The Moorish Wanderer

A very Moroccan coup, 3ème Partie : Entre Charybde et Scylla

Posted in Polfiction by Zouhair ABH on July 18, 2009

Previously…

oui, les têtes pensantes du Makhzen avaient du souci à se faire, car la conjoncture internationale devient de plus en plus critique.

Le début des années 2030 est aussi celui d’une nouvelle guerre froide, atypique par ses enjeux et par ses acteurs : la Chine, épaulée par la Russie, met ouvertement en cause la suprématie américaine dans de nombreux points du globe, essentiellement ceux où le pétrole est découvert ou en passe d’être exploité. Cette guerre froide est une guerre énergétique, une guerre qui rappelle les conflits coloniaux, car les terrains d’engagements sont l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie centrale. Cette guerre froide a parfois des périodes de réchauffement, et les reportages des journalistes font état de nombreux engagements militaires entre l’US Army et la nouvelle APL chinoise. l’Afrique donc, où chaque camp soutient des régimes qui lui sont favorables, en échange d’avantages divers, allant de la coopération culturelle aux accords commerciaux, économiques en passant par les traités d’assistance militaire.

et le Maroc dans cette tourmente gigantesque ? depuis les années 2020, le Maroc accueille sur son sol le commandement africain des Etats-Unis (AfriCom), ainsi que deux bases militaires, l’une européenne et l’autre américaine. Comment pendant les années 50 et 60 du siècle dernier, ces bases permettent le développement d’activités commerciales -la plupart du temps de la contrebande- dont profitaient les grands de ce pays. En général, les Marocains se sentent peu concernés par la présence de militaires étrangers : les médias n’en font pas grand cas, et seuls les gauchistes ou les islamistes dénoncent tour à tour la ‘présence étrangère néo-colonialiste’ pour les uns, et ‘les représentants du sionisme international’ pour les autres. Quel lien avec la situation intérieure du royaume ? l’Europe et les Etats-Unis ont certes besoin de gouvernements stables, mais aussi, et surtout, portant la marque ‘démocrate’. En clair, le bras financier des Etats occidentaux -le FMI-, subordonne désormais ses aides et prêts à des réformes  institutionnelles. un groupe très influent d’ économistes  de la toute nouvelle école ‘institutionnaliste’, a orienté, au début des années 2020, les missions du FMI et à la Banque mondiale : des réformes politiques, économiques et sociales pour des aides et des prêts. Cette nouvelle direction a entraîné des changements géopolitiques d’importance : au Moyen-orient, des partis dits ‘islamistes modernes’ prennent le pouvoir par les urnes, installent des institutions démocratiques (qui, paradoxalement, garantissent entre autres la liberté de croyance) et mettent en place des politiques économiques réellement libérales. En Egypte par exemple, Moubarak junior ne fait pas appel à l’armée et se retire lorsque la coalition citoyenne (menée par les nouveaux frères musulmans) remporte les élections. En Tunisie, en Jordanie et même en Syrie, les régimes répressifs cèdent le pas à des révolutions de velour : la fondation Soros (du nom de son défunt fondateur) a souvent été derrière ces changements en douceur, mais le fond de la transition démocratique est essentiellement populaire et national.

le Maroc a échappé à l’épidémie démocratique (l’expression vient du New York Times, dans un article très détaillé sur les transitions démocratiques dans les pays arabo-musulmans ) principalement grâce au soutien de la France, dont les intérêts économiques sont importants : de grands offices publics ont été privatisés entre 2012 et 2025, et les groupes français en ont profité, le fond d’investissement de la SNCF contrôle la majorité du capital de du défunt ONCF,  un consortium EDF-Suez-Poweo contrôle l’ex-ONE, etc… Des réformes démocratiques risquent de remettre en cause des accords souvent léonins et obtenus en versant des ‘commissions’ confortables (en réalité, des pots de vins ou des menaces de chantage) à de hauts officiels marocains.

Oui, les têtes pensantes du Makhzen avaient bien du souci à se faire, la pression du FMI, et des Etats-Unis s’intensifie, d’autant plus que le Maroc -un choix poussé et défendu par les technocrates néo-Istiqlaliens, formés aux Grandes Ecoles françaises- et ont opté pour un financement de type LBO pour les grands investissements : pendant quelques années, le montage financier a bien fonctionné, et le taux de croissance du PIB donnait satisfaction aux créanciers. Cependant, des petits ralentissements dans l’économie -dûs à des facteurs exogènes, notamment la guerre froide énergétique- et un  renversement non anticipé des taux de change internationaux ont alourdi la dette réelle (Du fait de l’inflation plus importante en Europe et au Etats-Unis qu’au Maroc, la dette réelle a longtemps été réduite). Le Maroc, sans déclarer faillite, est dans une situation financière délicate, son patrimoine étant largement composé d’immobilier, pour une dette hautement liquide et qui arrive dangereusement à échéance. Les obligations du trésor marocain (notées pendant longtemps BB+) deviennent de plus en plus chère à rémunérer, obligeant l’Etat marocain à solliciter un important prêt au FMI, et accepta de fait les recommandations de réformes politiques. l’ancien meilleur élève nord-africain devait faire amende honorable, et compléter le cercle des réformes…

C’est ainsi que le 30 Juillet 2033, dans un discours exceptionnellement long (près d’une heure et demi, au lieu du traditionnel quart d’heure), le Chef d’Etat a déclaré son attention de se réunir avec l’ensemble des ‘forces vives de la nation’, pour discuter des raisons du blocage institutionnel, du désintérêt des Marocains de la chose politique, et, plus important, la possibilité d’une réforme constitutionnelle, pour sortir le Maroc de la délicate situation financière dans laquelle il était. A cette annonce, les grandes formations politiques ont servilement accueilli la nouvelle, applaudissant l’effort de démocratisation, mais ne proposant que des mesures creuses ou des réponses évasives. Du côté de la communauté des bloggeurs, les choses allaient différemment. la Blogoma était certes plus critique, mais se posait des questions légitimes : ‘pourquoi demander aux politiciens de rédiger une nouvelle constitution, alors qu’ils n’ont plus de légitimité ?’ était la première interrogation lors des discussions et des débats.

Pendant les quelques jours suivant le discours, l’attention portée au sujet s’est dissipée, mais plus pour longtemps : les chefs de partis devaient recontrer le roi à l’occasion du 20 août pour discuter du fond du problème…

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