The Moorish Wanderer

A Bright new old world, Part 1

Posted in Uncategorized by Zouhair ABH on July 31, 2009

Mea Culpa. L’article dans lequel je m’essayais à démontrer que malgré le discours officiel, rien -ou presque- n’a changé au Maroc. Quelques échos m’ont prouvé une chose : une certaine population s’accroche à ‘l’illusion du changement’ -par analogie avec l’illusion monétaire de Katona (1951) : l’idée selon laquelle l’illusion d’un changement est entretenue par ceux-là même qui souffrent de son absence réelle, mais -par opportunisme ou cécité- cherchent à se convaincre autrement.

A vrai dire, je suis aussi habilité à penser que les choses ont changé : au niveau micro économique (en l’occurrence, le ménage auquel je me rattache), je peux, en tant qu’agent, tomber dans l’illusion que les choses vont bien, que lhamdoullah, l’économie marocaine se développe… Pourtant (comme disait Desproges, ne mésestimons pas la conjonction ‘pourtant’… ) en reprenant les statistiques marocaines publiées par les organismes nationaux ou internationaux, et en les arrangeant en longues séries temporelles, l’interprétation est sans appel : le Maroc “n’avance ” pas. Pourquoi les guillemets ? parce que la notion même de croissance, de progrès, somme toutes positivistes, ne font pas partie des buts de notre économie. Il y a quelque chose que les techniciens de l’économie (et cela, je crois que les diplômés d’école d’Ingénieur ou de Commerce ont en commun) ne mesurent pas l’impact important qu’ont les institutions et les cultures sur le paradigme économique du système qu’ils gèrent ou contribuent à entretenir. Et j’aurai l’occasion de prouver que la stabilité des institutions entraîne une stabilité des comportements économiques (lesquels font que notre économie est instable). Pour plus de rigueur donc, je m’efforcerai d’établir un plan ou plutôt des axes généraux de réflexion.

Commençons par ce paragraphe tiré du CIA Factbook : “Moroccan economic policies brought macroeconomic stability to the country in the early 1990s but have not spurred growth sufficient to reduce unemployment – nearing 20% in urban areas – despite the Moroccan Government’s ongoing efforts to diversify the economy. Morocco’s GDP growth rose to 5.9% in 2008, with the economy recovering from a drought in 2007 that severely reduced agricultural output and necessitated wheat imports at rising world prices.[…]Morocco entered an Association Agreement with the EU and, in 2006, entered a Free Trade Agreement (FTA) with the US. Long-term challenges include improving education and job prospects for Morocco’s youth, and closing the income gap between the rich and the poor, which the government hopes to achieve by increasing tourist arrivals and boosting competitiveness in textiles”. En une phrase : le Maroc est encore en voie de lutte contre l’inégalité, l’amélioration de l’éducation, l’emploi etc, etc… 54 ans que ces objectifs sont officiellement déclarés prioritaires, et pourtant…

Dans cet Article, Alberto Chong and Mark Gradstein présentent un lien évident -sur la base d’un modèle théorique et les mesures économétriques- entre la qualité des institutions en place, et l’inégalité dans une économie donnée. Par chance -pour moi en tout cas- le Maroc figure dans leur panel, et croyez-moi, the picture is as bleak as I make out. Le premier graphe de cet article le prouve :

Inégalité_1

Le graphe au-dessus mesure le lien entre inégalité et qualité des institutions pendant les années 1980 (c’est-à-dre, à un moment où le régime se montrait extrêmement brutal, en même temps que la guerre au Sahara pesait lourd sur la distribution des revenus)

Inégalité_2

Le graphe ci-dessus montre une relative amélioration du lien, mais qui ne prouve pas nécessairement que l’inégalité a bien été réduite du 20% au Maroc, entre 1981 et 2000 (puisque la méthode utilisée est celle du Panel dynamique, où les variables sont cross-countries) le Maroc fait mieux que d’autres pays, mais a-t-on réellement réduit les inégalités ?

