The Moorish Wanderer

A very Moroccan coup, 1ère Partie : Une nouvelle ère

Posted in Uncategorized by Zouhair ABH on July 4, 2009

L’idée d’un feuilleton de politique fiction m’est arrivée avec un téléfilm britannique produit pendant les années 1980, inspiré d’un roman du même nom : A very british coup. Avec des contextes différents, il s’agit d’imaginer la situation politique au Maroc, dans l’éventualité d’une arrivée au pouvoir de la Gauche Radicale marocaine. Une fiction partisane et biaisée, pour se défouler et se lancer dans le ‘et si…’. Attention, il s’agit d’une fiction issue de l’imagination (débridée) de l’auteur, toute ressemblance avec des évenements actuels est purement fortuite…

Début des années 2030 : tout semble se passer pour le mieux au Maroc.  La situation économique se stabilise, malgré un taux de chômage important, un taux de croissance soutenu pendant une dizaine d’année (de l’ordre de 4 à 5%) permet au revenu par tête de s’accroître et atteindre 8000$ PPP à la fin des années 2020. De plus, le Maroc se couvre d’infrastructures de dernier cri : le réseau autoroutier -bien que ne concernant que 35% du territoire marocain- améliore sensiblement sa qualité de service. Délaissant le tourisme, le Maroc investit désormais dans les nouvelles technologies et les industries à forte valeur ajoutée, en devenant le premier sous-traitant de composants high-tech : électronique grand public, mais aussi pièces détachées d’avions et de bateaux. La côte marocaine se déroulant de Tanger à Agadir se couvre de chantiers navals, qui jouxtent les divers centres d’industries aéronautiques. La situation économique est tellement favorable que le FMI anticipe un passage au rang de pays nouvellement industrialisé, d’autant plus que le Maroc attire de plus en plus d’investisseurs étrangers, développant par la même ses services financiers. Grâce à une sous-évaluation des actifs marocains et une fiscalité extrêmement flexible,  la capitalisation boursière au Grand-Casablanca totalise 30% des transactions financières en Afrique, au même niveau que l’Afrique du Sud.

Cette situation économique, néanmoins, ne profite qu’à une population minoritaire : sur les 42 millions marocains, seule une dizaine de millions en profite directement ou indirectement, et un petit noyau de 700.000 personnes contrôle 80% des richesses produites, un chiffre qui n’a guère varié depuis le début des années 2000. Comme précisé plus haut, le taux de chômage reste relativement élevé, aux alentours de 9%, soit une augmentation absolue par rapport au début du XXIème siècle. Un chômage qui touche essentiellement la population rurale, obligée d’abandonner ses terres aux grands propriétaires terriens, et de s’installer dans une des nombreuses nouvelles villes côtières, dans l’espoir d’avoir un travail dans les chantiers ou les usines aéronautiques, pour un salaire de misère, mais bien plus élevé que les revenus procurés par une agriculture traditionnelle, dépendante de la pluviométrie et du bon vouloir des puissants voisins grands propriétaires, qui n’hésitent pas à détourner les cours d’eau pour leurs propres plantations. Cette population rurale, déracinée, s’entasse dans de longues barres d’immeubles aux appartements exigus et constitués en ghettos, agglutinés à la périphérie des nouvelles villes industrielles. Telle est la situation économique du Royaume : une économie dynamique, en passe de rattraper son retard pour devenir une puissance moyenne et régionale, un chômage élevée et une population semi-ouvrière en constante expansion.

Le Maroc doit ses résultats économiques à l’effort déployé depuis 2012 par la coalition gouvernementale au pouvoir depuis cette date : l’aile néo-libérale et technocrate de l’Istiqlal, en compagnie d’un ‘Front Royal’ regroupant d’anciens partis d’administration ont appliqué pendant vingt ans les recommandations d’un groupe de cabinets de conseil. Cette relative amélioration du quotidien des Marocains -dont le taux d’alphabétisation a sensiblement augmenté, atteignant 65%- et barre la route aux conservateurs islamistes de l’alliance PJD-Adl Wal Ihssan. Malgré une gestion locale exemplaire et un nombre important de sièges au parlement, la coalition conservatrice ne séduisait plus, pour deux raisons principales : outre l’amélioration du niveau de vie (seul un quartier bidon-ville subsiste au Grand-Casablanca), les luttes intestines qui agitent la coalition (depuis la mort de A. Yassine, el Adl a intégré légalement le paysage politique en signant une sorte de ‘programme commun’ avec le PJD) l’ont décrédibilisée aux yeux de nombreux Marocains, qui découvrent les joies de la consommation de masse. La société marocaine s’occidentalise à vive allure, tout en assumant certaines aspects ‘traditionnels’ : moins hypocrite, le Marocain moyen admet désormais certains pratiques qui étaient de mise il y a vingt ans, mais qui étaient pudiquement repoussées comme ‘hchouma’. Rien de tel aujourd’hui, où il n’est pas rare de voir un couple s’embrasser publiquement, ou une jeune fille voilée se tenant par la main avec son compagnon. L’homosexualité, l’avortement, un statut ‘transitoire’ très proche du principe du PACS en France, ainsi que l’utilisation populaire de la pilule contraceptive donnent l’image d’un Maroc moderne, décomplexé et vivant pleinement sa liberté, malgré la subsistance de certaines lois désuettes. La Police ne disposant plus de la brigade des moeurs -abolie en 2015 après une campagne internet efficace – se focalise essentiellement sur le volet sécuritaire, ce qui n’empêche pas de possibles débordements. En effet, si les mentalités ont changé, certains réflexes makhzéniens subsistent, et le clan conservateur dispose encore de moyens de pression.

