The Moorish Wanderer

Nécessité de la réforme constitutionnelle : opinion

Curieuse situation qu’est celle du Parti Socialiste Unifié (PSU) : depuis bientôt près de 20 ans, ses membres n’ont cesse de réclamer une réforme constitutionnelle, laquelle est condition nécessaire pour la démocratisation du champs politique marocain. On peut même voir dans cet acharnement à défendre la réforme de malheureuses lignes un certain fanatisme, un fétichisme dirons-nous. (les 20 ans correspondent à l’un de ses ancêtres, l’OADP)

Eh bien non… Si fétichisme il y a, ce n’est pas pour “quelques malheureuses lignes” mais bien un attachement viscéral à ce qui fondre un véritable État de Droit : le référentiel constitutionnel qui est justement le référentiel, en ce sens qu’il est l’inspirateur des lois, le garde-frontière des prérogatives des différents pouvoirs supposés régir notre vie de citoyens.

Avant d’exposer les raisons et les motivations d’une revendication d’une réforme constitutionnelle, et quelles sont ses modalités, je me permets d’exposer un bref historique de la constitution, et de ses réformes successives.

La première constitution -qui se considère comme telle en tout cas- date de 1962, une première réforme constitutionnelle a eu lieu en 1970, puis en 1972, ensuite en 1993, et enfin 1996, sans compter les amendements. Pourtant toutes ces constitutions n’ont fait que confirmer l’hégémonie de l’institution royale sur le jeu politique, et donc sur l’ensemble du Maroc. à rappeler qu’en 1996, l’OADP a été la seule composante de la Koutla -à l’époque encore dans l’opposition- a refuser de cautionner cette nouvelle constitution. Refus que le petit parti allait payer par une scission, orchestrée par les services du ministère de l’intérieur.

D’après plusieurs formations politiques, la réforme constitutionnelle est superflue, elle serait même une surenchère du PSU pour faire entendre sa voix (qui est peu entendue, il faut bien le reconnaitre) La preuve : depuis une dizaine d’années, le paysage politique marocain se démocratise, s’ouvre, et les voix critiques -dont celle de l’auteur de ces lignes deviennent audibles. Puisque tout s’améliore avec la constitution de 1996, pourquoi la changer? il faut d’abord préciser que les changements -positifs et importants, il faut le reconnaitre- ne sont nullement dus à un quelconque mérite de l’USFP ou de la Koutla au pouvoir.

Un exemple ? la Moudouwana a été votée en 2003, alors que déjà en 2000, un plan d’intégration de la femme, mis en place par Saâd Saïdi, ministre PPS a été retiré sous la pression des Islamistes, qui ont tout fait pour le faire passer pour une remise en cause des “valeurs ancestrales de notre pays”… Quand ce fut le Roi qui a proposé -imposé plutôt- la nouvelle Moudouwana, ces mêmes personnes ont trouvé qu’il s’agissait d’un “bon texte”… La question n’est pas de discuter la pertinence de cette avancée réelle, c’est autant le symbole que je cherche à mettre en relief : alors que la classe politique “progressiste” veut mettre en place un projet en accord avec ses orientations, elle ne peut pas, empêchée par d’autres acteurs politiques de son niveau, ou par des manoeuvres du palais royal – i.e. les conseillers royaux-… Tout se passe comme si la modernisation est le fait du Roi plus que des ténors de la Koutla…

Cette évolution n’est pas due au tempérament du Roi Mohammed VI, puisque l’ouverture date déjà de la fin du règne du Roi Hassan II : La chute du mur de Berlin, la fin de la guerre froide et le “Nouvel Ordre Mondial” faisaient que désormais, la diplomatie de complaisance pour contrer l’ennemi soviétique était obsolète, et que, pour garantir l’ouverture des marchés -la mondialisation et la “Fin de l’histoire” de Fukuyama- il fallait faire des règles de jeu démocratique l’étalon universel… C’est, comme disait feu Hassan II : “La Notion des Droits de l’Homme est devenu un point d’orgue dans le concert des nations”… et il ne croyait pas si bien dire. La tendance irrésistible à la libéralisation des rapports internationaux, et fatalement nationaux, est le fait de la contrainte extérieure, beaucoup plus que les minces concessions obtenues par les opposants d’hier. Pour illustrer l’importance des facteurs exogènes dans l’évolution des libertés publiques : lors de l’affaire des “morts-vivants” de Tazmamar, un des détenus, marié à une Américaine, a réussi à faire passer un document racontant l’enfer que lui et ses compagnons d’infortune vivaient.