D’après le Haut Commissariat au Plan (qui ne supervise plus les Plans, ceux-ci ayant été abandonnés…Ô désespoir) a publié, il y a deux ans, le chiffre de 5300dhs de revenu moyen par ménage au Maroc pour l’année 2008. (en unités monétaires courantes, cela va de soit). la MAP reprend les grandes lignes de cette étude, qui obtient les résultats suivants : Il ressort de cette enquête, réalisée sur un échantillon de 7.200 ménages [qu’on suppose représentatifs, n’est-ce-pas ?], que près de 20% des ménages ont un revenu mensuel de moins de 1.930 dhs, 40% moins de 2.892 dhs, 60% moins de 4.227 dhs et 80% moins de 6.650 dhs. On peut en déduire sans grand risque de se tromper, que seuls 20% des Marocains disposent d’un revenu supérieur à 6650dhs. En supposant l’égalité entre revenu total et PIB, cela veut dire que moins de 7 millions de Marocains s’accaparent 60% des richesses crées au Maroc.  Une étude menée au début des années 1990 (avec des données des années 1980) montre que les deux derniers déciles de la population, s’accaparent un peu plus de 50% des revenus générés (avec une extrapolation raisonnable, le PIB). On a donc, vers la fin des années 1980, 20% des Marocains contrôlent près de 50%, pour 60% entre 2007 et 2008 : Appelez cela ce que vous voulez, mais pour moi, c’est une augmentation des inégalités. Il est facile de comprendre que la distribution des fruits de la croissance obéit à une logique très éloignée de celle du Welfare state…

Voilà donc pour la première partie, celle des inégalités : le Maroc a certes engagé des réformes pour combattre les fléaux handicapant son économie, mais ces mesures restent inefficaces, ce qui signifie que, pour toute création de richesse supplémentaire, le surplus -ou la distribution du taux de croissance marginal- est essentiellement affecté à ceux qui disposent déjà d’un capital de richesse important. Oui, l’inégalité, à défaut d’être stabilité, devient de plus en plus importante… Que dire ?

le Maroc de la nouvelle ère

Posted in Uncategorized by Zouhair ABH on July 30, 2009

-Le jeudi 9 juillet 2009, vous avez été condamnée à 2 ans de prison ferme par le tribunal de Marrakech. Vous attendiez-vous à un tel verdict ?
(Long silence) J’ai pris deux ans de prison avec neuf autres étudiants. Un étudiant a écopé de quatre ans. Nous étions tous préparés à une telle sentence. Nous étions même prêts à subir bien pire que la prison. La prison, ce n’est qu’un petit lieu de détention.

-Vous n’avez donc pas été déçue après le procès ?
Nous étions préparés psychologiquement. Le temps nous donnera raison car la vérité finit toujours par triompher. En attendant, je reste en prison encore quatre à six mois en attendant le procès en appel.

-Que s’est-il passé au tribunal en ce «jeudi noir» ?
Rien de spécial. Nous sommes restés fidèles à nos déclaration habituelles devant le juge. Nous avons déclaré que toutes les accusations intentées à notre encontre étaient infondées.

-De quoi étiez-vous accusés exactement ?
De tentative d’homicide et d’avoir mis le feu dans la rue. Les gens qui nous ont collé ce procès sont bien connus. Le policier qui a été blessé pendant les manifestations n’a même pas été capable de désigner la personne qui l’a agressé. Le pire, c’est qu’au moment où il a été brutalisé, nous étions déjà au commissariat !

-Qu’avez-vous déclaré pendant le procès ?
Juste avant l’énoncé du verdict, le juge nous a donné l’occasion de nous exprimer une dernière fois. Nous assumons nos actes jusqu’au bout, quel que soit le jugement.

