The Moorish Wanderer

A very Moroccan coup 4ème partie : Shaking the foundations

Posted in Polfiction by Zouhair ABH on July 25, 2009

Previously..

Ce 20 août était exceptionnel. D’abord par l’extraordinaire chaleur -inhabituelle en cette fin d’été- de ce début d’après-midi, mais aussi par l’activité dans la cour principale du palais royal à Rabat. Le parvis blanc immaculé, inondé de lumière, connaissait un va-et-vient constant d’hommes en costumes noirs, suant à grosses gouttes et communiquant des ordres brefs via leurs oreillettes. On voyait aussi des soldats de la garde royale, dans leurs uniformes blancs, qu’on devine lourds et inconfortables.  Aucune émotion sur leurs visages impassibles, à croire qu’ils ont pris racine avec les longues colonnes entourant la cour,  des colonnes aux couleurs bigarrées, qui tranchent avec la blancheur austère des dalles de marbre au sol.

Devant la porte du palais, un ballet de véhicules divers, qui déposaient leurs passagers puis se garaient plus loin, sous les amples arbres bordant l’avenue du méchouar. Des Mercedes et des BMW pour la plupart. La classe politique marocaine est de toute évidence, bien lotie. Le groupe d’invités -une trentaine donc-  se presse dans la grande salle au haut plafond, discrètement décorée, mais avec grand goût. Des représentants du cabinet royal s’entretiennent avec des petits groupes d’hommes et de femmes représentant les diverses organisations politiques marocaines. Les discussions étaient feutrées, à peine interrompues par des serveurs impeccablement vêtus de blanc, servant petits fours et rafraîchissements. ‘Such comfort in a crisis…’ aurait dit F. Urquhart.

Quelques minutes plus tard, un Mokhazni de la garde, coiffé d’un fèz rouge flamboyant, drapé dans un Burnous blanc et bordé d’argent, annonçait solennellement l’arrivée du monarque. Le récit détaillé s’arrête ici, le narrateur, présent en tant que représentant d’un parti politique, ne peut discuter du détail des consultations. Il se propose cependant de faire un résumé des propositions et contre-propositions de parts et d’autres pour rénover les structures politiques marocaines.

Le Cabinet royal, par la voix d’un porte-parole autorisé,  avait produit un document pouvant servir de plate-forme de discussion pour l’élaboration d’une nouvelle constitution, ou à défaut, quelques réformes constitutionnelles. Après une rapide lecture des point essentiels de ce document, les représentants du Néo-Istisqlal ainsi que du Front Démocrate ont immédiatement déclaré qu’ils soutiennent sans réserve ce texte. Les autres invités étaient à moitié surpris : la coalition gouvernementale a du participer à la rédaction de ce texte. Les réformes présentées par le document semble de prime abord très proches des principes d’une monarchie à l’anglaise : La chambre des conseillers est renommée haute chambre, ou conseil des sages, et ses membres sont nommés par le monarque. La haute chambre transfère certaines de ses prérogatives à la chambre des représentants (ou chambre basse), qui est intégralement élue au suffrage universel, sur le mode de la proportionnelle. A cette dernière propositions, les représentants des partis régionalistes semblaient accorder leurs faveurs : ils peuvent désormais envoyer des représentants au parlement, et faire entendre leurs voix. La plateforme propose aussi la création d’assemblées régionales, élues pour une durée de moitié inférieure à celle du mandat parlementaire. Il s’agit d’une décentralisation poussée, qui s’est imposée depuis que le conseil de sécurité de l’ONU a approuvé un nouvelle version du plan d’autonomie pour le Sahara. La création d’une région autonome sahraouie sous souveraineté marocaine allait de tout façon entraîner une refonte des représentations locales.