Les autorités françaises , pendant les années 1980, ont été mises au courant de Tazmamart, de Kalaât Megoun, du PF2, Dar El Mokri et d’autres centres de détention arbitraire. En 1990, Amnesty International lance une campagne de vérité sur la situation des détenus politiques au Maroc.La pression internationale, conjuguée au contexte géopolitique – décomposition du bloc de l’Est, Nouvel ordre mondial- oblige le Roi Hassan II à mettre en place le CCDH (Conseil Consultatif des Droits de l’Homme). Hassan II absout, en argumentant, la longue histoire d’un règne répressif. Le souverain plie son affaire et règle ses comptes avec les fantômes du passé (les Ben Barka, Oufkir, etc.) “Le Maroc, en reconnaissant ses erreurs, et prêt à les oublier et à tourner la page”.

Le développement des nouvelles technologies d’information a aussi été un facteur-clef dans la libéralisation forcée du régime : hier c’étaient les chaînes de télévision via antenne parabolique, aujourd’hui l’Internet, ce qui offre plus d’opportunités aux anciens sujets de prendre conscience de leur condition de citoyen réprimé. Ces mêmes nouvelles technologies offrent de moins en moins de possibilités aux autorités de réguler l’information extérieure et intérieure, et donc d’une part, contrôler et réprimer les voix critiques, et d’autre part, de maintenir les populations dans de pieux mensonges. Pour revenir aux avancées dans le domaine des libertés publiques et individuelles, nous avions vu qu’il y avait de réelles progressions, mais qu’elle étaient -et le sont toujours- timides, et marquées par une progression aléatoire.

Une des raisons de cette timidité réside justement dans ce manque de courage de la classe politique actuelle -qui était la même il y a 10 ans-. En acceptant de cautionner la constitution de 1996, les hommes politiques marocains ont renoncé à la confrontation. Entre le palais et les mouvances nationales “rebelles”, le bras-de-fer qui a duré 50 ans s’est terminé à l’avantage du premier. Feu Hassan II pouvait se réjouir d’avoir sécurisé la monarchie pour la décennie à venir. Aujourd’hui ce consensus déjà mou, risque de voler en éclat, à cause du manque de courage des “grands” partis à exiger une réforme constitutionnelle, voire une nouvelle constitution.

Pourquoi tant d’attention à la constitution ? D’abord pour des raisons juridiques : La Constitution est la norme juridique suprême, c’est, pour reprendre le concept de T. S. Kuhn, le paradigme dans lequel se meut la production juridique de nos parlementaires. Réformer la norme suprême, c’est d’abord reconnaitre explicitement que l’ancienne norme n’est plus opérante -ce qui est tout à fait vrai, nous aurons l’occasion de revenir sur quelques articles de la constitution de 1996- et qu’il faudra changer ce paradigme. Ce changement n’est pas une “évolution” c’est une “révolution”. Je tiens à expliciter le sens que je donner à révolution : une évolution rapide et volontariste des structures constitutionnelles. Une évolution qui rompt avec une vision surannée, et qui s’inscrit dans un référentiel progressiste, démocratique et novateur. Pourquoi ? Parce qu’en 50 ans, nous avons perdu beaucoup de temps, et que l’attentisme, à l’heure où l’information circule très vite, et où les structures socioéconomiques évoluent au rythme des informations, c’est-à-dire constamment et rapidement, la réforme constitutionnelle, où la nouvelle constitution, doit s’inscrire dans une logique de rupture, en tout cas, par rapport à l’esprit de la constitution de 1996. Changer cette constitution par une autre qui reconnait ces changements, n’est pas un luxe, c’est une nécessité.

Changer de constitution, c’est changer le référentiel des lois qui sont supposées légiférer nos relations. Le but est de doter notre pays d’une constitution forte, c’est-à-dire une constitution qui aura une chance de voir ses lois appliquées. Nous reprenons à notre compte le concept d’Etat de droit, ainsi que le “nouveau concept d’autorité” : Nous voyons dans notre pays l’évolution de deux systèmes parfaitement étanches l’un de l’autre. Un pays dit “Makhzen moderne” : Nous avons un parlement, des lois votées et promulguées, et théoriquement appliquées ; Le Makhzen ici est ce que devrait être l’Etat moderne, un Etat comparable à ses homologues étrangers . Un autre pays coexiste, le “vrai” Makhzen, dans l’acceptation populaire et profondément historique du terme, où la loi perd son caractère universel et impersonnel, pour ne devenir qu’un peu d’encre sur du papier. La loi valable est celle qui fut en vigueur avant le protectorat : un constant équilibre entre des forces contradictoires, équilibre obtenu grâce à des répressions et des gratifications savamment dosées.

La Loi est donc utilisée soit pour réprimer, soit pour garantir justement des zones de non-droit ou des passe-droit pour ceux qui peuvent se permettre de rétribuer les garants supposés de l’application de la Loi. à titre d’exemple la campagne d’assainissement de 1995 a ainsi des allures de “harka” préventive . Nous ne disons pas que la constitution de 1996 cautionne cet état de choses, mais nous pointons sa faiblesse à faire respecter les lois. Donc la première motivation pour le changement de la constitution est un souci de doter les lois d’une plus grande crédibilité. Comme disait I. Wallerstein, un pouvoir fort est un pouvoir qui est assuré de voir ses décisions appliquées quasi-intégralement (les passe-droits résiduels seront considérés comme négligeables dans certains cas rarissimes) Nous visons donc un renforcement de la crédibilité des institutions, dont la force ne sera plus fondée sur la capacité de nuisance ou de l’arbitraire, mais plutôt sur l’impartialité et la neutralité une institution dont la crédibilité découlera du respect de la loi, et non de la peur de la sanction publique.