-Quels sont les problèmes que vous rencontrez actuellement dans la prison civile de Boulmharez ?
Il n’y a même pas un endroit où on peut se rendre pour consulter un médecin. Le médecin vient nous voir une seule fois par semaine. Même si quelqu’un est malade pendant la semaine, il doit attendre le vendredi. Et nous devons patienter jusqu’au lundi pour recevoir les médicaments. Peu importe qu’on attende, on peut mourir à petit feu…

-Le médecin est donc inefficace…
Ce mois-ci, le médecin nous a rendu une seule visite. Chaque fois que je prends un traitement, cela ne me fait aucun effet. J’explique pourtant au médecin que je souffre de plusieurs maux.…Je ne sais même pas quelles sont vraiment mes maladies et le médecin est incapable de me le dire !

-Lorsqu’il y a urgence médicale, que se passe-t-il ?
On peut toujours attendre…des heures et des heures…

-De quels symptômes souffrez-vous ?
J’ai un mal de crâne récurrent, qui s’accentue lorsque je me lave la tête depuis qu’on m’a frappée avec une barre fer au commissariat de Jemaâ El Fna. J’ai également d’étranges douleurs au ventre et dans certaines parties de mon corps.…

-Décrivez-nous le cadre dans lequel vous vivez depuis mai 2008…
Il est exécrable. Nous sommes trop nombreux dans un petit espace envahi par les cafards. Nous sommes une cinquantaine dans un lieu qui ne prendrait normalement pas plus de vingt personnes. Beaucoup de femmes sont très malades, elles souffrent des poumons et crachent du sang. Même les enfants sont dans un très sale état, ils ont des cafards sur le visage.…

-Quelles sont les conditions d’hygiène ?
On se douche à l’eau froide une seule fois par semaine. Nous sommes une cinquantaine de personnes à nous partager un seul sanitaire.…

-Où dormez-vous ?
Dans de piteuses conditions. Il y a des détenues qui sont un peu mieux loties que d’autres. Mais nous dormons toutes sur de vieilles guenilles.

-Et que mangez-vous ?
De la nourriture pitoyable. En été, on mange des lentilles, des haricots, des fèves,… (silence) des carottes, des pommes de terre…c’est-à-dire tout ce qui est fait avec beaucoup d’eau.

-Est-ce qu’on vous maltraite en prison ?
(Silence) Non, non. On ne nous frappe pas…

-Vous gardez le sourire, malgré ce qui vous arrive…
Je ne vais pas m’apitoyer sur mon sort, alors autant garder le sourire. Que voulez-vous que je fasse ?

-Est-ce que vous recevez des visites de votre famille ?
Une fois par semaine. Et seulement une dizaine de minutes au maximum dans un vacarme total. Les responsables font parfois attendre nos familles pendant des heures car les visites des hommes, qui sont 6 000, passent avant celles des femmes.…

-Rappelez-nous ce que vous avez subi le 15 mai 2008 au commissariat de Jamaâ El Fna ?
On nous a menotté les mains et les pieds. On nous a également bandé les yeux. C’est à partir de là que nous avons été torturés durant cinq jours en continu. On a reçu des coups partout sur le corps. J’ai reçu une barre de fer sur la tête et j’ai eu un œil touché. Je ne pouvais même pas aller aux toilettes. On m’a même déshabillée.…

-Si vous saviez que tout cela allait arriver et que vous alliez écoper de deux ans de prison, auriez-vous agi de la même manière ?
Pour être militante, il faut persévérer. Nous savions déjà tout ce nous allions endurer. Rien n’est gratuit. Il s’agit d’abord d’un sacrifice individuel. Je ne m’attendais pas à ce que la justice nous offre des fleurs ou nous déroule un tapis rouge. Bien au contraire. Tout ce que nous pourrons subir ne changera jamais nos convictions et je ne regrette rien.

-Vous êtes donc prête à tout pour le militantisme ?
Je suis prête à donner deux ans de ma vie en prison pour que les choses changent au Maroc. Je peux même donner quatre ans, dix ans ou toute ma vie pour que les conditions du peuple marocain s’améliorent.

-Les rumeurs selon lesquelles vous auriez demandé une grâce royale sont donc fausses ?
Evidemment. Je ne vois pas pourquoi je vais demander une grâce royale puisque je suis innocente.