l’autre point important évoqué dans le même document renforçait les prérogatives du gouvernement, qui est désormais créé conjointement par le Monarque et le Premier Ministre. les membres du gouvernement sont toujours nommés par le Roi, sur recommandation du Premier Ministre. A moins que le Monarque ne manifeste sa volonté de le présider par lui-même, le conseil des ministres se tiendra sous la présidence du Premier Ministre. les représentants de l’ex-USFP manifestent aussi leur approbation. Le texte ensuite se perd dans des dispositions telles que la réaffirmation de l’attachement du Maroc aux principes des Droits de l’Homme, des dispositions de l’ONU, etc… qui ne semblent captiver que l’attention des représentants de la gauche radicale, qui n’hésitent pas -à la stupeur des autres invités présents- à critiquer la timidité des réformes proposées.

– ‘Ceci n’est pas une réforme constitutionnelle, c’est une réformette !’ déclarait un des secrétaires adjoint de la gauche radicale. ‘Ce document abandonne quelques concessions, mais rien d’essentiel n’a été repensé’. Les autres représentants étaient mortifiés : comment pouvait-on critiquer un texte émanant du Palais ? des murmures de surprises se font entendre, avant que le directeur du cabinet royal ne hausse la voix pour demander le silence :  ‘dans ce cas, que proposez vous ?’. Patiemment, et d’une voix calme, une secrétaire adjointe de l’ex-PSU présenta point par point les revendications de la gauche radicale : séparation des pouvoirs, élections des juges par leurs pairs, plus de pouvoir pour le gouvernement, inscription de la valeur juridique supérieure des traites internationaux, réforme de l’article 19 de la constitution… au fur et à mesure que la jeune femme développait l’argumentaire de son parti, les visages des autres participant trahissaient de plus en plus un malaise certain : comment peut-on tenir ce genre de discours ? au Palais royal ! et devant son Altesse Royale qui plus est !. Après avoir résumé les positions du GDRP, la jeune femme se rassit, pas peu fière de l’effet que son intervention a produit : étant une des rares femmes de l’assemblée, sa jeunesse et sa fraîcheur tranchait avec la lassitude et l’âge avancé de la plupart des présents. Ayant pris note, le directeur du cabinet lui répondit : ‘bien, dans ce cas mademoiselle, son Altesse Royale serait ravi si votre parti nous adressait un mémorandum complet de vos propositions. Deux questions cependant : primo, que représentez-vous comme force politique ? et secundo, est-vous capables de participer à un gouvernement de coalition ou d’union nationale ?’. Les questions étaient limpides : malgré son courage politique, le GDRP ne représentait au mieux que 3% des votants, soit près d’une dizaine de sièges au Parlement. le GDRP s’est d’ailleurs toujours refusé à participer à une quelconque coalition gouvernementale, qu’il subordonnait à une réforme constitutionnelle qui n’arrivait jamais. La suite consistait essentiellement en une discussion de quelques points de détail de la plateforme présentée, mais aucun débat de fond n’émergea au bout d’une heure de discussion. Les islamistes ont bien essayé de demander un confirmation de l’attachement du Maroc à ses valeurs religieuses, mais c’était pour s’attirer une remarque acerbe du représentant d’Annahj (que certains n’imaginait même pas être présent). le Néo-Istiqlal a voulu poussé pour une inscription dans la constitution de l’équilibre budgétaire, car ‘cela aura un impact positif sur l’image de l’économie marocaine à l’extérieur’.

‘Messieurs, Mesdames, Mesdemoiselles, vous avez une année pour présenter des réformes de fond’. Sortant de son silence, le Monarque, par ces mots, signifiait la fin de la consultation.

Deux jours plus tard, la Blogoma observait l’apparition de plusieurs articles, traitant de la question constitutionnelle : des bloggeurs se sont essayé à comparer les différentes propositions de réforme, à les discuter, et éventuellement à promouvoir celle qui semblait, à leurs yeux, la plus crédible… Le débat était lancé, et rien n’allait plus l’arrêter…

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