Les institutions dont il est objet ici sont bien sûr les institutions qui tirent leur légitimité du suffrage populaire, c’est à dire le Parlement, le Gouvernement et les Partis Politiques. Ces institutions sont supposées être dotées de pouvoirs assez importants pour peser sur la vie politique, économique et sociale du Royaume.

Ensuite, les rapports entre les gouvernants et les citoyens, notamment le magistrat suprême, à savoir SM le Roi. le PSU est souvent critiqué pour une certaine fixation sur les prérogatives du Roi et leur inscription dans la constitution. Cette volonté à détailler -et limiter, comme dans les monarchies réellement constitutionnelles- les pouvoirs royaux obéit à une simple logique mécanique qui est finalement liberticide : la constitution garantit au Roi des compétences très étendues, trop étendues au fait, pour une seule institution, à fortiori pour un seul homme. La concentration de ses pouvoirs amène fatalement le Roi à déléguer certaines de ses prérogatives à d’autres acteurs -les dahirs servent souvent à cela- Ces personnes sont donc dotées de pouvoirs discrétionnaires, et tirent leur légitimité de la délégation du Roi, et n’ont donc aucun compte à rendre sinon, au Souverain… Ce genre de situation, où le vide constitutionnel est consacré par la concentration des pouvoirs au sein d’une seule institution, est propice à tous les dépassements et violations des droits de l’homme les plus élémentaires. La réforme constitutionnelle s’inscrit donc dans une volonté d’énoncer clairement les prérogatives du chef de l’Etat, des modalités de transfert de ces pouvoirs, et surtout, du contrôle de ces pouvoirs dès que ces derniers quittent les mains de SM. Idéalement, nous pouvons prétendre défendre un modèle monarchique plus libéral que l’Angleterre, mais plus interventionniste que l’Espagne. Le Roi règne mais ne gouverne pas, en somme. Il est le symbole de la nation, son représentant à l’extérieur et l’arbitre des conflits. En situant le Roi au dessus des luttes politiques et en en faisant l’arbitre des conflits, on peut voir dans ces dispositions une logique protectrice de l’institution royale : en effet, quand une seule institution concentre tous les pouvoirs -ou tout au moins les plus importants- cette institution doit s’attendre à être critiquée pour ses actions.

Certes, SM a été d’une réelle volonté de démocratisation de la vie politique marocaine, et c’est tout à son honneur. Mais nous voulons une institutionnalisation de cette bonne volonté, une confirmation par écrit et par actes de cette volonté de responsabiliser les acteurs politiques. Donc, pour garantir au Roi sa fonction de symbole de la Nation et de chef de l’Etat, il faudra nécessairement redistribuer l’essentiel ses prérogatives aux élus du peuple, lesquels seront plus critiqués et permettront au peuple marocain de s’exprimer dans un cadre institutionnel, plutôt que d’opter pour une stratégie de contestation violent ou non constructive. Et ce n’est qu’en des cas déterminés que le Roi pourra et devra trancher. Changer la constitution enfin, revient à montrer que la classe politique est entrain de mener le nécessaire toilettage de ses pratiques, puisque les contraintes imposées par la loi suprême seront telles qu’une sélection par le haut éliminera progressivement les éléments opportunistes, corrompus et anti-démocratiques du processus politique, de quel bord politique qu’ils soient. Quand les parlementaires seront sous le contrôle effectif du peuple via des jurys populaires, quand les représentants de l’Etat et du Peuple seront tenus de publier la liste de leur patrimoine avant et après la prise de leurs fonctions, quand n’importe quel citoyen sera assuré de savoir comment chaque Dirham est collecté, versé au Trésor et dépensé, quand le BGE sera discuté ouvertement pour des questions de fond plutôt que pour des questions secondaires juste pour faire un “baroud d’honneur”, quand l’attribution des marchés publics se fera non pas par bulletins secrets mais par une désignation transparente des bénéficiaires, alors le texte de loi devient un bastion solide endiguant les tentatives de passe-droit. Nous sommes à cheval sur ce que Weber dénommait “Système de domination traditionnelle” et “Système de domination rationnelle”… Pour le bien de nos citoyens, nous devons effectuer ce virage vers la domination étatique rationnelle, par la consécration de la loi comme norme universelle, obligatoire, impersonnelle et impartiale.

La réforme constitutionnelle n’est pas un danger pour le pouvoir, c’est une chance unique de se débarrasser de la vieille structure pas si anachronique que ça, mais ô combien improductive qu’est la machine makhzénienne.