-Savez-vous que vous êtes devenue un symbole pour les défenseurs des droits de l’homme au Maroc ?
Il n’y a aucune amélioration dans le domaine des droits de l’homme au Maroc. Les noms des principaux boucs-émissaires ont peut-être changé, mais la justice est toujours la même. On peut comparer le commissariat de Jamaâ El Fna à Tazmamart ou Guantanamo !

-De quoi sera fait votre avenir, une fois que vous sortirez de prison ? Allez-vous rester au Maroc ?
Je ne sais pas si je resterai ici ou pas. Je ne pense pas à cela. Ce qui compte, c’est que je continuerai à me battre pour toutes les idées qui m’ont conduite en prison. Je vais finir mes études à l’université et défendre mes
convictions.

BIO EXPRESS
28 novembre 1987 : Naissance à Zagora.
28 novembre 1989 : Décès de sa mère.
15 mai 2008 : Arrêtée et torturée par la police de Marrakech.
9 juillet 2009 : Condamnée à deux ans de prison ferme.

PROPOS RECUEILLIS PAR HICHAM BENNANI
Le Journal Hebdomadaire, numéro 405, juillet 2009

1999-2009 : Que dire ?

Posted in Uncategorized by Zouhair ABH on July 29, 2009

ou, pour être plus proche de la couleur politique de ce blog : ‘Que Faire ?’ Avant tout, prenons le temps de lire posément quelques articles de notre constitution :

Article 9 : La Constitution Garantit à tous ses citoyens […] la liberté d’opinion, la liberté d’expression sous toutes ses formes et la liberté de réunion. (Malek 5ayef a sat ?)

Article 10 : Nul ne peut être arrêté, détenu ou puni que dans les cas et les formes prévus par la loi (allez, quoi…)

ARTICLE 23: La personne du Roi est inviolable et sacrée. (ah… on comprend maintenant)

L’extrapolation que l’on peut faire de l’article 23 est que toute activité de Sa Majesté est sacrée : ses discours et ses actions ne peuvent faire l’objet d’un commentaire, et son règne ne peut donc être l’objet d’un évaluation (différente d’une évaluation présentée par la RTM) Maintenant que j’ai exposé la raison pour laquelle je me refuse à dresser le bilan du règne, c’est avec grand plaisir -et grande partialité- que je me prépare à vous livrer le bilan du Maroc entre 1999 et 2009, avec des extrapolations allant aux années 1950…

Louée soit la table Upenn ! (vous savez, la gigantesque base de données gérée par l’université de Pennsylvanie…) comme les données s’arrêtent en 2004, j’ai choisi une petite combinaison de dates particulières : les premières années de l’indépendance (avec les années du gouvernement Ibrahim) les premières années du règne de Hassan II, et enfin, les cinq premières années de Mohamed VI :

year XRate
PPP GDP/W
RG%GDP
1957 3.61 3.01 3316.41 -4.02
1958 4.19 3.00 3439.42 3.17
1959 4.87 2.96 3545.38 2.88
1961 5.06 2.46 4183.35 16.67
1962 5.06 2.48 4765.40 12.85
1963 5.06 2.37 5384.37 11.92
1964 5.06 2.33 5802.56 6.74
1999 9.80 3.18 9568.77 -2.00
2000 10.62 3.16 9434.56 -0.76
2001 11.30 3.11 9791.91 4.65
2002 11.02 3.06 9860.08 1.52
2003 9.57 3.02 10048.71 2.74
2004 8.86 na na na

Que nous dit la table ? plusieurs choses en effet : qu’entre 1957 et 2003, le rapport entre la parité de pouvoir d’achat et le PIB réel est resté le même (avec certes des variations, plus négatives que positives). Les dernières statistiques ,celles de 2008, que j’ai glanées dans le ‘CIA Factbook‘, situent le rapport à 1,51 (donc en déclin). Pourquoi s’intéresser à ce ratio particulier ? pour dire que l’ouverture du Maroc sur le monde extérieur ne lui bénéficie presque pas, ou alors, qu’elle bénéficie à une minorité. Les termes de l’échange avec le reste du monde sont à notre désavantages, même si le taux d’échange nominal s’est amélioré en cinquante ans.

