The Moorish Wanderer

Ici Fhamatorland, les 9% parlent aux 100%…

Posted in Uncategorized by Zouhair ABH on August 5, 2009

(premier mouvement de la 5ème de Beethoven…) plus sérieusement, les dernières nouvelles rappellent que le Maroc n’évolue pas comme l’Espagne, que le Maroc ne connaît qu’une ‘Movida’ superficielle, et surtout, que malgré tout le tapage médiatique de ces dernières années -et je fais remonter la nouvelle ère au début des années 1990- n’entame pas la nature profonde d’un régime multi-millénaire, le Makhzen abandonne quelques concessions pour mieux se fortifier. Avant d’aller plus loin, je me permets d’éclaircir quelques points :

– TelQuel et le journalisme marocain : A part deux ou trois individus,  je n’ai jamais tenu en grande estime le métier de journaliste (surtout s’il est exerce au Maroc ou en France). Un blogueur publie ses billets pour le plaisir de les publier, pour militer à sa façon à promouvoir une idée qu’il juge juste et digne d’être défendue, pour partager sa passion. Un journaliste vend ses articles, et, au Maroc, ces articles reflètent le plus souvent leurs propres opinions, sans grande différence avec le billet du blogueur. Je n’ai certes aucune autorité, ni compétence pour juger la presse marocaine, mais je la trouve foncièrement hypocrite, dans le sens où elle s’exonère de toute responsabilité, tout en adossant le rôle d’un personnel politique qui a longtemps déserté le monde des idées pour occuper celui des rentes confortables. TelQuel, tout en choisissant de bons sujets -pas les plus racoleurs, je le concède-, les traitent superficiellement. Les prises de position du journal me sont sympathiques, mais déséquilibrées. le journal promeut un point de vue, mais ne lance pas le débat en son sein. en conclusion, le journalisme au Maroc a encore beaucoup à apprendre.

– la réaction mahzénienne : on s’y attendait celle-là ! il s’agit de voir dans la réaction des autorités -la censure du numéro de TelQuel- non pas une bêtise -qui en est bien une- mais une nouvelle ligne rouge. Avec le message suivant : ‘vous avez le droit de discuter de tout et de rien. Vous pouvez penser le Maroc comme vous le voulez, mais le rôle politique actuel du Roi ne rentre pas en compte’. En d’autres termes ‘ne pensez pas un autre Maroc, contentez-vous de ‘goulou l3am zine policy’. La politique actuelle du Makhzen est d’étouffer toute tentative de penser une alternative au régime (attention, je dissocie la monarchie en tant que régime politique parmi d’autres, et le makhzen, forme d’institution particulière au Maroc et imperméable aux structures démocratiques ). C’est une nouvelle forme de répression (qui ne s’affranchit pas de la répression old-school, le cas de la militante Z. Boudkour nous le rappelle bien tristement) une répression intellectuelle, peut être la plus dangereuse, car elle endort les consciences et drogue les esprits. Cette répression, nous voulons la combattre. Le petit mouvement ‘9%’ sur facebook ou sur Twitter est un aspect de cette résistance intellectuelle. Le Makhzen est confronté à une presse qui apprend son métier, et les deux protagonistes alignent les bourdes et les manœuvres maladroites.

