine s’approprie presque naturellement le débat : des milliers de posts sont recensés chaque semaine et chaque jour, avec des idées, des propositions, des projets de constitution. Dans un premier temps, les discussions online des blogueurs marocains étaient assez détachées du monde réel : quelques 35% de marocains étaient connectés, un millions de blogs, mais la grande majorité du peuple n’avait aucune idée de ce qui se passait sur la toile, ni même de la réforme constitutionnelle envisagée… Le peuple est occupé à travailler pour assurer sa subsistance.

Depuis les années 2020, la HACA avait autorisé des radios libres à émettre sur ondes courtes, les médias traditionnels (radio et télévision) s’étant convertis au numérique (il est désormais impossible de capter la première chaîne par antenne classique), ces radios libres, ainsi que la radio officielle, étaient le seul moyen de se renseigner sur ce qui se passait au Maroc et ailleurs dans le monde. Il faut revenir sur l’histoire des radios libres, car la décision de la HACA n’a pas été le fruit d’une initiative propre, mais le résultat d’un contentieux dont le Makhzen aurait bien voulu s’en passer. Vers la fin des années 2010, profitant d’un vide juridique dans la nouvelle loi sur les télécommunications (dite loi Ghazali) un groupe de jeunes Américains, membres de l’US Peace Corps, met sur pied une petite radio ‘Voice of Liberty’ émettant dans la région de Casablanca Métropole. Rien de bien grave, des émissions locales où des membres d’associations de quartier avaient l’opportunité de s’exprimer, de la musique pour mettre un peu de vie et d’espoir dans les grandes barres grises des HLM où s’entassent les familles des ouvriers des chantiers navals et des usines aéronautiques… Quelques mois après la première émission, une circulaire du ministère de la communication interdit la radio, sous prétexte qu’elle contrevenait à un vieux décret des années 1960 (qui interdisait les émission radios sur le sol marocain, autre que ceux de la radio nationale et de ses branches régionales). Encore une fois, la blogosphère se mobilise en faveur de la station radio interdite (avec des déchirement, car certains ne cachaient pas leur approbation, arguant des missions occultes dont se charge l’US Peace Corps) campagne efficace, car quelques heures après la publication du communiqué ministériel, une note de l’ambassadeur des Etats-Unis -contre-signée par la secrétaire d’Etat- protestant contre la décision d’interdiction. Le rôle principal de la blogosphère a été de faire connaître l’affaire à l’étranger, alerter l’opinion publique et attirer son attention sur la question. Les autorités marocains, soucieuses de leur image à l’extérieur, abandonnent la partie, surtout en cette fin des années 2010, un gros prêt allait être consenti par le FMI pour financer le grand projet de la vallée darâa photovoltaïque, ainsi qu’un réacteur nucléaire de 4ème génération, deux projets qu’un consortium franco-américain prendra en charge. Le Makhzen revient donc sur sa décision, rétablit la station radio dans ses droits, et la HACA légifère en accordant le ‘droit d’émission’ à toute les stations radios libres, dans la limite de 20kms.

Ces radios libres ont joué un rôle important dans le changement politique qui suivit le discours royal du 20 août dernier. Lors des premiers mois, seule une minorité s’intéressait réellement à la chose : les blogueurs, la classe politique et quelques intellectuels qui se sentaient concernés. La gauche radicale, très liée aux associations de quartier et des droits de l’homme -via la fondation Abdellah Zâazâa pour le progrès-, se saisit petit à petit de l’espace radiophonique nouvellement crée : les militants ayant été entièrement renouvelés, ce sont de jeunes hommes et femmes, parfaitement rôdés à l’usage des nouvelles technologies et efficacement soutenus par leurs aînés -qui ont été les premiers à expérimenter l’action politique via les nouvelles technologies, au début des années 2000- qui se chargent de propager les idées progressistes, ce qui avait déjà permis à l’alliance de la gauche (un des ancêtres de la GRDP) de porter le nombre de ses sièges au parlement à 15 en 2012, contre 6 en 2007. Mais cette fois-ci, les choses sont différentes : contrairement à Internet, les autorités marocains n’ont virtuellement aucune prise sur ce qui se passe sur les ondes radiophoniques. La plupart des jeunes militants de la gauche radicale se recrutent parmi les couches moyennes (lesquelles participent laborieusement à la création de richesse, mais subissent une distribution qu’elles estiment à leur désavantage) ayant le motif et les capacités pour militer et défendre un projet de société moderne et juste. Le makhzen, pris dans ses contradictions, se trouve dos au mur : d’une part, interdire les émissions radiopohoniques est désormais chose impossible -le précédent de la radio Voice Of Liberty l’impose à subir un audit de la part de NHRW (New Human Rights Watch, une agence quasi-gouvernementale ayant de solides connections avec le FMI)- et d’autre part, ne peut rester inactif face au flot d’informations déversées sur les ondes risque de remettre en cause la nature même du régime. La stratégie traditionnelle des autorités était de laisser une relative liberté sur la toile, tout en s’assurant d’une étenchéité adéquate entre le monde Internet et le monde réel : la blogoma est surtout le fait d’une catégorie des couches supérieures, des internautes éduqués en Europe, aux Etats-Unis ou au Moyen-Orient, anglophones, francophones, peut être au fait de la situation réelle marocaine, mais détachés dans les faits, et incapables de porter leurs discours vers ceux dont ils prétendent défendre les intérêts. Ceci a facilité les desseins du Makhzen, qui se donne une façade de respectabilité à l’étranger, tout en s’assurant que peu de choses filtrent de la blogoma vers la réalité… Les nouvelles radios ont transformé les rapports de forces : fait unique, les grands chantiers navals observent désormais la transformation du rôle des associations de travailleurs en conseils d’ouvriers (vite caricaturés par les médias officiels comme une parodie des soviets). Une association de travailleurs -pourtant politiquement neutre- adresse une proclamation aux forces modernes de la société (y compris donc la Blogoma) demandant la signature d’un nouveau pacte social.  Partout dans le Maroc, des associations, des organisations professionnelles, estudiantines, féminines, culturelles, de tous bords et obédience politique, partout au Maroc des voix de protestations s’élèvent, des voix demandant un travail décent, à un salaire juste, un cadre de vie digne et à l’égalité de tous devant la loi… On observe même des actes de désobéissance civile, des actes de non-violence entraînant des foules nombreuses, déconcertant les policiers et les agents des forces auxiliaires, qui répugnent eux-mêmes de les matraquer : à côté du Parlement, la ronde silencieuse des chômeurs est de moins en moins attaquée par les policiers et autres services de sécurité…

Quelque chose a changé, et soudain, les têtes pensantes du Makhzen sentent pour la première fois que les choses commencent à échapper à leur contrôle…

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