Croissance du PIB réel  : toujours selon le CIA factbook, le taux de croissance réel est de 5,9%. Sur une seule année, le chiffre ne signifie pas grand-chose. Comparé à 2007, le taux de croissance réel était de 3,9%. Toujours d’après les données de la table, le taux moyen de croissance réelle au Maroc était de 2.24%. En calculant les variations par rapport a cette moyenne, on obtient le graphe suivant

RGDP MAr

Observons qu’à partir des années 1990, les fluctuations de l’économie marocaine deviennent de plus en plus importantes : pendant une ou deux années, la création nette de richesse est importante, puis l’année suivante, des résultats catastrophiques (ceteris paribus, bien entendu…) Economiquement stable le Maroc de la nouvelle ère ? Je ne crois pas…

Je sais, l’analyse semble simpliste, mais elle est adaptée à l’argument ‘officiel’ (ou communément admis, la différence n’est pas significative, grâce à/à cause d’une une propagande d’une quarantaine d’années d’expérience.) Le discours que tient une certaine population (pas toujours la plus simple d’esprit) est le suivant : ‘Oui, les temps sont difficiles au Maroc, mais l’hamdoullah, les choses s’améliorent’. Eh bien non, la conclusion qu’on peut tirer des statistiques présentées plus haut : primo, la situation économique est de plus en plus instable (l’instabilité étant mesurée par l’écart par rapport à la moyenne) et secundo, nos rapports extérieurs se ont détériorés, dans le sens où nous vivons en quelque sorte aux crochets du reste du Monde. Qu’en est-il de la productivité au Maroc ? certes, elle a triplé en 50 ans, un chiffre qui semble important, mais qui reste négligeable, en comparaison avec les gains de productivité procurés par le progrès technique. Au contraire, on pourra dire que la productivité réelle moyenne a chuté en 50ans… Bleak picture ? reality, dear fellows…

Un prochain article développant l’interprétation des chiffres de l’évolution économique du Maroc.

A very Moroccan coup 4ème partie : Shaking the foundations

Posted in Polfiction by Zouhair ABH on July 25, 2009

Previously..

Ce 20 août était exceptionnel. D’abord par l’extraordinaire chaleur -inhabituelle en cette fin d’été- de ce début d’après-midi, mais aussi par l’activité dans la cour principale du palais royal à Rabat. Le parvis blanc immaculé, inondé de lumière, connaissait un va-et-vient constant d’hommes en costumes noirs, suant à grosses gouttes et communiquant des ordres brefs via leurs oreillettes. On voyait aussi des soldats de la garde royale, dans leurs uniformes blancs, qu’on devine lourds et inconfortables.  Aucune émotion sur leurs visages impassibles, à croire qu’ils ont pris racine avec les longues colonnes entourant la cour,  des colonnes aux couleurs bigarrées, qui tranchent avec la blancheur austère des dalles de marbre au sol.

Devant la porte du palais, un ballet de véhicules divers, qui déposaient leurs passagers puis se garaient plus loin, sous les amples arbres bordant l’avenue du méchouar. Des Mercedes et des BMW pour la plupart. La classe politique marocaine est de toute évidence, bien lotie. Le groupe d’invités -une trentaine donc-  se presse dans la grande salle au haut plafond, discrètement décorée, mais avec grand goût. Des représentants du cabinet royal s’entretiennent avec des petits groupes d’hommes et de femmes représentant les diverses organisations politiques marocaines. Les discussions étaient feutrées, à peine interrompues par des serveurs impeccablement vêtus de blanc, servant petits fours et rafraîchissements. ‘Such comfort in a crisis…’ aurait dit F. Urquhart.

Quelques minutes plus tard, un Mokhazni de la garde, coiffé d’un fèz rouge flamboyant, drapé dans un Burnous blanc et bordé d’argent, annonçait solennellement l’arrivée du monarque. Le récit détaillé s’arrête ici, le narrateur, présent en tant que représentant d’un parti politique, ne peut discuter du détail des consultations. Il se propose cependant de faire un résumé des propositions et contre-propositions de parts et d’autres pour rénover les structures politiques marocaines.

