The Moorish Wanderer

I/ 1930 : Naissance de la Mouvance Nationale

Posted in Uncategorized by Zouhair ABH on May 6, 2009

Comme promis, j’ai pris mon courage à deux mains (ainsi que mes références bibliographiques) pour commencer à peindre un tableau du paysage politique marocain. Je ne suis pas historien, ni politologue, mais je ne saurai me lasser de dire et redire qu’une des manières d’envisager sereinement son futur, et de comprendre son présent, réside dans une connaissance de son passé.

La naissance de la mouvance nationale donc. La mouvance ? disons les mouvances. Le terme de الحركة الوطنية، (mouvement national) est en réalité peu représentatif de ce qu’étaient les mouvements de résistance. En 1930, les Français n’ont toujours pas réalisé ce qu’ils appelleront ‘la Pacification’. Les montagnes du Haut et du Moyen Atlas sont encore insoumises, de même que la capitulation de l’émir El Khattabi est encore fraîche (1926). Ce qu’on appelle le mouvement national correspond effectivement aux structures politiques qui donneront naissance aux partis de l’Istiqlal et de la Choura. C’est un mouvement urbain, élitiste, très localisé (Fès et Marrackech) et se constitue essentiellement en réaction au fameux Dahir berbère. Au début donc, le mouvement ‘moderne/politique’ national ne s’est pas élevé contre le protectorat en lui-même, mais contre ce qu’il considérait comme une tentative de division des peuples marocains. (soyons honnête, la notion d’un seul peuple marocain n’existait pas, et on peut même avancer sans grand risque d’être démenti que cette notion reste ce qu’elle est… une notion). Intéressons-nous à la composition de ce mouvement : qui ? comment ? et pourquoi ?

Le pourquoi est le simple à répondre : la majorité des fondateurs sont des grand-bourgeois fassi, r’batis (et très rarement, de marrackech). La formation de cette élite est curieusement homogène : Allal El Fassi est une docteur d’Al Quaraouiyne, grande université de théologie à Fès. Ahmed Balafrèj est diplômé de l’université du Caire. Ces deux nationalistes ne représentent certes pas toute la classe dirigeante, ou plutôt la première génération de militants nationalistes, mais le fond commun est une éducation classique, très imprégnée de théologie, ce qui ne manque pas d’influencer leurs discours, ainsi que leurs arguments. L’idéologie salafiste – dans sa définition théoriquement progressiste- était, pour une grande majorité de ces militants, le seul moyen pour sortir de cet état d’aliénation dans lequel se débattent les pays arabe. le salafisme éclaire, tel que défini dans les écrits d’un érudit comme Jamal-Edine Al Afghani. La notion du Maroc en tant qu ‘Etat-Nation, la notion même du Maroc, tout cela ne se définissait que par rapport à la oumma, c’est-à-dire, le grand peuple arabo-musulman. Un nationalisme marocain donc, mais d’abord et surtout un nationalisme panarabe.

A côté de ce nationalisme ‘traditionnel’ commençait à bourgeonner un nationalisme plus moderne, plus proche du modèle occidental; Ce nationalisme est incarné par Mohamed Belhassan El Ouazani, fondateur du premier journal francophone du mouvement national. Les tenants de ce nationalisme moderne (par rattachement à l’universalisme des lumières) ont eux aussi été formés à la ‘vieille école’ : Abdellah Ibrahim, chef du premier -et peut être seul- gouvernement de gauche du Maroc mderne, a été formé à la très traditionnelle université Ben Youssef à Marrackech, avant d’être diplômé de la Sorbonne. De même pour Abderrahim Bouabid, qui est passé par l’école des fils de notables avant de compléter sa formation d’avocat en France.

En quoi ce nationalisme-là diffère du nationalisme d’un El Fassi ou d’un Mokhtar Soussi ? Essentiellement par la dimension tiers-mondiste et libératrice. Alors qu’un El Fassi considérait le colonialisme ou le protectorat français comme une sorte de punition divine (pour écart des principes islamiques), les nouveaux nationalistes -qui ne seront plus classés comme tels après l’indépendance- pensent la situation de colonisé comme une alinéation -au sens marxiste- qui paradoxalement, crée une sorte de sens d’appartenance qui trouvera sa forme dans le mouvement des non-alignés. Autant les nationalistes ‘old school’ avaient des opinions variées, autant les nouveaux-jeunes nationalistes formaient un groupe hétéroclite. Cependant, aux deux camps, on peut trouver un point commun : l’origine du nationalisme marocain se trouve dans le constat de l’infériorité du Marocain face à son protecteur\colonisateur Espagnol ou Français.