Le PSU a eu le courage d’être le premier à demander une réforme constitutionnelle, il aura aussi le courage de présenter un texte servant de base à une négociation avec le pouvoir, car, il ne faut pas se leurrer, le texte est trop beau, trop transparent et surtout trop restrictif par ses définitions, que les puissants intérêts qui dominent notre pays sauront mettre les embûches pour faire avorter cette tentative de moderniser la structure constitutionnelle de notre système juridique.

Ah, ça ira, ça ira…

Posted in Tiny bit of Politics by Zouhair ABH on December 10, 2008

“… Les aristocrates à la lanterne, les aristocrates on les pendra !”

cette célèbre chanson révolutionnaire est symbolique : le peuple a suffisamment supporté le poids des privilèges, il se révolte et fatalement, liquide ceux qui l’exploitaient. 1789 et de 1917 ont ce point commun d’être un ras-le-bol populaire contre ce qui était vécu comme une situation profondément injuste : en Russie tsariste, 95% des terres étaient la propriété de moins de 5% de la population.

Quand Necker et Turgot voulaient établir un impôt universel et supporté par tous, la noblesse a usé de son influence auprès de Louis XVI pour donner congé aux inspirateurs desdites réformes. La suite, nous la connaissons tous, ce même Roi perd la tête –au sens propre bien entendu- et les Barons, Marquis, Princes, Comtes et autres titres aristocratiques furent soit exécutés, soit acculés à l’émigration. Après 1917, Les princes russes durent s’exiler en Europe, où, pendant les années 1920, il n’était pas rare de voir l’un d’eux conduire un taxi pour (sur)vivre.

Deux exemples, deux constats : le Peuple déteste les inégalités, et par-dessus tout, les privilèges. A. de Tocqueville, pourtant peu suspect de jacobinisme, a bien relevé cet attachement singulier de l’individu à la condition égalitaire. Aux privilèges, des hommes comme Saint-Simon –comte- opposaient l’égalitarisme : quand il s’opposait au droit d’héritage, quand il évoquait “l’égalité des chances de départ”. Et la Gauche dans tout cela ?
La Gauche est historiquement et viscéralement une idéologie antiprivilèges. Contrairement aux racontars des détracteurs de l’idéologie socialiste (puis plus tard communiste) la gauche n’a pas vocation à pratiquer le “nivellement par le bas” comme le considèrent certains esprits en chargeant la gauche d’Egalitarisme, étouffant les talents et les compétences.

Non, la Gauche est antiprivilèges. Ces derniers sont d’origine divine, les noms à particule tirent leur légitimité de celle du monarque, donc celle de Dieu? Les Jacobins, lointains ancêtres de la gauche française, proclament l’égalité des citoyens. Egalitarisme ? Certes non, cette égalité des droits est un prélude à l’égalité des moyens, d’autant plus que ces “ci-devants” n’ont, pour reprendre le bon mot du peuple britannique au XVIIème siècle : “du temps où Adam bêchait et Eve filait, qui était le noble ? ” Que dire à ces nantis, quand leur privilège découle de leur naissance, d’un “travail caché qui ne dit pas son nom” ? destruction des compétences et des talents ? allons bon ! En reprenant les terres du seigneur, en garantissant les assignats sur sa fortune, on l’exproprie d’une richesse qu’il n’a pas produit, et dont il jouit egoïstement, alors que ses métayers  souffrent de la disette.

L’Egalité des droits et de la condition de citoyen est une correction volontariste, sanglante même, d’une situation injuste en redistribuant intégralement les “cartes du jeu”. Nous serions tentés aujourd’hui de proclamer avec une certaine satisfaction : les privilèges ont disparu. Désormais, c’est le règne de la “Méritocratie”, le règne par le travail et la valorisation des compétences. Nous pouvons d’ailleurs le remarquer : la structure des revenus et des niveaux de vie de la société française, par exemple, est une structure à forte concentration autour du revenu médian, et de faibles dispersions autour. Peu de riches, peu de pauvres et beaucoup à la condition “moyenne”.