Le Cabinet royal, par la voix d’un porte-parole autorisé,  avait produit un document pouvant servir de plate-forme de discussion pour l’élaboration d’une nouvelle constitution, ou à défaut, quelques réformes constitutionnelles. Après une rapide lecture des point essentiels de ce document, les représentants du Néo-Istisqlal ainsi que du Front Démocrate ont immédiatement déclaré qu’ils soutiennent sans réserve ce texte. Les autres invités étaient à moitié surpris : la coalition gouvernementale a du participer à la rédaction de ce texte. Les réformes présentées par le document semble de prime abord très proches des principes d’une monarchie à l’anglaise : La chambre des conseillers est renommée haute chambre, ou conseil des sages, et ses membres sont nommés par le monarque. La haute chambre transfère certaines de ses prérogatives à la chambre des représentants (ou chambre basse), qui est intégralement élue au suffrage universel, sur le mode de la proportionnelle. A cette dernière propositions, les représentants des partis régionalistes semblaient accorder leurs faveurs : ils peuvent désormais envoyer des représentants au parlement, et faire entendre leurs voix. La plateforme propose aussi la création d’assemblées régionales, élues pour une durée de moitié inférieure à celle du mandat parlementaire. Il s’agit d’une décentralisation poussée, qui s’est imposée depuis que le conseil de sécurité de l’ONU a approuvé un nouvelle version du plan d’autonomie pour le Sahara. La création d’une région autonome sahraouie sous souveraineté marocaine allait de tout façon entraîner une refonte des représentations locales.

l’autre point important évoqué dans le même document renforçait les prérogatives du gouvernement, qui est désormais créé conjointement par le Monarque et le Premier Ministre. les membres du gouvernement sont toujours nommés par le Roi, sur recommandation du Premier Ministre. A moins que le Monarque ne manifeste sa volonté de le présider par lui-même, le conseil des ministres se tiendra sous la présidence du Premier Ministre. les représentants de l’ex-USFP manifestent aussi leur approbation. Le texte ensuite se perd dans des dispositions telles que la réaffirmation de l’attachement du Maroc aux principes des Droits de l’Homme, des dispositions de l’ONU, etc… qui ne semblent captiver que l’attention des représentants de la gauche radicale, qui n’hésitent pas -à la stupeur des autres invités présents- à critiquer la timidité des réformes proposées.

– ‘Ceci n’est pas une réforme constitutionnelle, c’est une réformette !’ déclarait un des secrétaires adjoint de la gauche radicale. ‘Ce document abandonne quelques concessions, mais rien d’essentiel n’a été repensé’. Les autres représentants étaient mortifiés : comment pouvait-on critiquer un texte émanant du Palais ? des murmures de surprises se font entendre, avant que le directeur du cabinet royal ne hausse la voix pour demander le silence :  ‘dans ce cas, que proposez vous ?’. Patiemment, et d’une voix calme, une secrétaire adjointe de l’ex-PSU présenta point par point les revendications de la gauche radicale : séparation des pouvoirs, élections des juges par leurs pairs, plus de pouvoir pour le gouvernement, inscription de la valeur juridique supérieure des traites internationaux, réforme de l’article 19 de la constitution… au fur et à mesure que la jeune femme développait l’argumentaire de son parti, les visages des autres participant trahissaient de plus en plus un malaise certain : comment peut-on tenir ce genre de discours ? au Palais royal ! et devant son Altesse Royale qui plus est !. Après avoir résumé les positions du GDRP, la jeune femme se rassit, pas peu fière de l’effet que son intervention a produit : étant une des rares femmes de l’assemblée, sa jeunesse et sa fraîcheur tranchait avec la lassitude et l’âge avancé de la plupart des présents. Ayant pris note, le directeur du cabinet lui répondit : ‘bien, dans ce cas mademoiselle, son Altesse Royale serait ravi si votre parti nous adressait un mémorandum complet de vos propositions. Deux questions cependant : primo, que représentez-vous comme force politique ? et secundo, est-vous capables de participer à un gouvernement de coalition ou d’union nationale ?’. Les questions étaient limpides : malgré son courage politique, le GDRP ne représentait au mieux que 3% des votants, soit près d’une dizaine de sièges au Parlement. le GDRP s’est d’ailleurs toujours refusé à participer à une quelconque coalition gouvernementale, qu’il subordonnait à une réforme constitutionnelle qui n’arrivait jamais. La suite consistait essentiellement en une discussion de quelques points de détail de la plateforme présentée, mais aucun débat de fond n’émergea au bout d’une heure de discussion. Les islamistes ont bien essayé de demander un confirmation de l’attachement du Maroc à ses valeurs religieuses, mais c’était pour s’attirer une remarque acerbe du représentant d’Annahj (que certains n’imaginait même pas être présent). le Néo-Istiqlal a voulu poussé pour une inscription dans la constitution de l’équilibre budgétaire, car ‘cela aura un impact positif sur l’image de l’économie marocaine à l’extérieur’.