Le Maroc vit donc dans une situation unique : un pays économiquement stable, faisant l’expérience d’une libération sociale, mais dont le système politique reste immuable. Le dernier référendum constitutionnel, apportant des modifications minoritaires, date de 2010, et peu d’acteurs politiques ont fait preuve d’innovation. Le paysage politique, justement : le nombre des partis politiques est resté très stable -autour d’une vingtaine-, mais d’importants bouleversements ont transformé l’échiquier politique au Maroc.  à Droite, l’Istiqlal a abandonné son référentiel islamo-conservateur pour devenir un parti néo-libéral, entreprenant et jouissant de relations privilégiées avec le milieux des affaires. le Néo-Istiqlal se paye même le luxe d’admettre des ‘outsiders’ en son sein,  des non-fassis qui intègrent la famille et fortifient ses intérêts. Au pouvoir depuis 2012, le Néo-Isitqlal entretient de bons rapports avec le Makhzen, avec qui il a de nombreux intérêts économiques. le Makhzen dispose de sa propre force politique partisane, le ‘Front Démocrate’, qui est l’aboutissement de diverses alliance,  l’ex-PAM (Authenticité et Modernité) ayant servi de plateforme de fusion : l’UC, le MP, des petits partis ont de fait décidé de s’accorcher au PAM, qui change son nom et conclut un accord inédit avec le Néo-Istiqlal. A gauche, après deux défaites cinglantes (2007 et 2012), l’USFP craque de toutes parts et une nouvelle scission, celle-ci fatale, signe sa disparition. lors du XXème congrès, une majorité de délégués, proches des idéaux sociaux-démocrates à l’européenne, décident de changer le nom du parti, en USD/NA : Union Sociale-Démocrate/Nouvel Avenir. adoptant un discours résolument social-démocrate et centre-gauche, l’ex-USFP se cantonne petit à petit dans son fief de Rabat et chez une poignée d’intellectuels, bientôt rejointe par le PPS et le FFD. La Gauche Radicale continue son projet fédérateur : après 2012, où le RGD double le nombre de ses sièges au Parlement (une dizaine), un congrès pan-gauchiste scelle la réconciliation entre le CNI, le PS et le PT, qui acceptent de mettre de côté les conflits de personnes, les vieux leaders ayant décédés ou ayant enfin accepté de passer la main. l’AGD, qui devient donc la Gauche Démocratique Radicale et Populaire (GDRP), renforcée par des transfuges d’Annahj – qui se maintient comme la formation politique la plus à gauche du spectre politique marocain. la Gauche radicale, dont les idées deviennent de plus en plus populaires auprès des jeunes et des intellectuels de la classe moyenne, reste néanmoins embryonnaire et se manifeste surtout sur internet, où elle dispose d’un certain capital de sympathie auprès de la Blogoma (la blogosphère marocaine) . enfin, à côté de l’alliance PJD-Adl déjà évoquée, une dizaine de partis régionalistes, tribaux même, entretiennent des relations troubles avec la coalition gouvernementale. A côté des partis politiques, des associations, des fondations se disputent aussi le monopole du politique. L’autre nouvel acteur politique étant la blogoma, qui, à la différence des autres acteurs, ne dispose d’aucune présence physique ou d’organisation sur le terrain, mais jouit d’un réel prestige, ce qui en fait un pôle de leader d’opinion. La blogoma, contrairement aux autres acteurs politiques, n’a pas de couleur partisane, bien que sensible au discours des droits de l’homme et de la liberté politique. Elle est animée par une jeunesse éduquée, francophone et/ou anglophone, désireuse de changer les choses mais révulsée par le jeu politique, qu’elle considère ‘pourri’ et joué d’avance.

L’essentiel du pouvoir se concentre donc entre les mains des mêmes institutions, avec la nouveauté que constitue le FD, porte-voix du Makhzen dans le champ politique… Rien ne semble faire sortir le Maroc d’une situation politique stagnante et sans issue…

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