Ce que Tocqueville prêtait à la société américaine comme qualité suprême de mobilité sociale allait-il s’appliquer à la société française ? Il n’y a certes plus de nobles, mais désormais des bourgeois. Car quand nous parlons des privilèges, nous évoquons bien entendu deux versants de cette anomalie sociale : d’une part les restrictions d’un bien rare au profit d’une petite catégorie de nantis, d’autre part les mécanismes d’exclusion qui perpétuent le caractère restreint du privilège. D’après les chantres de la droite, les privilèges de l’Ancien Régime ont disparu, et les signes de réussite sociale et économique ne doivent plus être stigmatisés, mais plutôt montrés et revendiqués : Bolloré, Pinault, Bouygues,… peuvent bien étaler leurs richesses, mais une question se pose : ces richesses sont elles dues à leurs talents seuls ? Bien sûr que non, puisqu’ils ont hérité d’une structure déjà florissante, ils ont hérité d’un privilège. Tout se passe donc comme si, pour apaiser une population aux caractéristiques homogènes –et qui souffre, rappellons-le, d’une baisse de son pouvoir d’achat-, on lui fait miroiter la réussite –financière, économique et sociale- d’une petite frange : les entrepreneurs (des héritiers surtout) des artistes, des sportifs… ce que Althusser dénonçait dans son ouvrage “Idéologie et Appareil Idéologique de l’Etat”, sauf que ce n’est plus l’Etat qui domine et impose sa domination –privatisations obligent- c’est désormais les classes dominantes, les classes privilégiées. Alors que durant des années, les privilégiés adoptaient cette devise de la famille Peugeot “vivons heureux, vivons cachés”, vigilance populaire et communiste oblige (oh, il ne faisait pas bon d’être riche après 1945…) les changements géopolitiques de la fin du XXème siècle ont assuré les nouveaux privilégiés d’une certaine impunité vis-à-vis des non-privilégiés, auxquels on refuse l’accès aux ressources rares.

Je ne saurai que conseiller aux incrédules de lire cet ouvrage de P. Bourdieu, “Noblesse d’Etat : Grandes Ecoles et Esprit de Corps” pour convaincre de la survivance d’un système de distinction et d’attribution de privilèges de l’Ancien Régime. A cette situation, la position de la Gauche est plurielle : certains s’en accommodent en tentant de “démocratiser” l’accès à ces privilèges, ou tout au moins, à en donner l’illusion ; Certains revendiquent une égalisation brutale et volontariste des conditions des uns et des autres. Entre ces deux extrêmes, nous nous situerons au centre donc – au grand plaisir de nos amis d’Avant-Centre- : qu’un individu recueille le fruit de son labeur et qu’il en jouisse est tout à fait normal. Après tout, on a souvent tendance à escamoter la seconde phrase de Proudhon : “La propriété, c’est la liberté”. Mais que ce surplus créé le soit sur le dos d’autres, ou aux dépends d’autres individus, cela relève de l’inacceptable.

Ce que la Gauche –à mon humble avis- critique finalement, ce n’est pas tant la réussite ou le petit “extra” dont dispose un individu par rapport à un autre ; non, ce que la gauche critique, c’est l’usage qui en est fait : transformer un bien rare en une sorte de rente, un privilège, c’est instituer les inégalités et les consacrer. Dépasser cet état de choses peut résider dans la “redistribution perpétuelle” : en clair, il s’agit d’égaliser les conditions des individus dans une société donnée, en redistribuant indéfiniment les surplus générés. Pure justice sociale visant à écarter toute situation de rente et d’exploitation, situation qui conduit à l’émergence d’un privilège qui devient peu à peu indigne. Que nos contradicteurs soient rassurés, ni le talent, ni les compétences ne seront découragés par ce genre de mesures, car la philosophie qui la sous-tend est inspirée par Tocqueville : une masse d’individus aux conditions à peu près égales, qui circulent constamment entre la sphère supérieure, leur sphère et la sphère inférieure. Pas de situation de rente, pas de privilège, mais une fluidité et une mobilité sociales qui garantissent l’harmonie dans la société.

À nos “amis” de Droite : puisque vous prônez la flexibilité du travail, et que vous concevez la flexibilité du capital dans sa forme spéculative… il faudra aussi s’attendre à une flexibilité dans la détention du capital : eh oui, il n’y a pas que le petit salarié qui doit trinquer à cause de la mondialisation !

23 Mars 1965 : fiction historique

Posted in Polfiction by Zouhair ABH on December 10, 2008

… L’air était lourd ce matin-là. Près du palais royal, le nombre incroyable de véhicules militaires, aux couleurs d’un vert kaki qui tranchait violemment avec les façades blanches et pacifiques des bâtiments environnants. Ce matin là, le long boulevard Mohamed V était vide, désespérément désert, inquiétant de calme, à une heure où des foules pressées devaient vaquer à leurs occupations.