‘Messieurs, Mesdames, Mesdemoiselles, vous avez une année pour présenter des réformes de fond’. Sortant de son silence, le Monarque, par ces mots, signifiait la fin de la consultation.

Deux jours plus tard, la Blogoma observait l’apparition de plusieurs articles, traitant de la question constitutionnelle : des bloggeurs se sont essayé à comparer les différentes propositions de réforme, à les discuter, et éventuellement à promouvoir celle qui semblait, à leurs yeux, la plus crédible… Le débat était lancé, et rien n’allait plus l’arrêter…

A very Moroccan coup, 3ème Partie : Entre Charybde et Scylla

Posted in Polfiction by Zouhair ABH on July 18, 2009

Previously…

oui, les têtes pensantes du Makhzen avaient du souci à se faire, car la conjoncture internationale devient de plus en plus critique.

Le début des années 2030 est aussi celui d’une nouvelle guerre froide, atypique par ses enjeux et par ses acteurs : la Chine, épaulée par la Russie, met ouvertement en cause la suprématie américaine dans de nombreux points du globe, essentiellement ceux où le pétrole est découvert ou en passe d’être exploité. Cette guerre froide est une guerre énergétique, une guerre qui rappelle les conflits coloniaux, car les terrains d’engagements sont l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie centrale. Cette guerre froide a parfois des périodes de réchauffement, et les reportages des journalistes font état de nombreux engagements militaires entre l’US Army et la nouvelle APL chinoise. l’Afrique donc, où chaque camp soutient des régimes qui lui sont favorables, en échange d’avantages divers, allant de la coopération culturelle aux accords commerciaux, économiques en passant par les traités d’assistance militaire.

et le Maroc dans cette tourmente gigantesque ? depuis les années 2020, le Maroc accueille sur son sol le commandement africain des Etats-Unis (AfriCom), ainsi que deux bases militaires, l’une européenne et l’autre américaine. Comment pendant les années 50 et 60 du siècle dernier, ces bases permettent le développement d’activités commerciales -la plupart du temps de la contrebande- dont profitaient les grands de ce pays. En général, les Marocains se sentent peu concernés par la présence de militaires étrangers : les médias n’en font pas grand cas, et seuls les gauchistes ou les islamistes dénoncent tour à tour la ‘présence étrangère néo-colonialiste’ pour les uns, et ‘les représentants du sionisme international’ pour les autres. Quel lien avec la situation intérieure du royaume ? l’Europe et les Etats-Unis ont certes besoin de gouvernements stables, mais aussi, et surtout, portant la marque ‘démocrate’. En clair, le bras financier des Etats occidentaux -le FMI-, subordonne désormais ses aides et prêts à des réformes  institutionnelles. un groupe très influent d’ économistes  de la toute nouvelle école ‘institutionnaliste’, a orienté, au début des années 2020, les missions du FMI et à la Banque mondiale : des réformes politiques, économiques et sociales pour des aides et des prêts. Cette nouvelle direction a entraîné des changements géopolitiques d’importance : au Moyen-orient, des partis dits ‘islamistes modernes’ prennent le pouvoir par les urnes, installent des institutions démocratiques (qui, paradoxalement, garantissent entre autres la liberté de croyance) et mettent en place des politiques économiques réellement libérales. En Egypte par exemple, Moubarak junior ne fait pas appel à l’armée et se retire lorsque la coalition citoyenne (menée par les nouveaux frères musulmans) remporte les élections. En Tunisie, en Jordanie et même en Syrie, les régimes répressifs cèdent le pas à des révolutions de velour : la fondation Soros (du nom de son défunt fondateur) a souvent été derrière ces changements en douceur, mais le fond de la transition démocratique est essentiellement populaire et national.