Mai 1930 représente une date symbolique malheureusement peu évoquée. Il s’agit de l’affaire du fameux ‘Dahir Berbère’.
Rapidement, il s’agissait, pour les autorités de la résidence, de soustraire les populations Berbères des montagnes de la juridiction musulmane (chariaa) et leur créer un statut spécial, qui correspond à une juridiction tribale, locale et encadrée par la fonction de ‘l’officier aux affaires indigènes’. Les nationalistes qui formeront plus tard le parti de l’Istiqlal se sont immédiatement rebellés contre ce Dahir. Curieusement, la révolté n’était pas dirigée contre le sultan (qui a pourtant signé le document), mais contre l’esprit de division entre la population arabe, citadine ou des plaines, et la population amazighe, rurale et montagnarde. En effet, dans l’esprit de la grande majorité des nationalistes marocains de l’époque, le sultan ne pouvait pas abandonner ainsi une partie importante de ses sujets. Le sultan, dans l’imaginaire nationaliste, était une figure impartiale, paternelle et paternaliste, dont on ne discute pas les prérogatives (qu’on ne se donne même pas la peine de définir). Le sultan, lieutenant de Dieu sur terre. Le principal argument anti-dahir consistait en une dénonciation vigoureuse de la tentative (réelle ou supposée) de diviser la oumma marocaine. La résidence, sous la pression des révoltes urbaines, ainsi que des difficultés rencontrées lors de la pacification, dû faire marche arrière.

Nous ne pouvons que recommander aux lecteurs/lectrices de cet article l’excellent ouvrage d’Abdellah Laroui ‘Origines sociales et culturelles du nationalisme marocain’, ouvrage qui saura fournir à celles et à ceux qui cherchent à comprendre le Maroc d’aujourd’hui à la lumière du passé.

Pour revenir à la naissance du mouvement national, le nationalisme marocain ‘moderne’ s’est paradoxalement créé sur une scission. Paradoxe, vraiment ? non, car nous verrons plus loin -ou plus tard- que la caractéristique première du politique (au sens générique) au Maroc est la division, la balkanisation ne date pas d’aujourd’hui, elle est profondément inscrite dans les gènes de la scène politique marocaine. Au commencement donc, les jeunes étudiants de la faculté d’Al Quaraouiyine fondent le Comité d’Action Marocaine (1934) les plus illustres fondateurs et militants sont Mohamed Belhassan El Ouazani, All El Fassi et bien d’autres. Il est à noter que le CAM regroupe des étudiants, fils de bonnes familles, ce qui est compréhensible, dans la mesure où le savoir, comme les autres capitaux symboliques ou réels, a (et l’est toujours quelque part) été l’apanage des couches urbaines favorisées. Cependant, vers 1937, un problème de leadership entre El Fassi et El Ouazani oblige ce dernier à quitter le CAM et à fonder son propre parti. C’est donc en 1937, et non en 1943/1944 que les premières formations politiques marocaines modernes ont vu le jour : au Nord, Mekki Naciri et Abdelkhaleq Torrès fondent respectivement le Parti d’unité Marocaine et le Parti des réformes nationales. dans la zone française, El Fassi crée le Parti National ( qui n’est pas encore l’Istiqlal) et El Ouazani le Mouvement National. Le multipartisme au Maroc trouve donc ses origines dans des conflits de chefs plutôt que dans la diversité des opinions. Pour l’anecdote, le plus ancien parti politique moderne et composé de militants professionnels a été le…le Parti Communiste AU Maroc (et non Marocain, puisqu’essentiellement une ‘joint-venture’ entre les Partis Communiste Français et Espagnol).

En quoi consistait l’activité des nationalistes pré-1953 ? Une activité mineure il faut le dire : présentation de plans de réforme aux autorités du protectorat, petites manifestations dans les universités, réunions dans les ryads pour discuter. Les nationalistes de la première génération avaient le même type d’activité que les philosophes des lumières : discussion, réunion et production d’écrits. Une résistance purement pacifique et intellectuelle, mais qui ne changeait rien à la nature du protectorat.

La Seconde Guerre mondiale changera durablement les choses et fera rentrer le Maroc de plain-pied dans la vraie modernité.

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