– le makhzen non-officiel : je me permets de répondre a ceux qui tiennent le discours suivant : ‘des jeunots qui ne sont même pas nés a l’époque des faits qu’ils critiquent, et n’ont donc aucun droit a aller dénicher ces histoires’. (les tenants de ce genre de discours peuvent eux aussi être du même age) Primo : oui, chercher dans les archives pour publier un article sur les soirées de Hassan II est (légèrement) racoleur, mais ce n’est pas parce que je n’existais pas en 1971 que je ne peux pas m’intéresser a ce qui s’est passé a l’époque. Il y a une sorte de consensus malsain, a travers lequel la jeunesse marocaine est empêchée -ou pire, se persuade des effets bénéfiques de cette ignorance- de connaitre l’histoire moderne du Maroc. L’histoire officielle est elle même peu connue, ou tourner en dérision par une frange importante des internautes nés après les années 1980 (entre autres). Encore plus scandaleux, des personnes de notre âge qui relayent fidèlement, comme un petit télégraphiste les thèses makhzéniennes. Secundo : notre présent est intimement lié aux évènements passés, et tourner le regard vers l’avenir suppose une connaissance approfondie du passé. Il n ‘y a pas plus efficace qu’une propagande bêtement reprise par des individus qui la tiennent pour vraie… Plus affligeant encore, le discours d’anciens opposants qui ont été récupérés par le makhzen pour propager son discours… Pensons à notre radoteur en chef :

– les statistiques incriminées : l’histoire ? TelQuel et le Monde commandent un sondage pour le dixième anniversaire du règne du Roi Mohamed VI. Le 1er Août, le ministère de l’intérieur décide de censurer le numéro de TelQuel, sur la base que “cette mesure intervient en application des dispositions de l’article 77 du Dahir N/1-58-378 du 3 joumada-I 1378 (15 novembre 1958) formant code de la presse au Maroc“. dépêche de la MAP. Les chiffres ? quelques bonnes surprises, mais dans l’ensemble, rien de lèse-majesté ou d’insultant. Quel est le problème ?

Le Makhzen, à travers l’histoire, s’est maintenu et fortifié en profitant, puis en altérant les rapports de forces. Aujourd’hui comme hier, la force du makhzen n’est pas spécialement son appareil répressif -qu’il entretient en dosant récompenses et sanctions- mais par la faiblesse des forces l’opposant (pas spécialement hostiles au Makhzen, mais que ce dernier considère comme potentiellement dangereuses). Aujourd’hui comme hier donc, le Maroc est une configuration de tribus (ou de clans, dans le Maroc moderne) qui ont chacun une parcelle de pouvoir : capital financier, capital culturel, capital symbolique ou capital de violence (réelle ou symbolique). Waterbury, dans son célèbre ouvrage ‘le Commandeur des Croyants’ dégage des constantes dans le comportement du Makhzen :

* des solutions à court terme ou conjoncturelle pour des problèmes/problématiques de long terme ou structurelles : Dans ce cas précis, l’ouverture du Maroc sur l’extérieur, ainsi que l’intérêt croissant des Marocains pour l’information numérique, autant de défis qui transformeront radicalement la circulation de l’information. La réaction instinctive du Makhzen a été d’interdire les deux journaux, plus la censure du Monde au Maroc. C’est une solution très éphémère, et qui a été rendue très vite inefficace, du fait de la réactivité véloce des internautes marocains (dont le mouvement des 9%). Cet exemple peut être étendu à d’autres cas de figure : les agences spéciale et les institutions extra-gouvernementales pour résoudre des problèmes nécessitant de profonde réformes institutionnelles, la répression aveugle contre les militants des droits de l’homme au lieu de transformer le rapport de l’Etat au citoyen, etc, etc…

* alternance de la répression et de la corruption : c’est un comportement tristement efficace : entre 1975 et 1998, l’USFP et le Palais se sont engagés dans un bras de fer qui a tourné à l’avantage de ce dernier, lorsque l’USFP a accepté de former un gouvernement d’alternance, sans réformes constitutionnelles. Plus proche de nous, de grands noms de la gauche radicale des années 1970 après avoir subi la répression, ont été symboliquement corrompus, en les incorporant dans le système, et en les rendant membres d’un establishment makhzénien qui aura tôt fait de leur supprimer leur crédibilité.