le Maroc a échappé à l’épidémie démocratique (l’expression vient du New York Times, dans un article très détaillé sur les transitions démocratiques dans les pays arabo-musulmans ) principalement grâce au soutien de la France, dont les intérêts économiques sont importants : de grands offices publics ont été privatisés entre 2012 et 2025, et les groupes français en ont profité, le fond d’investissement de la SNCF contrôle la majorité du capital de du défunt ONCF,  un consortium EDF-Suez-Poweo contrôle l’ex-ONE, etc… Des réformes démocratiques risquent de remettre en cause des accords souvent léonins et obtenus en versant des ‘commissions’ confortables (en réalité, des pots de vins ou des menaces de chantage) à de hauts officiels marocains.

Oui, les têtes pensantes du Makhzen avaient bien du souci à se faire, la pression du FMI, et des Etats-Unis s’intensifie, d’autant plus que le Maroc -un choix poussé et défendu par les technocrates néo-Istiqlaliens, formés aux Grandes Ecoles françaises- et ont opté pour un financement de type LBO pour les grands investissements : pendant quelques années, le montage financier a bien fonctionné, et le taux de croissance du PIB donnait satisfaction aux créanciers. Cependant, des petits ralentissements dans l’économie -dûs à des facteurs exogènes, notamment la guerre froide énergétique- et un  renversement non anticipé des taux de change internationaux ont alourdi la dette réelle (Du fait de l’inflation plus importante en Europe et au Etats-Unis qu’au Maroc, la dette réelle a longtemps été réduite). Le Maroc, sans déclarer faillite, est dans une situation financière délicate, son patrimoine étant largement composé d’immobilier, pour une dette hautement liquide et qui arrive dangereusement à échéance. Les obligations du trésor marocain (notées pendant longtemps BB+) deviennent de plus en plus chère à rémunérer, obligeant l’Etat marocain à solliciter un important prêt au FMI, et accepta de fait les recommandations de réformes politiques. l’ancien meilleur élève nord-africain devait faire amende honorable, et compléter le cercle des réformes…

C’est ainsi que le 30 Juillet 2033, dans un discours exceptionnellement long (près d’une heure et demi, au lieu du traditionnel quart d’heure), le Chef d’Etat a déclaré son attention de se réunir avec l’ensemble des ‘forces vives de la nation’, pour discuter des raisons du blocage institutionnel, du désintérêt des Marocains de la chose politique, et, plus important, la possibilité d’une réforme constitutionnelle, pour sortir le Maroc de la délicate situation financière dans laquelle il était. A cette annonce, les grandes formations politiques ont servilement accueilli la nouvelle, applaudissant l’effort de démocratisation, mais ne proposant que des mesures creuses ou des réponses évasives. Du côté de la communauté des bloggeurs, les choses allaient différemment. la Blogoma était certes plus critique, mais se posait des questions légitimes : ‘pourquoi demander aux politiciens de rédiger une nouvelle constitution, alors qu’ils n’ont plus de légitimité ?’ était la première interrogation lors des discussions et des débats.

Pendant les quelques jours suivant le discours, l’attention portée au sujet s’est dissipée, mais plus pour longtemps : les chefs de partis devaient recontrer le roi à l’occasion du 20 août pour discuter du fond du problème…