Spacieux boulevard se déroulant de la mosquée jouxtant le palais royal, jusqu’à la vieille médina, en passant par des bâtiments modernes et imposants : L’Hôtel Balima, Le Quartier Européen, le tribunal … Des allures d’un petit boulevard Saint-Germain ou Saint-Michel. Un quartier calme, peut être trop calme, pour le centre de la capitale. Etrangement, les trains ne circulaient pas à la gare de Rabat-Ville. Le lourd portail de fer était fermé, et autour de la petite esplanade, des sacs de sable ont été disposés, deux nids de mitrailleuses et des véhicules légers barrent la route. Autour de la gare, des patrouilles de soldats, des policiers en uniforme ou en civil, radios et talkie-walkie à l’oreille, les ordres fusent, les crachats radiophoniques se mélangent aux ordres donnés de vive voix. Guerre? affrontement ? manœuvres en pleine ville? Il faisait beau ce 23 Mars : le soleil éclatant jetait ses rayons sur les beaux palmiers majestueux, à leurs pieds gisaient, merveilleuses et brillantes, les dattes jaunes et dorées, comme de larges auréoles protégeant l’arbre auguste. On voyait de temps à autre une petite hirondelle, petite flèche noire audacieuse sortir littéralement du vieux mur d’enceinte de la “vieille ville” pour aller se perdre dans un des bâtiments environnants. Curieux contraste ! le printemps a pris à peine le temps de s’installer, qu’une foule belliqueuse, armée jusqu’aux dents, prenait ses quartiers dans le centre de Rabat, attendant les ordres, fourbissant les armes pour une improbable bataille, contre un ennemi invisible.

Dans le véhicule “command-car” un officier, l’oreille collée à son appareil de transmission, recevait les ordres crachés par une voix métallique, au débit saccadé, aux mots durs et brefs. Autour de lui, des visages fermés, casqués et en sueur, car s’il faisait beau, il faisait aussi chaud, chaleur exacerbée par l’impressionnant paquetage des soldats, mal à l’aise dans leurs lourds treillis, les pieds dans leurs brodequins depuis plusieurs jours. Visages fermés, fatigués peut être. Ils ne savent pas pourquoi ils se battent. Pour une grande majorité d’entre eux, ce sont d’anciens goumiers qui ont combattu avec les Français en Italie, en France, en Allemagne, et plus tard, en Indochine… Ils n’ont pas besoin de savoir pourquoi, ils sont là pour exécuter les ordres du chef, point.

Dirigez-vous avec votre unité vers rue Descartes, opérez un mouvement tournant pour rallier la rue Mokri puis prenez l’objectif 1-8-3 en tenailles” entendait-on malgré les crissements agaçants de la radio.

Vérifiez vos armes” aboya l’officier “le groupe de reconnaissance avec les jeeps, le reste dans les camions” vociféra son adjoint.

Aussitôt, le calme relatif qui régnait sur l’esplanade surplombant l’avenue céda la place à un tumulte guerrier, les soldats cherchant leurs véhicules, les officiers excitant leurs hommes de la voix et du geste, et le beau soleil, le soleil éclatant comme un sourire d’enfant, commença a être éclipsé par les volutes de fumée d’essence et de gasoil. Une colonne de fer et d’acier se forma, se dirigeant lentement vers ses objectifs.
Pendant ce temps, l’atmosphère était toute autre dans le beau quartier des orangers : sous les yeux effarés des surveillants généraux, les lycéens se sont regroupés sur le vaste terrain de sport.

La place, noire de monde et de têtes d’adolescents, était comme parcourue par une rumeur distincte mais inintelligible. Des petits groupes de discussions, en cercle, se formaient et se déformaient au grès des déplacements des lycéens.

En ce 23 Mars 1965, les élèves du Lycée Les Orangers étaient en grève. “Ces salauds ne veulent pas nous laisser étudier” soutenait un jeunot  imberbe “Bien sûr, c’est ce que Marx appelle la reproduction sociale, ils veulent maintenir leur supériorité en empêchant les enfants du peuple de s’instruire” renchérit un autre, apparemment plus politisé. Au milieu de cette foule dense, vivante, nullement agressive mais très motivée, circulaient des tracts : “Le Gouvernement réactionnaire a décidé de fermer le système d’enseignement aux enfants du peuple, les privant ainsi d’un de leurs droits les plus élémentaires” pouvait-on difficilement lire sur une feuille de papier toute racornie, impression approximative de linotype, provenant de je ne sais quelle imprimerie clandestine.

Des exemplaires “d’Al Mouharir”, (Le Libérateur) circulent aussi. de meilleure qualité, le style est aussi plus recherché, on peut y lire : “Le ministre de l’éducation nationale, Youssef Belabbès a décidé d’interdire le cycle de baccalauréat aux élèves de plus de 17 ans. Ceci est une atteinte intolérable aux droits inaliénables du peuple marocain. Les forces réactionnaires et féodales du pouvoir cherchent à ralentir et à étouffer le processus de progressisme et de libération sociale des masses laborieuses”. S’ensuit une longue harangue aux élans de libération populaire, de critique acerbe du pouvoir, de la féodalité, des réactionnaires, des ….

Un bruit inhabituel se fit soudain : au lointain, c’était comme un coup de tonnerre, plutôt un bruit de canon, pour ceux qui ont déjà vu des films de guerre. Les discussions, passionnées ou quelconques, ont aussitôt fait place à un silence inquiétant, un silence de mort, un silence assourdissant. Rien, sinon les échos d’une canonnade en règle, portée par le vent.