Quel lien avec l’affaire ? inconsciemment, TelQuel et Benchemsi jouent le jeu du makhzen, car l’impertinence du journal sert le discours officiel destiné à l’étranger : ‘voyez, nous avons nous aussi une presse libre et indiscrète’… Seulement voilà, pas touche aux lignes rouges, car l’information en question est de la plus haute importance : aussi imparfait un sondage soit-il, des chiffres sur le rapport entre le Souverain et ses sujets (et non des citoyens, rappelons-le) révèlent subitement la réalité des rapports de force, ce que les clans makhzéniens ne veulent pas. Rappelons-nous les déclarations -officieuses- de certains hautes gradés, lorsque l’IER a été mise en place :  ‘nous ne pouvons garantir la fidélité es troupes dans le cas de troubles…’ (vite faits rassurées, ni l’Armée ni la Gendarmerie n’ont été inquiétées par les modestes efforts de Feu Benzekri pour chercher la vérité). Aussi imparfait soit le sondage, il donne une indication -très générale d’ailleurs- sur l’état d’esprit général des Marocains, et cela, le makhzen ne le veut pas, surtout lorsque les fondamentaux sont évoqués (même pas discutés).

Globalement, les chiffres confirment un discours que je chéris et que je n’hésite pas à relayer : les Marocains sont perdus, perdus car ballottés entre Modernité et Authenticité, drogués par 40 ans d’une propagande aussi imbécile que les esprits qu’elle a formaté… Le temps est venu pour un changement radical des normes institutionnelles : il nous faut jeter bas les mensonges étatiques et faire connaître la vérité de notre Maroc (pardonnez l’envolée lyrico-militanto-gauchiste…)

PS : la dépêche AFP qui reprend dans les grandes lignes les chiffres interdits :

‘(AFP) – PARIS — Les Marocains portent un jugement très positif sur leur roi, Mohammed VI, bien qu’ils soient réservés voire sceptiques quant à son action contre la pauvreté et pour la promotion des droits des femmes, selon un sondage publié lundi par le quotidien Le Monde.

Le Monde s’est associé à l’hebdomadaire marocain TelQuel et à sa version en arabe Nichane pour mener ce sondage sur le bilan du souverain, dix ans après son accession au trône.

La publication de ce sondage a été à l’origine de la saisie par le ministère marocain de l’Intérieur des deux derniers numéros de TelQuel et Nichane. La monarchie au Maroc “ne peut faire l’objet d’un débat, même par voie de sondage”, avait expliqué samedi à l’AFP le ministre de la Communication Khalid Naciri.

Selon ce sondage, les Marocains sont 91% à juger positif le bilan des dix premières années de règne (40% très positif et 51% plutôt positif), contre 6% qui le considèrent comme plutôt négatif et 2% très négatif. Ils sont également 49% à estimer que le Maroc est une monarchie démocratique, contre 33% qui la jugent autoritaire, tandis que 18% sont sans opinion.

L’enquête a été conduite du 27 juin au 11 juillet par l’institut LMS-CSA, filiale au Maroc de l?institut de sondages français CSA, auprès d’un échantillon représentatif de 1.108 Marocains de plus de 18 ans. Les questions ont été posées en arabe.

Le sondage montre cependant que les Marocains sont très réservés sur l’action du roi dans la lutte contre la pauvreté et sur la réforme du code de la famille. Concernant la pauvreté, ils sont 37% à penser que la situation s’est améliorée dans les dix dernières années, mais également 37% à juger qu’elle n’a pas évolué, tandis que 24% d’entre eux estiment qu’elle s’est aggravée.

L’une des grandes réformes de la dernière décennie, celle du code de la famille qui, depuis 2004, fait des Marocaines les égales des hommes sauf en matière d?héritage, est loin de remporter l’adhésion des personnes interrogées. Elles sont 49% à penser que la réforme donne trop de droits aux femmes, 30% à juger qu’elle en donne suffisamment et ne doit pas évoluer, contre 16% qui jugent qu’il faut aller encore plus loin.”

Et pour finir, une petite vidéo de M. Sassi :


que cette mesure intervient en application des dispositions de l’article 77 du Dahir N/1-58-378 du 3 joumada-I 1378 (15 novembre 1958) formant code de la presse au Maroc.

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