Chaque lycéen réalisa soudainement que l’enceinte de l’établissement devenait plus un piège qu’un havre sécurisé, plutôt un cercueil spacieux, mais un cercueil surtout. La jovialité des visages adolescents ou jeunes adultes, faisait place à l’inquiétude, à la crispation, à la peur… Du haut du bâtiment faisant face à la cour et aux terrains de sport, une voix de Stentor se fit entendre. Une voix ferme, puissante :

“ILS ARRIVENT !”

Ils ? “Les policiers ?” se demandèrent les lycéens. “Mais nous les avons battus !”

Vrai. La veille, le commissariat du IVème arrondissement, haute bâtisse aux couleurs blanches et jaunes, ressemblait à un véritable château assiégé. Le quartier de l’Océan, un beau quartier européen, bordé d’arbres et de maisons coquettes, était envahi par une foule hétérogène et hurlante : lycéens bien sûr, mais aussi chômeurs, parents d’élèves, pilleurs, badauds… Cette foule, agressive et incontrôlable, gémissante et menaçante à la fois, s’étonnait elle même à invectiver les policiers, mal à l’aise du fait de leur infériorité numérique et l’efficacité dérisoire de leur arsenal, qui contenaient à peine la masse grouillante d’une misère insoutenable, qui cherchait à faire libérer ses enfants arrêtés et enfermés dans le bâtiment. On appela en renfort les forces auxiliaires. Même cette soldatesque moustachue, ventrue, habillée d’un vert-kaki improbable et unanimement détestée des Marocains ne put obliger la masse à se disperser. Jusqu’au matin, une pression régulière, nullement concertée mais naturellement de mise, fut exercée sur le commissariat, les policiers commençaient à paniquer. Leurs armes n’étaient plus menaçante pour le peuple conquérant.

“La Rue est à Nous”, “Les policiers ? ils ne peuvent venir…”

“ILS ARRIVENT !” cria une seconde fois la vigie. Ce second appel commença à dissiper l’équivoque “Les MILITAIRES !” dans le lointain, une rumeur enflant renseigne aussitôt les esprits les plus vifs : des véhicules militaires se dirigeaient vers le Lycée.

Que faire ?

Un petit groupe sortit par la porte donnant sur l’avenue Pasteur, petite avenue en vérité, que bordaient des villas calmes, cernées de hauts murs dont dépassent des plantes exotiques, mais à l’efficacité redoutable, des plantes aux épines pareilles aux piques des hallebardiers. Ce calme tranchait bizarrement avec l’anxiété qu’on pouvait lire sur les visages à peine sortis de l’adolescence de ces lycéens, sortis de l’établissement pour découvrir l’inconnu. Au moment où ils débouchent sur l’avenue, une jeep passant en trombe faillait écraser l’un d’eux. Cette jeep était équipée d’une mitrailleuse lourde, dont le servant, ayant remarqué la présence des étudiants, ouvrit machinalement le feu.

Pour la majorité d’entre eux, les lycéens ne savaient pas à quoi ressemblait une arme à feu, ni son bruit, et ne mesuraient pas ce qu’elle pouvait occasionner comme dégâts. l’un d’eux se rappelle : “L’arme faisait un drôle de bruit. On aurait dit un marteau-piqueur… Je ne comprenais pas quand je voyais des petits morceaux de pavés s’élever dans les airs, soulevant de la poussière qui se rapprochait de plus en plus” le ballet des projectiles labourant le sol se rapprochait dangereusement du petit groupe qui commençait à se grossir des autres étudiants sortant du lycée. L’un d’eux s’affaissa, tenant sa jambe et criant de douleur. Les balles de 12,7mm lui avait sectionné au niveau de la cheville.

Un misérable petit morceau de chair, approximativement habillé d’un tissu sanguinolent et d’une chaussure improbable traînait quelques mètres plus loin. Le pauvre gamin criait de douleur, son visage se tordant en un rictus effrayant, sa cheville, ou plutôt ce qui était sa cheville, pissait le sang et arrosait le trottoir. Ses camarades, interdits, semblaient fascinés par le spectacle macabre qui s’offrait à leurs yeux. ils n’avaient pas le loisir de l’observer longtemps. remontant rapidement, deux automitrailleuses déboulèrent par la rue Descartes, prenant sous leurs feux la foule médusée par le déchaînement de feu et d’acier. Les volutes de poussières des balles traçantes se mélangeaient allègrement avec des morceaux de chair arrachés, parfois accompagnés de jets de sang, ou de matière cérébrale. Les cris étaient inaudibles, tant le fracas des armes automatiques étaient assourdissant. petit à petit, la sortie de la rue qui débouche sur l’avenue, engorgée par les étudiants, s’éclaircit, ou plutôt se remplissait de cadavres. Les chanceux du premier groupe qui avaient rompu le charme macabre du spectacle avaient déjà rallié l’autre bout de l’avenue, se cachant derrière les arbres, retenant leur souffle devant le spectacle dantesque qui s’offrait à eux.

Un vieux Français qui habitait dans une des villas jouxtant le Lycée, réveillé par le bruit des véhicules et le ronflement des armes automatiques, se réveilla, et, en ouvrant sa fenêtre prudemment, tomba sur un spectacle sanglant : Les soldats, casqués et portant des masques à gaz, descendaient précipitamment de leurs camions, et sous les ordres de leurs officiers, chargeaient leurs fusils. Par petits groupes, les escouades, protégées par des lanceurs de grenades lacrymogènes, s’avançaient lentement. Graduellement, les staccatos des mitrailleurs étaient rythmés par les claquements des fusils.

“Les balles en caoutchouc ?” s’interrogea le Français. Détournant son regard vers l’autre fenêtre à gauche, il eut la confirmation de ce qu’il écartait comme hypothèse : sur l’asphalte, sur le trottoir, des cadavres gisaient. Certains, ayant été en plein champ de tir des mitrailleurs lourdes étaient littéralement sectionnés en deux. Sur l’enceinte longeant le lycée, un trait disgracieux ponctué d’impact de balles étaient zébrés de petites touches de sang. Là où des lycéens avaient le malheur d’être trop proches des Jeeps, et donc de leurs cracheurs de feu et d’aciers, d’immenses gerbes de couleur pourpres ponctuaient le mur, comme une mystérieuse oeuvre d’art d’un artiste incompris. Le convoi n’avaient pas seulement pour mission de boucler le lycée, mais aussi de remonter aussi vite que possible le boulevard menant au commissariat toujours assiégé par une foule de plus en plus agressive.
“Tirez à vue, pas de quartier” le chef de l’escadron d’automitrailleuses reçoit cet ordre bref et sans appel dans ses oreillettes.

La mitrailleuse aboie, alignant comme des lapins les civils perdus dans leur fuite, se bousculant, se mettant involontairement dans la ligne de mire de l’arme meurtrière.
“Commissariat dégagé, jonction opérée.” conclut laconiquement le chef de char à la radio. Il ne fallait pas moins de 5 minutes pour faire place nette. Un jeune chômeur, grand, mains nues et chemise ouverte, se trouvait maintenant devant l’immense amas d’acier. Une pensée insensée passa par son esprit, et prestement, se saisit d’un galet qui traînait. Son geste, stupide, vain, absurde, lui coûta la vie. Une rayure sur la peinture du véhicule militaire contre la vie
d’une homme, aussi insignifiante soit-elle, c’est cher payé…
Au Lycée, on sonnait la curée. Les soldats, forçant le maigre obstacle que leur offraient les lycéens, bousculèrent aisément la petite barricade de tables et de chaises, et entrèrent dans l’enceinte de l’établissement. Ceux qui se risquaient à rester sur place avaient le vie sauve, mais à quel prix ! Les soldats, déchaînés par une décharge d’adrénaline, tabassaient à bout de bras, usant de gourdins, des crosses de leurs fusils, de leurs mitraillettes. Leurs lourds brodequins piétinaient sans ménagement des corps jeunes, foulant la vie palpitante d’adolescents les implorant de les épargner…

La poursuite s’engageait partout : dans les classes, sur le terrain de sport, où les soldats, mettaient en joue des cibles faciles, tirant les fuyards comme des lapins. Ceux qui avaient la chance d’escalader le mur donnant sur la rue Udari tombaient dans le piège : une file de soldats des BLS (Brigades Légères de Sécurité) les attendaient, gourdins à la main. Ceux-là étaient plus cruels, car c’était leur spécialité que de mater les révoltes.

Il transpirait abondamment… Par peur ? effort physique ? Il n’avait pas le temps de penser à prendre une décision qu’une jeep – heureusement non armée- lui fonça dessus. Si ce n’était le poteau électrique sur lequel il pivota, il aurait été fauché par le lourd véhicule.

La peur aidant, il redoubla d’efforts pour rejoindre son domicile, quelques pâtés de maison plus loin. En courant, il sentit à peine le mince filet de sang coulant sur son visage : un petit bout de pavé c’était fiché dans sa tempe. en remontant discrètement à travers les ruelles sinueuses, il voyait un bâtiment détruit. Les coups de canons avaient défoncé la chaussée à plusieurs endroits, et des pans de maisons décharnées pendaient lamentablement, comme des cadavres d’animaux égorgés et éventrés. Il entendait distinctement le bruit de bottes, les ordres transmis, les véhicules qui démarraient et qui patrouillaient un peu partout… Arrivé chez lui, il monta directement à la terrase de l’immeuble où habitait sa famille, sans même prendre la peine de rassurer ses parents.

Du haut de la terrasse, il observait tristement d’épaisses volutes de fumée noire et des automitrailleuses, encadrant des camions bourrés de soldats en armes filant en trombe vers le commissariat ou le Lycée…
23 Mars 1965, le petit lycéen qui n’avait que 14 ans entrait de plain-pied dans l’âge adulte.

Fiction historique